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DISCOURS DU PAPE BENOÎT XVI
Salle du Consistoire
Monsieur le Cardinal, chers frères dans l’épiscopat, Je garde toujours vivant le souvenir de mon
voyage apostolique en France à
l’occasion des célébrations marquant le cent cinquantième anniversaire des
apparitions à Lourdes de l’Immaculée Conception. Vous êtes le dernier des trois
groupes d’Évêques de France venus en visite ad limina. Je vous remercie, Éminence, pour vos aimables paroles. En m’adressant à vos prédécesseurs, j’ai
ouvert comme un triptyque dont l’indispensable prédelle pourrait être le
discours que je vous avais adressé à Lourdes en 2008. L’examen de cet ensemble
indissociable vous sera certainement d’utilité, et guidera vos réflexions. Vous êtes en charge de régions où la foi chrétienne a très tôt pris racine et
porté des fruits admirables. Des régions liées à des noms illustres qui ont tant
travaillé pour l’enracinement et l’épanouissement du Royaume de Dieu dans ce
monde ; les martyrs tels que Pothin et Blandine, de grands théologiens comme
Irénée et Vincent de Lérins, des maîtres de la spiritualité chrétienne comme
Bruno, Bernard, François de Sales, et tant d’autres. L’Église en France
s’inscrit dans une longue lignée de saints, de docteurs, de martyrs et de
confesseurs de la foi. Vous êtes les héritiers d’une grande expérience humaine
et d’une immense richesse spirituelle. Elles sont donc pour vous, sans aucun
doute, source d’inspiration dans votre mission de pasteurs. Ces origines et ce passé glorieux, toujours présents dans notre pensée et si
chers à notre esprit, nous permettent de nourrir une grande espérance, à la fois
solide et hardie, à l’heure de relever les défis du troisième millénaire et
d’écouter les attentes des hommes de notre époque, auxquelles Dieu seul peut
apporter une réponse satisfaisante. La Bonne Nouvelle que nous sommes chargés
d’annoncer aux hommes de tous les temps, de toutes langues et de toutes
cultures, peut se résumer en quelques mots : Dieu, créateur de l’homme, en son
fils Jésus nous fait connaître son amour pour l’humanité : « Dieu est amour »
(cf. 1Jn), il veut le bonheur de ses créatures, de tous ses enfants. La
constitution pastorale
Gaudium et spes (cf. n. 10) a posé les questions
clés de l’existence humaine, sur le sens de la vie et de la mort, du mal, de la
maladie et de la souffrance, si présents dans notre monde. Elle a rappelé que,
dans sa bonté paternelle, Dieu a voulu apporter des réponses à toutes ces
questions et que le Christ a fondé son Église pour que tous les hommes puissent
les connaître. C’est pourquoi, l’un des plus graves problèmes de notre époque
est celui de l’ignorance pratique religieuse dans laquelle vivent beaucoup
d’hommes et de femmes, y compris des fidèles catholiques (cf. Exhort. apost.
Christifideles laici, ch. V). C’est pour cette raison que la nouvelle évangélisation, dans laquelle l’Église
s’est résolument engagée depuis le
concile Vatican II et dont le Motu proprio
Ubicumque et semper a tracé les principales modalités, se présente
avec une urgence particulière comme l’ont souligné les Pères du Synode qui vient
de s’achever. Elle demande à tous les chrétiens de « rendre compte de
l’espérance qui les habite » (1 P 3, 15), consciente que l’un des
obstacles les plus redoutables de notre mission pastorale est l’ignorance du
contenu de la foi. Il s’agit en réalité d’une double ignorance : une
méconnaissance de la personne de Jésus Christ et une ignorance de la sublimité
de ses enseignements, de leur valeur universelle et permanente dans la quête du
sens de la vie et du bonheur. Cette ignorance produit en outre dans les
nouvelles générations l’incapacité de comprendre l’histoire et de se sentir
héritier de cette tradition qui a façonné la vie, la société, l’art et la
culture européenne. En cette Année de la foi, la
Congrégation pour la Doctrine de la Foi a donné, dans la
note du 6 janvier 2012, les indications pastorales souhaitables pour mobiliser toutes les énergies de
l’Église, l’action de ses pasteurs et de ses fidèles, en vue de l’animation en
profondeur de la société. C’est l’Esprit Saint qui, par « la vigueur de
l’Évangile, assure la jeunesse de l’Église et la renouvelle sans cesse » (Lumen
gentium, n.4). Cette note rappelle que « chaque initiative prise pour l’Année de la foi veut favoriser la redécouverte joyeuse et le renouvellement du
témoignage de la foi pour que cette Année soit une occasion privilégiée
de partager ce que le chrétien a de plus cher : le Christ Jésus, Rédempteur de
l’homme, Roi de l’univers, « principe et terme de la foi » (He 12, 2) ».
