EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE ECCLESIA IN
EUROPA DE SA SAINTETÉ LE PAPE JEAN-PAUL II
AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS SUR JÉSUS CHRIST, VIVANT DANS L'ÉGLISE, SOURCE D'ESPÉRANCE POUR L'EUROPE
INTRODUCTION
Annonce joyeuse pour l'Europe
1. L'Église en Europe a accompagné en esprit de participation ses évêques réunis
en Synode pour la deuxième fois, tandis qu'ils se livraient à une méditation sur
Jésus Christ, vivant dans l'Église, source d'espérance pour l'Europe.
C'est un thème que je veux moi aussi, reprenant avec mes frères évêques les
paroles de la Première Lettre de saint Pierre, proclamer à tous les chrétiens
d'Europe au début du troisième millénaire. « N'ayez aucune crainte [...], ne
vous laissez pas troubler. C'est le Seigneur, le Christ, que vous devez
reconnaître dans vos cœurs comme le seul Saint. Vous devez toujours être prêts à
vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de
l'espérance qui est en vous » (3, 14-15).1
Cette annonce a retenti continuellement tout au long du grand Jubilé de l'An
2000, auquel le Synode, qui s'est tenu juste avant, a été étroitement lié, étant
en quelque sorte une porte qui s'ouvrait sur lui.2 Le Jubilé a été « un chant unique, ininterrompu, de louange à la Trinité
», un vrai « chemin de réconciliation » et un « signe d'espérance authentique
pour ceux qui regardent le Christ et son Église ».3 Nous laissant en héritage la joie de la rencontre vivifiante avec le
Christ, qui est « le même, hier, aujourd'hui et pour l'éternité » (He
13, 8), il nous a proposé de nouveau le Seigneur Jésus comme fondement unique et
indéfectible de la véritable espérance.
Un deuxième Synode pour l'Europe
2. L'approfondissement du thème de l'espérance constituait dès le début le but
principal de la Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques.
Dernier des séries de Synodes de caractère continental tenus en préparation du
grand Jubilé de l'An 2000,4 il avait pour buts d'analyser la situation de l'Église en Europe et de
donner des orientations pour promouvoir une nouvelle annonce de l'Évangile,
comme je l'ai souligné dans la convocation que j'ai rendue publique le 23 juin 1996, au terme de l'Eucharistie célébrée au
stade olympique de Berlin.5
L'Assemblée synodale ne pouvait omettre de reprendre, de vérifier et de
développer ce qui était ressorti lors du précédent Synode consacré à l'Europe,
qui s'était réuni en 1991, au lendemain de la chute des murs, sur le thème «
Pour que nous soyons témoins du Christ qui nous a libérés ». Dans cette
première Assemblée spéciale étaient apparues l'urgence et la nécessité de la «
nouvelle évangélisation », dans la certitude que « l'Europe ne doit pas purement et simplement en appeler
aujourd'hui à son héritage chrétien antérieur: il lui faut trouver la capacité
de décider à nouveau de son avenir dans la rencontre avec la personne et le
message de Jésus Christ ».6
Neuf ans après, la conviction que « l'Église a le devoir pressant d'apporter à
nouveau aux Européens l'annonce libératrice de l'Évangile » 7 s'est présentée encore une fois avec sa force stimulante. Le thème choisi
pour la nouvelle Assemblée synodale proposait encore, sous l'angle de
l'espérance, le même défi. Il s'agissait donc de proclamer cette annonce
d'espérance à une Europe qui semblait l'avoir perdue.8
L'expérience du Synode
3. L'Assemblée synodale, qui a eu lieu du 1er au 23 octobre 1999, s'est avérée une précieuse occasion de rencontre,
d'écoute et de confrontation: on y a approfondi la connaissance réciproque
entre évêques des diverses parties de l'Europe et avec le Successeur de Pierre,
et tous ensemble nous avons pu nous édifier mutuellement, grâce surtout au
témoignage de ceux qui, sous les anciens régimes totalitaires, ont supporté pour
la foi de dures et longues persécutions.9 Une fois encore, nous avons vécu des moments de communion dans la foi et
dans la charité, animés par le désir de réaliser un fraternel « échange de
dons », enrichis réciproquement par la diversité des expériences de chacun.10
Il en est ressorti la volonté d'accueillir l'appel que l'Esprit adresse aux
Églises en Europe pour les mobiliser face aux nouveaux défis.11 Le regard rempli d'amour, les participants de la rencontre synodale
n'ont pas craint d'observer la réalité actuelle du continent, notant ses
lumières et ses ombres. Il en ressort une claire conscience que la situation est
marquée par de graves incertitudes dans les domaines culturel, anthropologique,
éthique et spirituel. Une volonté croissante s'est affirmée tout aussi
clairement, celle de pénétrer dans cette situation et de l'interpréter pour voir
les tâches qui attendent l'Église; il en est résulté « des orientations utiles
afin de rendre toujours plus visible le visage du Christ par une annonce plus
incisive, corroborée par un témoignage cohérent ».12
4. Le fait de vivre l'expérience synodale avec un discernement évangélique a
fait mûrir progressivement la conscience de l'unité qui, sans nier les
différences provenant des vicissitudes historiques, lie les diverses parties
de l'Europe. C'est une unité qui, s'enracinant dans une commune inspiration
chrétienne, sait harmoniser les traditions culturelles et qui requiert, sur le
plan social comme sur le plan ecclésial, une progression constante dans la
connaissance réciproque ouverte à un plus grand partage des valeurs de chacun.
Peu à peu, au cours du Synode, est devenue évidente une forte propension à
l'espérance. Tout en faisant leurs les analyses de la complexité caractéristique du continent, les
Pères synodaux ont compris que la plus grande urgence peut-être qui l'envahit, à
l'Est comme à l'Ouest, est un besoin accru d'espérance, capable de donner un
sens à la vie et à l'histoire, et d'aider à marcher ensemble. Toutes les
réflexions du Synode ont cherché à répondre à ce besoin à partir du mystère
du Christ et du mystère trinitaire. Le Synode a voulu proposer à nouveau la
figure de Jésus vivant dans son Église, révélateur du Dieu Amour qui est
communion des trois Personnes divines.
L'icône de l'Apocalypse
5. Par la présente Exhortation post-synodale, je suis heureux de pouvoir
partager avec l'Église qui est en Europe les fruits de cette Deuxième Assemblée
spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques. Je désire ainsi répondre au
souhait exprimé au terme des assises synodales, quand les Pasteurs m'ont
transmis les textes de leurs réflexions, et m'ont prié de donner à l'Église en
marche en Europe un document sur le thème même du Synode.13
« Celui qui a des oreilles, qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises! »
(Ap 2, 7). En annonçant à l'Europe l'Évangile de l'espérance, je prendrai
pour guide le Livre de l'Apocalypse, « révélation prophétique » qui
révèle à la communauté des croyants le sens caché et profond de ce qui arrivera
(cf. Ap 1, 1). L'Apocalypse nous place devant une parole adressée aux
communautés chrétiennes, afin qu'elles sachent interpréter et vivre leur insertion dans
l'histoire, avec ses interrogations et ses tribulations, à la lumière de la
victoire définitive de l'Agneau immolé et ressuscité. En même temps, nous nous
trouvons face à une parole qui engage à vivre en abandonnant la tentation
permanente de bâtir la cité des hommes sans tenir compte de Dieu ou même contre
lui. En effet, si cela se vérifiait, ce serait la convivialité humaine elle-même
qui essuierait, à plus ou moins brève échéance, une défaite irrémédiable.
L'Apocalypse contient un encouragement adressé aux croyants: au-delà de toute
apparence, et même si l'on n'en voit pas encore les effets, la victoire du
Christ est déjà advenue et elle est définitive. Il s'ensuit une tendance à se
placer face aux vicissitudes humaines dans une attitude de confiance
fondamentale, qui découle de la foi dans le Ressuscité, présent et agissant dans
l'histoire.
CHAPITRE I
JÉSUS CHRIST EST NOTRE ESPÉRANCE
« Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier,
je suis le Vivant » (Ap 1, 17-18)
Le Ressuscité est toujours avec nous
6. En un temps de persécutions, de tribulations et d'égarement pour l'Église à
l'époque de l'auteur de l'Apocalypse (cf. Ap 1, 9), la parole qui
retentit dans la vision est une parole d'espérance : « Sois sans
crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant: j'étais mort, mais
me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort
et du séjour des morts » (Ap 1, 17- 18). Nous sommes ainsi placés face à
l'Évangile, à la « bonne nouvelle », qui est Jésus Christ lui- même. Il
est le Premier et le Dernier: en Lui, toute l'histoire trouve son
commencement, sa signification, sa direction, son accomplissement; en Lui et
avec Lui, dans sa mort et sa résurrection, tout a déjà été dit. Il est le
Vivant: il était mort, mais maintenant il vit pour toujours. Il est
l'Agneau qui se tient debout face au trône de Dieu (cf. Ap 5, 6): il
est immolé, car il a versé son sang pour nous sur le bois de la Croix; il
est debout, car il est revenu à la vie pour toujours et il nous a montré la toute-puissance infinie de l'amour du Père. Il tient fermement dans ses
mains les sept étoiles (cf. Ap 1, 16), c'est-à-dire l'Église de Dieu
persécutée, en lutte contre le mal et contre le péché, mais qui a également le
droit d'être joyeuse et victorieuse parce qu'elle est entre les mains de Celui
qui a déjà vaincu le mal. Il marche au milieu des sept chandeliers d'or (cf.
Ap 2, 1): il est présent et agissant dans son Église en prière. Il est aussi
« celui qui vient » (Ap 1, 4) à travers la mission et l'action de
l'Église tout au long de l'histoire humaine; il vient comme le moissonneur
eschatologique, à la fin des temps, pour porter toute chose à son
accomplissement (cf. Ap 14, 15-16; 22, 20).
I. Défis et signes d'espérance
pour l'Église en Europe
L'obscurcissement de l'espérance
7. Cette parole est aussi adressée aujourd'hui aux Églises en Europe,
souvent tentées par l'obscurcissement de l'espérance. En effet, le temps que
nous vivons, avec les défis qui lui sont propres, apparaît comme une époque
d'égarement. Beaucoup d'hommes et de femmes semblent désorientés, incertains,
sans espérance, et de nombreux chrétiens partagent ces états d'âme. Nombreux
sont les signes préoccupants qui, au début du troisième millénaire,
troublent l'horizon du continent européen, lequel, « tout en étant riche
d'immenses signes de foi et de témoignage, et dans le cadre d'une vie commune
certainement plus libre et plus unie, ressent toute l'usure que l'histoire ancienne et récente a provoquée
dans les fibres les plus profondes de ses populations, entraînant souvent la
déception ».14
Parmi les nombreux aspects, amplement rappelés aussi à l'occasion du Synode,15 je voudrais mentionner la perte de la mémoire et de l'héritage
chrétiens, accompagnée d'une sorte d'agnosticisme pratique et
d'indifférentisme religieux, qui fait que beaucoup d'Européens donnent
l'impression de vivre sans terreau spirituel et comme des héritiers qui ont
dilapidé le patrimoine qui leur a été légué par l'histoire. On n'est donc plus
tellement étonné par les tentatives de donner à l'Europe un visage qui exclut
son héritage religieux, en particulier son âme profondément chrétienne, fondant
les droits des peuples qui la composent sans les greffer sur le tronc irrigué
par la sève vitale du christianisme.
