1. Aujourd'hui nos pensées et nos cœurs se tournent vers Celui qui, à
la demande de Pilate: "Es-tu roi ?" répondit : "Pour cela je suis né et pour cela
je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité" (Jn 18, 37).
Les temps où nous vivons, exigent que nous pensions toujours plus
souvent à cette réponse; ils nous demandent de chercher ce roi
insolite d'en éprouver la nostalgie, de le désirer avec toujours
plus d'ardeur. Comme il est merveilleux, en effet, ce roi qui renonce à tous les
signes du pouvoir, aux instruments de domination, à la force et à la violence,
et ne désire régner que par la force de la vérité et de l'amour,
par la force de la conviction intérieure et du pur abandon. Combien il est
insolite ce Roi ! Combien l'homme doit-il le désirer ! Cet homme d'aujourd'hui,
fatigué de ces méthodes d'exercer le pouvoir, qui en tant de lieux du globe
n'épargnent à l'homme ni oppression ni violence. Ce sont des formes de pouvoir
qui cherchent à conditionner l'homme jusque dans ses dimensions les plus
intérieures, l'assujettissement à des systèmes idéologiques, sans tenir compte
de leur conformité ou non à ses convictions, et font dépendre sa vie civile et
sociale de l'acceptation de ces systèmes plus que des mérites réels de la
personne.
Comme il est merveilleux ce Roi, Jésus-Christ, qui refusa de semblables
méthodes pour guider l'homme. Il dit à Pilate : "Mon royaume n'est pas de ce
monde; si mon royaume eut été de ce monde, mes serviteurs auraient combattu afin
que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n'est pas d'ici-bas" (Jn
18, 36). Il a refusé non seulement tous les moyens d'exercer le pouvoir sur les
autres par la force et la violence, mais il est allé jusqu'à se priver du
soutien légitime de la défense personnelle en face de ses persécuteurs.
Tout cela pour entrer dans la vie de l'homme par la seule force de la
vérité et de l'amour, pour obtenir le royaume des cœurs humains, en tous ceux
qui sont capables d'entendre Sa voix et de percevoir Son appel. Et ceux-ci ne
manquent pas ; au contraire, ils sont nombreux même là où règne le silence absolu
à leur sujet, là où ils sont traités comme s'ils n'existaient pas,
là où ils sont privés des droits humains les plus élémentaires, qui cependant
leur sont garantis en théorie, là où ils sont emprisonnés et jugés
parce qu'ils se réunissent ensemble pour la prière et la lecture de la Parole de
Dieu, ou parce qu'ils ont transcrit des textes liturgiques pour les fidèles qui
veulent prier.
Ils ne peuvent certainement pas conquérir les cœurs humains ces
systèmes qui ne reconnaissant pas l'égalité entre les hommes, qui sont tous fils
de Dieu, et se prévalent dans cette négation des prétextes de race, de culture,
d'opinion, exprimés d'une manière pacifique ou bien ils ne respectent pas les
exigences de la dignité physique et morale des personnes, et en premier lieu, du
droit à la défense lorsqu'elles sont inculpées.
Dans tous les systèmes d'oppression et de persécution, on ne manque pas
d'hommes qui au prix de courage et de souffrance, rendent
témoignage au Christ, et choisissent ce Roi insolite qui règne dans
les cœurs humains par la seule force de la vérité et de l'amour. Unissons-nous
aujourd'hui à eux, d'une manière spéciale par la prière.
2. Je désire ensuite vous faire participer aux sentiments que j'ai
éprouvés lors de ma récente rencontre avec des groupes d'Évêques de la Colombie
venus pour leur visite ad limina.
Le nom de la Colombie nous fait malheureusement penser aujourd'hui avec
angoisse au tremblement de terre qui, il y a deux jours, a bouleversé cette
terre, semant la mort et la destruction. Que Dieu reçoive les victimes dans sa
Maison, et que la solidarité chrétienne et humaine s'emploie pour soulager les
souffrances de ceux qui sont dans la douleur et sans habitation.
En Colombie, la semence, jetée il y a plusieurs siècles, par les
Missionnaires a grandi, et aujourd'hui cette Nation qui a presque vingt-huit
millions d'habitants, est catholique dans sa grande majorité, avec une
organisation ecclésiastique de cinquante-neufs circonscriptions.
Les problèmes ne manquent certes pas, mais il est consolant de savoir
que l'Église peut compter en Colombie, sur l'œuvre précieuse de 3.150 prêtres
diocésains, de 3.650 religieux et de plus de 18.000 religieuses, outre le
millier de laïcs adhérant aux mouvements apostoliques, tous engagés
généreusement dans l'évangélisation et la promotion humaine, coordonnées par
l'épiscopat. On découvre des signes d'une certaine reprise des vocations avec
dix-neuf grands séminaires et plus de mille élèves, tandis que quatre cent
cinquante aspirants religieux et sept cent cinquante novices préparent leur
consécration à l'Église.
Par l'intercession de la Vierge Très Sainte, qui dans ce pays est
invoquée spécialement sous le vocable de "Virgem de Chiquinquira", nous
implorons sur la chère nation colombienne, les plus larges bénédictions du
Seigneur.
3. Cet après-midi se réuniront dans la Basilique St-Pierre autour de
moi, leur évêque, tous ceux qui appartiennent aux différents secteurs de
l'apostolat des laïcs de toutes les paroisses de Rome, pour réfléchir sur leur
vocation à la lumière des documents conciliaires, et pour renouveler
l'engagement d'être — en suivant le Seigneur Jésus — "témoins fidèles" de la
domination de Dieu sur la création et dans l'histoire de l'homme, en
construisant une vraie communauté chrétienne capable d'annoncer l'Évangile avec
générosité et cohérence, en participant à toutes les sphères de la vie
contemporaine pour la former et l'animer chrétiennement.
Je leur demanderai et je vous demande maintenant à tous de ne pas
rester en arrière en face des responsabilités apostoliques, qui dérivent du baptême et de la
confirmation, et sont renforcées par la participation à
l'eucharistie, mais de donner l'apport personnel à la construction de ce
Royaume, qui, bien que n'étant pas de ce monde, existe toutefois ici-bas car il
est pour nous et au milieu de nous.
© Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana