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VOYAGE APOSTOLIQUE AU BRÉSIL
À L'OCCASION DE LA
V CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L'ÉPISCOPAT
LATINO-AMÉRICAIN ET DES CARAÏBES

SESSION INAUGURALE DES TRAVAUX
DE LA
V CONFÉRENCE GÉNÉRALE DE L'ÉPISCOPAT
LATINO-AMÉRICAIN ET DES CARAÏBES

DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI

Sanctuaire de Notre-Dame d'Aparecida
Dimanche, 13 mai 2007


Chers  frères dans l'épiscopat,
bien-aimés prêtres, religieux, religieuses et laïcs.
Chers observateurs d'autres confessions religieuses!

C'est pour moi un motif de grande joie de me trouver aujourd'hui avec vous pour inaugurer la V Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes, qui est célébrée tout près du Sanctuaire de Notre-Dame d'Aparecida, Patronne du Brésil. Je souhaite que mes premières paroles soient une action de grâce et de louange à Dieu pour le grand don de la foi chrétienne aux peuples de ce continent.

Je désire par ailleurs exprimer ma gratitude pour les aimables paroles de Monsieur le Cardinal Francisco Javier Errázuriz Ossa, Archevêque de Santiago du Chili et Président du CELAM, prononcées également au nom de l'ancien Président et des participants à cette Conférence générale.

1. La foi chrétienne en Amérique latine

La foi en Dieu a animé la vie et la culture de ces pays pendant plus de cinq siècles. De la rencontre de cette foi avec les ethnies originelles est née la riche culture chrétienne de ce continent exprimée dans l'art, dans la musique, dans la littérature et, surtout, dans les traditions religieuses et dans la manière d'être de ses peuples, unis par une même histoire et un même credo, en donnant ainsi le jour à une grande harmonie également dans la diversité des cultures et des langues. Actuellement, cette même foi doit affronter de sérieux défis, parce que sont en jeu le développement harmonieux de la société et l'identité catholique de ses peuples. A cet égard, la V Conférence générale se prépare à réfléchir sur cette situation pour aider les fidèles chrétiens à vivre leur foi avec joie et cohérence, à prendre conscience d'être disciples et missionnaires du Christ, envoyés par Lui dans le monde pour annoncer et témoigner de notre foi et de notre amour.

Mais, qu'a signifié l'acceptation de la foi chrétienne pour les pays de l'Amérique latine et des Caraïbes? Pour eux, cela a signifié connaître et accueillir le Christ, le Dieu inconnu que leurs ancêtres, sans le savoir, cherchaient dans leurs riches traditions religieuses. Le Christ était le Sauveur auquel ils aspiraient silencieusement. Cela a également signifié qu'ils ont reçu, avec les eaux du Baptême, la vie divine qui a fait d'eux les fils de Dieu par adoption; qu'ils ont reçu, en outre, l'Esprit Saint qui est venu féconder leurs cultures, en les purifiant et en développant les nombreux germes et semences que le Verbe incarné avait déposés en elles, en les orientant ainsi vers les routes de l'Evangile. En effet, à aucun moment l'annonce de Jésus et de son Evangile ne comporta une aliénation des cultures précolombiennes, ni ne fut une imposition d'une culture étrangère. Les cultures authentiques ne sont pas fermées sur elles-mêmes ni pétrifiées à un moment déterminé de l'histoire, mais elles sont ouvertes, plus encore, elles cherchent la rencontre avec les autres cultures, elles espèrent atteindre l'universalité dans la rencontre et dans le dialogue avec les autres formes de vie et avec les éléments qui peuvent conduire à une nouvelle synthèse dans laquelle soit toujours respectée la diversité des expressions et de leur réalisation culturelle concrète.

En dernière instance, seule la vérité unifie et la preuve en est l'amour. C'est pour cette raison que le Christ, étant réellement le Logos incarné, "l'amour jusqu'au bout", n'est étranger à aucune culture ni à aucune personne; au contraire, la réponse désirée dans le cœur des cultures est celle qui leur confère leur identité ultime, en unissant l'humanité et en respectant dans le même temps la richesse des diversités, en ouvrant chacun à la croissance dans la véritable humanisation, dans l'authentique progrès. Le Verbe de Dieu, en se faisant chair en Jésus Christ, se fit également histoire et culture.

L'utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, en les séparant du Christ et de l'Eglise universelle, ne serait pas un progrès, mais plutôt une régression. En réalité, il s'agirait d'un retour vers un moment historique ancré dans le passé.