Certes, les prestigieux symboles de la présence chrétienne ne manquent pas dans
le continent européen, mais avec l'expansion lente et progressive de la
sécularisation, ils risquent de devenir un pur vestige du passé. Beaucoup
n'arrivent plus à intégrer le message évangélique dans l'expérience quotidienne;
il est de plus en plus difficile de vivre la foi en Jésus dans un contexte
social et culturel où le projet chrétien de vie est continuellement mis au défi
et menacé; dans de nombreux milieux de vie, il est plus facile de se dire athée
que croyant; on a l'impression que la non-croyance va de soi tandis que la
croyance a besoin d'une légitimation sociale qui n'est ni évidente ni escomptée.
8. Cette perte de la mémoire chrétienne s'accompagne d'une sorte de peur
d'affronter l'avenir. L'image du lendemain qui est cultivée s'avère souvent
pâle et incertaine. Face à l'avenir, on ressent plus de peur que de désir. On en
trouve des signes préoccupants, entre autres, dans le vide intérieur qui
tenaille de nombreuses personnes et dans la perte du sens de la vie. Parmi les
expressions et les conséquences de cette angoisse existentielle, il faut compter
en particulier la dramatique diminution de la natalité, la baisse des vocations
au sacerdoce et à la vie consacrée, la difficulté, sinon le refus, de faire des
choix définitifs de vie, même dans le mariage.
On assiste à une fragmentation diffuse de l'existence; ce qui
prévaut, c'est une sensation de solitude; les divisions et les oppositions se
multiplient. Parmi les autres symptômes de cet état de fait, la situation
actuelle de l'Europe connaît le grave phénomène des crises de la famille et de
la disparition du concept même de famille, la persistance ou la réactivation de
conflits ethniques, la résurgence de certaines attitudes racistes, les
tensions interreligieuses elles-mêmes, l'attitude égocentrique qui enferme les
personnes et les groupes sur eux-mêmes, la croissance d'une indifférence éthique
générale et de la crispation excessive sur ses propres intérêts et privilèges.
Pour beaucoup de personnes, au lieu d'orienter vers une plus grande unité du
genre humain, la mondialisation en cours risque de suivre une logique qui marginalise les plus
faibles et qui accroît le nombre des pauvres sur la terre.
Parallèlement à l'expansion de l'individualisme, on note un affaiblissement
croissant de la solidarité entre les personnes: alors que les institutions
d'assistance accomplissent un travail louable, on observe une disparition du
sens de la solidarité, de sorte que, même si elles ne manquent pas du nécessaire
matériel, beaucoup de personnes se sentent plus seules, livrées à elles-mêmes,
sans réseau de soutien affectif.
9. À la racine de la perte de l'espérance se trouve la tentative de faire
prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ. Cette manière de
penser a conduit à considérer l'homme comme « le centre absolu de la réalité,
lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n'est
pas l'homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l'homme. L'oubli de Dieu a conduit
à l'abandon de l'homme », et c'est pourquoi, « dans ce contexte, il n'est pas
surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le
relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme
cynique, dans la manière d'aborder la vie quotidienne ».16 La culture européenne donne l'impression d'une « apostasie silencieuse »
de la part de l'homme comblé qui vit comme si Dieu n'existait pas.
Dans une telle perspective prennent corps les tentatives, renouvelées tout
récemment encore, de présenter la culture européenne en faisant abstraction de l'apport du christianisme qui a marqué son développement
historique et sa diffusion universelle. Nous sommes là devant l'apparition d'une
nouvelle culture, pour une large part influencée par les médias, dont les
caractéristiques et le contenu sont souvent contraires à l'Évangile et à la
dignité de la personne humaine. De cette culture fait partie aussi un
agnosticisme religieux toujours plus répandu, lié à un relativisme moral et
juridique plus profond, qui prend racine dans la perte de la vérité de l'homme
comme fondement des droits inaliénables de chacun. Les signes de la disparition
de l'espérance se manifestent parfois à travers des formes préoccupantes de ce
que l'on peut appeler une « culture de mort ».17
L'inéluctable nostalgie de l'espérance
10. Mais, comme l'ont souligné les Pères synodaux, « l'homme ne peut pas
vivre sans espérance: sa vie serait vouée à l'insignifiance et deviendrait
insupportable ».18 Bien souvent, celui qui a besoin d'espérance croit pouvoir trouver un
apaisement dans des réalités éphémères et fragiles. Et ainsi, l'espérance,
emprisonnée dans un milieu purement humain fermé à la transcendance, est
identifiée, par exemple, au paradis promis par la science et par la technique,
ou à des formes diverses de messianisme, au bonheur de nature hédoniste procuré
par le consumérisme ou au bonheur imaginaire et artificiel produit par des
stupéfiants, à certaines formes de millénarisme, à l'attrait des philosophies
orientales, à la recherche de formes de spiritualité ésotériques, aux divers
courants du New Age.19
Mais tout cela se révèle profondément illusoire et incapable de satisfaire la
soif de bonheur que le cœur de l'homme continue à ressentir en lui-même. Ainsi
subsistent et s'intensifient les signes préoccupants de la disparition de
l'espérance, qui parfois se manifestent même à travers des formes d'agressivité
et de violence.20
Signes d'espérance
11. Aucun être humain ne peut vivre sans perspectives d'avenir, et moins encore
l'Église, qui vit dans l'attente du Royaume qui vient et qui est déjà présent
dans ce monde. Il serait injuste de ne pas voir les signes de l'influence
de l'Évangile du Christ dans la vie des sociétés. Les Pères synodaux les ont recherchés et
soulignés.
Il faut inscrire parmi ces signes le retour à la liberté pour l'Église dans
l'Est européen, avec les nouvelles possibilités ainsi ouvertes pour l'action
pastorale; le fait pour l'Église de se concentrer sur sa mission spirituelle et
sur son engagement à vivre le primat de l'évangélisation, même dans ses rapports
avec la réalité sociale et politique; la prise de conscience accrue de la
mission propre de tous les baptisés, dans la diversité et la complémentarité des
dons et des tâches; la présence plus marquée de la femme dans les structures et
dans les milieux de la communauté chrétienne.
Une communauté de peuples
12. En considérant l'Europe en tant que communauté de citoyens, on ne manque pas
de signes qui ouvrent à l'espérance; malgré les contradictions de
l'histoire, nous pouvons, avec un regard de foi, voir en eux la présence de
l'Esprit de Dieu qui renouvelle la face de la terre. Les Pères synodaux les ont
décrits ainsi à la fin de leurs travaux: « Nous constatons avec joie
l'ouverture croissante des peuples les uns aux autres, la réconciliation
entre nations longtemps hostiles et ennemies, l'élargissement progressif
du processus d'unification aux pays de l'Est européen. Reconnaissances,
collaborations et échanges de tous ordres sont en développement, de sorte
que se crée peu à peu une culture européenne, on peut même dire une conscience européenne, dont nous espérons qu'elle pourra faire
croître, spécialement auprès des jeunes, le sentiment de la fraternité et la
volonté du partage. Nous enregistrons comme positif le fait que tout ce
processus se développe selon des méthodes démocratiques, sur un mode
pacifique et dans un esprit de liberté qui respecte et valorise les
légitimes diversités, suscitant et soutenant le processus d'unification de
l'Europe. Nous saluons avec satisfaction ce qui a été fait pour préciser les
conditions et les modalités du respect des droits humains. Dans le
contexte, enfin, de la légitime et nécessaire unité économique et politique en
Europe, tandis que nous enregistrons les signes de l'espérance qu'offre la
considération accordée au droit et à la qualité de la vie, nous
souhaitons vivement que, dans une fidélité créatrice à la tradition humaniste et
chrétienne de notre continent, soit garanti le primat des valeurs éthiques et
spirituelles ».21
Les martyrs et les témoins de la foi
13. Mais je voudrais attirer l'attention en particulier sur certains signes qui
se sont manifestés dans la vie proprement ecclésiale. Tout d'abord, avec les
Pères synodaux, je veux proposer de nouveau à tous, afin qu'il ne soit jamais
oublié, le grand signe d'espérance constitué par les nombreux témoins de la
foi chrétienne qui ont vécu au siècle dernier, à l'Est comme à l'Ouest. Ils
ont su faire leur l'Évangile dans des situations d'hostilité et de persécution,
souvent jusqu'à l'épreuve finale de l'effusion du sang.
Ces témoins, en particulier ceux qui ont affronté l'épreuve du martyre, sont un
signe éloquent et grandiose, qu'il nous est demandé de contempler et d'imiter.
Ils attestent à nos yeux la vitalité de l'Église; ils nous apparaissent comme
une lumière pour l'Église et pour l'humanité, car ils ont fait resplendir dans
les ténèbres la lumière du Christ; appartenant à diverses confessions
chrétiennes, ils resplendissent de ce fait comme un signe d'espérance pour le
cheminement œcuménique, dans la certitude que leur sang « est aussi une sève
d'unité pour l'Église ».22
Plus radicalement encore, ils nous disent que le martyre est
l'incarnation suprême de l'Évangile de l'espérance: « En effet, les martyrs
annoncent cet Évangile et en témoignent par leur vie jusqu'à l'effusion du sang,
car ils sont certains de ne pas pouvoir vivre sans le Christ et ils sont prêts à
mourir pour lui, dans la conviction que Jésus est le Seigneur et le Sauveur des
hommes et qu'en lui seulement l'homme peut donc trouver la véritable plénitude de la vie. De cette
façon, selon l'avertissement de l'Apôtre Pierre, ils se montrent prêts à rendre
compte de l'espérance qui est en eux (cf. 1 P 3, 15). En outre, les
martyrs célèbrent l' “Évangile de l'espérance”, car l'offrande de leur vie est
la manifestation la plus grande et la plus radicale de ce sacrifice vivant,
saint et accepté par Dieu, qui constitue le véritable culte spirituel (cf. Rm
12, 1), origine, âme et sommet de toute célébration chrétienne. Enfin, ils
servent l' “Évangile de l'espérance” parce que, par leur martyre, ils expriment
au plus haut degré l'amour et le service de l'homme, en ce qu'ils démontrent que
l'obéissance à la loi évangélique engendre une vie morale et une convivialité
qui honorent et promeuvent la dignité et la liberté de chaque personne ».23
La sainteté de beaucoup
14. La conversion opérée par l'Évangile a donné comme fruit la sainteté
de beaucoup d'hommes et de femmes de notre temps. Non seulement de ceux qui ont
été proclamés officiellement comme tels par l'Église, mais aussi de ceux qui,
avec simplicité et dans la vie quotidienne, ont donné le témoignage de leur
fidélité au Christ. Comment ne pas penser aux innombrables fils et filles de
l'Église qui, tout au long de l'histoire du continent européen, ont vécu une
généreuse et authentique sainteté dans le secret de la vie familiale,
professionnelle et sociale? « Tous ensemble, tels des “pierres vivantes”
adhérant au Christ, la “pierre angulaire”, ils ont construit l'Europe comme édifice
spirituel et moral, en laissant à la postérité l'héritage le plus précieux. Le
Seigneur Jésus l'avait promis: “Celui qui croit en moi accomplira les mêmes
œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le
Père” (Jn 14, 12). Les saints sont la preuve vivante de l'accomplissement
de cette promesse et ils encouragent à croire que cela est possible, même dans
les heures les plus difficiles de l'histoire ».24
La paroisse et les mouvements ecclésiaux
15. L'Évangile continue à porter ses fruits dans les communautés paroissiales,
parmi les personnes consacrées, dans les associations de laïcs, dans les groupes
de prière et d'apostolat, dans diverses communautés de jeunes, comme aussi à
travers la présence et la diffusion de réalités et de mouvements ecclésiaux
nouveaux. En chacun d'eux, en effet, le même Esprit sait susciter un don de soi
renouvelé à l'Évangile, une généreuse disponibilité pour le service, une vie
chrétienne marquée par la radicalité évangélique et par l'élan missionnaire.
