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RENCONTRE DU PAPE BENOÎT XVI
AVEC LES PRÊTRES DU DIOCÈSE D'ALBANO

Salle des Suisses du Palais pontifical de Castelgandolfo
Jeudi 31 août 2006

 

Quelques problèmes de la vie des prêtres

P. Giuseppe Zane, Vicaire ad omnia, âgé de 83 ans: 

"Notre Evêque vous a illustré, bien que brièvement, la situation de notre diocèse d'Albano. Nous, prêtres, sommes pleinement insérés dans cette Eglise, nous en vivons tous les problèmes et les difficultés. Jeunes ou âgés, nous nous sentons tous inadéquats, tout d'abord parce que nous sommes peu nombreux par rapport aux grandes nécessités et nous sommes d'origines différentes; en outre, nous souffrons du manque de vocations au sacerdoce. C'est pour ces raisons que nous sommes parfois découragés, cherchant un peu à "tamponner" ici et là, souvent obligés de ne faire que ce qui est le plus urgent, sans projets précis. En voyant les nombreuses choses à faire, nous avons la tentation de privilégier l'action, en négligeant l'être, et cela se reflète inévitablement sur la vie spirituelle, le dialogue avec Dieu, la prière et la charité (l'amour) envers nos frères, souvent éloignés. Saint-Père, que pouvez-vous nous dire à ce propos? J'ai un certain âge... mais ces jeunes confrères peuvent-ils avoir de l'espoir?"

BENOIT XVI: 

Chers frères, je voudrais tout d'abord vous dire une parole de bienvenue et de remerciement. Je remercie le Cardinal Sodano de sa présence, à travers laquelle il exprime son amour et son attention à l'égard de cette Eglise suburbicaire. Je vous remercie, Excellence, de vos paroles. En peu de mots, vous m'avez présenté la situation de ce diocèse, que je ne connaissais pas dans cette mesure. Je savais qu'il s'agit du plus grand des diocèses suburbicaires, mais je ne savais pas qu'il comptait jusqu'à cinq cent mille habitants. Je vois ainsi un diocèse riche de défis, de problèmes, mais, assurément, aussi de joies dans la foi. Et je vois que toutes les questions de notre époque sont présentes:  l'émigration, le tourisme, l'exclusion, l'agnosticisme, mais également une foi ferme.

Je n'ai pas la prétention d'être, à présent, une sorte d'"oracle", qui pourrait répondre de manière exhaustive à toutes les questions. Les paroles de saint Grégoire le Grand que vous avez citées, Excellence - que chacun connaisse "infirmitatem suam" -, valent aussi pour le Pape. Même le Pape, jour après jour, doit connaître et reconnaître "infirmitatem suam", ses limites. Il doit reconnaître que ce n'est que dans la collaboration avec tous, dans le dialogue, dans la coopération commune, dans la foi, comme "cooperatores veritatis" - de la Vérité qui est une Personne, Jésus - que nous pouvons effectuer ensemble notre service, chacun pour sa part. C'est dans ce sens que mes réponses ne seront pas exhaustives mais fragmentaires. Toutefois, nous acceptons précisément cela:  ce n'est qu'ensemble que nous pouvons composer la "mosaïque" d'un travail pastoral qui répond à la grandeur des défis.

Monsieur le Cardinal Sodano, vous avez dit que notre cher confrère, le P. Zane, apparaît un peu pessimiste. Mais je dois dire que chacun de nous a des moments où il peut se décourager face à l'immensité de ce qu'il faudrait faire et aux limites de ce qu'il peut, en revanche, réellement faire. Cela concerne également encore le Pape. Que dois-je faire de l'Eglise à l'heure actuelle, avec les nombreux problèmes, les nombreuses joies, les nombreux défis qui concernent l'Eglise universelle? Tant de choses se passent jour après jour et je ne suis pas en mesure de répondre à tout. J'accomplis ma part, je fais ce que je peux faire. Je cherche à trouver les priorités. Et je suis heureux d'être assisté par de si nombreux collaborateurs précieux. Je peux déjà dire ici, en ce moment:  je vois chaque jour le grand travail qu'effectue la Secrétairerie d'Etat sous votre sage direction. Et ce n'est qu'avec ce réseau de collaboration, en m'insérant avec mes petites capacités dans un tout plus grand, que je peux et que j'ose aller de l'avant.

Et ainsi, naturellement, un curé qui se trouve tout seul voit encore davantage les nombreuses choses qu'il y aurait à faire dans cette situation que vous, P. Zane, avez brièvement décrite. Et il ne peut faire qu'une chose, "tamponner" - comme vous avez dit -, apporter une sorte de "secours d'urgence", conscient que l'on devrait faire beaucoup plus. Je dirais alors que notre première nécessité à tous est de reconnaître avec humilité nos limites, de reconnaître que nous devons laisser faire la plupart des choses au Seigneur. Aujourd'hui, nous avons entendu dans l'Evangile la parabole du serviteur fidèle (Mt 24, 42-51). Ce serviteur - dit le Seigneur - donne la nourriture aux autres en temps voulu. Il ne fait pas tout ensemble, mais c'est un serviteur sage et prudent, qui sait distribuer à divers moments ce qu'il doit accomplir dans cette situation. Il le fait avec humilité, et il est aussi sûr de la confiance de son maître. Ainsi, nous devons faire tout notre possible pour essayer d'être sages et prudents, et également avoir confiance dans la bonté de notre "Maître", du Seigneur, car à la fin il doit lui-même guider son Eglise. Pour notre part, nous nous insérons avec notre petit don et nous faisons notre possible, surtout les choses qui sont toujours nécessaires:  les sacrements, l'annonce de la Parole, les signes de notre charité et de notre amour.