La sagesse des peuples originaires les conduisit, fort heureusement, à créer une synthèse entre leurs cultures et la foi chrétienne que les missionnaires leur offraient. C'est de là qu'est née la riche et profonde religiosité populaire, dans laquelle apparaît l'âme des peuples latino-américains: 

- L'amour pour le Christ souffrant, le Dieu de la compassion, du pardon et de la réconciliation; le Dieu qui nous a aimés jusqu'à se livrer pour nous;
- L'amour pour le Seigneur présent dans l'Eucharistie, le Dieu incarné, mort et ressuscité pour être Pain de Vie;
- Le Dieu proche des pauvres et de ceux qui souffrent;
- La profonde dévotion à la Très Sainte Vierge de Guadalupe, l'Aparecida, la Vierge des diverses invocations nationales et locales. Lorsque la Vierge de Guadalupe apparut à l'indio saint Juan Diego, elle lui adressa ces paroles significatives:  "Ne suis-je pas ici moi qui suis ta mère? N'es-tu pas sous mon ombre et mon regard? Ne suis-je pas la source de ta joie? Ne demeures-tu pas à l'abri sous mon manteau entre mes bras?" (Nica Mopohua, nn. 118-119).

Cette religiosité s'exprime également dans la dévotion aux saints avec leurs fêtes patronales, dans l'amour pour le Pape et pour les autres Pasteurs, dans l'amour pour l'Eglise universelle comme grande famille de Dieu qui ne peut ni ne doit jamais laisser seuls ou dans la misère ses propres fils. Tout cela forme la grande mosaïque de la religiosité populaire qui constitue le précieux trésor de l'Eglise catholique qui est en Amérique latine, et qu'elle doit protéger, promouvoir et, lorsque cela est nécessaire, purifier également.

2. Continuité avec les autres Conférences

Cette V Conférence générale est célébrée en continuité avec les quatre autres qui l'ont précédée à Rio de Janeiro, Medellín, Puebla et Saint-Domingue. Avec le même esprit qui les anima, les Pasteurs veulent à présent donner un nouvel élan à l'évangélisation, afin que ces peuples continuent à croître et à mûrir dans leur foi, pour être la lumière du monde et des témoins de Jésus Christ à travers leur propre vie.

Après la IV Conférence générale de Saint-Domingue, beaucoup de choses ont changé dans la société. L'Eglise qui participe aux réalisations et aux espérances, aux peines et aux joies de ses fils, veut marcher à leurs côtés en cette période où les défis sont si nombreux, pour leur apporter toujours plus d'espérance et de réconfort (cf. Gaudium et spes, n. 1).

Dans le monde d'aujourd'hui se développe le phénomène de la mondialisation, comme un entrelacs de relations au niveau planétaire. Bien que, sous certains aspects, cela représente un gain pour la grande famille humaine et un signal de sa profonde aspiration à l'unité, elle comporte toutefois également, sans aucun doute, le risque de grands monopoles et de transformer le lucre en une valeur suprême. Comme tous les domaines de l'activité humaine, la mondialisation doit également être guidée par l'éthique, en plaçant toute chose au service de la personne humaine, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, comme dans d'autres régions du monde, on a enregistré des progrès vers la démocratie, bien qu'il existe des motifs de préoccupation face à des formes de gouvernement autoritaires sujettes à certaines idéologies que l'on croyait dépassées, et qui ne correspondent pas à la vision chrétienne de l'homme et de la société, comme nous l'enseigne la Doctrine sociale de l'Eglise. D'autre part, l'économie libérale de certains pays  latino-américains   doit  tenir compte de l'équité, parce que continuent d'augmenter les secteurs de la société qui se voient oppressés toujours davantage par une immense pauvreté, voire dépossédés de leurs ressources naturelles.

Dans les communautés ecclésiales de l'Amérique latine, la maturité de la foi de nombreux hommes et femmes laïcs actifs et dévoués au Seigneur, est remarquable, tout comme la présence de nombreux catéchistes généreux, de nombreux jeunes, de nouveaux mouvements ecclésiaux et de récents instituts de vie consacrée. Un grand nombre d'œuvres catholiques d'éducation, d'assistance et d'accueil se révèlent fondamentales. On perçoit, il est vrai, un certain affaiblissement de la vie chrétienne dans l'ensemble de la société et de la participation à la vie de l'Eglise catholique, dû au sécularisme, à l'hédonisme, à l'indifférentisme et au prosélytisme de nombreuses sectes, de religions animistes et de nouvelles expressions pseudo-religieuses.

Tout cela donne lieu à une situation nouvelle qui sera analysée ici, à Aparecida. Face aux nouveaux choix difficiles, les fidèles espèrent de cette V Conférence un renouveau et une revitalisation de leur foi dans le Christ, dans notre unique Maître et Sauveur, qui nous a révélé l'expérience unique de l'Amour infini de Dieu le Père pour les hommes. De cette source, pourront naître de nouvelles routes et des projets pastoraux créatifs, capables de transmettre une ferme espérance pour vivre de manière responsable et joyeuse la foi et la faire rayonner ainsi dans son propre milieu.

3. Disciples et missionnaires

Cette Conférence générale a pour thème:  "Disciples et missionnaires de Jésus Christ, afin que nos peuples aient la vie en Lui".