Aujourd'hui encore en Europe, dans les pays anciennement communistes comme en
Occident, la paroisse, tout en ayant besoin d'un renouvellement constant,25 garde encore et continue d'exercer une mission indispensable et de grande
actualité dans le domaine pastoral et ecclésial. Elle reste en mesure d'offrir
aux fidèles le milieu adapté pour un exercice réel de la vie chrétienne et d'être le lieu d'une
authentique humanisation et socialisation, que ce soit dans un contexte de
dispersion et d'anonymat propre aux grandes villes modernes, ou dans les zones
rurales peu peuplées.26
16. En même temps, tandis que j'exprime ma grande estime pour la présence et
l'action des diverses associations et organisations d'apostolat, en particulier
de l'Action catholique, avec les Pères synodaux je voudrais souligner la
contribution propre que peuvent offrir, en communion avec les autres réalités
ecclésiales et jamais de manière isolée, les nouveaux mouvements ecclésiaux
et les nouvelles communautés ecclésiales. En effet, « ils aident les
chrétiens à vivre plus radicalement selon l'Évangile; ils sont le berceau de
diverses vocations et ils engendrent de nouvelles formes de consécration; ils
promeuvent surtout la vocation des laïcs et l'amènent à s'exprimer dans les
divers milieux de vie; ils favorisent la sainteté du peuple; ils peuvent être
une annonce et une exhortation pour ceux qui n'ont pas d'autre occasion de
rencontrer l'Église; bien souvent, ils soutiennent le cheminement œcuménique et
ouvrent les voies au dialogue interreligieux; ils sont un antidote contre la
diffusion des sectes; ils apportent une aide importante à la diffusion de la
vivacité et de la joie dans l'Église ».27
Le cheminement œcuménique
17. Nous remercions le Seigneur pour le grand et stimulant signe d'espérance
constitué par les progrès qu'a su réaliser le cheminement œcuménique à
l'enseigne de la vérité, de la charité et de la réconciliation. Il s'agit là de
l'un des grands dons de l'Esprit Saint pour un continent comme l'Europe, qui a
donné naissance aux graves divisions entre les chrétiens du deuxième millénaire
et qui souffre encore beaucoup de leurs conséquences.
Je me souviens avec émotion de certains moments de grande intensité vécus durant
les travaux synodaux et de la conviction unanime, exprimée également par les
Délégués fraternels, que ce cheminement – malgré les problèmes qui subsistent
encore et ceux, nouveaux, qui naissent peu à peu – ne peut être interrompu, mais
qu'il doit se poursuivre avec une ardeur renouvelée, avec une détermination plus
profonde et avec l'humble disposition de tous au pardon réciproque. Je fais
volontiers miennes certaines expressions des Pères synodaux, car « le progrès
dans le dialogue œcuménique, qui a son fondement le plus profond dans le Verbe
même de Dieu, représente un signe de grande espérance pour l'Église
d'aujourd'hui: la croissance de l'unité entre les chrétiens est en effet un
enrichissement mutuel pour tous ».28 Il faut « considérer avec joie les progrès obtenus jusqu'à maintenant
dans le dialogue, tant avec les frères des Églises orthodoxes qu'avec ceux des
Communautés ecclésiales provenant de la Réforme, reconnaissant en eux un signe
de l'action de l'Esprit, pour laquelle nous devons louer et remercier le
Seigneur ».29
II. Revenir au Christ,
source de toute espérance
Confesser notre foi
18. De l'Assemblée synodale a jailli, lumineuse et puissante, la certitude que
l'Église doit offrir à l'Europe le bien le plus précieux, que personne d'autre
ne peut lui donner: la foi en Jésus Christ, source de l'espérance qui ne déçoit
pas.30 Ce don est à l'origine de l'unité spirituelle et culturelle des peuples
européens et, aujourd'hui encore comme à l'avenir, il peut constituer une
contribution essentielle à leur développement et à leur intégration. Oui, en ce
début du troisième millénaire, après vingt siècles, l'Église se présente
toujours avec la même annonce, qui constitue son unique trésor: Jésus Christ est
le Seigneur; en Lui et en nul autre est le salut (cf. Ac 4, 12). La
source de l'espérance, pour l'Europe et pour le monde entier, c'est le Christ,
et l'Église est « le chemin par lequel passe et se répand la vague de grâce
surgie du Cœur transpercé du Rédempteur ».31
À partir de cette confession de foi jaillit de nos cœurs et de nos lèvres « une
joyeuse [...] confession d'espérance: Toi, Seigneur ressuscité et vivant,
[...] tu es l'unique et vraie espérance de l'homme et de l'histoire; tu es
“parmi nous l'espérance de la gloire” (Col 1, 27), déjà en cette vie et
aussi par-delà la mort. En toi et avec toi, nous pouvons accéder à la vérité,
notre existence a un sens, la communion est possible, la diversité peut devenir
richesse, la puissance du Règne est à l'œuvre dans l'histoire et aide à l'édification de la cité des hommes, la
charité donne une valeur durable aux efforts de l'humanité, la souffrance peut
devenir salvifique, la vie vaincra la mort, la création participera à la gloire
des fils de Dieu ».32
Jésus Christ, notre espérance
19. Jésus Christ est notre espérance parce que Lui, le Verbe éternel qui est
éternellement dans le sein du Père (cf. Jn 1, 18), nous a aimés au point
d'assumer notre nature humaine, excepté le péché, partageant notre vie pour nous
sauver. La confession de cette vérité est au cœur même de notre foi. La perte de
la vérité sur Jésus Christ ou son incompréhension empêchent de pénétrer dans le
mystère même de l'amour de Dieu et de la communion trinitaire.33
Jésus Christ est notre espérance parce qu'Il révèle le mystère de la Trinité.
Tel est le centre de la foi chrétienne qui peut encore offrir, comme elle l'a
fait jusqu'à présent, une importante contribution à la mise en place de
structures qui, en s'inspirant des grandes valeurs évangéliques ou en se
mesurant à leur aune, promeuvent la vie, l'histoire et la culture des différents
peuples du continent.
Nombreuses sont les racines qui, par leur sève, ont conduit à reconnaître la
valeur de la personne et de sa dignité inaliénable, le caractère sacré de la vie
humaine et le rôle central de la famille, l'importance de l'enseignement et de
la liberté de pensée, d'expression et de religion, tout comme elles ont conduit
à la protection juridique des individus et des groupes, à la promotion de la solidarité et du bien commun,
à la reconnaissance de la dignité du travail. Ces racines ont favorisé la
sujétion du pouvoir politique à la loi et au respect du droit des personnes et
des peuples. Il convient de rappeler ici l'esprit de la Grèce antique et de
Rome, l'apport des peuples celtes, germaniques, slaves, finno-ougriens, ainsi
que de la culture juive et du monde de l'islam. Mais il faut reconnaître que,
historiquement parlant, ces inspirations ont trouvé dans la tradition
judéo-chrétienne une force capable de les harmoniser, de les consolider et de
les promouvoir. C'est un fait que l'on ne peut ignorer; au contraire, dans le
processus de construction de la « maison commune européenne », il faut
reconnaître que cet édifice doit s'appuyer aussi sur les valeurs qui ont trouvé
dans la tradition chrétienne leur pleine manifestation. En prendre acte tourne à
l'avantage de tous.
L'Église « n'a pas qualité pour exprimer une préférence en faveur de l'une ou
l'autre solution institutionnelle ou constitutionnelle » de l'Europe, et elle
veut donc respecter de manière cohérente la légitime autonomie de l'ordre civil.34 Mais elle a le devoir de raviver dans le cœur des chrétiens d'Europe la
foi en la Trinité, en sachant bien qu'une telle foi est un signe avant-coureur
d'une authentique espérance pour le continent. Bien des grands paradigmes de
référence mentionnés ci-dessus, qui sont à la base de la civilisation
européenne, ont leurs racines les plus profondes dans la foi trinitaire. Cette
dernière porte en elle une extraordinaire puissance spirituelle, culturelle et
éthique, capable, entre autres, d'éclairer aussi certaines grandes questions qui
se posent aujourd'hui en Europe, telles que la désagrégation sociale et la perte
d'une référence qui donne un sens à la vie et à l'histoire. Il apparaît donc
nécessaire de renouveler la réflexion théologique, spirituelle et pastorale du
mystère trinitaire.35
20. Les Églises particulières en Europe ne sont pas de simples entités ou
organisations privées. En réalité, elles déploient leur action dans une
dimension institutionnelle spécifique qui mérite d'être mise en valeur sur le
plan juridique, dans le plein respect du bon ordonnancement civil. Réfléchissant
sur elles-mêmes, les communautés chrétiennes doivent se découvrir à nouveau
comme un don par lequel Dieu enrichit les peuples qui vivent sur le continent.
Telle est l'annonce joyeuse qu'elles sont appelées à transmettre à toute
personne. En approfondissant la dimension missionnaire qui leur est propre,
elles doivent attester constamment que Jésus Christ « est l'unique
médiateur, porteur de salut pour l'humanité tout entière: en lui seulement
l'humanité, l'histoire et le cosmos trouvent leur signification définitivement
positive et se réalisent en totalité; il recèle en lui-même, dans son événement
et dans sa personne, les raisons ultimes du salut; il n'est pas seulement un
médiateur de salut, il est aussi la source même de ce salut ».36
Dans le contexte actuel du pluralisme éthique et religieux qui caractérise de
plus en plus l'Europe, il est donc nécessaire de confesser et de proposer à
nouveau la vérité sur le Christ, unique Médiateur entre Dieu et les hommes, et
unique Rédempteur du monde. C'est pourquoi – comme je l'ai fait à la fin de
l'Assemblée synodale – avec toute l'Église j'invite mes frères et sœurs dans la
foi à savoir constamment s'ouvrir en toute confiance au Christ et à se laisser
renouveler par lui, annonçant à toute personne de bonne volonté, avec la force
de la paix et de l'amour, que celui qui rencontre le Seigneur connaît la Vérité,
découvre la Vie, trouve la Voie qui y conduit (cf. Jn 14, 6; Ps 16
[15], 11). Par le style de vie des chrétiens et par leur témoignage en parole,
les habitants de l'Europe pourront découvrir que le Christ est l'avenir de
l'homme. Dans la foi de l'Église, « il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné
aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12).37
21. Pour les croyants, Jésus Christ est l'espérance de toute personne parce
qu'il donne la vie éternelle. Il est « le Verbe de vie » (1 Jn
1, 1), venu dans le monde pour que les hommes « aient la vie et l'aient en
surabondance » (Jn 10, 10). Il nous montre ainsi que le sens véritable
de l'existence de l'homme ne reste pas enfermé sur l'horizon humain, mais qu'il
s'ouvre sur l'éternité. Chaque Église particulière en Europe a la mission de
prendre en compte la soif de vérité de toute personne et le besoin de valeurs
authentiques susceptibles d'animer les peuples du continent. Avec une énergie renouvelée, il
lui revient de présenter la nouveauté qui la fait vivre. Il s'agit de mettre en
œuvre une action culturelle et missionnaire organique qui, par des activités et
des argumentations convaincantes, montre que la nouvelle Europe a besoin de
retrouver ses racines profondes. Dans ce contexte, ceux qui s'inspirent des
valeurs évangéliques ont une fonction essentielle à exercer, qui fait partie du
fondement solide sur lequel doit être édifiée une convivialité plus humaine et
plus pacifique, parce qu'elle respecte tous et chacun.