Quant à la vie intérieure, que vous avez mentionnée, je dirais qu'elle est essentielle pour notre service de prêtres. Le temps que nous nous réservons pour la prière n'est pas un temps soustrait à notre responsabilité pastorale, mais c'est réellement un "travail" pastoral, c'est prier aussi pour les autres. Dans le "Commun des pasteurs" ont lit comme étant caractéristique du bon Pasteur que "multum oravit pro fratribus". Il  est  propre  au pasteur d'être un homme de prière, qui se trouve devant le Seigneur en priant pour les autres, en remplaçant également les autres, qui ne savent peut-être pas prier, qui ne veulent pas prier, qui ne trouvent pas le temps de prier. Comme il apparaît ainsi évident que le dialogue avec Dieu est une oeuvre pastorale!

Je dirais donc que l'Eglise nous donne, nous impose presque - mais toujours comme une bonne Mère - d'avoir du temps libre pour Dieu, avec les deux pratiques qui font partie de nos devoirs:  célébrer la Messe et réciter le bréviaire. Mais plus que le réciter, il faut le réaliser comme écoute de la Parole que le Seigneur nous offre dans la Liturgie des Heures. Il faut intérioriser cette Parole, être attentif à ce que le Seigneur me dit à travers cette Parole, écouter ensuite les commentaires des Pères de l'Eglise ou également du Concile, dans la deuxième Lecture de l'Office des Lectures, et prier avec cette grande invocation que sont les Psaumes, à travers lesquels nous sommes insérés dans la prière de tous les temps. Le peuple de l'Ancienne Alliance prie avec nous - et nous prions avec lui. Nous prions avec le Seigneur, qui est le véritable sujet des Psaumes. Nous prions avec l'Eglise de tous les temps. Je dirais que ce temps consacré à la Liturgie des Heures est un temps précieux. L'Eglise nous donne cette liberté, cet espace libre de vie avec Dieu, qui est également vie pour les autres.

Et ainsi, il me semble important de voir que ces deux réalités - la Messe célébrée réellement en dialogue avec Dieu et la Liturgie des Heures - sont des espaces de liberté, de vie intérieure, que l'Eglise nous donne et qui sont une richesse pour nous. Dans celles-ci, comme je l'ai dit, nous rencontrons non seulement l'Eglise de tous les temps, mais le Seigneur lui-même, qui parle avec nous et attend notre réponse. Nous apprenons ainsi à prier en nous insérant dans la prière de tous les temps et nous rencontrons également le peuple. Nous pensons aux Psaumes, aux paroles des Prophètes, aux paroles du Seigneur et des Apôtres, nous pensons aux commentaires des Pères. Nous avons aujourd'hui entendu ce merveilleux commentaire de saint Colomban sur le Christ, source d'"eau vive" à laquelle nous buvons. En priant, nous rencontrons également les souffrances du peuple de Dieu d'aujourd'hui. Ces prières nous font réfléchir sur la vie de chaque jour et nous guident à la rencontre des personnes d'aujourd'hui. Elles nous illuminent au cours de cette rencontre car, dans celle-ci, nous n'apportons pas seulement notre petite intelligence, notre amour de Dieu, mais nous apprenons également, à travers cette Parole de Dieu, à leur apporter Dieu. C'est ce qu'elles attendent:  que nous leur apportions l'"eau vive", dont parle aujourd'hui saint Colomban. Les gens ont soif. Et ils cherchent à répondre à cette soif par différents divertissements. Mais ils comprennent bien que ces divertissements ne sont pas l'"eau vive" dont ils ont besoin. Le Seigneur est la source de l'"eau vive". Il dit cependant, dans le chapitre 7 de Jean, que quiconque croit devient une "source", car il a bu du Christ. Et cette "eau vive" (v. 38) devient en nous eau jaillissante, source pour les autres. Ainsi, nous cherchons à la boire dans la prière, dans la célébration de la Messe, dans la lecture:  nous cherchons à boire à cette source pour qu'elle devienne source en nous. Et nous pouvons mieux répondre à la soif des gens d'aujourd'hui en ayant en nous l'"eau vive", en ayant la réalité divine, en ayant la réalité du Seigneur Jésus qui s'est incarné. Ainsi, nous pouvons mieux répondre aux besoins de notre peuple. Voilà, en ce qui concerne la première question. Que pouvons-nous faire? Faisons toujours le possible pour nos frères - dans les autres questions nous aurons la possibilité de revenir sur ce point - et vivons avec le Seigneur pour pouvoir répondre à la véritable soif des gens.

Votre deuxième question a été:  devons-nous avoir de l'espoir pour ce diocèse, pour cette portion du peuple de Dieu qu'est ce diocèse d'Albano et pour l'Eglise? Je réponds sans hésitation:  oui! Naturellement nous avons de l'espoir:  l'Eglise est vivante! Nous avons derrière nous deux mille ans d'histoire de l'Eglise, avec tant de souffrances et aussi avec de nombreux échecs:  pensons à l'Eglise en Asie mineure, la grande et florissante Eglise de l'Afrique du Nord, qui a disparu avec l'invasion musulmane. Des parties de l'Eglise peuvent donc réellement disparaître, comme dit saint Jean dans l'Apocalypse, ou le Seigneur à travers Jean:  "Je vais venir à toi et je déplacerai ton chandelier, si tu ne te convertis pas" (2, 5). Mais, d'autre part, nous voyons comment malgré tant de crises, l'Eglise est née à nouveau avec une nouvelle jeunesse.