L'Eglise a le grand devoir de protéger et de nourrir la foi du Peuple de Dieu, et de rappeler également aux fidèles de ce  Continent que, en vertu de leur Baptême, ils sont appelés à être des disciples et des missionnaires de Jésus Christ. Cela implique de Le suivre, de vivre en intimité avec Lui, d'imiter son exemple et de témoigner. Chaque baptisé reçoit du Christ, comme les Apôtres, le mandat de la mission:  "Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la Création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé" (Mc 16, 15). Etre disciples et missionnaires de Jésus Christ et chercher la vie "en Lui" suppose que l'on soit profondément enraciné en Lui.

Que nous donne réellement le Christ? Pourquoi voulons-nous être disciples du Christ? La réponse est:  Parce que nous espérons trouver dans la communion avec Lui la vie, la véritable vie digne de ce nom, et c'est pourquoi nous voulons le faire connaître aux autres, leur communiquer le don que nous avons trouvé en Lui. Mais en est-il véritablement ainsi? Sommes-nous réellement convaincus que le Christ est le chemin, la vérité et la vie?

Devant les priorités de la foi dans le Christ et de la vie "en Lui", formulée dans l'intitulé de cette V Conférence, pourrait également être soulevée une autre question:  cette priorité ne pourrait-elle pas être, par hasard, une fuite vers l'intimité, vers l'individualisme religieux, un abandon de la réalité urgente des grands problèmes économiques, sociaux et politiques de l'Amérique latine et du monde, et une fuite de la réalité vers un monde spirituel?

Comme premier pas, nous pouvons répondre à cette question par une autre:  Qu'est-ce que cette "réalité"? Qu'est-ce que le réel? La "réalité", est-ce seulement les biens matériels, les problèmes sociaux, économiques et politiques? C'est précisément là que réside la grande erreur des tendances dominantes de ce dernier siècle, une erreur destructrice, comme le démontrent les résultats tant des systèmes marxistes que des systèmes capitalistes. Ils faussent le concept de réalité en l'amputant de leur réalité fondatrice et pour cela décisive qui est Dieu. Celui qui exclut Dieu de son horizon fausse le concept de "réalité" et, par conséquent, ne peut finir que sur des chemins erronés et avec des recettes destructrices.

La première affirmation fondamentale est donc la suivante:  Seul celui qui reconnaît Dieu connaît la réalité et peut répondre à celle-ci de manière adéquate et réellement humaine. La vérité de cette thèse apparaît avec évidence devant l'échec de tous les systèmes qui mettent Dieu entre parenthèses.

Mais une question apparaît aussitôt:  Qui connaît Dieu? Comment pouvons-nous le connaître? Nous ne pouvons pas entrer ici dans un débat complexe sur cette question fondamentale. Pour le chrétien, le cœur de la réponse est simple:  Seul Dieu connaît Dieu, seul son Fils qui est Dieu né de Dieu, vrai Dieu, le connaît. Et Lui, "qui est tourné vers le sein du Père, lui, l'a fait connaître" (Jn 1, 18). D'où l'importance unique et irremplaçable du Christ pour nous, pour l'humanité. Si nous ne connaissons pas Dieu dans le Christ et avec le Christ, toute la réalité se transforme en une réalité indéchiffrable; il n'y a pas de chemin, et comme il n'y a pas de chemin, il n'y a pas de vie, ni de vérité.

Dieu est la réalité fondatrice, non pas un Dieu seulement pensé ou hypothétique, mais bien un Dieu au visage humain; c'est le Dieu-avec-nous, le Dieu de l'amour jusqu'à la croix. Lorsque le disciple arrive à la compréhension de cet amour du Christ "jusqu'au bout", il ne peut manquer de répondre à cet amour sinon par un amour semblable:  "Je te suivrai où que tu ailles" (Lc 9, 57).

Nous pouvons encore nous poser une autre question:  que nous donne la foi dans ce Dieu? La première réponse est:  elle nous donne une famille, la famille universelle de Dieu dans l'Eglise catholique. La foi nous libère de l'isolement du moi, parce qu'elle nous conduit à la communion:  la rencontre avec Dieu est, en elle-même et comme telle, une rencontre avec nos frères, un acte de convocation, d'unification, de responsabilité envers l'autre et envers les autres. En ce sens, l'option préférentielle pour les pauvres est implicite dans la foi christologique en ce Dieu qui s'est fait pauvre pour nous, pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Co 8, 9).

Mais avant d'aborder ce qu'implique le réalisme de la foi dans le Dieu fait homme, nous devons approfondir la question:  comment connaître réellement le Christ pour pouvoir le suivre et vivre avec Lui, pour trouver la vie en Lui et pour communiquer cette vie aux autres, à la société et au monde? Tout d'abord, il nous est donné de connaître le Christ dans sa personne, dans sa vie et dans sa doctrine par l'intermédiaire de la Parole de Dieu. Au début de la nouvelle étape que l'Eglise missionnaire d'Amérique latine et des Caraïbes se prépare  à  entreprendre, à partir de cette V Conférence générale à Aparecida, la connaissance profonde de la Parole  de  Dieu  est une condition indispensable.

