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VISITE AU SÉMINAIRE MAJEUR PONTIFICAL ROMAIN "LECTIO DIVINA" DU PAPE BENOÎT XVI Chapelle du séminaire [Vidéo] Éminence, chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce, chers amis ! C’est pour moi chaque année une grande joie d’être ici avec vous, de voir tant
de jeunes qui s’acheminent vers le sacerdoce, qui sont attentifs à la voix du
Seigneur, qui veulent suivre cette voix et cherchent la voie pour servir le
Seigneur en notre temps. Nous avons écouté trois versets de Pierre, apôtre. C’est donc celui qui a trouvé en Jésus Christ le Messie de Dieu,
qui a parlé en premier au nom de l’Église future : « Tu es le Christ, le Fils du
Dieu vivant » (cf. Mt 16, 16). Celui qui nous a introduits dans cette foi parle.
Celui auquel le Seigneur a dit : « Je te donne les clés du royaume des cieux » (cf.
Mt 16, 19), auquel il a confié son troupeau après C’est Pierre l’apôtre qui parle, mais les exégètes nous disent : il n’est pas
possible que cette Épître soit de Pierre, car le grec est si correct que ce ne
peut pas être le grec d’un pêcheur du Lac de Galilée. Et non seulement le
langage, la structure de la langue est excellente, mais la pensée aussi est déjà
assez mûre, il y a déjà des formules concrètes dans lesquelles se concentrent la
foi et la réflexion de l’Église. Ils disent donc : il s’agit déjà d’un
développement qui ne peut être celui de Pierre. Comment répondre ? Il y a deux
positions importantes : d’abord, Pierre lui-même — c’est-à-dire l’Épître — nous
donne une clé car à la fin du texte, il dit : « Je vous écris ces quelques mots
par Silvain — dia Sylvain». Ce par [dia] peut signifier
plusieurs choses : cela peut signifier que lui [Sylvain] transporte, transmet ;
cela peut vouloir dire qu’il a aidé à sa rédaction ; cela peut vouloir dire qu’il
était réellement celui qui a écrit concrètement. Dans tous les cas, nous pouvons
conclure que l’Épître même nous indique que Pierre n’a pas été seul pour écrire
cette Épître, mais il exprime la foi d’une Église qui est déjà en chemin de foi,
dans une foi toujours plus mûre. Il n’écrit pas seul, comme un individu isolé,
il écrit avec l’aide de l’Église, des personnes qui aident à approfondir la foi,
à entrer dans la profondeur de sa pensée, de son raisonnement, de sa profondeur.
Et cela est très important : Pierre ne parle pas en tant qu’individu, il parle
ex persona Ecclesiae, il parle comme homme de l’Église, certainement pas
comme personne, avec sa responsabilité personnelle, mais également comme
personne qui parle au nom de l’Église : non seulement avec des idées privées, non
pas comme un génie du XIXe siècle qui voulait exprimer uniquement des idées
personnelles, que personne n’aurait pu dire auparavant. Non. Il ne parle pas
comme un génie individualiste, mais il parle précisément dans la communion de
l’Église. Dans l’Apocalypse, dans la vision initiale du Christ, il est dit que
la voix du Christ est la voix de grandes eaux (cf. Ap 1, 15). Cela signifie : la
voix du Christ rassemble toutes les eaux du monde, elle porte en elle toutes les
eaux vives qui donnent vie au monde ; elle est Personne, mais c’est précisément
là la grandeur du Seigneur, qui porte en lui tout le fleuve de l’Ancien
Testament, et même de la sagesse des peuples. Et ce qui est dit ici sur le
Seigneur vaut, d’une autre façon, également pour l’apôtre, qui ne veut pas dire
uniquement une parole personnelle, mais qui porte en lui réellement les eaux de
la foi, les eaux de toute l’Église, et précisément ainsi donne une fertilité,
donne une fécondité et précisément ainsi, devient un témoin personnel qui
s’ouvre au Seigneur et devient ainsi ouvert et vaste. Cela est donc important. Il me semble également important que cette conclusion de l’Épître cite Sylvain
et Marc, deux personnes qui appartiennent également au cercle d’amis de saint
Paul. Ainsi, à travers cette conclusion, les mondes de saint Pierre et de saint
Paul vont de pair : il ne s’agit pas d’une théologie exclusivement pétrinienne
contre une théologie paulienne, mais d’une théologie de l’Église, dans laquelle
il y a — certainement — une diversité de tempérament, de pensée, de style dans
le langage de Paul et de Pierre. Il est bon que cette diversité existe,