Au siècle de la Réforme, l'Eglise catholique semblait, en vérité, presque révolue. Le nouveau courant semblait triompher, affirmant:  maintenant l'Eglise de Rome est révolue. Mais nous voyons  qu'avec  les  grands  saints, comme Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, Charles Borromée et d'autres, l'Eglise renaît. Elle trouve dans le Concile de Trente une nouvelle actualisation et une revitalisation de sa doctrine. Et elle revit  avec  une grande vitalité. Nous voyons le siècle des Lumières, lorsque Voltaire a dit:  enfin cette antique Eglise est révolue, vive l'humanité! Et que se passe-t-il en revanche? L'Eglise se renouvelle. Le XIX siècle devient le siècle des grands saints, d'une nouvelle vitalité pour de nombreuses Congrégations religieuses, et la foi est plus forte que tous les courants qui vont et qui viennent. Il en a été ainsi également au siècle dernier. Hitler a dit une fois:  "La Providence m'a appelé, moi un catholique, pour qu'on en finisse avec le catholicisme. Seul un catholique peut détruire le catholicisme". Il était sûr de posséder tous les moyens pour détruire finalement le catholicisme. De même, le grand courant marxiste était sûr de réaliser la révision scientifique du monde et d'ouvrir les portes à l'avenir:  l'Eglise est arrivée à sa fin, elle est révolue! Mais l'Eglise est plus forte, selon les paroles du Christ. C'est la vie du Christ qui vainc dans son Eglise.

Même à une époque difficile, alors que les vocations manquent, la Parole du Seigneur reste pour l'éternité. Et celui qui - comme le dit le Seigneur lui-même - construit sa vie sur ce "roc" de la Parole du Christ, construit de manière solide. C'est pourquoi nous pouvons avoir confiance. Nous voyons également à notre époque des initiatives de foi. Nous voyons qu'en Afrique l'Eglise, malgré tous les problèmes, possède toutefois une fraîcheur de vocations encourageante. Et ainsi, avec toutes les diversités du paysage historique d'aujourd'hui, nous voyons - et plus encore, nous croyons - que les paroles du Seigneur sont esprit et vie, ce sont des paroles de vie éternelle. Saint Pierre a dit, comme nous l'avons entendu dimanche dernier dans l'Evangile (Jn 6, 69):  "Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le saint, le saint de Dieu". Et en voyant l'Eglise d'aujourd'hui, en voyant, avec toutes ses souffrances, la vitalité de l'Eglise, nous pouvons nous aussi dire:  nous croyons et savons que tu nous donnes les paroles de la vie éternelle, et donc une espérance qui ne déçoit point.

La pastorale "intégrée"

Mgr Gianni Macella, Curé à Albano: 

"Ces dernières années, en harmonie avec le projet de la Conférence épiscopale italienne pour la décennie 2000-2010, nous nous sommes engagés à réaliser un projet de "pastorale intégrée". Les difficultés sont nombreuses. Il peut être utile de rappeler au moins le fait qu'un grand nombre d'entre nous, prêtres, sont encore liés à une certaine pratique pastorale peu missionnaire et qui semblait consolidée, tant elle était liée à un contexte, comme l'on dit, "de chrétienté"; par ailleurs, beaucoup des demandes de nombreux fidèles envisagent la paroisse comme un "supermarché" de services sacrés. Voilà, je voudrais donc demander à Votre Sainteté:  la pastorale intégrée est-elle seulement une question de stratégie, ou bien y a-t-il une raison plus profonde pour laquelle nous devons continuer à travailler dans ce sens?"

BENOIT XVI: 

Je dois vous avouer que j'ai découvert avec votre question l'expression "pastorale intégrée"... J'en ai toutefois compris le sens:  à savoir que nous devons essayer d'intégrer en un unique chemin pastoral aussi bien les différents agents de la pastorale qui existent aujourd'hui, que les différentes dimensions du travail pastoral. Ainsi, je distinguerai entre les dimensions et les sujets du travail pastoral, et je tenterai ensuite d'intégrer le tout en un unique chemin pastoral.

Vous avez laissé entendre, dans votre question, qu'il y a un niveau, disons, "classique" du travail dans la paroisse au service des fidèles qui la fréquentent encore - ou peut-être même qui sont en augmentation - qui anime notre paroisse. Il s'agit de la pastorale "classique" et elle est toujours importante. Je distingue en général entre l'évangélisation continue - parce que la foi se transmet, l'Eglise est vivante - et l'évangélisation nouvelle, qui essaie d'être missionnaire, d'aller au-delà des frontières de ceux qui sont déjà des "fidèles" et qui vivent dans la paroisse, ou qui se servent, peut-être aussi avec une foi "réduite", des services de la paroisse.

Au sein de la paroisse, il me semble que nous avons trois tâches fondamentales, qui découlent de l'essence de l'Eglise et du ministère sacerdotal. La première est le service sacramentel. Je dirais que le Baptême, sa préparation et l'engagement à donner une continuité aux consignes baptismales, nous met déjà en contact également avec ceux qui n'ont pas une foi très forte. Ce n'est pas un travail, disons, pour conserver la chrétienté, mais une rencontre avec des personnes qui vont peut-être rarement à l'Eglise. L'engagement de préparer le Baptême, d'ouvrir les âmes des parents, de la famille, des parrains et des marraines, à la réalité du Baptême, peut déjà être et devrait être un engagement missionnaire, qui va bien au-delà des frontières des personnes déjà "fidèles". En préparant le Baptême, nous essayons de faire comprendre que ce sacrement fait entrer dans la famille de Dieu, que Dieu est vivant, qu'il se soucie de nous. Il s'en préoccupe au point d'avoir assumé notre chair et d'avoir institué l'Eglise qui est son Corps, à travers laquelle il peut, pour ainsi dire, à nouveau s'incarner dans notre société. Le Baptême est une nouveauté de vie dans le sens où, outre le don de la vie biologique, nous avons besoin du don d'un sens pour la vie qui soit plus fort que la mort et qui perdure, même si nos parents, un jour, ne seront plus là. Le don de la vie biologique se justifie uniquement si nous pouvons ajouter la promesse d'un sens stable, d'un avenir qui, même au cours des crises qui viendront - et que nous ne pouvons pas connaître -, donnera une valeur à la vie, afin que cela vaille la peine de vivre, d'être des créatures.

