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MESSE AVEC LES MEMBRES DES INSTITUTS DE VIE
CONSACRÉE HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI
Basilique vaticane
[Vidéo]
Chers frères et sœurs ! Dans son
récit de l’enfance de Jésus, saint Luc souligne que
Marie et Joseph étaient fidèles à la loi du Seigneur.
Avec une profonde dévotion, ils accomplissent tout ce
qui est prescrit après la naissance d’un garçon
premier-né. Il s’agit de deux prescriptions très
anciennes : l’une concerne la mère et l’autre l’enfant
nouveau-né. Pour la femme, il est prescrit de s’abstenir
des pratiques rituelles pendant quarante jours, et
d’offrir ensuite un double sacrifice : un agneau en
holocauste, et un pigeon ou une tourterelle pour le
péché ; mais si la femme est pauvre, elle peut offrir
deux tourterelles ou deux pigeons (cf. Lv 12,
1-8). Saint Luc précise que Marie et Joseph offrirent le
sacrifice des pauvres (cf. 2, 24), pour souligner que
Jésus est né dans une famille de gens simples, humble
mais très croyante : une famille appartenant aux pauvres
d’Israël, qui forment le véritable peuple de Dieu. Pour
le fils premier-né, qui, selon la loi de Moïse, est la
propriété de Dieu, le rachat était en revanche prescrit
et établi au moyen de l’offre de cinq sicles, à payer à
un prêtre n’importe où. Ceci pour faire éternellement
mémoire du fait qu’au temps de l’Exode, Dieu épargna les
premiers-nés des juifs (cf. Ex 13, 11-16). Il est
important d’observer que pour ces deux actes — la
purification de la mère et le rachat de l’enfant — il
n’était pas nécessaire d’aller au Temple. Pourtant,
Marie et Joseph veulent tout accomplir à Jérusalem, et
saint Luc montre comment toute la scène converge vers le
Temple, et se concentre ensuite sur Jésus qui y entre.
Et voici que, précisément à travers les prescriptions de
la Loi, l’événement principal devient un autre,
c’est-à-dire la « présentation » de Jésus au Temple de
Dieu, qui signifie l’acte d’offrir le Fils du Très-Haut
au Père qui l’a envoyé (cf Lc 1, 32.35). Ce récit
de l’évangéliste trouve un écho dans les paroles du
prophète Malachie que nous avons entendues au début de
la première lecture : « “Voici que je vais envoyer mon
messager, pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et
soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que
vous cherchez ; et l’Ange de l’alliance que vous
désirez, le voici qui vient !” dit le Seigneur... Il
purifiera les fils de Lévi... et ils deviendront pour le
Seigneur ceux qui présentent l’offrande selon la justice
» (3, 1.3). Il est clair qu’on ne parle pas ici d’un
enfant, et pourtant, cette parole trouve un
accomplissement en Jésus, parce que « soudain », grâce à
la foi de ses parents, Il a été amené au Temple ; et
dans l’acte de sa « présentation », ou de son « offrande
» personnelle à Dieu le Père, transparaît clairement le
thème du sacrifice et du sacerdoce, comme dans le
passage du prophète. L’enfant Jésus, qui est tout de
suite présenté au Temple, est le même qui, une fois
adulte, purifiera le Temple (cf. Jn 2, 13-22 ;
Mc 11, 15, 19) et surtout, fera de lui-même le
sacrifice et le prêtre suprême de la Nouvelle Alliance. Telle
est également la perspective de la Lettre aux Hébreux,
dont un passage a été proclamé dans la deuxième lecture,
de sorte que le thème du nouveau sacerdoce est renforcé
: un sacerdoce — celui inauguré par Jésus — qui est
existentiel : « Car du fait qu’il a lui-même souffert
par l’épreuve, il est capable de venir en aide à ceux
qui sont éprouvés » (He 2, 18). Et ainsi, nous
trouvons également le thème de la souffrance, très
accentué dans le passage de l’Évangile, lorsque Syméon
prononce sa prophétie sur l’Enfant et sur la Mère : «
Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement
d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en
butte à la contradiction, et toi-même [Marie], une épée
te transpercera l’âme ! » (Lc 2, 34-35). Le «
salut » que Jésus apporte à son peuple, et qu’il incarne
en lui-même, passe par la croix, par la mort violente
qu’Il vaincra et transformera avec le sacrifice de la
vie par amour. Ce sacrifice est déjà entièrement annoncé
dans le geste de présentation au Temple, un geste
certainement motivé par les traditions de l’Ancienne
Alliance, mais intimement animé par la plénitude de la
foi et de l’amour qui correspond à la plénitude des
temps, à la présence de Dieu et de son Saint Esprit en
Jésus. L’Esprit, en effet, plane sur toute la scène de
la Présentation de Jésus au Temple, en particulier sur
la figure de Syméon, mais également d’Anne. C’est
l’Esprit « Paraclet », qui apporte le « réconfort »
d’Israël et anime les pas et les cœurs de ceux qui
l’attendent. C’est l’Esprit qui suggère les paroles
prophétiques de Syméon et d’Anne, paroles de
bénédiction, de louange à Dieu, de foi dans son
Consacré, d’action de grâce parce que finalement nos
yeux peuvent voir et nos bras embrasser « son salut »
(cf. 2, 30). «
Lumière pour éclairer les nations et gloire de ton
peuple Israël » (2, 32) : c’est ainsi que Syméon définit