Il est nécessaire que les Églises particulières en Europe sachent redonner à
l'espérance sa dimension eschatologique originale.38 La véritable espérance chrétienne est en effet théologale et
eschatologique, fondée sur le Ressuscité qui viendra de nouveau comme Rédempteur
et Juge, et qui nous appelle à la résurrection et au bonheur éternel.
Jésus Christ vivant dans l'Église
22. En retournant au Christ, les peuples européens pourront retrouver
l'espérance qui seule offre une plénitude de sens à la vie. Aujourd'hui encore,
ils peuvent le rencontrer car Jésus est présent, il vit et il agit au cœur de
son Église: il est dans l'Église et l'Église est en lui (cf. Jn 15,
1ss; Ga 3, 28; Ep 4, 15-16; Ac 9, 5). En elle, par le don
de l'Esprit Saint, il poursuit constamment son œuvre de salut.39
Avec les yeux de la foi, nous devenons capables de voir la présence mystérieuse
de Jésus dans les divers signes qu'il nous a laissés. Avant tout, il est présent
dans la sainte Écriture, qui, en toutes ses parties, parle de Lui (cf. Lc
24, 27. 44- 47). Cependant, de manière vraiment unique, il est présent sous les
espèces eucharistiques. Cette « présence, on la nomme “réelle”, non à titre
exclusif, comme si les autres présences n'étaient pas “réelles”, mais par
excellence parce qu'elle est substantielle et que par elle le Christ,
Homme-Dieu, se rend présent tout entier ».40 En effet, dans l'Eucharistie « sont contenus vraiment, réellement et
substantiellement, le Corps et le Sang conjointement avec l'âme et la
divinité de notre Seigneur Jésus Christ, et, par conséquent, le Christ tout
entier ».41 « L'Eucharistie est vraiment “mysterium fidei”, mystère qui
dépasse notre intelligence et qui ne peut être accueilli que dans la foi ».42 Réelle aussi est la présence de Jésus dans les autres actions liturgiques
que l'Église célèbre en son nom. Au nombre de celles-ci, il faut compter les
sacrements, actions du Christ qu'il accomplit par l'intermédiaire des hommes.43
Jésus est aussi présent dans le monde par d'autres modes tout à fait réels, et
spécialement dans ses disciples qui, fidèles au double commandement de la
charité, adorent Dieu en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 24) et témoignent
par leur vie de l'amour fraternel qui les fait reconnaître comme disciples du
Seigneur (cf. Mt 25, 31-46; Jn 13, 35; 15, 1-17).44
CHAPITRE II
L'ÉVANGILE DE L'ESPÉRANCE CONFIÉ À L'ÉGLISE DU NOUVEAU MILLÉNAIRE
« Réveille-toi, ranime ce qui te reste
de vie défaillante! » (Ap 3, 2)
I. Le Seigneur appelle à la conversion
Jésus s'adresse aujourd'hui à nos Églises
23. « Ainsi parle celui qui tient les sept étoiles en sa droite et qui marche
au milieu des sept candélabres d'or [...], le Premier et le Dernier, celui qui
fut mort et qui a repris vie [...], le Fils de Dieu » (Ap 2, 1. 8. 18).
C'est Jésus lui-même qui parle à son Église. Son message s'adresse
à toutes les Églises particulières et concerne leur vie interne, parfois marquée
par la présence de conceptions et de mentalités incompatibles avec la tradition
évangélique, souvent en butte à diverses formes de persécutions et, de façon
plus périlleuse encore, menacée par des symptômes préoccupants de
sécularisation, de perte de la foi des origines, de compromis avec la logique du
monde. Il est fréquent que les communautés aient perdu l'amour d'antan (cf.
Ap 2, 4).
On constate que nos communautés ecclésiales sont affrontées à des
faiblesses, à des lassitudes et à des contradictions. Elles ont besoin, elles aussi, d'écouter à nouveau la voix
de l'Époux qui les invite à la conversion, qui les pousse à se lancer avec
audace sur des chemins nouveaux et qui les appelle à s'engager dans la grande
œuvre de la « nouvelle évangélisation ». L'Église doit constamment se
soumettre au jugement de la parole du Christ et vivre son existence humaine dans
un état de purification pour être toujours plus et toujours mieux l'Épouse sans
tache ni ride, revêtue de lin d'une blancheur éclatante (cf. Ep 5, 27;
Ap 19, 7-8).
C'est ainsi que Jésus Christ appelle nos Églises en Europe à la conversion
et elles deviennent alors, avec leur Seigneur et par la force de sa
présence, porteuses d'espérance pour l'humanité.
L'action de l'Évangile tout au long de l'histoire
24. L'Europe a été largement et profondément pénétrée par le christianisme.
« Il n'y a pas de doute que, dans l'histoire complexe de l'Europe, le
christianisme représente un élément central et caractéristique, renforcé par le
solide fondement de l'héritage classique et des contributions multiples
apportées par divers mouvements ethniques et culturels qui se sont succédée au
cours des siècles. La foi chrétienne a façonné la culture du continent et a été
mêlée de façon inextricable à son histoire, au point que celle-ci serait
incompréhensible sans référence aux événements qui ont caractérisé d'abord la
grande période de l'évangélisation, puis les longs siècles au cours desquels le
christianisme, malgré la douloureuse division entre l'Orient et l'Occident,
s'est affirmé comme la religion des Européens eux-mêmes. Dans la période moderne
et contemporaine aussi, lorsque l'unité religieuse s'est progressivement
fractionnée tant à cause de nouvelles divisions intervenues entre les chrétiens
qu'en raison des processus qui ont amené la culture à se détacher des
perspectives de la foi, le rôle de cette dernière a gardé un relief non
négligeable ».45
25. L'intérêt que l'Église porte à l'Europe provient de sa nature même et
de sa mission. Tout au long des siècles en effet, l'Église a eu des liens très
étroits avec notre continent, si bien que le visage spirituel de l'Europe s'est
trouvé modelé par les efforts de grands missionnaires, par le témoignage de
saints et de martyrs, et par l'action assidue de moines, de religieux et de
pasteurs. À partir de la conception biblique de l'homme, l'Europe a forgé sa
culture humaniste dans ce qu'elle a de meilleur; elle y a puisé son inspiration
pour ses créations intellectuelles et artistiques; elle a élaboré des normes de
droit et, par-dessus tout, elle a promu la dignité de la personne, source de
droits inaliénables.46 Ainsi l'Église, dépositaire de l'Évangile, a contribué à répandre et à
affermir les valeurs qui ont donné un caractère universel à la culture
européenne.
Se souvenant de tout cela, l'Église d'aujourd'hui se rend compte, avec une
responsabilité renouvelée, qu'il est urgent de ne pas perdre ce précieux patrimoine et d'aider l'Europe à se construire elle-même en
redonnant vie aux racines chrétiennes de ses origines.47
Pour façonner un véritable visage d'Église
26. Que l'ensemble de l'Église en Europe entende comme lui étant adressés le
commandement et l'invitation du Seigneur: reviens à moi, convertis-toi, «
Réveille-toi, ranime ce qui te reste de vie défaillante! » (Ap 3, 2).
C'est une exigence qui se fait jour aussi lorsqu'on observe notre temps: « La
grave situation d'indifférence religieuse de tant d'Européens, le grand nombre
de ceux qui, sur notre continent aussi, ne connaissent pas encore Jésus Christ
et son Église, et qui ne sont pas encore baptisés, le sécularisme qui gagne une
large frange de chrétiens qui pensent, décident et vivent de manière habituelle
comme si “le Christ n'existait pas”, tout cela, loin d'éteindre notre espérance,
la rend plus humble et plus capable de se fier à Dieu seul. De sa miséricorde,
nous recevons la grâce et l'engagement de la conversion ».48
27. Même si parfois, comme dans l'épisode évangélique de la tempête apaisée (cf.
Mc 4, 35-41; Lc 8, 22-25), on a l'impression que le Christ dort et
abandonne sa barque à la fureur des vagues, il est demandé à l'Église en Europe
de cultiver la certitude que le Seigneur, par le don de son Esprit,
est toujours présent et agit toujours en elle et dans l'histoire de l'humanité.
Il prolonge sa mission dans le temps, faisant de l'Église un fleuve de vie nouvelle qui se répand dans la vie
de l'humanité comme un signe d'espérance pour tous.
Dans un contexte où l'on est facilement tenté par l'activisme, même sur le plan
pastoral, il est demandé aux chrétiens en Europe de continuer à être un vrai
reflet du Ressuscité, en vivant dans une communion intime avec lui. On a
besoin de communautés qui, contemplant et imitant la Vierge Marie, figure et
modèle de l'Église par sa foi et sa sainteté,49 gardent le sens de la vie liturgique et de la vie intérieure. Avant tout
et surtout, elles devront louer le Seigneur, le prier, l'adorer et écouter sa
Parole. Ce n'est qu'ainsi qu'elles pourront assimiler son mystère, vivant
totalement pour Lui, comme membres de son Épouse fidèle.
28. Face aux influences permanentes qui poussent à la division et à
l'opposition, les diverses Églises particulières en Europe, fortes de leur lien
avec le Successeur de Pierre, doivent s'engager à être véritablement lieu et
instrument de communion pour tout le peuple de Dieu, dans la foi et dans
l'amour.50 C'est pourquoi elles cultiveront un climat de charité fraternelle, vécue
avec une radicalité évangélique, au nom de Jésus et de son amour; elles
développeront une ambiance de rapports amicaux, de communication, de
coresponsabilité, de participation, de conscience missionnaire, d'attention et
de service; elles seront animées par des attitudes d'estime, d'accueil et de
correction mutuelle (cf. Rm 12, 10; 15, 7-14), ainsi que de service et de
soutien réciproque (cf. Ga 5, 13; 6, 2), de pardon mutuel (cf. Col
3, 13) et d'édification les uns des autres (1 Th 5, 11); elles
s'emploieront à poursuivre une pastorale qui, mettant en valeur toutes les
légitimes diversités, favorise en même temps une collaboration cordiale entre
tous les fidèles et leurs différentes associations; elles relanceront pour cela
les organismes de participation, qui sont de précieux instruments de communion
en vue d'une action missionnaire concertée, suscitant la présence d'agents
pastoraux préparés de manière appropriée et dûment qualifiés. Ainsi, ces
Églises, animées par la communion qui est manifestation de l'amour de Dieu,
fondement et raison de l'espérance qui ne déçoit pas (cf. Rm 5, 5),
seront à la fois un reflet plus resplendissant de la Trinité et un signe qui
interpelle et invite à croire (cf. Jn 17, 21).
29. Pour que la communion dans l'Église puisse être vécue plus pleinement, il
convient de mettre en valeur la variété des charismes et des vocations,
qui convergent toujours plus vers l'unité et qui peuvent l'enrichir (cf. 1 Co
12). Dans cette perspective, il est également nécessaire, d'une part, que
les nouveaux mouvements et les nouvelles communautés d'Église, « renonçant à
toute tentation de revendiquer des droits d'aînesse et à toute incompréhension
des uns à l'égard des autres », progressent sur le chemin d'une plus
authentique communion entre eux et avec toutes les autres réalités ecclésiales,
et qu'ils « vivent avec amour dans la pleine obéissance aux Évêques »; d'autre part, il est
nécessaire aussi que les Évêques, « en leur manifestant l'amour paternel qui
est le propre des pasteurs »,51 sachent reconnaître, mettre en valeur et coordonner leurs charismes et
leur présence, pour l'édification de l'unique Église.