C'est pourquoi il faut éduquer le peuple à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu:  que celle-ci devienne sa nourriture afin qu'à travers leur propre expérience, les fidèles voient que les paroles de Jésus sont esprit et vie (cf. Jn 6, 63). Autrement, comment annonceraient-ils un message dont ils ne connaissent pas en profondeur le contenu et l'esprit? Nous devons fonder notre engagement missionnaire et toute notre vie sur le roc de la Parole de Dieu. Dans ce but, j'encourage les Pasteurs à s'efforcer de la faire connaître.

Un instrument important pour introduire le Peuple de Dieu dans le mystère du  Christ est la catéchèse. A travers celle-ci le message du Christ est transmis sous une forme simple et substantielle. Il faudra donc intensifier la catéchèse et la formation dans la foi, tant des enfants que des jeunes et des adultes. La réflexion mûre sur la foi est lumière pour le chemin de la vie et force pour être des témoins du Christ. A cette fin, on dispose d'instruments très précieux, tels que le Catéchisme de l'Eglise catholique et sa version abrégée, le Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique.

Dans ce domaine, il ne faut pas se limiter uniquement aux homélies, aux conférences, aux cours sur la Bible ou à la théologie, mais il faut recourir aux moyens de communication:  la presse, la radio et la télévision, les sites internet, les forums et les nombreux autres systèmes pour transmettre efficacement le message du Christ à un grand nombre de personnes.

Dans cet effort pour connaître le message du Christ et en faire le guide de sa propre vie, il faut rappeler que l'évangélisation s'est toujours développée en même temps que la promotion humaine et la libération chrétienne authentique. "L'amour de Dieu et l'amour du prochain se fondent l'un dans l'autre:  dans le plus petit, nous rencontrons Jésus lui-même et en Jésus nous rencontrons Dieu" (Lett. enc. Deus caritas est, n. 15). C'est pour cette raison également que sera nécessaire une catéchèse sociale et une formation adaptée à la doctrine sociale de l'Eglise, pour laquelle le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise catholique est d'une très grande utilité. La vie chrétienne ne s'exprime pas seulement dans les vertus personnelles, mais également dans les vertus sociales et politiques.

Le disciple, ainsi fondé sur le roc de la Parole de Dieu, se sent poussé à apporter la Bonne Nouvelle du salut à ses frères. La condition de disciple et la mission sont les deux faces de la même médaille:  lorsque le disciple est amoureux du Christ, il ne peut pas arrêter d'annoncer au monde que Lui seul nous sauve (cf. He 4, 12). En effet, le disciple sait que, sans le Christ, il n'y a pas de lumière, il n'y a pas d'espérance, il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'avenir.

4. "Afin qu'ils aient la vie en Lui"

Les peuples latino-américains et des Caraïbes ont droit à une vie pleine, propre aux fils de Dieu, avec certaines conditions plus humaines:  libérés des menaces de la faim et de toute forme de violence. Les Pasteurs doivent promouvoir pour ces peuples une culture de la vie qui permette, comme le disait mon prédécesseur Paul VI, "la montée de la misère vers la possession du nécessaire, l'acquisition de la culture,... la coopération au bien commun,... la reconnaissance par l'homme des valeurs suprêmes, et de Dieu qui en est la source et le terme" (Populorum progressio, n. 21).

Dans ce contexte, je suis heureux d'évoquer l'Encyclique Populorum progressio, dont nous commémorons cette année le 40 anniversaire. Ce document pontifical met en évidence que le développement authentique doit être intégral, c'est-à-dire orienté vers la promotion de tout l'homme et de tous les hommes (cf. n. 14), et il invite chacun à éliminer les graves inégalités sociales et les immenses différences dans l'accès aux biens. Ces peuples aspirent, avant tout, à la plénitude de la vie que le Christ nous a apportée:  "Moi je suis venu pour qu'on ait la vie et qu'on l'ait surabondante" (Jn 10, 10). Avec cette vie divine se développe également pleinement l'existence humaine, dans sa dimension personnelle, familiale, sociale et culturelle.

Pour former le disciple et soutenir le missionnaire dans sa grande tâche, l'Eglise leur offre, en plus du Pain de la Parole, le Pain de l'Eucharistie. A cet égard,  la  page de l'Evangile sur les disciples d'Emmaüs nous inspire et nous éclaire. Lorsque ceux-ci s'assoient à table et reçoivent de Jésus Christ le pain béni et partagé, leurs yeux s'ouvrent, ils découvrent le visage du Ressuscité, ils ressentent dans leur cœur que tout ce qu'il a dit et fait est la vérité, et que la rédemption du monde a déjà commencé. Chaque dimanche et chaque Eucharistie est une rencontre personnelle avec le Christ. En écoutant la Parole divine, le cœur brûle parce que c'est Lui qui l'explique et la proclame. Lorsque dans l'Eucharistie, le pain est partagé, c'est Lui que l'on reçoit en personne. L'Eucharistie est la nourriture indispensable pour la vie du disciple et du missionnaire du Christ.

