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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Docteurs des apparences

Mardi 16 octobre 2018

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°045 du 6 novembre 2018)

L’invitation à se méfier des chrétiens «rigides» et «hypocrites», uniquement préoccupés «d’apparaître» et «de se maquiller l’âme» a été au centre de l’homélie du Pape qui, à partir du passage liturgique de l’Evangile de Luc (11, 37-41), est parti du présupposé que «beaucoup de gens suivaient Jésus pour l’écouter parce que Jésus était attirant, il touchait les cœurs, il savait se faire aimer». Et enfin, «un peu aussi par intérêt, pour être guéris: ils apportaient leurs malades pour qu’il les guérisse». En réalité, «les gens suivaient Jésus parce qu’il disait la vérité, parce qu’il touchait les cœurs». Au contraire de ce que faisaient «ces docteurs de la loi, ces scribes, sadducéens, pharisiens, qui suivaient Jésus mais pas comme disciples: comme juges, de loin». Alors que «le peuple aimait Jésus», «ces gens n’aimaient pas Jésus; ils le détestaient même». Pourtant, «ceux-là étaient les “purs”, au point qu’ils conservaient toutes les règles: les règles de la loi, de la religion, de la liturgie». Ils étaient considérés «véritablement comme un modèle de formalité», mais «il leur manquait la vie. Ils étaient rigides». Et Jésus «connaissait leur âme».

L’Evangile raconte que le Seigneur «va chez l’un d’entre eux parce qu’il l’avait invité à déjeuner». En réalité, «ils ne l’invitaient pas parce qu’ils l’aimaient bien», mais «pour le prendre en faute. Ils étaient toujours derrière lui pour le mettre à l’épreuve». Quoi qu’il en soit, «Jésus accepte»: il «est libre», donc «il accepte et va; il entre et s’installe». Et quelle est la réaction du pharisien? Celui-ci “s’étonna” — une façon de dire “il se scandalisa” — que Jésus n’ait pas fait les ablutions avant le repas». A sa surprise, le Seigneur répond: «Vous pharisiens nettoyez l’extérieur du verre et du plat, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’avidité et de méchanceté». «Ce ne sont pas de belles paroles». Du reste, «Jésus parlait clairement. Il n’était pas hypocrite. Il parlait clairement». Et ainsi, «il lui dit: “Mais pourquoi regardez-vous l’extérieur? Regardez ce qu’il y a dedans”». Jésus qualifie donc ces gens par un mot: «hypocrites». «Tu es un hypocrite», parce que de l’intérieur, tu sembles propre, parfait, mais ton âme est une âme rugueuse, ridée, sale. Tel est l’avertissement de Jésus — «regardez l’intérieur» “il ne s’adresse pas seulement à eux, mais également aux chrétiens de notre temps.

En résumant dans «un adjectif» cette façon de faire, le Pape a suggéré le terme «rigides». Et il a expliqué qu’une «chose rigide ne change pas, ne s’ouvre pas». Les pharisiens aussi «avaient une vie rigide». Mais, «toujours, dans une rigidité, il y a de graves problèmes. Toujours, derrière les fausses apparences de perfection, de braves gens, il y a des problèmes». Et «derrière les apparences du bon chrétien qui cherche toujours à apparaître, à se maquiller l’âme, il y a des problèmes». Parce que «là, il n’y a pas Jésus», mais «l’esprit du monde». Alors, «quel est le conseil que donne Jésus? “Insensés, lui dit-il, faites plutôt l’aumône, et vous verrez que cela sera pur”». L’exhortation du Seigneur est claire: «Rompt ton cœur avec l’aumône. Donne. Laisse entrer l’air, laisse entrer la grâce». D’où l’avertissement du Pape: «Faites attention aux rigides. Faites attention aux chrétiens — laïcs, prêtres, évêques — qui se présentent si “parfaits”, rigides. Faites attention». Chez ces personnes, «il n’y a pas l’Esprit de Dieu. Il manque l’esprit de la liberté». Et il faut aussi faire «attention à nous-mêmes, parce que cela doit nous conduire à penser dans notre vie: est-ce que j’essaie de regarder uniquement les apparences, et je ne change pas mon cœur? Je n’ouvre pas mon cœur à la prière, à la liberté de la prière, de l’aumône, à des œuvres de miséricorde?».

 

 



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