Je pense que lors de la préparation de ce sacrement ou lors des entretiens avec les parents qui se méfient du Baptême, nous nous trouvons dans une situation missionnaire. C'est un message chrétien. Nous devons nous faire les interprètes de la réalité qui a son commencement dans le Baptême. Je ne connais pas suffisamment bien le Rituel italien. Dans le Rituel classique, hérité de l'Eglise antique, le Baptême commence par la question:  "Que demandez-vous à l'Eglise de Dieu?". Aujourd'hui, tout au moins dans le rituel allemand, l'on répond simplement:  "Le Baptême". Cela n'explicite pas suffisamment ce qu'il y a à désirer. Dans le Rituel antique, l'on disait:  "La foi". C'est-à-dire une relation avec Dieu. Connaître Dieu. "Et pourquoi - continue-t-on - demandez-vous la foi?". "Parce que nous voulons la vie éternelle". C'est-à-dire que nous voulons une vie sûre même au cours des crises à venir, une vie qui a un sens, qui justifie l'être humain. Ce dialogue, quoi qu'il en soit, doit être selon moi mis en oeuvre avec les parents avant même le Baptême. Uniquement pour dire que le don du sacrement n'est pas une "chose", n'est pas simplement une "chosification" comme disent les Français, mais que c'est un travail missionnaire. Puis il y a la Confirmation, qu'il faut préparer à l'âge où les personnes commencent à prendre des décisions, notamment à l'égard de la foi. Assurément, nous ne devons pas transformer la Confirmation en une sorte de "pélagianisme", comme si à travers celle-ci l'on se faisait catholique tout seul, mais elle doit être un échange de don et de réponse. L'Eucharistie, enfin, est la présence permanente du Christ dans la célébration quotidienne de la Messe. Elle est très importante, comme on l'a dit, pour le prêtre, pour sa vie sacerdotale, en tant que présence réelle du don du Seigneur.

Nous pouvons maintenant mentionner le mariage:  celui-ci aussi se présente comme une grande occasion missionnaire,  parce  qu'aujourd'hui - grâce à Dieu - beaucoup de personnes veulent encore se marier à l'église, même si elles ne fréquentent pas beaucoup l'église. C'est une occasion pour amener ces jeunes à se confronter avec la réalité qu'est le mariage chrétien, le mariage sacramentel. Cela me semble également une grande responsabilité. Nous le voyons lors des procès en nullité et nous le voyons surtout dans le grand problème des divorcés remariés, qui veulent participer à la Communion et qui ne comprennent pas pourquoi cela n'est pas possible. Probablement n'ont-ils pas compris, au moment du "oui" devant le Seigneur, en quoi con-siste ce "oui". C'est une manière de faire alliance avec le "oui" du Christ avec nous. Une manière d'entrer dans la fidélité du Christ, c'est-à-dire dans le Sacrement qu'est l'Eglise et ainsi dans le Sacrement du mariage. C'est pourquoi je pense que la préparation au mariage est une occasion de très grande importance, une occasion d'engagement missionnaire, pour annoncer à nouveau dans le Sacrement du mariage le Sacrement du Christ, pour comprendre cette fidélité et ainsi faire comprendre ensuite le problème des divorcés remariés.

Cela est le premier domaine, le domaine "classique" des Sacrements, qui nous donne l'occasion de rencontrer des personnes qui ne vont pas tous les dimanches à l'Eglise, et donc l'occasion d'une annonce réellement missionnaire,  d'une  "pastorale  intégrée".  Le deuxième domaine est l'annonce de la Parole, avec ses deux éléments essentiels:  l'homélie et la catéchèse. Lors du Synode des Evêques de l'année dernière, les Pères ont beaucoup parlé de l'homélie, en soulignant combien il est difficile aujourd'hui de trouver le "pont" entre la Parole du Nouveau Testament, écrite il y a deux mille ans, et notre temps. Je dois dire que l'exégèse historique et critique n'est souvent pas suffisante pour nous aider dans la préparation de l'homélie. Je le constate moi-même, en essayant de préparer des homélies qui actualisent la Parole de Dieu:  ou mieux - étant donné que la Parole a une actualité en elle-même - pour faire voir, ressentir aux personnes cette actualité. L'exégèse historique et critique nous dit beaucoup sur le passé, sur le moment au cours duquel est née  la Parole, sur la signification qu'elle a eue au temps des Apôtres de Jésus, mais elle n'aide pas toujours suffisamment à comprendre que les paroles de Jésus, des Apôtres ainsi que celles de l'Ancien Testament, sont esprit et vie:  à travers lui, le Seigneur parle encore aujourd'hui. Je pense que nous devons "défier" les théologiens - le Synode l'a fait - et aller de l'avant, pour mieux aider les prêtres à préparer leurs homélies, à faire voir la présence de la Parole:  le Seigneur parle avec moi aujourd'hui et pas uniquement dans le passé. J'ai lu, ces derniers jours, le projet  de  l'Exhortation apostolique post-synodale. J'ai vu avec satisfaction que se présente à nouveau ce "défi" de préparer des modèles d'homélies. En fin de compte, le curé prépare l'homélie dans son contexte, parce qu'il parle à "sa" paroisse. Mais il a besoin d'aide pour comprendre et pour faire comprendre ce "présent" de la Parole, qui n'est jamais une Parole du passé, mais de l'"aujourd'hui".

Enfin, le troisième domaine:  la caritas, la diakonia. Nous sommes toujours responsables des personnes qui souffrent, des malades, des laissés-pour-compte, des pauvres. A partir du portrait qui m'a été fait de votre diocèse, je constate qu'ils sont nombreux à avoir besoin de notre diakonia et cela aussi constitue toujours une occasion missionnaire. Il me semble ainsi que la pastorale  paroissiale  "classique" se transcende elle-même dans ces trois secteurs et devient une pastorale missionnaire.