La Messe dominicale, cœur de la vie chrétienne

D'où la nécessité de donner la priorité, dans les programmes pastoraux, à la valorisation de la Messe dominicale. Nous devons motiver les chrétiens afin qu'ils participent activement à celle-ci et, quand ils en ont la possibilité, avec leur famille. Le fait pour les parents d'assister avec leurs enfants à la célébration eucharistique dominicale est une pédagogie efficace pour transmettre la foi et un lien étroit qui conserve l'unité entre eux. Le dimanche a signifié, au cours de la vie de l'Eglise, le moment privilégié de la rencontre des communautés avec le Seigneur ressuscité.

Il est nécessaire que les chrétiens aient conscience qu'ils ne suivent pas un personnage de l'histoire passée, mais bien le Christ vivant, présent dans l'aujourd'hui et le maintenant de leur vie. Il est le Vivant qui marche à nos côtés, en nous révélant le sens des événements, de la douleur et de la mort, de la joie et de la fête, en entrant dans nos  maisons  et en demeurant dans celles-ci, en nous nourrissant du Pain qui donne la vie. C'est pourquoi la célébration dominicale de l'Eucharistie doit être le cœur de la vie chrétienne.

La rencontre avec le Christ dans l'Eucharistie suscite l'engagement de l'évangélisation et l'élan à la solidarité; elle réveille chez le chrétien le profond désir d'annoncer l'Evangile et d'en témoigner dans la société pour la rendre plus juste et plus humaine. De l'Eucharistie a germé au fil des siècles une immense richesse de charité, de participation aux difficultés des autres, d'amour et de justice. Ce n'est que de l'Eucharistie que germera la civilisation de l'amour qui transformera l'Amérique latine et les Caraïbes afin que, en plus d'être le Continent de l'Espérance, ceux-ci forment aussi le Continent de l'Amour!

Les problèmes sociaux et politiques

Arrivés à ce point, nous pouvons nous demander:  comment l'Eglise peut-elle contribuer à la solution des problèmes sociaux et politiques urgents, et répondre au grand défi de la pauvreté et de la misère? Les problèmes de l'Amérique latine et des Caraïbes, tout comme ceux du monde d'aujourd'hui, sont multiples et complexes, et l'on ne peut pas les affronter avec des programmes généraux. Sans aucun doute, la question fondamentale sur la manière dont l'Eglise, illuminée par la foi dans le Christ, doit réagir face à ces défis, nous concerne tous. Dans ce contexte, il faut inévitablement parler du problème des structures, surtout de celles qui créent de l'injustice. En réalité, les structures justes sont une condition sans laquelle un ordre juste dans la société n'est pas possible. Mais comment naissent-elles?, comment fonctionnent-elles? Le capitalisme, tout comme le marxisme, promirent de trouver la route pour la création de structures justes et ils affirmèrent que celles-ci, une fois établies, auraient fonctionné toutes seules; ils affirmèrent que non seulement elles n'auraient pas eu besoin d'une moralité individuelle antécédente, mais que celles-ci auraient promu la moralité commune. Et cette promesse idéologique s'est révélée fausse. Les faits l'ont démontré. Le système marxiste, lorsqu'il est arrivé au gouvernement, n'a pas seulement laissé un triste héritage de destructions économiques et écologiques, mais également une douloureuse oppression des âmes. Et nous constatons également la même chose à l'ouest, où croît constamment la distance entre les riches et les pauvres et où se développe une inquiétante dégradation de la dignité personnelle à travers la drogue, l'alcool et les mirages de bonheurs trompeurs.

Les structures justes sont, comme je l'ai dit, une condition indispensable pour une société juste, mais elles ne naissent pas et ne fonctionnent pas sans un consensus moral de la société sur les valeurs fondamentales et sur la nécessité de vivre ces valeurs avec les renoncements nécessaires, même contre son propre intérêt personnel.

Là où Dieu est absent - le Dieu au visage humain de Jésus Christ - ces valeurs n'apparaissent pas avec toute leur force, et l'on ne parvient pas à un un consensus sur celles-ci. Je ne veux pas dire que les non-croyants ne peuvent pas vivre une moralité élevée et exemplaire; je dis seulement qu'une société dans laquelle Dieu est absent ne trouve pas le consensus nécessaire sur les valeurs morales et la force pour vivre selon le modèle de ces valeurs, même contre ses propres intérêts.