aujourd’hui également, de divers charismes, de divers tempéraments, mais ils ne
sont pas opposés et s’unissent dans la foi commune. Je voudrais dire encore quelque chose: saint Pierre écrit de Rome. C’est
important : nous avons déjà ici l’Évêque de Rome, nous avons le début de la
succession, nous avons déjà le début du primat concret situé à Rome, non
seulement consigné par le Seigneur, mais situé ici, dans cette ville, dans cette
capitale du monde. Comment Pierre est-il venu à Rome ? Il s’agit d’une question
sérieuse. Les Actes des Apôtres nous racontent que, après s’être échappé
de la prison d’Hérode, il est allé dans un autre lieu (cf. 12, 17) — eis
eteron topon —, on ne sait pas dans quel autre lieu ; certains disent qu’il
s’agit d’Antioche, d’autres de Rome. Quoi qu’il en soit, dans ce chapitre, il
faut dire que, avant de s’échapper, il a confié l’Église judéo-chrétienne,
l’Église de Jérusalem, à Jacques et, en la confiant à Jacques, il demeure
toutefois le Primat de l’Église universelle, de l’Église des païens, mais aussi
de l’Église judéo-chrétienne. Et ici à Rome, il a trouvé une grande communauté
judéo-chrétienne. Les liturgistes nous disent que dans le Canon romain il y a
des traces d’un langage typiquement judéo-chrétien ; nous voyons ainsi qu’à Rome,
on trouve les deux parties de l’Église : la partie judéo-chrétienne et la partie
païenne-chrétienne, unies, expression de l’Église universelle. Et pour Pierre
assurément, le passage de Jérusalem à Rome est le passage de l’universalité de
l’Église, le passage à l’Église des païens et de tous les temps, à l’Église qui
est aussi toujours des hébreux. Et je pense qu’en allant à Rome, saint Pierre
n’a pas seulement pensé à ce passage : Jérusalem/ Rome, Église
judéo-chrétienne/Église universelle. Assurément il s’est souvenu des paroles de
Jésus à son adresse, rapportées par saint Jean : « Quand tu auras vieilli, tu
étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas »
(cf. Jn 21, 18). C’est une prophétie de la crucifixion. Les philologues nous
montrent que ce « étendre les mains » est une expression précise, technique, pour
la crucifixion. Saint Pierre savait que sa fin serait le martyre, serait la
croix. Et ainsi, il sera dans la complète sequela Christi. Donc, en
allant à Rome, il est certainement allé aussi vers le martyre : à Babylone, le
martyre l’attendait. Donc, le primat a un contenu d’universalité, mais aussi un
contenu de martyrologe. Depuis le début, Rome est aussi un lieu de martyre. En
allant à Rome, Pierre accepte à nouveau cette parole du Seigneur : il va vers Après ces paroles sur l’expéditeur, quelques mots aussi sur les personnes
auxquelles l’Épître est écrite. J’ai déjà dit que saint Pierre définit ceux à
qui il écrit par les mots « eklektois parepidemois », « aux étrangers de Peut-être aujourd’hui sommes-nous tentés de dire que nous ne voulons pas être
heureux d’être élus, ce serait du triomphalisme. Le triomphalisme, ce serait si
nous pensions que Dieu m’a élu parce que je suis particulièrement grand. Ce
serait véritablement un triomphalisme erroné. Mais être heureux parce que Dieu
m’a voulu n’est pas du triomphalisme, mais c’est de la gratitude, et je pense
que nous devons réapprendre cette joie : Dieu a voulu que je sois né ainsi, dans
une famille catholique, que j’aie connu dès le début Jésus. Quel don qu’être
voulu par Dieu, si bien que j’ai pu connaître son visage, que j’ai pu connaître
Jésus Christ, le visage humain de Dieu, l’histoire humaine de Dieu dans ce
monde ! Être joyeux parce qu’il m’a élu pour être catholique, pour être dans son
Église, là où subsistit Ecclesia unica; nous devons être heureux parce
que Dieu m’a donné cette grâce, cette beauté de connaître la plénitude de la
vérité de Dieu, la joie de son amour. Élus : un mot de privilège et d’humilité dans le même temps. Mais « élus » est — comme
je le disais — accompagné de « parapidemois », dispersés, étrangers. En
tant que chrétiens, nous sommes dispersés et nous sommes étrangers : nous voyons
qu’aujourd’hui, dans le monde, les chrétiens sont le groupe le plus persécuté
parce que non conformes, parce qu’il est un aiguillon, contre les tendances de
l’égoïsme, du matérialisme, de toutes de ces choses-là. Assurément les chrétiens ne sont pas que des étrangers ; nous sommes aussi des