Je passe à présent au deuxième aspect de la pastorale, du point de vue des agents de la pastorale ainsi que du travail à accomplir. Le curé ne peut pas tout faire! C'est impossible! Il ne peut pas être un "soliste", il ne peut pas tout faire, mais il a besoin des autres agents de la pastorale. Il me semble qu'aujourd'hui, à la fois dans les mouvements et au sein de l'Action catholique, dans les Nouvelles communautés qui existent, nous avons des agents qui doivent être des collaborateurs dans la paroisse pour une pastorale "intégrée". Je voudrais dire qu'aujourd'hui il est important pour cette pastorale "intégrée", que les autres agents qui sont présents, non seulement soient actifs, mais s'intègrent dans le travail de la paroisse. Le curé ne doit pas seulement "faire", mais il doit aussi "déléguer". Les agents doivent apprendre à s'intégrer réellement dans l'engagement commun au service de la paroisse et, naturellement, également  dans la "transcendance de soi-même" que la paroisse doit accomplir dans un double sens:  transcendance de soi au sens où les paroisses collaborent au sein du diocèse, parce que l'Evêque est leur pasteur commun et aide également  à  coordonner leurs efforts; et transcendance de soi au sens où ils travaillent pour tous les hommes de ce temps et où ils cherchent également à faire arriver le message aux agnostiques, aux personnes qui sont en quête. Et cela constitue le troisième niveau, dont précédemment nous avons déjà longuement parlé. Il me semble que les occasions indiquées nous donnent la possibilité de rencontrer et de dire une parole missionnaire à ceux qui ne fréquentent pas la paroisse, qui n'ont pas la foi ou ont peu de foi. Ce sont surtout ces nouveaux sujets de la pastorale et les laïcs qui vivent dans l'univers professionnel de notre époque, qui doivent apporter la Parole de Dieu également dans les lieux qui sont souvent inaccessibles au curé. Coordonnés par l'Evêque, nous essayons ensemble de coordonner les différents secteurs de la pastorale, de rendre actifs les différents agents et sujets de la pastorale dans l'engagement commun:  d'une part d'aider la foi des croyants, qui est un trésor de très grande valeur et, de l'autre, de faire parvenir l'annonce de la foi à tous ceux qui cherchent avec un coeur sincère une réponse satisfaisante à leurs questions existentielles.

La liturgie

R.P. Vittorio Petruzzi, Vicaire paroissial à Aprilia: 

"Votre Sainteté, pour l'année pastorale qui va commencer, notre diocèse a été appelé par l'Evêque à prêter une attention particulière à la liturgie, tant au niveau théologique, que de la pratique célébrative. Les semaines d'études elles-mêmes, auxquelles nous participerons au mois de septembre prochain, auront pour thème central de réflexion "la préparation et la réalisation de l'annonce dans l'année liturgique, dans les sacrements et dans les sacramentaux". En tant que prêtres, nous sommes appelés à accomplir une liturgie "sérieuse, simple et belle", pour utiliser une belle formule présente dans le document Transmettre l'Evangile dans un monde qui change de l'épiscopat italien. Très Saint-Père, pouvez-vous nous aider à comprendre comment tout cela peut se traduire dans l'ars celebrandi?"

BENOIT XVI: 

Ars celebrandi:  ici aussi, je dirais qu'il existe diverses dimensions. La première dimension est que la celebratio est une prière et un dialogue avec Dieu:  Dieu avec nous et nous avec Dieu. La première exigence pour une bonne célébration est donc que le prêtre entre réellement dans ce dialogue. En annonçant la Parole, il se sent lui-même en dialogue avec Dieu. Il écoute la Parole et annonce cette Parole, dans le sens où il devient un instrument du Seigneur et cherche à comprendre cette Parole de Dieu qui doit ensuite être transmise au Peuple. Il est en dialogue avec Dieu, car les textes de la Messe ne sont pas des textes de théâtre ou quelque chose de semblable, mais ce sont des prières grâce auxquelles, avec l'assemblée, je parle avec Dieu. Entrer dans ce dialogue est donc important. Saint Benoît, dans sa "Règle", dit aux moines, en parlant de la récitation des Psaumes:  "Mens concordet voci". La vox, les paroles précèdent notre esprit. D'habitude, ce n'est pas comme cela:  d'abord on doit penser, puis la pensée devient parole. Mais ici, la parole précède. La Sainte Liturgie nous donne les paroles; et nous, nous devons entrer dans ces paroles, trouver l'harmonie avec cette réalité qui nous précède.

A côté de cela, nous devons également apprendre à comprendre la structure de la Liturgie et la raison pour laquelle elle est organisée ainsi. La Liturgie s'est développée à travers deux millénaires et même après la Réforme, elle n'est pas devenue quelque chose d'établi uniquement par une poignée de liturgistes. Elle demeure toujours la continuation de cette croissance permanente de l'adoration et de l'annonce. Ainsi, il est très important, pour pouvoir être en  pleine harmonie, de comprendre cette structure, qui s'est développée dans le temps et entrer ainsi avec notre mens dans la vox de l'Eglise. Dans la mesure où nous avons intériorisé cette structure, compris cette structure, assimilé les paroles de la Liturgie, nous pouvons entrer dans cette harmonie intérieure et ainsi, non seulement parler avec Dieu comme des personnes individuelles, mais entrer dans le "nous" de l'Eglise qui prie. Et de cette façon, transformer également notre "moi" en entrant dans le "nous" de l'Eglise, en enrichissant, en élargissant ce "moi", en priant avec l'Eglise, avec les paroles de l'Eglise, en étant réellement en dialogue avec Dieu.

Telle est la première condition:  nous devons nous-mêmes intérioriser la structure, les paroles de la Liturgie, la Parole de Dieu. Ainsi, notre célébration devient réellement une célébration "avec" l'Eglise:  notre coeur s'élargit et nous ne faisons pas simplement quelque chose, mais nous sommes "avec" l'Eglise et en dialogue avec Dieu. Il me semble que les personnes savent percevoir si nous sommes véritablement en dialogue avec Dieu, avec elles et, pour ainsi dire, si nous attirons les autres dans notre prière commune, si nous attirons les autres dans la communion avec les fils de Dieu; ou si, au contraire, nous faisons uniquement quelque chose d'extérieur. L'élément fondamental du véritable ars celebrandi est donc cet accord, cette harmonie entre ce que nous disons avec nos lèvres et ce que nous pensons avec le coeur. Le "Sursum corda", qui est une très ancienne parole de la Liturgie, devrait venir bien avant la Préface, bien avant la Liturgie, la "voie" de nos paroles et de notre pensée. Nous devons élever notre coeur au Seigneur, non seulement comme une réponse rituelle, mais comme une expression de ce qui a lieu dans ce coeur, qui s'élève vers le haut et qui attire vers le haut également les autres.