En effet, par une collaboration croissante entre les différentes réalités
ecclésiales sous la conduite aimante des pasteurs, l'Église entière pourra
présenter à tous un visage plus beau et plus crédible, reflet plus limpide de
celui du Seigneur, et elle pourra ainsi contribuer à redonner espérance et
consolation à ceux qui la cherchent comme à ceux qui, bien qu'ils ne la
cherchent pas, en ont besoin.
Afin de pouvoir répondre à l'appel de l'Évangile à la conversion, « il nous
faut faire tous ensemble un humble et courageux examen de conscience pour
reconnaître nos peurs et nos erreurs, pour confesser avec sincérité nos
lenteurs, nos omissions, nos infidélités et nos fautes ».52 Loin de favoriser des attitudes défaitistes de découragement, la
reconnaissance évangélique de ses propres fautes ne pourra que susciter dans la
communauté l'expérience que vit le baptisé: la joie d'une profonde libération et
la grâce d'un nouveau départ, ce qui permet de poursuivre avec une vigueur
renouvelée le chemin de l'évangélisation.
Pour progresser vers l'unité des chrétiens
30. Enfin, c'est aussi dans le domaine œcuménique que l'Évangile de
l'espérance est une force et un appel à la conversion. Dans la certitude
que l'unité des chrétiens répond à la volonté du Seigneur « pour qu'ils soient
un » (cf. Jn 17, 11) et qu'elle se présente aujourd'hui comme une
nécessité pour une plus grande crédibilité de l'évangélisation et comme une
contribution à l'unité de l'Europe, il faut que toutes les Églises et
Communautés ecclésiales « soient aidées et encouragées à interpréter le
cheminement œcuménique comme un mouvement où l'on “va ensemble” vers le Christ
» 53 et vers l'unité visible voulue par lui, de telle sorte que l'unité dans la
diversité resplendisse dans l'Église comme don de l'Esprit Saint, artisan de
communion.
Pour que cela se réalise, il convient que tous fournissent un effort patient et
constant, animé d'une authentique espérance et en même temps d'un sobre
réalisme, et visant à « la mise en valeur de ce qui déjà nous unit, à l'estime
sincère et réciproque, à l'élimination des préjugés, à la connaissance et à
l'amour mutuels ».54 Dans ce sens, le fait de s'engager pour l'unité, si l'on veut que cet
engagement repose sur des bases solides, ne peut pas ne pas comporter la
recherche passionnée de la vérité, par un dialogue et une confrontation qui,
tout en reconnaissant les résultats déjà obtenus, sachent les utiliser comme une
incitation à aller de l'avant pour surmonter les divergences qui divisent encore
les chrétiens.
31. Il est indispensable de poursuivre le dialogue avec détermination,
sans capituler devant les difficultés et les épreuves. Ce dialogue doit être
mené « sous divers aspects (doctrinal, spirituel et pratique), en suivant la
logique de l'échange des dons, que l'Esprit suscite dans chaque Église, et en
éduquant les communautés et les fidèles, surtout les jeunes, à vivre des moments
de rencontres et à faire de l'œcuménisme bien compris une dimension ordinaire de
la vie et de l'action ecclésiales ».55
Ce dialogue est une des préoccupations majeures de l'Église, surtout en Europe,
elle qui, au cours du précédent millénaire, a vu naître trop de divisions entre
les chrétiens et qui progresse aujourd'hui vers une plus grande unité. Nous ne
pouvons pas nous arrêter en chemin ni retourner en arrière! Nous devons
poursuivre notre marche et vivre dans la confiance, car, avec la grâce de Dieu,
l'estime réciproque, la recherche de la vérité, la collaboration dans la charité
et surtout l'œcuménisme de la sainteté ne pourront pas ne pas porter leurs
fruits.
32. Malgré les inévitables difficultés, j'invite tout le monde à reconnaître et
à apprécier, avec amour et dans un esprit fraternel, la contribution que les
Églises catholiques orientales, par leur présence même, par la richesse de
leur tradition, par le témoignage de leur « unité dans la diversité », par
l'inculturation qu'elles ont réalisée dans l'annonce de l'Évangile et par la
diversité de leurs rites, peuvent apporter à une édification plus réelle de l'unité.56 En même temps, je veux une fois encore assurer les pasteurs, ainsi que nos frères et sœurs des Églises orthodoxes, que la nouvelle évangélisation ne peut
en aucune manière être confondue avec le prosélytisme, restant sauf le devoir de
respecter la vérité, la liberté et la dignité de toute personne.
II. L'Église entière envoyée en mission
33. Servir l'Évangile de l'espérance par une charité qui évangélise est un
devoir et une responsabilité pour tous. Quel que soit en effet le charisme
ou le ministère de chacun, la charité est la voie royale indiquée à tous et que
tous peuvent parcourir: c'est la voie que la communauté ecclésiale tout entière
est appelée à suivre sur les pas de son Maître.
L'engagement des ministres ordonnés
34. Les prêtres, en vertu de leur ministère, sont appelés de manière spéciale à
célébrer, à enseigner et à servir l'Évangile de l'espérance. En raison du
sacrement de l'Ordre qui les configure au Christ, Chef et Pasteur, les évêques
et les prêtres doivent conformer toute leur vie et toute leur action à Jésus;
par la prédication de la Parole, par la célébration des sacrements et en guidant
la marche de la communauté chrétienne, ils rendent présent le mystère du Christ
et, à travers l'exercice même de leur ministère, ils « sont appelés à prolonger
la présence du Christ, unique et souverain Pasteur, en retrouvant son style de vie et en se rendant en quelque sorte
transparents à lui au milieu du troupeau qui leur est confié ».57
Insérés dans le monde sans être du monde (cf. Jn 17,
15-16), ils sont appelés, dans la situa- tion culturelle et spirituelle présente
du continent européen, à être signes de contradiction et d'espérance pour une
société qui est malade de vivre à un niveau horizontal et qui a besoin de
s'ouvrir au Transcendant.
35. De ce point de vue, le célibat sacerdotal prend un relief particulier
comme signe d'une espérance fondée totalement sur le Seigneur. Le célibat n'est
pas une simple discipline ecclésiastique imposée par l'autorité; au contraire,
il est avant tout une grâce, un don inestimable de Dieu pour l'Église, valeur
prophétique pour le monde actuel, don de soi dans le Christ pour son Église,
source de vie spirituelle intense et de fécondité pastorale, témoignage du
Royaume eschatologique, signe de l'amour de Dieu envers ce monde en même temps
que signe de l'amour sans partage du prêtre envers Dieu et envers son peuple.58 Vécu comme réponse au don de Dieu et dépassement des tentations d'une
société hédoniste, non seulement le célibat favorise l'épanouissement humain de
celui qui y est appelé, mais il se révèle un facteur de croissance pour les
autres aussi.
Estimé dans toute l'Église comme un bien pour le sacerdoce,59 exigé comme une obligation par l'Église latine,60 tenu en grand respect par les Églises orientales,61 le célibat, dans le contexte de la culture actuelle, apparaît comme un
signe éloquent qui doit être conservé comme un bien précieux pour l'Église. Une
révision de la discipline actuelle en ce domaine ne permettrait pas de résoudre
la crise des vocations au presbytérat à laquelle on assiste en de nombreuses
régions d'Europe.62 Le service de l'Évangile de l'espérance requiert aussi que, dans l'Église,
on s'efforce de présenter le célibat dans toute sa richesse biblique,
théologique et spirituelle.
36. Nous ne pouvons ignorer que l'exercice du ministère sacré est confronté de
nos jours à bien des difficultés liées tant à l'ambiance culturelle qu'à la
diminution du nombre de prêtres, avec l'accroissement des charges pastorales et
la fatigue qui en découlent. En conséquence, les prêtres qui se consacrent avec
un dévouement et une fidélité admirables au ministère qui leur est confié sont
encore plus dignes d'estime, de gratitude et d'affection.63
Avec confiance et gratitude, je veux moi aussi leur exprimer mes
encouragements, en reprenant les propos des Pères du Synode: « Ne perdez
pas cœur et ne vous laissez pas accabler par la fatigue; en pleine communion
avec nous, évêques, en fraternité joyeuse avec les autres prêtres, en cordiale
responsabilité avec les consacrés et tous les fidèles laïcs, continuez votre
œuvre précieuse et irremplaçable »64!
Outre les prêtres, je désire évoquer aussi les diacres, qui participent
au sacrement de l'Ordre, bien qu'à un degré différent. Envoyés pour servir la communion ecclésiale, ils
exercent, sous la direction de l'Évêque et avec son presbyterium, la «
diaconie » de la liturgie, de la parole et de la charité.65 De cette manière qui leur est propre, ils sont au service de l'Évangile
de l'espérance.
Le témoignage des personnes consacrées
37. Le témoignage des personnes consacrées est particulièrement éloquent.
À ce propos, il faut avant tout reconnaître le rôle fondamental qu'ont eu le
monachisme et la vie consacrée dans l'évangélisation de l'Europe et dans
l'édification de son identité chrétienne.66 Un tel rôle ne doit pas disparaître de nos jours, au moment où une «
nouvelle évangélisation » du continent se fait urgente et où l'établissement de
structures et de liens plus complexes le met en face d'un tournant délicat.
L'Europe a toujours besoin de la sainteté, de l'esprit prophétique, de
l'activité d'évangélisation et de service des personnes consacrées. Il convient
aussi de souligner la contribution spécifique que les Instituts séculiers et les
Sociétés de Vie apostolique peuvent apporter grâce à leur aspiration à
transformer le monde, de l'intérieur, par la puissance des béatitudes.
38. L'apport spécifique que les personnes con- sacrées peuvent fournir à
l'Évangile de l'espérance trouve son point de départ dans quelques aspects
qui caractérisent de nos jours le visage culturel et social de l'Europe.67 Ainsi, la demande de nouvelles formes de spiritualité, qui se fait sentir
aujourd'hui dans la société, doit trouver une réponse dans la reconnaissance
du primat absolu de Dieu, vécu par les personnes consacrées dans le don
total d'elles- mêmes, dans la conversion permanente d'une existence offerte
comme un vrai culte spirituel. Dans un monde marqué par le laïcisme et soumis au
vertige de la consommation, la vie consacrée, don de l'Esprit à l'Église et pour
l'Église, devient toujours plus signe d'espérance dans la mesure où elle
témoigne de la dimension transcendante de l'existence. D'autre part, dans la
situation pluriculturelle et multireligieuse actuelle, le témoignage de
fraternité évangélique qui caractérise la vie consacrée est exigé, faisant
de cette dernière une incitation à la purification et à l'intégration de valeurs
différentes grâce au dépassement des antagonismes. La présence de nouvelles
formes de pauvreté et de marginalisation doit susciter la créativité qui fut
celle de tant de fondateurs d'Instituts religieux pour venir en aide à ceux
qui sont dans le besoin. Enfin, la tendance à un certain repliement sur soi
demande que l'on trouve un antidote dans la disponibilité des personnes
consacrées, afin que soit poursuivie l'œuvre de l'évangélisation sur d'autres
continents, malgré la diminution du nombre de membres que l'on constate dans
certains Instituts.