le Messie du Seigneur, au terme de son chant de
bénédiction. Le thème de la lumière, qui fait écho au
premier et au second poème du Serviteur du Seigneur dans
le Deutéro-Isaïe (cf. Is 42, 6 ; 49, 6), est
fortement présent dans cette liturgie. En effet, elle
s’est ouverte par une procession à laquelle ont
participé les supérieurs généraux et les supérieures
générales des Instituts de vie consacrée ici
représentés, qui ont porté des cierges allumés. Ce
signe, propre à la tradition liturgique de cette fête,
est très expressif. Il manifeste la beauté et la valeur
de la vie consacrée comme reflet de la lumière du Christ
; un signe qui rappelle l’entrée de Marie dans le Temple
: la Vierge Marie, la Consacrée par excellence, portait
dans ses bras la Lumière même, le Verbe fait chair, venu
dissiper les ténèbres de ce monde avec l’amour de Dieu. Chers
frères et sœurs consacrés, vous avez tous été
représentés dans ce pèlerinage symbolique qui, en l’Année
de la foi, exprime encore plus votre
rassemblement dans l’Église, pour être confirmés dans la
foi et renouveler le don de vous-mêmes à Dieu. A chacun
de vous et à vos Instituts, j’adresse avec affection mes
salutations les plus cordiales et je vous remercie de
votre présence. Dans la lumière du Christ, à travers les
multiples charismes de vie contemplative et apostolique,
vous coopérez à la vie et à la mission de l’Église dans
le monde. Dans cet esprit de reconnaissance et de
communion, je voudrais vous adresser trois invitations,
afin que vous puissiez entrer pleinement dans cette «
porte de la foi » qui est toujours ouverte pour nous
(cf. Lettre apost.
Porta fidei, n. 1). Je vous
invite en premier lieu à alimenter une foi capable
d’illuminer votre vocation. Je vous exhorte pour cela à
vous rappeler, comme dans un pèlerinage intérieur, du «
premier amour » par lequel Seigneur Jésus Christ a
réchauffé votre cœur, non par nostalgie, mais pour
alimenter cette flamme. Et pour cela, il faut demeurer
avec Lui, dans le silence de l’adoration ; et ainsi,
réveiller la volonté et la joie d’en partager la vie,
les choix, l’obéissance de la foi, la béatitude des
pauvres, la nature radicale de l’amour.
À partir toujours à nouveau
de cette rencontre d’amour, vous quittez tout pour être
avec Lui et vous placer comme Lui au service de Dieu et
des frères (cf. Exhort. apost.
Vita consecrata, n. 1). En
second lieu, je vous invite à une foi qui sache
reconnaître la sagesse de la faiblesse. Dans les joies
et dans peines du temps présent, quand la dureté et le
poids de la croix se font sentir, ne doutez pas que la kénose du Christ est déjà victoire pascale.
Précisément dans la limite et dans la faiblesse humaine,
nous sommes appelés à vivre la conformation au Christ
dans une orientation radicale qui anticipe, dans la
mesure possible du temps, la perfection eschatologique (ibid.,
nn. 16). Dans les sociétés de l’efficacité et de la
réussite, votre vie marquée par la « minorité » et par
la faiblesse des petits, par l’empathie avec ceux qui
n’ont pas de voix, devient un signe évangélique de
contradiction. Enfin,
je vous invite à renouveler la foi qui fait de vous des
pèlerins vers l’avenir. De par sa nature, la vie
consacrée est un pèlerinage de l’esprit, à la recherche
d’un Visage qui parfois se manifeste et parfois se
voile, i>«« Faciem tuam, Domine, requiram » (Ps
26, 8). Que cela soit le désir constant de votre cœur,
le critère fondamental qui guide votre chemin, tant dans
les petites étapes quotidiennes que dans les décisions
les plus importantes. Ne vous unissez pas aux prophètes
de malheur qui proclament la fin ou le non sens de la
vie consacrée dans l’Eglise de nos jours ; mais
revêtez-vous plutôt de Jésus Christ et revêtez les armes
de lumière — comme exhorte saint Paul (cf. Rm
13, 11-14) — en demeurant éveillés et vigilants. Saint
Chromace d’Aquilée écrivait : « Puisse le Seigneur
éloigner de nous ce péril, afin que jamais nous ne nous
laissions appesantir par le sommeil de l’infidélité ;
mais qu’il nous accorde sa grâce et sa miséricorde, afin
que nous puissions toujours veiller en Lui étant
fidèles. En effet, notre fidélité peut veiller dans le
Christ » (Sermon/i>
32, 4). Chers frères et sœurs, la joie de la vie consacrée passe nécessairement par la participation à la Croix du Christ. Il en a été ainsi pour la Très Sainte Vierge Marie. Sa souffrance est la souffrance du cœur qui ne fait qu’un avec le Cœur du Fils de Dieu, transpercé par amour. Que de cette blessure jaillisse la lumière de Dieu, et qu’également des souffrances, des sacrifices, du don d’eux-mêmes que les personnes consacrées vivent par amour de Dieu et des autres, rayonne la même lumière qui évangélise les nations. En cette Fête, je souhaite en particulier à vous, personnes consacrées, que votre vie ait toujours le goût de la parrhésie évangélique, afin qu’en vous, la Bonne nouvelle soit vécue, témoignée, annoncée et resplendisse comme Parole de vérité (cf. Lettre apost. Porta fidei, 6). Amen.
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