En d'autres termes, l'ars celebrandi n'entend pas inviter à une sorte de théâtre, ni de spectacle, mais à une intériorité qui se fait sentir et qui devient acceptable et évidente pour les personnes présentes dans l'assemblée. Ce n'est que si les personnes voient qu'il ne s'agit pas d'un ars extérieur, spectaculaire - nous ne sommes pas des acteurs! - mais qu'il s'agit de l'expression du chemin de notre coeur qui attire également leur coeur, que la Liturgie devient alors belle, qu'elle devient une communion de toutes les personnes présentes avec le Seigneur.

Naturellement, à cette condition fondamentale, exprimée dans les paroles de saint Benoît:  "Mens concordet voci" - que le coeur monte, s'élève réellement vers le Seigneur - doivent également correspondre des éléments extérieurs. Nous devons apprendre à bien prononcer les paroles. Parfois, lorsque j'étais encore professeur dans mon pays, les jeunes lisaient les Ecritures Saintes. Mais ils les lisaient comme on lit le texte d'un poète que l'on n'a pas compris. Naturellement, pour apprendre à bien prononcer, il faut avant tout avoir compris le texte dans sa dimension dramatique, dans son présent. Il en est de même pour la Préface. Et la Prière eucharistique. Il est difficile pour les fidèles de suivre un texte aussi long que notre Prière eucharistique. C'est pourquoi naissent toujours ces nouvelles "inventions". Mais avec des Prières  eucharistiques  toujours nouvelles, on ne répond pas au problème. Le problème est de faire en sorte que ce soit un moment qui invite également les autres au silence avec Dieu et à prier avec Dieu. Donc, ce n'est que si la Prière eucharistique est correctement prononcée, avec les temps de silence également appropriés, si elle est prononcée avec intériorité, mais également avec l'art de parler, que les choses peuvent s'améliorer.

Par conséquent, la récitation de la Prière eucharistique exige un moment d'attention particulière, pour être prononcée de façon à toucher les autres. Je pense que nous devons également trouver des occasions, que ce soit dans la catéchèse, dans les homélies ou lors d'autres occasions, pour bien expliquer au peuple de Dieu cette Prière eucharistique afin qu'il puisse en suivre les grand moments:  le récit et les paroles de l'institution, la prière pour les vivants et pour les défunts, l'action de grâce au Seigneur, l'épiclèse, pour faire réellement participer la communauté à cette prière.

Ensuite, les paroles doivent être bien prononcées. Et une préparation adéquate est nécessaire. Les servants d'autel doivent connaître leur tâche, les lecteurs doivent savoir réellement comment prononcer. Et le choeur, le chant, doivent être préparés; l'autel doit être correctement décoré. Tout cela fait partie - même s'il s'agit de nombreux aspects pratiques - de l'ars celebrandi. Mais, pour conclure, l'élément fondamental est cet art d'entrer en communion avec le Seigneur, que nous préparons à travers toute notre vie de prêtres.

La Famille

R.P. Angelo Pennazza, curé à Pavona: 

"Votre Sainteté, dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, nous lisons que l'"Ordre et le Mariage sont ordonnés au salut d'autrui... Ils confèrent une mission particulière dans l'Eglise et servent à l'édification du Peuple de Dieu" (n. 1534). Cela nous semble véritablement fondamental, non seulement pour notre action pastorale, mais également pour notre façon d'être prêtres. Que pouvons-nous faire, en tant que prêtres, pour traduire dans la pratique pastorale cette proposition et (selon ce que vous avez vous-même réaffirmé récemment), comment transmettre de façon positive la beauté du Mariage qui sache encore rendre amoureux les hommes et les femmes de notre temps? Que peut apporter à notre vie de prêtres la grâce sacramentelle des époux?

BENOIT XVI: 

Deux grandes questions! La première est:  comment transmettre aux personnes d'aujourd'hui la beauté du mariage? Nous constatons que de nombreux jeunes tardent à se marier à l'église, car ils ont peur de l'aspect définitif du mariage:  ils tardent même à contracter un mariage civil. Le caractère définitif apparaît aujourd'hui à de nombreux jeunes, et également moins jeunes, comme un lien contre la liberté. Et leur premier désir est la liberté. Ils ont peur à la fin de ne pas y arriver. Ils voient tant de mariages qui échouent. Ils ont peur que cette forme juridique, telles qu'ils la perçoivent, soit un poids extérieur qui éteint l'amour.

Il faut faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un lien juridique, d'un poids qui se réalise avec le mariage. Au contraire, la profondeur et la beauté résident précisément dans le caractère définitif. Ce n'est qu'ainsi que celui-ci peut faire mûrir l'amour dans toute sa beauté. Mais comment le transmettre? Cela me semble un problème commun à nous tous.