Le souci des vocations
39. L'engagement des ministres ordonnés et des personnes consacrées étant
déterminant, on ne peut passer sous silence le manque inquiétant de séminaristes et de candidats à
la vie religieuse, surtout en Europe occidentale. Une telle situation exige
l'engagement de tous en faveur d'une pastorale appropriée des vocations.
C'est seulement « quand on présente aux jeunes la personne du Christ dans toute
sa plénitude que naît en eux une espérance qui les pousse à tout laisser pour le
suivre, en réponse à son appel, et pour être ses témoins auprès de leurs
contemporains ».68 Le souci des vocations est donc une question vitale pour l'avenir de la
foi chrétienne en Europe et, par suite, pour le progrès spirituel des peuples
qui y vivent; c'est un passage obligé pour l'Église, si elle veut annoncer,
célébrer et servir l'Évangile de l'espérance.69
40. Pour mettre en œuvre l'indispensable pastorale des vocations, il convient de
présenter aux fidèles la foi de l'Église concernant la nature et la dignité du
sacerdoce ministériel; d'encourager les familles à vivre comme de véritables «
Églises domestiques », afin que les diverses vocations puissent y être
discernées, accueillies et accompagnées; de réaliser une action pastorale qui
aide les fidèles, surtout les jeunes, à faire le choix d'une vie fondée sur le
Christ et totalement consacrée à l'Église.70
Sachant que l'Esprit Saint est à l'œuvre aujourd'hui encore et que les signes de
sa présence ne manquent pas, il s'agit avant tout d'insérer la pastorale des
vocations dans tous les secteurs de la pastorale ordinaire. Pour ce faire,
il est nécessaire de « raviver, surtout chez les jeunes, une profonde nostalgie de Dieu, créant ainsi le
contexte capable de faire surgir de généreuses réponses de vocations »; « il
est urgent qu'un grand mouvement de prière traverse les communautés ecclésiales
du continent européen », car « le changement des conditions historiques et
culturelles exige que la pastorale des vocations soit perçue comme un des
objectifs premiers de toute la communauté chrétienne ».71 Il est indispensable aussi que les prêtres eux-mêmes vivent et agissent en
parfaite harmonie avec leur identité sacramentelle véritable. En effet, si
l'image qu'ils donnent d'eux- mêmes est opaque ou terne, comment pourraient-ils
pousser les jeunes à les imiter?
La mission des laïcs
41. La participation des fidèles laïcs à la vie de l'Église est unique:
le rôle qui leur revient dans l'annonce et le service de l'Évangile de
l'espérance est en effet irremplaçable, car, « par eux, l'Église du Christ est
présente dans les secteurs les plus variés du monde, comme signe et source
d'espérance et d'amour ».72 Participant pleinement à la mission de l'Église dans le monde, ils sont
appelés à montrer que la foi chrétienne est la seule réponse exhaustive aux
interrogations que la vie pose à tout homme et à toute société, et ils peuvent
implanter dans le monde les valeurs du Royaume de Dieu, promesse et gage d'une
espérance qui ne déçoit pas.
L'Europe d'hier et d'aujourd'hui connaît une présence significative et
l'exemple lumineux de telles figures de laïcs. Comme l'ont souligné les
Pères du Synode, il faut évoquer entre autres, avec gratitude, le souvenir
d'hommes et de femmes qui ont témoigné et qui témoignent du Christ et de son
Évangile, par leur service de la vie publique et les responsabilités que
celle-ci comporte. Il est d'une importance capitale « de susciter et de
soutenir des vocations spécifiques au service du bien commun: des personnes qui,
à l'exemple et avec le style de ceux qui ont été appelés “les pères de
l'Europe”, sachent être les artisans de la société européenne de l'avenir, en
l'asseyant sur les bases solides de l'esprit ».73
Il faut apprécier tout autant l'œuvre accomplie par des laïcs chrétiens, hommes
et femmes, souvent dans une vie ordinaire et cachée, à travers d'humbles
services qui leur permettent d'annoncer la miséricorde de Dieu à ceux qui sont
plongés dans la pauvreté; nous devons leur être reconnaissants pour l'audacieux
témoignage de charité et de pardon qu'ils donnent, évangélisant par ces valeurs
les vastes horizons de la politique, de la vie sociale, de l'économie, de la
culture, de l'écologie, de la vie internationale, de la famille, de l'éducation,
de la vie professionnelle, du travail et de la souffrance.74 À cette fin, il est utile d'avoir des itinéraires pédagogiques qui
rendent les fidèles laïcs capables d'un engagement de foi au sein des réalités
temporelles. De tels parcours, fondés sur un sérieux apprentissage de la vie
ecclésiale, en particulier sur l'étude de la doctrine sociale, doivent être en
mesure de leur apporter non seulement la doctrine et le dynamisme, mais aussi
les éléments spirituels adaptés qui soutiennent leur engagement vécu comme un
authentique chemin de sainteté.
Le rôle de la femme
42. L'Église est bien consciente de l'apport spécifique de la femme dans
le service de l'Évangile de l'espérance. L'histoire de la communauté chrétienne
montre que les femmes ont toujours eu une place importante dans le témoignage
évangélique. Il faut se souvenir de tout ce qu'elles ont fait, souvent dans le
silence et de manière cachée, dans l'accueil et la transmission du don de Dieu,
aussi bien par la maternité physique ou spirituelle, les activités éducatives,
la catéchèse, l'accomplissement de grandes œuvres de charité, que par la vie de
prière et de contemplation, les expériences mystiques et la rédaction d'écrits
remplis de sagesse évangélique.75
À la lumière des très riches témoignages du passé, l'Église manifeste sa
confiance dans ce que les femmes peuvent faire aujourd'hui pour la croissance de
l'espérance à tous les niveaux. Il y a des aspects de la société européenne
contemporaine qui constituent un défi pour la capacité qu'ont les femmes
d'accueillir, de partager et d'engendrer dans l'amour, avec ténacité et
générosité. Que l'on pense, par exemple, à la mentalité scientifique et
technique largement répandue, qui relègue dans l'ombre la dimension affective et le rôle des sentiments, à
l'absence du sens de la gratuité, à la crainte diffuse de donner la vie à des
êtres nouveaux, à la difficulté de se placer dans une relation de réciprocité
avec l'autre et d'accueillir celui qui est différent de soi. C'est dans ce
contexte que l'Église attend des femmes l'apport vivifiant d'une nouvelle vague
d'espérance.
43. Mais pour que cela puisse se vérifier, il est nécessaire que, avant tout
dans l'Église, soit promue la dignité de la femme, car l'homme et la femme
ont la même dignité, ayant été créés tous deux à l'image et à la ressemblance de
Dieu (cf. Gn 1, 27), et comblés chacun de dons propres et particuliers.
Comme cela a été souligné durant le Synode, il est souhaitable que, pour
favoriser la pleine participation des femmes à la vie et à la mission de
l'Église, leurs talents soient davantage mis en valeur, y compris par
l'attribution de fonctions ecclésiales qui reviennent de droit aux laïcs. Il
faut aussi mettre convenablement en valeur la mission de la femme comme épouse
et mère, et son dévouement dans la vie familiale.76
L'Église ne manque pas d'élever la voix pour dénoncer les injustices et les
violences perpétrées contre les femmes, en quelque lieu ou circonstance qu'elles
se produisent. Elle demande que soient véritablement appliquées les lois qui
protègent les femmes et que soient prises des mesures efficaces contre l'usage
humiliant d'images féminines dans la publicité commerciale et contre le fléau de la prostitution; elle souhaite que le service rendu par les mères
dans le cadre de la vie familiale, au même titre que le service rendu par les
pères, soit considéré comme une contribution au bien commun, y compris à travers
des formes de reconnaissance économique.
CHAPITRE III
ANNONCER
L'ÉVANGILE DE L'ESPÉRANCE
« Va prendre le petit livre ouvert [...] et mange-le »
(Ap 10, 8. 9)
I. Proclamer le mystère du Christ
La révélation donne un sens à l'histoire
44. La vision de l'Apocalypse nous parle d'« un Livre en forme de rouleau,
écrit à l'intérieur et à l'extérieur, scellé de sept sceaux », tenu « dans la
main droite de Celui qui siège sur le Trône céleste » (Ap 5, 1). Ce
texte contient le plan créateur et sauveur de Dieu, son projet détaillé sur
toute la réalité, sur les personnes, sur les choses, sur les événements. Aucun
être créé, terrestre ou céleste, n'est en mesure d'« ouvrir le livre et d'en
regarder le texte » (Ap 5, 3), ni d'en comprendre le contenu. Dans la
confusion de l'histoire humaine, nul ne sait indiquer la direction et le sens
ultime des choses.
Seul Jésus Christ entre en possession du Livre scellé (cf. Ap 5, 6-7);
Lui seul est « digne de recevoir le Livre scellé et de l'ouvrir » (Ap
5, 9). En effet, seul Jésus est en mesure de révéler et de réaliser le projet
de Dieu qu'il contient. Laissé à lui-même, l'homme n'est pas en mesure de
donner, par ses propres efforts, un sens à l'histoire et aux événements: la vie
demeure sans espérance. Seul le Fils de Dieu est en mesure de dissiper les ténèbres et de montrer la route.
Le Livre ouvert est remis à Jean et, à travers lui, à l'Église entière. Jean est invité à
prendre le livre et à le manger: « Va prendre le petit livre ouvert dans la
main de l'ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre [...]. Prends et
mange-le » (Ap 10, 8-9). Ce n'est qu'après l'avoir assimilé en
profondeur, qu'il pourra le communiquer comme il convient aux autres, à qui il
est envoyé avec l'ordre de « parler sur un grand nombre de peuples, de nations,
de langues et de rois » (Ap 10, 11).
Nécessité et urgence de l'annonce
45. L'Évangile de l'espérance, remis à l'Église et assimilé par elle, demande
que, chaque jour, on l'annonce et on en témoigne. Telle est la vocation propre
de l'Église en tout temps et en tout lieu. Telle est aussi la mission de
l'Église aujourd'hui en Europe. « Évangéliser est, en effet, la grâce et la
vocation propre de l'Église, son identité la plus profonde. Elle existe pour
évangéliser, c'est-à-dire pour prêcher et enseigner, être le canal du don de la
grâce, réconcilier les pécheurs avec Dieu, perpétuer le sacrifice du Christ dans
la sainte messe, qui est le mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse ».77
Église en Europe, la « nouvelle évangélisation » est le devoir qui t'attend! Sache retrouver
l'enthousiasme de l'annonce. Entends la prière qui t'est adressée aujourd'hui,
en ce début du troisième millénaire, et qui avait déjà résonné à l'aube du premier millénaire, alors qu'apparaissait à Paul la vision d'un Macédonien qui
le suppliait: « Traverse la mer pour venir en Macédoine à notre secours! » (Ac
16, 9). Que la prière soit inexprimée ou même refoulée, c'est l'appel le plus
profond et le plus vrai qui jaillit du cœur des Européens d'aujourd'hui,
assoiffés d'une espérance qui ne déçoit pas. Cette espérance t'a été donnée en
partage pour que tu la redonnes toi-même avec joie à toute époque et sous toutes
les latitudes. Que l'annonce de Jésus, qui est l'Évangile de l'espérance,
soit donc ta fierté et ta raison d'être! Avance avec une ardeur
renouvelée, gardant le même esprit missionnaire qui, tout au long de ces vingt
siècles, en commençant par la prédication des Apôtres Pierre et Paul, a animé
tant de saints et de saintes, authentiques évangélisateurs du continent
européen.