D'autre part, les structures justes doivent être cherchées et élaborées à la lumière des valeurs fondamentales, avec tout l'engagement de la raison politique, économique et sociale. Elles sont une question de recta ratio et elles ne proviennent pas d'idéologies, ni de leurs promesses. Il existe assurément un trésor d'expériences politiques et de connaissances sur les problèmes sociaux et économiques qui mettent en évidence des éléments fondamentaux d'un Etat juste et les voies qu'il faut éviter. Mais dans des situations culturelles et politiques différentes, et dans le changement progressif des technologies et de la réalité historique mondiale, il faut chercher de manière rationnelle les réponses adaptées et il faut parvenir - avec les engagements indispensables - au consensus sur les structures qu'il faut établir.

Ce travail politique n'est pas de la compétence immédiate de l'Eglise. Le respect d'une saine laïcité - y compris la pluralité des positions politiques - est essentielle dans la tradition chrétienne.  Si  l'Eglise commençait à se transformer directement en sujet politique, elle ne ferait pas davantage pour les pauvres et pour la justice, au contraire elle ferait moins, parce qu'elle perdrait son indépendance et son autorité morale, en s'identifiant avec une seule voie politique et avec des positions partiales discutables. L'Eglise est l'avocate de la justice et des pauvres, précisément parce qu'elle ne s'identifie pas avec les hommes politiques ni avec les intérêts de parti. C'est uniquement en étant indépendante qu'elle peut enseigner les grands critères et les valeurs indispensables, orienter les consciences et offrir une option de vie qui va au-delà du domaine politique. Former les consciences, être l'avocate de la justice et de la vérité, éduquer aux vertus individuelles et politiques, est la vocation fondamentale de l'Eglise dans ce secteur. Et les laïcs catholiques doivent être conscients de leurs responsabilités dans la vie publique; ils doivent être présents dans la formation des consensus nécessaires et dans l'opposition contre les injustices.

Les structures justes ne seront jamais achevées de manière définitive; en raison de la constante évolution de l'histoire, elles doivent être toujours renouvelées et mises à jour; elles doivent être toujours animées par un "ethos" politique et humain, à la présence et l'efficacité duquel il faut toujours œuvrer. En d'autres termes, la présence de Dieu, l'amitié avec le Fils de Dieu incarné, la lumière de sa Parole, sont toujours les conditions fondamentales pour la présence et l'efficacité de la justice et de l'amour dans nos sociétés.

S'agissant d'un continent de baptisés, il faudra combler l'absence notable, dans le cadre politique, de la communication et de l'université, de voix et d'initiatives de responsables catholiques à la forte personnalité et au dévouement généreux, qui soient cohérents avec leurs convictions éthiques et religieuses. Les mouvements ecclésiaux disposent ici d'un vaste domaine pour rappeler aux laïcs leur responsabilité et leur mission d'apporter la lumière de l'Evangile dans la vie publique, économique et politique.

5. Autres domaines prioritaires

Pour mener à bien le renouveau de l'Eglise  qui  vous est confiée sur ces terres, je voudrais attirer l'attention sur certains domaines que je considère comme prioritaires dans cette nouvelle étape.

La famille

La famille, "patrimoine de l'humanité" constitue l'un des trésors les plus importants des pays latino-américains. Celle-ci a été et demeure une école de la foi, un laboratoire de valeurs humaines et civiles, un foyer dans lequel la vie humaine naît et où elle est accueillie de manière généreuse et responsable. Elle souffre indubitablement actuellement des situations difficiles provoquées par le sécularisme et le relativisme éthique, par les divers flux de migrations intérieurs et extérieurs, par la pauvreté, par l'instabilité sociale et par les législations civiles contraires au mariage qui, en favorisant les contraceptifs et l'avortement, menacent l'avenir des peuples.

Dans certaines familles de l'Amérique latine persiste encore malheureusement une mentalité machiste, qui ignore la nouveauté du christianisme dans lequel est reconnue et proclamée l'égale dignité et responsabilité de la femme par rapport à l'homme.

La famille est irremplaçable pour la sérénité personnelle et pour l'éducation des enfants. Les mères qui veulent se consacrer pleinement à l'éducation de leurs enfants et au service de la famille doivent jouir des conditions nécessaires pour pouvoir le faire, et elles ont pour cela le droit de compter sur le soutien de l'Etat. En effet, le rôle de la mère est fondamental pour l'avenir de la société.

Le père, pour sa part, a le devoir d'être vraiment un père qui exerce sa responsabilité et sa collaboration indispensables à l'éducation de leurs enfants. Les enfants, pour leur croissance intégrale,  ont  le  droit  de pouvoir compter sur un père et une mère, qui s'occupent d'eux et les accompagnent vers la plénitude de leur vie. Une pastorale de la famille intense et vigoureuse est donc nécessaire. Il est également indispensable de promouvoir des politiques familiales authentiques qui répondent aux droits de la famille comme sujet social incontournable. La famille fait partie du bien des peuples et de l'humanité tout entière.