Pour moi, à Valence - et vous, Eminence, vous pourrez le confirmer - cela fut un moment important non seulement lorsque j'en ai parlé, mais lorsque se sont présentées devant moi diverses familles avec plus ou moins d'enfants; l'une des familles était presque une "paroisse" avec tous ses enfants! La présence, le témoignage de ces familles a été véritablement plus fort que toutes les paroles. Elles ont présenté avant tout la richesse de leur expérience familiale:  comment une famille aussi grande devient réellement une richesse culturelle, une opportunité d'éducation des uns et des autres, une possibilité de faire vivre ensemble les diverses expressions de la culture d'aujourd'hui, le don et l'aide réciproque également dans la souffrance, etc... Mais le témoignage des crises qu'elles ont traversées a également été important. L'un de ces couples en était presque arrivé au divorce. Ils ont expliqué comment ils ont ensuite appris à vivre cette crise, cette souffrance de la différence de l'autre et à s'accepter à nouveau. C'est précisément en surmontant le moment de la crise, du désir de se séparer, que s'est développée une nouvelle dimension de l'amour et que s'est ouverte une porte sur une nouvelle dimension de la vie, qui ne pouvait s'ouvrir qu'en supportant la souffrance de la crise.

Cela me semble très important. Aujourd'hui, on arrive à la crise au moment où l'on s'aperçoit de la différence des caractères, de la difficulté de se supporter chaque jour, pour toute la vie. A la fin, on décide alors de se séparer. Nous avons compris précisément de ces témoignages que c'est dans la crise, en traversant le moment où il semble que l'on n'en puisse plus, que s'ouvrent réellement de nouvelles portes et une nouvelle beauté de l'amour. Une beauté faite de seule harmonie n'est pas une véritable beauté. Il manque quelque chose, elle devient insuffisante. La véritable beauté a besoin également du contraste. L'obscurité et la lumière se complètent. Même le raisin a besoin pour mûrir non seulement de soleil, mais aussi de la pluie, non seulement du jour, mais aussi de la nuit.

Nous-mêmes, prêtres, tant les jeunes que les adultes, devons apprendre la nécessité de la souffrance, de la crise. Nous devons supporter, transcender cette souffrance. Ce n'est qu'ainsi que la vie s'enrichit. Pour moi, le fait que le Seigneur porte éternellement les stigmates revêt une valeur symbolique. Expression de l'atrocité de la souffrance et de la mort, ils représentent à présent le sceau de la victoire du Christ, de toute la beauté de sa victoire et de son amour pour nous. Nous devons accepter, en tant que prêtres ou en tant qu'époux, la nécessité de supporter la crise de la différence, de l'autre, la crise dans laquelle il semble que l'on ne puisse plus demeurer ensemble. Les époux  doivent apprendre ensemble à aller de l'avant, également par amour pour leurs enfants, et ainsi se connaître à nouveau, s'aimer à nouveau, d'un amour beaucoup plus profond, beaucoup plus vrai. C'est ainsi, en parcourant un long chemin, avec ses souffrances, que mûrit réellement l'amour.

Il me semble que nous, les prêtres, pouvons également apprendre des époux, précisément de leurs souffrances et de leurs sacrifices. Nous pensons souvent que seul le célibat est un sacrifice. Mais, en connaissant les sacrifices des personnes mariées - pensons à leurs enfants, aux problèmes qui apparaissent, aux peurs, aux souffrances, aux maladies, à la rébellion, et également aux problèmes des premières années, lorsque les nuits sont presque toujours privées de sommeil à cause des pleurs des petits enfants - nous devons apprendre d'eux, de leurs sacrifices, notre propre sacrifice. Et apprendre ensemble qu'il est beau de mûrir dans les sacrifices et ainsi oeuvrer au salut des autres. Dom Pennazza, vous avez à juste titre cité le Concile, qui affirme que le mariage est un sacrement pour le salut des autres:  avant tout pour le salut de l'autre, de l'époux, de l'épouse, mais également des petits, des enfants, et enfin de toute la communauté. Et de cette façon, le prêtre aussi mûrit dans la rencontre.

Je pense alors que nous devons faire participer les familles. Les fêtes de la famille me semblent très importantes. A l'occasion des fêtes, il faut que la famille apparaisse, il faut qu'apparaisse la beauté des familles. Les témoignages également - bien qu'ils soient peut-être un peu trop à la mode - peuvent en certaines occasions être réellement une annonce, une aide pour nous tous.

Pour conclure, il demeure très important pour moi que dans la Lettre de saint Paul aux Ephésiens, les noces de Dieu avec l'humanité à travers l'incarnation du Seigneur se réalisent dans la Croix, dans laquelle naît la nouvelle humanité, l'Eglise. Le mariage chrétien naît précisément dans ces noces divines. Il est, comme le dit saint Paul, la concrétisation sacramentelle de ce qui a lieu dans ce grand Mystère. Ainsi, nous devons toujours apprendre à nouveau ce lien entre Croix et Résurrection, entre Croix et beauté de la Rédemption, et nous insérer dans ce Sacrement. Prions le Seigneur afin qu'il nous aide à annoncer correctement ce Mystère, à vivre ce Mystère, à apprendre des époux comment ils le vivent, à nous aider à vivre la Croix, de façon à arriver également aux moments de la joie et de la Résurrection.

Les jeunes

R.P. Gualtiero Isacchi, responsable du service diocésain de la Pastorale des jeunes: 

"Les jeunes sont au centre d'une attention plus décisive de la part de notre diocèse, comme de toute l'Eglise qui est en Italie. Les Journées mondiales les ont révélés:  ils sont nombreux et enthousiastes. Et pourtant, généralement, nos paroisses ne sont pas suffisamment équipées pour les accueillir; les communautés paroissiales et les agents de la pastorale ne sont pas suffisamment préparés pour dialoguer avec eux; les prêtres, occupés par leurs autres tâches, n'ont pas le temps nécessaire pour les écouter. On se rappelle d'eux lorsqu'ils deviennent un problème ou lorsque nous avons besoin d'eux pour animer une célébration ou une fête... Comment un prêtre peut-il aujourd'hui exprimer son option préférentielle pour les jeunes, tout en ayant un programme pastoral chargé? Comment pouvons-nous servir les jeunes à partir de leurs valeurs au lieu de nous servir d'eux pour "notre propre compte"?"