Première annonce et annonce renouvelée
46. Dans différentes parties de l'Europe, une première annonce de l'Évangile
est nécessaire: le nombre des personnes non baptisées grandit, soit en
raison de la présence notable de personnes immigrées appartenant à d'autres
religions, soit encore parce que les enfants de familles de tradition chrétienne
n'ont pas reçu le Baptême ou à cause de la domination communiste ou d'une
indifférence religieuse diffuse.78 En réalité, l'Europe se situe désormais parmi les lieux traditionnellement
chrétiens dans lesquels, hormis une nouvelle évangélisation, s'impose dans
certains cas une première évangélisation.
L'Église ne peut se soustraire au devoir d'un diagnostic courageux qui ouvre la
voie à des thérapies appropriées. Même dans le « vieux » continent, il y a des
aires sociales et culturelles étendues où est rendue nécessaire une véritable
mission ad gentes.79
47. Partout se fait sentir le besoin d'une annonce renouvelée, même pour ceux
qui sont déjà baptisés. Beaucoup d'Européens d'aujourd'hui pensent savoir ce
qu'est le christianisme mais ils ne le connaissent pas réellement. Souvent même,
les notions et les éléments les plus fondamentaux de la foi ne sont plus connus.
De nombreux baptisés vivent comme si le Christ n'existait pas: on répète les
gestes et les signes de la foi, spécialement à travers les pratiques du culte,
mais, à ces signes, ne correspondent ni un véritable accueil du contenu de la
foi, ni une adhésion à la personne de Jésus. Aux grandes certitudes de la foi
s'est substitué chez beaucoup un sentiment religieux vague et qui n'engage
guère; des formes variées d'agnosticisme et d'athéisme pratique se diffusent,
contribuant à aggraver l'écart entre la foi et la vie; certains se sont laissés
influencer par un esprit d'humanisme immanentiste qui a affaibli leur foi, les
poussant souvent, malheureusement, jusqu'à l'abandonner complètement; on assiste
à une sorte d'interprétation sécularisante de la foi chrétienne qui la ronge et
à laquelle s'ajoute une profonde crise de la conscience et de la pratique morale
chrétienne.80 Les grandes valeurs qui ont amplement inspiré la culture européenne ont
été séparées de l'Évangile, perdant ainsi leur âme la plus profonde et laissant
le champ libre à de nombreuses déviations.
« Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre? » (Lc
18, 8). La trouvera- t-il sur cette terre de notre Europe de vieille tradition
chrétienne? C'est une question ouverte qui indique avec lucidité la profondeur
et le caractère dramatique de l'un des défis les plus graves que nos Églises
sont appelées à affronter. On peut dire – comme le Synode l'a souligné – qu'un
tel défi consiste souvent non pas tant à baptiser les nouveaux convertis qu'à
conduire les baptisés à se convertir au Christ et à son Évangile: 81 dans nos communautés, il faut se préoccuper sérieusement d'apporter
l'Évangile de l'espérance à ceux qui sont loin de la foi ou qui se sont éloignés
de la pratique chrétienne.
Fidélité à l'unique message
48. Pour pouvoir annoncer l'Évangile de l'espérance, une solide fidélité à
l'Évangile lui-même est nécessaire. La prédication de l'Église doit
donc, sous toutes ses formes, être toujours plus centrée sur la personne de
Jésus et elle doit toujours plus orienter vers lui. Il faut veiller à ce qu'Il
soit présenté dans son intégralité: non seulement comme modèle éthique, mais
avant tout comme le Fils de Dieu, l'unique et nécessaire Sauveur de tous, qui
vit et qui agit dans son Église. Pour que l'espérance soit vraie et
indestructible, « la prédication intègre, claire et renouvelée de Jésus Christ
ressuscité, de la Résurrection et de la Vie éternelle » 82 devra constituer une priorité dans l'action pastorale des prochaines
années.
Si l'Évangile à annoncer est le même en tout temps, les manières de réaliser
cette annonce sont diverses. Chacun est donc invité à « proclamer » Jésus
et la foi en lui en toute circonstance; à « attirer » les autres à la foi, en
adoptant des modes de vie personnelle, familiale, professionnelle et
communautaire qui reflètent l'Évangile; à « rayonner » autour de soi la joie,
l'amour et l'espérance, en sorte que beaucoup voient nos bonnes œuvres et en
glorifient le Père qui est aux cieux (cf. Mt 5, 16), jusqu'à en être «
imprégnés » et conquis; à devenir le « levain » qui transforme et qui anime
de l'intérieur toute expression culturelle.83
Par le témoignage de la vie
49. L'Europe réclame des évangélisateurs crédibles, dans la vie
desquels resplendisse la beauté de l'Évangile,84 en communion avec la croix et la résurrection du Christ. Ces
évangélisateurs seront formés comme il convient.85 Aujourd'hui, il est plus que jamais nécessaire que tout chrétien ait une
conscience missionnaire, à commencer par les évêques, les prêtres, les
diacres, les consacrés, les catéchistes et les professeurs de religion: « Tout
baptisé, en tant que témoin du Christ, doit acquérir une formation appropriée à
sa situation, non seulement pour éviter que sa foi ne s'épuise par manque de
vigilance dans un milieu hostile comme l'est le milieu sécularisé, mais aussi
pour soutenir son témoignage évangélisateur et lui donner un nouvel élan ».86
« L'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou,
s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins ».87 La présence et les signes de la sainteté sont donc décisifs: la
sainteté est un présupposé essentiel à une authentique évangélisation,
capable de redonner l'espérance. Il faut des témoignages forts de vie nouvelle
dans le Christ, sur le plan personnel et communautaire. Il ne suffit pas en
effet que la vérité et la grâce soient offertes à travers la proclamation de la
Parole et la célébration des Sacrements; il faut qu'elles soient accueillies et
vécues en toute circonstance concrète, dans la façon d'être des chrétiens et des
communautés ecclésiales. C'est là un des défis les plus importants qui attendent
l'Église en Europe au début du nouveau millénaire.
Former à une foi adulte
50. « L'actuelle situation culturelle et religieuse de l'Europe exige la
présence de catholiques adultes dans la foi et de communautés chrétiennes
missionnaires qui témoignent de la charité de Dieu devant tous les hommes ».88 L'annonce de l'Évangile de l'espérance implique donc d'avoir à
promouvoir le passage d'une foi qui s'appuie sur des habitudes sociales,
pourtant appréciables, à une foi plus personnelle et adulte, éclairée et
convaincue.
Les chrétiens sont donc appelés à avoir une foi qui leur permette de se
confronter de manière critique à la culture actuelle, résistant à ses
séductions; d'influer avec efficacité sur les milieux culturels, économiques,
sociaux et politiques; de manifester que la communion entre les membres de
l'Église catholique et avec les autres chrétiens est plus forte que tout lien
ethnique; de transmettre avec joie la foi aux nouvelles générations; d'édifier
une culture chrétienne capable d'évangéliser la culture toujours plus vaste dans
laquelle nous vivons.89
51. En plus de veiller à ce que le ministère de la Parole, la célébration de la
liturgie et l'exercice de la charité soient orientés vers l'édification et le
soutien d'une foi mûre et personnelle, il faut que les communautés chrétiennes
s'activent pour proposer une catéchèse adaptée aux différents itinéraires
spirituels des fidèles, selon la diversité de leur âge et de leurs conditions de
vie, prévoyant également des formes appropriées d'accompagnement spirituel et de
redécouverte de leur Baptême.90 Dans ce programme, la référence fondamentale sera évidemment le Catéchisme
de l'Église catholique.
En particulier, reconnaissant qu'il s'agit là d'une indiscutable priorité dans
l'action pastorale, il faut cultiver et, si nécessaire, relancer le
ministère de la catéchèse en tant qu'éducation et croissance de la foi chez
toute personne, de sorte que la semence, déposée par l'Esprit Saint et transmise
par le Baptême, pousse et parvienne à maturité. En référence constante à la
Parole de Dieu, conservée dans la Sainte Écriture, proclamée dans la liturgie et
interprétée par la Tradition de l'Église, une catéchèse organique et
systématique constitue, sans nul doute, un instrument essentiel et primordial
pour former une foi adulte chez les chrétiens.91
52. Dans la même ligne, il faut également souligner le rôle important de la
théologie. Il existe en effet un lien intrinsèque et inséparable entre
l'évangélisation et la réflexion théologique, car cette dernière, en tant que
science ayant un statut et une méthodologie propres, vit de la foi de l'Église
et est au service de sa mission.92 Elle naît de la foi et elle est appelée à l'interpréter, en gardant son
lien imprescriptible avec la communauté chrétienne dans toutes ses composantes;
au service de la croissance spirituelle de tous les fidèles,93 elle introduit ces derniers à la compréhension approfondie du message du
Christ.
En exerçant sa mission d'annoncer l'Évangile de l'espérance, l'Église qui est en
Europe apprécie avec gratitude la vocation des théologiens, elle
reconnaît la valeur de leur travail et elle en assure la promotion.94 Avec estime et affection, je les invite à persévérer dans le service
qu'ils accomplissent, en unissant toujours recherche scientifique et prière, en
entretenant un dialogue attentif avec la culture contemporaine, en adhérant
fidèlement au Magistère et en collaborant avec lui en esprit de communion, dans
la vérité et dans la charité, en s'imprégnant du sensus fidei du peuple
de Dieu et en contribuant à le nourrir.
II. Témoigner dans l'unité
et dans le dialogue
La communion entre les Églises particulières
53. L'annonce de l'Évangile de l'espérance aura une force d'autant plus efficace
qu'elle sera liée au témoignage d'une unité et d'une communion profondes au sein
de l'Église. Les Églises particulières ne peuvent pas affronter seules le défi
qui les attend. Il faut une authentique collaboration entre toutes les
Églises particulières du continent, qui soit l'expression de leur communion
profonde ; collaboration d'ailleurs requise par la nouvelle réalité
européenne.95 Dans ce cadre prend place l'apport des organismes ecclésiaux européens, à
commencer par le Conseil des Conférences épiscopales d'Europe. C'est
un instrument efficace pour rechercher ensemble des voies appropriées pour
évangéliser l'Europe.96 Par l'« échange des dons » entre les différentes Églises particulières,
sont mises en commun les expériences et les réflexions de l'Europe de l'Ouest et
de l'Est, du Nord et du Sud, et sont partagées des orientations pastorales
communes; ainsi se manifeste de manière toujours plus significative le sentiment
collégial qui unit les évêques du continent, pour annoncer ensemble, avec audace
et fidélité, le nom de Jésus Christ, seule source d'espérance pour tous en
Europe.
Avec tous les chrétiens
54. Dans le même temps, apparaît comme un impératif imprescriptible le devoir
d'une collaboration œcuménique fraternelle et convaincue.