nations chrétiennes, nous sommes fiers d’avoir contribué à la formation de la
culture ; il existe un sain patriotisme, une saine joie d’appartenir à une nation
qui a une grande histoire de culture, de foi. Mais cependant, en tant que
chrétiens, nous sommes toujours aussi des étrangers — le destin d’Abraham,
décrit dans Nous arrivons finalement aux trois versets d’aujourd’hui. Je voudrais souligner,
ou disons quelque peu interpréter, pour autant que je le puisse, trois mots : le
mot régénérés, le mot héritage et le mot protégés par la foi.
Régénérés — anaghennesas, dit le texte grec — signifie : être chrétien n’est
pas seulement une décision de ma volonté, une idée à moi ; je vois que c’est un
groupe qui me plaît, je deviens membre de ce groupe, je partage leurs objectifs
etc. Non : être chrétien n’est pas entrer dans un groupe pour faire quelque
chose, ce n’est pas seulement un acte de ma volonté, pas principalement de ma
volonté, de ma raison : c’est un acte de Dieu. Régénéré ne concerne pas
seulement la sphère de la volonté, de la pensée, mais la sphère de l’être. Je
suis rené : cela veut dire que devenir chrétien est tout d’abord passif ; je ne
peux pas me faire chrétien, mais on me fait renaître, je suis à nouveau fait par
le Seigneur, dans la profondeur de mon être. Et j’entre dans ce processus de la
renaissance, je me laisse transformer, renouveler, régénérer. Cela me semble
très important: en tant que chrétien, je ne me fais pas seulement une idée à
moi, que je partage avec quelques personnes, et si elles ne me plaisent plus je
peux sortir. Non : cela concerne précisément la profondeur de l’être,
c’est-à-dire que devenir chrétien commence par une action de Dieu, en
particulier une action qui vient de Lui, et que je me laisse former et
transformer. Il me semble que cela soit matière à réflexion, précisément pendant une année où
nous réfléchissons sur les sacrements de l’initiation chrétienne, de méditer
cela : ce passif et actif profond de l’être régénéré, du devenir de toute une vie
chrétienne, du fait de me laisser transformer par sa Parole, par la communion de
l’Église, par la vie de l’Église, par les signes avec lesquels le Seigneur
travaille en moi, travaille avec moi et pour moi. Et renaître, être régénérés,
indique également que j’entre ainsi dans une nouvelle famille: Dieu, mon Père,
l’Église, ma Mère, les autres chrétiens, mes frères et sœurs. Etre régénérés, se
laisser régénérer implique donc également de se laisser insérer de manière
voulue dans cette famille, de vivre pour Dieu le Père et de Dieu le Père, de
vivre de la communion avec le Christ son Fils, qui me régénère par sa
résurrection, comme le dit l’Épître (cf. 1 P 1, 3), vivre avec l’Église en me
laissant former par l’Église selon tant de sens, selon tant de chemins, et être
ouvert à mes frères, reconnaître réellement chez les autres mes frères, qui avec
moi sont régénérés, transformés, renouvelés; l’un porte la responsabilité de
l’autre. C’est donc une responsabilité du baptême qui est un processus de toute
une vie. Deuxième mot : héritage. C’est un mot très important dans l’Ancien
Testament, où il est dit à Abraham que sa semence sera l’héritière de la terre,
et cela a toujours été la promesse pour les siens : vous aurez la terre, vous
serez les héritiers de la terre. Dans le Nouveau Testament, ce mot devient un
mot pour nous : nous sommes héritiers, non d’un pays déterminé, mais de la
terre de Dieu, de l’avenir de Dieu. L’héritage est quelque chose qui appartient
à l’avenir, et ainsi ce mot dit surtout qu’en tant que chrétiens nous avons un
avenir : l’avenir nous appartient, l’avenir appartient à Dieu. Et ainsi, en étant
chrétiens, nous savons que l’avenir nous appartient et que l’arbre de l’Église
n’est pas un arbre mourant, mais l’arbre qui croît toujours à nouveau. Nous
avons donc une raison de ne pas nous laisser impressionner — comme l’a dit le
Pape Jean XXIII — par les prophètes de mauvaise augure, qui disent: l’Église est
un arbre issu d’un grain de sénevé, qui a grandi pendant deux millénaires, à
présent son temps est passé, à présent c’est le temps où il meurt. Non. L’Église
se renouvelle toujours, renaît toujours. L’avenir nous appartient.