BENOIT XVI: 

Je voudrais avant tout insister sur ce que vous avez dit. A l'occasion des Journées mondiales de la Jeunesse, et également en d'autres occasions - comme récemment lors de la Veillée de Pentecôte - il apparaît qu'il existe un désir chez les jeunes, une recherche également de Dieu. Les jeunes veulent voir si Dieu existe et ce que Dieu nous dit. Il existe donc une certaine disponibilité, avec toutes les difficultés d'aujourd'hui. Il existe également un enthousiasme. Nous devons donc faire notre possible pour maintenir allumée cette flamme qui se manifeste lors d'occasions comme les Journées mondiales de la Jeunesse.

Comment faire? C'est une question qui nous concerne tous. Je pense que c'est précisément ici que devrait se réaliser une "pastorale intégrée", car en réalité, tous les prêtres n'ont pas le temps de s'occuper suffisamment des jeunes. Il faut donc besoin une pastorale qui transcende les limites de la paroisse et qui transcende également les limites du travail du prêtre. Une pastorale qui concerne également de nombreux agents. Il me semble que, sous la coordination de l'Evêque, il faut trouver la façon, d'une part, d'intégrer les jeunes dans la paroisse afin qu'ils soient un ferment de la vie paroissiale; et, de l'autre, de trouver également pour  ces jeunes l'aide d'agents extra-paroissiaux. Les deux choses doivent aller de pair. Il faut suggérer aux jeunes que, non seulement dans la paroisse mais dans divers contextes, ils doivent s'intégrer dans la vie du diocèse, pour se retrouver ensuite également dans la paroisse. Il faut donc favoriser toutes les initiatives qui vont dans ce sens.
Je pense qu'aujourd'hui, l'expérience du volontariat est très importante. Il est important que les jeunes ne soient pas abandonnés aux discothèques, mais qu'ils aient des occupations dans lesquelles ils voient qu'ils sont nécessaires, ils s'aperçoivent qu'ils peuvent faire quelque chose de bien. En ressentant cet élan à faire quelque chose de bien pour l'humanité, pour une personne, pour un groupe, les jeunes ressentent cet encouragement à s'engager et trouvent également la "voie" positive d'un engagement, d'une éthique chrétienne. Il me semble très important que les jeunes aient réellement des occupations qui montrent leur nécessité, qui les guident sur la voie d'un service positif dans l'aide inspirée par l'amour du Christ pour les hommes, afin qu'eux-mêmes recherchent les sources auxquelles puiser pour trouver la force et l'engagement.

Une autre expérience est constituée par les groupes de prière, dans lesquels ils apprennent à écouter la Parole de Dieu, à apprendre la Parole de Dieu précisément dans leur contexte de jeunes, à entrer en contact avec Dieu. Cela veut dire également apprendre la forme commune de la prière, la Liturgie, qui sans doute dans un premier temps leur apparaît assez inaccessible. Ils apprennent qu'il existe la Parole de Dieu qui nous cherche, en dépit de la distance des temps, qui nous parle aujourd'hui. Nous portons le fruit de la terre et de notre travail au Seigneur et nous le trouvons transformé en don de Dieu. Nous parlons en tant que fils au Père, et nous recevons ensuite le don de Lui-même. Nous recevons la mission d'aller dans le monde avec le don de sa Présence.

Il serait également utile d'avoir des écoles de Liturgie, auxquelles les jeunes puissent accéder. Il faut également des occasions où les jeunes puissent se montrer et se présenter. J'ai appris qu'ici, à Albano, a été représentée la vie de saint François. S'engager dans ce sens signifie entrer dans la personnalité de saint François, de son époque, et élargir ainsi sa propre personnalité. Il ne s'agit que d'un exemple, d'une chose apparemment assez singulière. Cela peut être un moyen d'éduquer à élargir sa propre personnalité, à entrer dans un contexte de tradition chrétienne, à réveiller la soif de mieux connaître à quelle source a puisé ce saint. Ce n'était pas seulement un écologiste ou un pacifiste. C'était surtout un homme converti. J'ai lu avec grand plaisir que l'Evêque d'Assise, Mgr Sorrentino, précisément pour éviter cet "abus" de la figure de saint François, à l'occasion du VIII centenaire de sa conversion, désire proclamer une "Année de la conversion" pour voir quel est le véritable "défi". Peut-être pouvons-nous tous motiver un peu la jeunesse pour faire comprendre ce qu'est la conversion, en faisant référence également à la figure de saint François, pour rechercher une voie qui élargisse la vie. Avant, François était presque une sorte de "playboy". Puis, il a senti que ce n'était pas suffisant. Il a entendu la voix du Seigneur:  "Rebâtis ma maison". Peu à peu, il a compris ce que signifiait "bâtir la Maison du Seigneur".

Je n'ai donc pas de réponses très concrètes, car je suis confronté à une mission où je trouve les jeunes déjà réunis, grâce à Dieu. Mais il me semble que l'on doit utiliser toutes les possibilités qui s'offrent aujourd'hui dans les Mouvements, dans les Associations, dans le Volontariat, dans d'autres activités des jeunes. Il faut également présenter les jeunes à la paroisse, afin que celle-ci voit qui sont les jeunes. Une pastorale des vocations est nécessaire. Le tout doit être coordonné par l'Evêque. Il me semble que l'on trouve des agents de la pastorale à travers l'authentique coopération elle-même des jeunes qui se forment. Et l'on peut ainsi ouvrir la voie à la conversion, la joie que Dieu est là et se préoccupe de nous, que nous avons accès à Dieu et que nous pouvons aider les autres à "rebâtir sa Maison". Telle me semble être, à la fin, notre mission, parfois difficile, mais en fin de compte très belle:  celle de "bâtir la Maison de Dieu" dans le monde d'aujourd'hui.

Je vous remercie de votre attention, et je vous demande pardon pour mes réponses fragmentaires. Nous voulons collaborer ensemble afin que croisse la "Maison de Dieu" à notre époque, afin que de nombreux jeunes trouvent la voie du service au Seigneur.

 

© Copyright 2006 - Libreria Editrice Vaticana

    

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