Les prêtres

Les premiers promoteurs de la condition de disciple et de la mission sont ceux qui ont été appelés "pour être avec Jésus et être envoyés prêcher" (cf. Mc 3, 14), c'est-à-dire les prêtres. Ils doivent recevoir, de manière préférentielle, l'attention et le soin paternel de leurs Evêques, parce qu'ils sont les premiers artisans d'un renouveau authentique de la vie chrétienne au sein du Peuple de Dieu. Je veux leur adresser une parole d'affection paternelle, en souhaitant que "le Seigneur soit leur part d'héritage et leur coupe" (cf. Ps 16, 5). Si le prêtre a Dieu pour fondement et centre de sa vie, il fera l'expérience de la joie et de la fécondité de sa vocation. Le prêtre doit être avant tout un "homme de Dieu" (1 Tm 6, 11) qui connaît Dieu directement, qui a une profonde amitié personnelle avec Jésus, qui partage avec les autres les sentiments du Christ lui-même (cf. Ph 2, 5). C'est uniquement de cette manière que le prêtre sera capable de conduire les hommes à Dieu, incarné en Jésus Christ, et d'être le représentant de son amour. Pour accomplir sa tâche très élevée, le prêtre doit posséder une solide structure spirituelle et vivre toute sa vie animé par la foi, par l'espérance et par la charité. Il doit être, comme Jésus, un homme qui cherche, à travers la prière, le visage et la volonté de Dieu, et qui soit attentif également à sa préparation culturelle et intellectuelle.

Chers prêtres de ce continent et vous qui êtes venus œuvrer ici comme missionnaires, le Pape vous accompagne dans votre travail pastoral et souhaite que vous soyez emplis de joie et d'espérance et surtout il prie pour vous.

Religieux, religieuses et personnes consacrées

Je veux m'adresser également aux religieux, aux religieuses et aux femmes et aux hommes laïcs consacrés. La société latino-américaine et des Caraïbes a besoin de votre témoignage:  dans un monde qui cherche si souvent avant tout le bien-être, la richesse et le plaisir comme objectif de la vie, et qui exalte la  liberté  plutôt  que la vérité de l'homme créé par Dieu, vous êtes les témoins du fait qu'il existe une autre forme de vie qui a un sens; vous rappelez à vos frères et sœurs que le Royaume de Dieu est déjà arrivé; que la justice et la vérité sont possibles si nous nous ouvrons à la présence amoureuse de Dieu notre Père, du Christ notre frère et Seigneur, de l'Esprit Saint notre Consolateur. Avec générosité et également avec héroïsme, vous devez continuer à œuvrer afin que dans la société règnent l'amour, la justice, la bonté, le service et la solidarité conformément au charisme de vos fondateurs. Embrassez avec une profonde joie votre consécration, qui est un instrument de sanctification pour vous et de rédemption pour vos frères.

L'Eglise qui est en l'Amérique latine vous remercie pour la grande œuvre que vous avez réalisée au cours des siècles pour l'Evangile du Christ en faveur de vos frères, en particulier des plus pauvres et des moins privilégiés. Je vous invite à collaborer toujours avec les Evêques et à œuvrer en union avec eux, qui sont les responsables de l'action pastorale. Je vous exhorte également à l'obéissance sincère à l'autorité de l'Eglise. N'ayez pas d'autres objectifs que la sainteté, comme vous l'avez appris de vos fondateurs.

Les laïcs

En cette période où l'Eglise de ce continent se consacre pleinement à la vocation missionnaire, je rappelle aux laïcs qu'ils sont eux aussi l'Eglise, l'assemblée convoquée par le Christ pour apporter son témoignage au monde entier. Tous les hommes et les femmes baptisés doivent prendre conscience qu'ils ont été configurés au Christ Prêtre, Prophète et Pasteur, à travers le sacerdoce commun du Peuple de Dieu. Ils doivent se sentir coresponsables dans la construction de la société selon les critères de l'Evangile, avec enthousiasme et audace, en communion avec leurs Pasteurs.

Vous êtes nombreux, vous fidèles, à appartenir à des mouvements ecclésiaux, dans lesquels nous pouvons voir des signes de la présence multiforme et de l'action sanctificatrice de l'Esprit Saint dans l'Eglise et dans la société actuelle. Vous êtes appelés à apporter au monde le témoignage de Jésus Christ et à être le ferment de l'amour de Dieu parmi les autres.