Naturellement, il y a un faux optimisme et un faux pessimisme. Un faux
pessimisme qui dit: le temps du christianisme est fini. Non : il commence à
nouveau ! Le faux optimisme était celui après le Concile, quand les couvents
fermaient, les séminaires fermaient, et on disait : mais... ce n’est rien, tout
va bien... Non ! Tout ne va pas bien. Il y a aussi des chutes graves,
dangereuses, et nous devons reconnaître avec un sain réalisme qu’ainsi cela ne
va pas, là où on fait des choses erronées, cela ne va pas. Mais aussi être sûrs,
dans le même temps, que si, ici et là, l’Église meurt à cause des péchés des
hommes, à cause de leur non croyance, dans le même temps elle naît à nouveau.
L’avenir appartient réellement à Dieu : telle est la grande certitude de notre
vie, le grand, véritable optimisme que nous possédons. L’Église est l’arbre de
Dieu qui vit pour l’éternité et qui porte en lui l’éternité et le véritable
héritage : la vie éternelle. Et, enfin, protégés par la foi. Le texte du Nouveau Testament, de l’Épître de saint Pierre, utilise ici un mot rare, phrouroumenoi, qui veut dire : il y a « des gardiens », et la foi est comme « le gardien » qui conserve l’intégrité de mon être, de ma foi. Ce mot définit surtout les « gardiens » des portes d’une ville, où ils se tiennent et protègent la ville, afin qu’elle ne soit pas envahie par les pouvoirs de la destruction. Ainsi, la foi est le « gardien » de mon être, de ma vie, de mon héritage. Nous devons être reconnaissants pour cette vigilance de la foi qui nous protège, nous aide, nous guide, nous donne la sécurité : Dieu ne me laisse pas tomber de ses mains. Protégés par la foi : je conclus ainsi. En parlant de la foi, je dois toujours penser à cette femme syro-phénicienne malade qui, parmi la foule, réussit à arriver à Jésus, le touche pour être guérie et est guérie. Le Seigneur dit : « Qui m’a touché ? ». On lui répond : « Mais Seigneur, tous te touchent, comment peux-tu demander : qui m’a touché ? » (cf. Mc 7, 24-30). Mais le Seigneur sait, il y a une manière de le toucher, superficielle, extérieure, qui n’a réellement rien à voir avec une véritable rencontre avec Lui. Et il y a une manière de le toucher en profondeur. Et cette femme l’a touché véritablement: touché non seulement avec la main, mais avec son cœur et ainsi elle a reçu la force de guérison du Christ, en le touchant réellement de l’intérieur, de la foi. C’est cela la foi: toucher le Christ avec la main de la foi, avec notre cœur et ainsi entrer dans la force de sa vie, dans la force de guérison du Seigneur. Et prions le Seigneur de pouvoir le toucher toujours davantage de manière à être guéris. Prions pour qu’il ne nous laisse pas tomber, qu’il nous tienne toujours par la main et qu’ainsi il nous protège pour la vie véritable. Merci.
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