Le Synode des Évêques proposait récemment à tous et à chacun, les moyens pour
mener à bon port cette mission. L’exemple de notre divin Maître est toujours le
fondement de toute notre réflexion et de notre action. Prière et action, tels
sont les moyens que notre Sauveur nous demande encore et toujours d’employer. La nouvelle évangélisation sera efficace si elle engage en profondeur les
communautés et les paroisses. Les signes de vitalité et l’engagement des fidèles
laïcs dans la société française sont déjà une réalité encourageante. Nombreux
sont dans le passé les engagements des laïcs, je pense à Pauline-Marie Jaricot,
dont nous avons célébré le 150e anniversaire de la mort, et à son
œuvre de la Propagation de la foi, si déterminante pour les missions catholiques
au XIXe et au XXe siècles. Les laïcs, avec leurs évêques
et les prêtres, sont protagonistes dans la vie de l’Église et dans sa mission
d’évangélisation. Dans plusieurs de ses documents (Lumen
gentium,
Apostolicam actuositatem, entre autres), le
Concile Vatican II a souligné la
spécificité de leur mission : imprégner les réalités humaines de l’esprit de
l’Évangile. Les laïcs sont le visage du monde dans l’Église et en même temps le
visage de l’Église dans le monde. Je connais la valeur et la qualité de
l’apostolat multiforme des laïcs, hommes et femmes. J’associe ma voix à la vôtre
pour leur exprimer mes sentiments d’appréciation. L’Église en Europe et en France ne peut rester indifférente face à la diminution
des vocations et des ordinations sacerdotales, non plus que des autres genres
d’appel que Dieu suscite dans l’Église. Il est urgent de mobiliser toutes les
énergies disponibles, pour que les jeunes puissent écouter la voix du Seigneur.
Dieu appelle qui il veut et quand il veut. Cependant, les familles chrétiennes
et les communautés ferventes demeurent des terrains particulièrement favorables.
Ces familles, ces communautés et ces jeunes se trouvent donc au cœur de toute
initiative d’évangélisation, malgré un contexte culturel et social marqué par le
relativisme et l’hédonisme. La jeunesse étant l’espoir et l’avenir de l’Église et du monde, je ne veux pas omettre de mentionner l’importance de l’éducation catholique.
Elle accomplit une tâche admirable, souvent difficile, rendue possible par le
dévouement inlassable de formateurs : prêtres, personnes consacrées ou laïcs.
Au-delà du savoir transmis, le témoignage de vie des formateurs doit permettre
aux jeunes d’assimiler les valeurs humaines et chrétiennes afin de tendre à la
recherche et à l’amour du vrai et du beau (cf.
Gaudium et spes, n.
15). Continuez de les encourager et de leur ouvrir de nouvelles perspectives
pour qu’ils bénéficient aussi de l’évangélisation. Les Instituts catholiques
sont évidemment au premier poste du grand dialogue entre la foi et la culture.
L’amour de la vérité qui y rayonne est en lui-même évangélisateur. Ce sont des
lieux d’enseignement et de dialogue, et aussi des centres de recherche, qui
doivent toujours être plus développés, plus ambitieux. Je connais bien la
contribution que l’Église en France a apportée à la culture chrétienne. Je sais
votre attention – et je vous encourage dans ce sens – à cultiver la rigueur
académique et à tisser des liens plus intenses de communication et de
collaboration avec des universités d’autres pays, tantôt pour les faire
bénéficier de vos propres excellences, tantôt pour apprendre d’elles, afin de
toujours mieux servir l’Église, la société, l’homme tout entier. Je souligne
avec gratitude les initiatives prises, dans certains de vos diocèses, pour
favoriser l’initiation théologique de jeunes étudiants en disciplines profanes.
La théologie est une source de sagesse, de joie, d’émerveillement qui ne peut
être réservée aux seuls séminaristes, prêtres et personnes consacrées. Proposée
à de nombreux jeunes et adultes, elle les confortera dans leur foi, et fera
d’eux, à n’en pas douter, des apôtres audacieux et convaincants. C’est donc une
perspective qui pourrait être proposée largement aux Instituts supérieurs de
théologie, comme expression de la dimension intrinsèquement missionnaire de la
théologie, et comme service de la culture dans son sens le plus profond. Quant aux écoles catholiques qui ont façonné la vie chrétienne et culturelle de
votre pays, elles ont aujourd’hui une responsabilité historique. Lieux de
transmission du savoir et de formation de la personne, d’accueil inconditionnel
et d’apprentissage de la vie en commun, elles bénéficient souvent d’un prestige
mérité. Trouver les chemins pour que la transmission de la foi demeure au centre
de leur projet éducatif, est nécessaire. La nouvelle évangélisation passe par
ces écoles et par l’œuvre multiforme de l’éducation catholique qui sous-tend de
nombreuses initiatives et mouvements dont l’Église est reconnaissante. L’éducation aux valeurs chrétiennes donne les clés de
la culture de votre pays. En ouvrant à l’espérance et à la liberté authentique,
elle continuera de lui apporter dynamisme et créativité. L’ardeur apportée à la nouvelle évangélisation sera notre meilleure contribution
à l’épanouissement de la société humaine et la meilleure réponse aux défis de
toute sorte qui se posent à tous en ce début du troisième millénaire. Chers frères dans l’épiscopat, je vous confie, ainsi que votre travail pastoral
et l’ensemble des communautés dont vous avez la charge, à la sollicitude
maternelle de la Vierge Marie qui vous accompagnera dans votre mission au cours
des années à venir ! Et
comme je l’ai affirmé avant de laisser la France en
2008 : « De Rome, je vous resterai proche et lorsque je m'arrêterai devant la réplique de
la grotte de Lourdes, qui se trouve dans les jardins du Vatican depuis un peu
plus d'un siècle, je penserai à vous. Que Dieu vous bénisse ! »
© Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana
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