Les jeunes et la pastorale des vocations

En Amérique latine, la majorité de la population est formée des jeunes. A cet égard, nous devons leur rappeler que leur vocation est celle d'être des amis du Christ, ses disciples. Les jeunes ne craignent pas le sacrifice, mais une vie privée de sens. Ils sont sensibles à l'appel du Christ qui les invite à le suivre. Ils peuvent répondre à cet appel comme prêtres, comme hommes ou femmes consacrés, ou bien comme pères et mères de familles, consacrés totalement à servir leurs frères à travers tout leur temps et toute leur capacité de dévouement, à travers toute leur vie. Les jeunes doivent affronter la vie comme une découverte continuelle, sans se laisser séduire par les modes ou par les mentalités du moment, mais en avançant avec une profonde curiosité pour le sens de la vie et pour le mystère de Dieu, Père Créateur, et de son Fils, notre Rédempteur, au sein de la famille humaine. Ils doivent s'engager également pour renouveler en permanence le monde à la lumière de l'Evangile. Plus encore, ils doivent s'opposer aux mirages faciles du bonheur immédiat et aux paradis trompeurs de la drogue, du plaisir, de l'alcool, comme de toute forme de violence.

6. "Reste avec nous"

Les travaux de cette V Conférence générale nous conduisent à faire nôtre la prière des disciples d'Emmaüs:  "Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme" (Lc 24, 29).

Reste avec nous, Seigneur, accompagne-nous même si nous n'avons pas toujours su te reconnaître. Reste avec nous, parce qu'autour de nous les ombres s'épaississent, et tu es la Lumière; dans nos cœurs s'insinue le découragement, et tu les fais brûler à travers la certitude de la Pâque. Nous sommes las de la route, mais tu nous réconfortes par la fraction du pain pour annoncer à nos frères qu'en vérité tu es ressuscité et que tu nous as confié la mission d'être des témoins de ta résurrection.
Reste avec nous, Seigneur, lorsqu'autour de notre foi catholique s'élèvent les brumes du doute, de la fatigue ou des difficultés:  Toi qui es la Vérité même en tant que révélateur du Père, éclaire nos esprits avec ta Parole; aide-nous à sentir la beauté de croire en toi.

Reste dans nos familles, éclaire-les dans leurs doutes, soutiens-les dans leurs difficultés, réconforte-les dans leurs souffrances et dans la fatigue de chaque jour, lorsqu'autour d'elles s'accumulent des ombres qui menacent leur unité et leur identité naturelle. Toi qui es la Vie, reste dans nos foyers, afin qu'ils continuent à être des nids où la vie humaine naisse généreusement, où l'on  accueille,  l'on  aime  et  l'on respecte  la vie de sa conception à sa fin naturelle.

Reste, Seigneur, avec ceux qui dans nos sociétés sont les plus vulnérables; reste avec les pauvres et les humbles, avec les autochtones et les Afro-américains, qui n'ont pas toujours trouvé un espace et un soutien pour exprimer la richesse de leur culture et la sagesse de leur identité. Reste, Seigneur, avec nos enfants et avec nos jeunes, qui sont l'espérance et la richesse de notre continent, protège-les des nombreux pièges qui menacent leur innocence et leurs espérances légitimes. O bon Pasteur, reste avec nos personnes âgées et avec nos malades. Fortifie-les tous dans la foi afin qu'ils soient tes disciples et missionnaires!

Conclusion

En concluant mon séjour parmi vous, je veux invoquer la protection de la Mère de Dieu et Mère de l'Eglise sur vous et sur toute l'Amérique latine et les Caraïbes. J'implore de manière particulière Notre-Dame sous le titre de Notre-Dame de Guadalupe, Patronne de l'Amérique, et Notre-Dame d'Aparecida, Patronne du Brésil, pour qu'elle vous accompagne dans votre fascinant et exigeant travail pastoral. Je lui confie le Peuple de Dieu à cette étape du troisième millénaire chrétien. Je lui demande également de guider les travaux et les réflexions de cette Conférence générale, et qu'elle bénisse d'abondants dons les bien-aimés peuples de ce continent.

Avant de rentrer à Rome, je souhaite laisser à la V Conférence générale de l'épiscopat latino-américain et des Caraïbes un souvenir qui l'accompagne et l'inspire. Il s'agit de ce magnifique triptyque que l'on doit à l'art de Cuzco, au Pérou. Le Seigneur y est représenté peu de temps avant de monter au Ciel, alors qu'il confie à ceux qui le suivaient la mission de faire des disciples de tous les peuples. Les peintures évoquent l'étroite relation de Jésus Christ avec ses disciples et missionnaires pour la vie du monde. Le dernier panneau représente saint Juan Diego alors qu'il évangélise avec l'image de la Vierge Marie sur sa "tilma" et avec la Bible à la main. L'histoire de l'Eglise nous enseigne  que la vérité de l'Evangile, lorsqu'on en saisit la beauté avec nos yeux et qu'elle est accueillie avec foi par l'intelligence et par le cœur, nous aide à contempler les dimensions du mystère qui engendrent notre émerveillement et notre adhésion.

Au moment de partir, je vous salue tous  très  cordialement avec cette ferme espérance dans le Seigneur. Merci beaucoup!

 

 

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