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DISCOURS
DU PAPE
BENOÎT XVI Salle Clémentine
Madame et Messieurs les Ambassadeurs, C’est avec plaisir que je vous
accueille à l’occasion la présentation des Lettres qui vous accréditent comme
ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de vos pays près le
Saint-Siège :
En scrutant les nombreux défis de
notre époque, nous pouvons constater que l’éducation y occupe une place de
premier plan. Elle se fait aujourd’hui dans des contextes où l’évolution des
modes de vie et de connaissance crée des ruptures humaine, culturelle, sociale
et spirituelle inédites dans l’histoire de l’humanité. Les réseaux sociaux,
autre nouveauté, ont tendance à substituer les espaces naturels de société et de
communication en devenant souvent l’unique référence de l’information et de la
connaissance. La famille et l’école ne semblent plus être le terreau fertile
premier et naturel où les jeunes générations puisent la sève nourricière de leur
existence. Par ailleurs, dans les domaines scolaire et académique, l’autorité
des enseignants et des professeurs est remise en cause et, malheureusement, la
compétence de certains d’entre eux n’est pas exempte de partialité cognitive et
de carence anthropologique, excluant ou diminuant ainsi la vérité sur la
personne humaine. Celle-ci est un être intégral et non pas une somme d’éléments
qu’on peut isoler et manipuler selon son goût. L’école et l’université semblent
être devenues incapables de projets créateurs portant en eux une téléologie
transcendantale apte à séduire les jeunes dans leur être profond, si bien que
ceux-ci, néanmoins inquiets pour leur avenir, sont tentés par le moindre effort,
le minimum suffisant et le succès facile utilisant parfois de manière
inappropriée les possibilités offertes par la technologie contemporaine.
Beaucoup voudrait réussir et atteindre vite un statut social et professionnel
importants tout en faisant fi de la formation, des compétences et de
l’expérience requises. Le monde actuel et les adultes responsables n’ont pas su
leur donner les repères nécessaires. Le dysfonctionnement de certaines
institutions et de certains services publics et privés ne pourrait-il pas être
expliqué par une éducation mal assurée et mal assumée ? Faisant mien les mots de mon
prédécesseur, le Pape
Léon XIII, je suis convaincu que « la vraie dignité de
l’homme et son excellence résident dans ses mœurs, c’est-à-dire dans sa vertu ;
la vertu est le patrimoine commun des mortels, à la portée de tous, des petits
et des grands, des pauvres et des riches » (Rerum novarum, 20).
\J’invite
donc vos gouvernements à contribuer avec courage à l’avancée de notre humanité
en favorisant l’éducation des nouvelles générations grâce à la promotion d’une
saine anthropologie, base indispensable pour toute éducation authentique, et
conforme au patrimoine naturel commun. Cette tâche pourrait passer d’abord par
une réflexion sérieuse sur les différentes problématiques existant dans vos pays
respectifs où certaines options politiques ou économiques peuvent éroder
sournoisement vos propres patrimoines anthropologiques et spirituels. Ceux-ci
ont passé au tamis des siècles et se sont constitués patiemment sur des bases
qui respectent l’essence de la personne humaine dans sa réalité plurielle tout
en demeurant en parfaite syntonie avec l’ensemble du cosmos. J’invite encore vos
gouvernants à avoir le courage de travailler à la consolidation de l’autorité
morale – comprise comme appel à une cohérence de vie – nécessaire pour une
véritable et saine éducation des jeunes générations. Le droit à une éducation aux justes
valeurs ne doit jamais être nié ou oublié. Le devoir d’éduquer à ces valeurs ne
doit jamais être tronqué ou affaibli par un quelconque intérêt politique
national ou supranational. C’est pourquoi, il est nécessaire d’éduquer dans la
vérité et à la vérité. Mais « qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18, 38), se
demandait déjà Pilate qui était un gouvernant. De nos jours, dire le vrai est
devenu suspect, vouloir vivre dans la vérité semble suranné, et la promouvoir
semble être un effort vain. Et pourtant, l’avenir de l’humanité se trouve
également dans la relation des enfants et des jeunes avec la vérité : la vérité
sur l’homme, la vérité sur la création, la vérité sur les institutions, etc.
Avec l’éducation à la rectitude du cœur et de la pensée, les jeunes ont aussi
besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’être éduqués au sens de l’effort et de
la persévérance dans les difficultés. Il faut leur apprendre que tout acte que
pose la personne humaine doit être responsable et cohérent avec son désir
d’infini, et que cet acte accompagne sa croissance en vue de la formation à une
humanité toujours plus fraternelle et libérée des tentations individualistes et
matérialistes. Vous me permettrez de saluer par
votre intermédiaire les Évêques et les fidèles des communautés catholiques
présentes dans vos pays. L’Église accomplit sa mission dans la fidélité à son
Seigneur et avec le désir ardent d’apporter sa contribution spécifique à la
promotion intégrale de vos compatriotes, notamment par l’éducation des enfants
et des jeunes. Elle participe quotidiennement aux efforts communs pour
l’épanouissement spirituel et humain de tous, par ses structures éducatives,
caritatives et sanitaires, ayant à cœur l’éveil des consciences au respect
mutuel et à la responsabilité. Dans ce sens, j’encourage vos gouvernants à
continuer à permettre à l’Église de s’occuper librement de ses champs
d’activités traditionnels qui, comme vous le savez, contribuent au développement
de vos pays et au bien commun. Madame et Messieurs les Ambassadeurs,
alors que commence officiellement votre mission auprès du Saint-Siège, je vous
offre mes vœux les meilleurs, vous assurant du soutien des divers services de © Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana
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