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MESSE D'INTENTION HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI Chapelle Redemptoris Mater
Vénérés et chers frères,
Nous sommes entrés dans la
Semaine
Sainte en portant dans nos cœurs la grande douleur de la mort tragique du
très cher Mgr Paulos Faraj Rahho, Archevêque de Mossoul des Chaldéens. J'ai
voulu célébrer cette Messe à son intention, et je vous remercie d'avoir accepté
mon invitation à prier ensemble pour lui. Je sens qu'en cet instant, sont
proches de nous le Patriarche de Babylone des Chaldéens, le Cardinal Emmanuel
III Delly, et les Evêques de cette Eglise bien-aimée qui souffre, croit et prie
en Irak. J'adresse à ces vénérés frères dans l'épiscopat, à leurs prêtres, aux
religieux et à tous les fidèles une parole particulière de salut et
d'encouragement, assuré qu'ils sauront trouver dans la foi la force pour ne pas
perdre courage dans la situation difficile qu'ils vivent actuellement.
Le contexte liturgique dans lequel nous nous trouvons est des plus éloquents:
ce sont les jours au cours desquels nous revivons les derniers moments de la vie
terrestre de Jésus: des heures dramatiques, pleines d'amour et de crainte,
particulièrement dans l'âme de ses disciples. Des heures au cours desquelles
l'opposition entre la vérité et le mensonge, entre la douceur d'âme et la
droiture du Christ et la violence et la duperie de ses ennemis est réelle. Jésus
a connu l'approche de sa mort violente, il a senti le filet de ses persécuteurs
se resserrer autour de lui. Il a connu l'épreuve de l'angoisse et de la peur,
jusqu'à l'heure cruciale du Gethsémani. Mais il a vécu tout cela plongé dans la
communion avec le Père et réconforté par l'"onction" de l'Esprit Saint.
L'Evangile d'aujourd'hui évoque le repas de Béthanie, qui, au regard plein de
foi du disciple Jean, révèle des significations profondes. Le geste de Marie,
l'onction des pieds de Jésus avec le précieux onguent, devient un acte
reconnaissant d'amour extrême en vue de la sépulture du Maître; et le parfum,
qui se diffuse dans toute la maison, est le symbole de son immense charité, de
la beauté et de la bonté de son sacrifice, qui remplit l'Eglise. Je pense au
saint Chrême, dont fut oint le front de Mgr Rahho au moment de son baptême et de
sa confirmation; dont furent ointes ses mains au jour de son ordination
sacerdotale, enfin son front et ses mains quand il fut consacré Evêque. Mais je
pense également à toutes les "onctions" d'affection filiale, d'amitié
spirituelle, de dévotion que ses fidèles réservaient à sa personne, et qui l'ont
accompagné dans les heures terribles de l'enlèvement et de la prison douloureuse
- où il était peut-être déjà blessé -, jusqu'à l'agonie et à la mort. Jusqu'à
cette indigne sépulture, où on a retrouvé sa dépouille mortelle. Mais ces
onctions, sacramentelles et spirituelles, étaient un gage de résurrection, gage
de la vie véritable et pleine que le Seigneur Jésus est venu nous donner!
La lecture du prophète Isaïe nous a placés devant la figure du Serviteur du
Seigneur, dans le premier des quatre "Chants", dans lesquels ressortent la
douceur et la force de ce mystérieux envoyé de Dieu, qui s'est pleinement
réalisé en Jésus Christ. Le Serviteur est présenté comme celui qui "portera le
droit", "proclamera le droit", "établira le droit", j'insiste sur ce terme qui
doit faire l'objet d'une attention particulière. Le Seigneur l'a appelé "pour la
justice" et il réalisera cette mission universelle avec la force non violente de
la vérité. Nous voyons dans la Passion du Christ l'accomplissement de cette
mission, quand, face à une condamnation injuste, Il rend témoignage à la vérité,
en restant fidèle à la loi de l'amour. Sur cette même voie, Mgr Rahho a pris sa
croix et a suivi le Seigneur Jésus, et a ainsi contribué à porter le droit dans
son pays martyrisé et dans le monde entier, en rendant témoignage à la vérité.
Il a été un homme de paix et de dialogue. Je sais qu'il avait une prédilection
particulière pour les pauvres et les porteurs de handicap, pour l'assistance
physique et psychique desquels il avait créé une association spéciale intitulée
Joie et Charité ("Farah wa Mahabba"), à laquelle il avait confié la tâche de
valoriser ces personnes et de soutenir leurs familles, et nombre d'entre
elles avaient appris de lui à ne pas cacher ces parents et à voir le Christ en
eux. Puisse son exemple soutenir tous les Irakiens de bonne volonté, chrétiens
et musulmans, à construire une communauté de vie pacifique, fondée sur la
fraternité humaine et sur le respect réciproque.
Ces jours-ci, en profonde union avec la communauté chaldéenne en Irak et à
l'étranger, nous avons pleuré sa mort, et la manière inhumaine par laquelle a
été conclue sa vie terrestre. Mais aujourd'hui, dans cette Eucharistie que
nous offrons pour son âme consacrée, nous voulons rendre grâce à Dieu pour tout
le bien qu'il a accompli en lui et à travers lui. Nous voulons en même temps
espérer que, du ciel, il intercède auprès du Seigneur pour obtenir aux fidèles
de cette terre tellement éprouvée le courage de continuer à travailler pour un
avenir meilleur. Que les chrétiens de cette terre sachent persévérer dans
l'engagement de l'édification d'une société pacifique et solidaire sur la voie
du progrès et de la paix, comme le bien-aimé Mgr Paulos se dépensa sans réserve
au service de son peuple. Nous confions ces vœux à l'intercession de la
Très Sainte Vierge Marie, Mère du Verbe incarné pour le salut des hommes, et
donc, pour tous, Mère de l'espérance.
© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana
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