Le sort de l'évangélisation est étroitement lié au témoignage d'unité que
sauront donner tous les disciples du Christ: « Tous les chrétiens sont appelés
à accomplir cette mission selon leur vocation. La tâche de l'évangélisation
implique d'avancer l'un vers l'autre et d'avancer ensemble, en partant de
l'intérieur; évangélisation et unité, évangélisation et œcuménisme sont
étroitement liés entre eux ».97 C'est pourquoi je fais miennes de nouveau les paroles écrites par Paul VI
au Patriarche œcuménique Athenagoras Ier: « Puisse l'Esprit Saint nous guider dans la voie de la réconciliation, afin
que l'union de nos Églises devienne un signe toujours plus lumineux d'espérance
et de réconfort au sein de l'humanité entière ».98
En dialogue avec les autres religions
55. Comme pour tout l'engagement de la « nouvelle évangélisation », il faut
également, en ce qui concerne l'annonce de l'Évangile de l'espérance, que soit
instauré un dialogue interreligieux profond et intelligent, en
particulier avec le judaïsme et avec l'islam. « Entendu comme méthode et comme
moyen en vue d'une connaissance et d'un enrichissement réciproques, il ne
s'oppose pas à la mission ad gentes, au contraire il lui est spécialement
lié et il en est une expression ».99 Dans ce dialogue, il n'est pas question de se laisser prendre par une «
mentalité marquée par l'indifférentisme, malheureusement très répandue parmi
les chrétiens, souvent fondée sur des conceptions théologiques inexactes et
imprégnées d'un relativisme religieux qui porte à considérer que “toutes les
religions se valent” ».100
56. Il s'agit plutôt de prendre une plus vive conscience du rapport qui lie
l'Église au peuple juif et du rôle singulier d'Israël dans l'histoire du
salut. Comme il était déjà apparu lors de la première Assemblée spéciale pour
l'Europe du Synode des Évêques et comme l'a rappelé également le dernier Synode,
il faut reconnaître les racines communes qui existent entre le christianisme et
le peuple juif, appelé par Dieu à une alliance qui reste irrévocable (cf. Rm
11, 29),101 puisqu'elle est parvenue à sa plénitude définitive dans le Christ.
Il est donc nécessaire de favoriser le dialogue avec le judaïsme, sachant qu'il
est d'une importance fondamentale pour la conscience chrétienne de soi et pour
le dépassement des divisions entre les Églises, et aussi d'œuvrer pour que
fleurisse un nouveau printemps dans les relations mutuelles. Cela implique que
chaque communauté ecclésiale ait à pratiquer, chaque fois que les circonstances
le permettront, le dialogue et la collaboration avec les croyants de la religion
juive. Un tel exercice suppose, entre autres, que « l'on se souvienne de la
part que les fils de l'Église ont pu avoir dans la naissance et dans la
diffusion d'une telle attitude antisémite au cours de l'histoire, et que l'on en
demande pardon à Dieu, favorisant de toutes les manières possibles les
rencontres de réconciliation et d'amitié avec les fils d'Israël ».102 On devra par ailleurs, dans ce contexte, se souvenir aussi des nombreux chrétiens qui, parfois au prix de leur vie, ont aidé et sauvé leurs «
frères aînés », surtout dans des périodes de persécution.
57. Il s'agit également de se laisser inciter à une meilleure connaissance des
autres religions, pour pouvoir instaurer un dialogue fraternel avec les
personnes de l'Europe d'aujourd'hui qui y adhèrent. En particulier, il est
important d'avoir un juste rapport avec l'islam. Comme cela s'est révélé
plusieurs fois ces dernières années à la conscience des évêques européens, ce
rapport « doit être conduit avec prudence, il faut en connaître clairement les
possibilités et les limites, et garder confiance dans le dessein de salut de
Dieu, qui concerne tous ses fils ».103 Il faut être conscient, entre autres, de la divergence notable entre la
culture européenne, qui a de profondes racines chrétiennes, et la pensée
musulmane.104
À cet égard, il est nécessaire de préparer convenablement les chrétiens qui
vivent au contact quotidien des musulmans à connaître l'islam de manière
objective et à savoir s'y confronter; une telle préparation doit concerner en
particulier les séminaristes, les prêtres et tous les agents pastoraux. On
comprend par ailleurs que l'Église, alors qu'elle demande aux Institutions
européennes d'avoir à promouvoir la liberté religieuse en Europe, se fasse
également un devoir de rappeler que la réciprocité dans la garantie de la
liberté religieuse doit être observée aussi dans les pays de tradition religieuse différente, où les chrétiens sont en
minorité.105
Dans ce domaine, on comprend « l'étonnement et le sentiment de frustration des
chrétiens qui accueillent, par exemple en Europe, des croyants d'autres
religions en leur donnant la possibilité d'exercer leur culte et qui se voient
interdire tout exercice du culte chrétien dans les pays où ces croyants
majoritaires » 106 ont fait de leur religion la seule qui soit autorisée et encouragée. La
personne humaine a droit à la liberté religieuse et, en tout point du monde,
tous « doivent être exempts de toute contrainte de la part soit d'individus,
soit de groupes sociaux, et de quelque pouvoir humain que ce soit ».107
III. Évangéliser la vie sociale
Évangélisation de la culture et inculturation de l'Évangile
58. L'annonce de Jésus Christ doit rejoindre aussi la culture européenne
contemporaine. L'évangélisation de la culture doit montrer qu'aujourd'hui
encore, dans cette Europe, il est possible de vivre en plénitude l'Évangile
comme chemin qui donne sens à l'existence. Dans cette perspective, la pastorale
doit assumer la tâche de façonner une mentalité chrétienne dans la vie
ordinaire: en famille, à l'école, dans les communications sociales, dans le
monde de la culture, du travail et de l'économie, dans la politique, dans les
loisirs, dans le temps de la santé et celui de la maladie. Il faut se confronter
de manière critique et sereine à l'actuelle situation culturelle de l'Europe, évaluant les tendances
qui se manifestent, les faits et les situations d'importance de notre temps à la
lumière du caractère central du Christ et de l'anthropologie chrétienne.
Aujourd'hui encore, en se souvenant de la fécondité culturelle du christianisme
tout au long de l'histoire de l'Europe, il faut présenter l'approche
évangélique, théorique et pratique, de la réalité et de l'homme. Considérant, en
outre, la grande importance des sciences et des réalisations technologiques dans
la culture et dans la société de l'Europe, l'Église est appelée, à travers ses
moyens d'approfondissement théorique et d'initiative pratique, à offrir des
propositions en regard des connaissances scientifiques et de leurs applications,
montrant les insuffisances et le caractère inadéquat d'une conception inspirée
du scientisme qui ne reconnaît comme valeur objective que le savoir
expérimental, et indiquant les critères éthiques que l'homme possède parce
qu'ils sont inscrits dans sa nature.108
59. Sur le chemin de l'évangélisation de la culture prend place l'important
service accompli par les écoles catholiques. Il faudra travailler à faire
reconnaître une effective liberté d'éducation et la parité juridique entre les
écoles publiques et les écoles privées. Ces dernières sont parfois l'unique
moyen de proposer la tradition chrétienne à ceux qui en sont loin. J'exhorte les
fidèles engagés dans le monde de l'éducation à persévérer dans leur
mission, en portant la lumière du Christ Sauveur dans leurs propres activités éducatives, scientifiques et académiques.109 En particulier, il faut donner toute son importance à la contribution des
chrétiens engagés dans la recherche et dans l'enseignement au sein des
universités: par le « service de la pensée », ils transmettent aux jeunes
générations les valeurs d'un patrimoine culturel enrichi par deux millénaires
d'expérience humaniste et chrétienne. Convaincu de l'importance des institutions
académiques, je demande aussi que soit promue dans les différentes Églises
particulières une pastorale universitaire adaptée, favorisant ainsi ce
qui correspond aux nécessités culturelles actuelles.110
60. On ne peut oublier l'apport positif de la mise en valeur des biens
culturels de l'Église. Ils peuvent en effet représenter un facteur
particulier pour susciter à nouveau un humanisme d'inspiration chrétienne. Grâce
à une conservation appropriée et à une utilisation intelligente des biens
culturels, ceux-ci, en tant que témoignage vivant de la foi professée au long
des siècles, peuvent constituer un instrument valable pour la nouvelle
évangélisation et pour la catéchèse, et inviter à redécouvrir le sens du
mystère.
En même temps, il faut promouvoir de nouvelles expressions artistiques de la
foi, au moyen d'un dialogue constant avec les spécialistes de l'art.111 L'Église a en effet besoin de l'art, de la littérature, de la musique, de
la peinture, de la sculpture et de l'architecture, parce qu'elle doit « rendre
perceptible et même, autant que possible, fascinant le monde de l'esprit, de l'invisible, de Dieu »
112 et que la beauté artistique, comme reflet de l'Esprit de Dieu, est une
marque du mystère, une invitation à rechercher le visage de Dieu, qui s'est
rendu visible en Jésus de Nazareth.
L'éducation des jeunes à la foi
61. Par ailleurs, j'encourage l'Église en Europe à porter une attention
croissante à l'éducation des jeunes à la foi. Fixant notre regard vers
l'avenir, nous ne pouvons pas ne pas tourner nos pensées vers eux: nous devons
nous faire proches de l'esprit, du cœur, du caractère des jeunes, pour leur
offrir une solide formation humaine et chrétienne.
Chaque fois que se rassemblent de nombreux jeunes, il n'est pas difficile de
distinguer chez eux la présence d'attitudes diversifiées. On constate leur désir
de vivre ensemble pour sortir de l'isolement, leur soif plus ou moins consciente
d'absolu; on découvre chez eux une foi cachée qui demande à être purifiée et qui
veut suivre le Seigneur; on perçoit la décision de poursuivre le chemin déjà
entrepris et l'exigence de partager la foi.
62. À cette fin, il convient de renouveler la pastorale des jeunes,
organisée par tranches d'âge et attentive aux diverses conditions des enfants,
des adolescents et des jeunes. Il sera en outre nécessaire de lui conférer une
plus grande structure organique et une plus grande cohérence, avec une écoute patiente des demandes des jeunes, pour les rendre acteurs de l'évangélisation et
de la construction de la société.
Dans cet esprit, il est important de promouvoir des occasions de rencontres
entre jeunes, de manière à favoriser un climat d'écoute mutuelle et de prière.
Il ne faut pas avoir peur d'être exigeant avec eux en ce qui concerne leur
croissance spirituelle. On leur montrera la route de la sainteté, les invitant à
faire des choix fermes à la suite du Christ, ce à quoi ils seront encouragés par
une vie sacramentelle intense. Ils pourront ainsi résister aux séductions d'une
culture qui souvent ne leur propose que des valeurs éphémères ou même contraires
à l'Évangile, et devenir eux-mêmes capables de faire preuve d'une mentalité
chrétienne dans tous les domaines de leur existence, y compris les
divertissements et les loisirs.113
J'ai encore vivement présent devant les yeux les joyeux visages de tant de
jeunes, véritable espérance de l'Église et du monde, signe éloquent de
l'Esprit qui ne se lasse pas de susciter des énergies nouvelles. Je les ai
rencontrés aussi bien au cours de mes voyages dans les différents pays que lors
des inoubliables Journées mondiales de la Jeunesse.114
L'attention aux médias
63. Étant donné l'importance des moyens de communication sociale, l'Église en
Europe ne peut pas ne pas réserver une attention particulière au monde
multiforme des médias. Cela implique entre autres la formation appropriée des chrétiens qui œuvrent dans les médias et des
usagers des médias, en vue d'une bonne maîtrise des nouveaux langages. Un soin
spécial sera apporté au choix de personnes préparées pour la communication du
message à travers les médias. Il sera très utile aussi de procéder à un échange
d'informations et de stratégies entre les Églises sur les divers aspects et les
initiatives concernant une telle communication. Il ne faudra pas non plus
négliger la création de moyens locaux de communication sociale, y compris au
niveau paroissial.
En même temps, il s'agit d'assurer une présence dans les processus de la
communication sociale, pour la rendre plus respectueuse de la vérité de
l'information et de la dignité de la personne humaine. À ce propos, j'invite les
catholiques à participer à l'élaboration d'un code de déontologie pour ceux
qui travaillent dans les milieux de la communication sociale, en se laissant
éclairer par les critères que les organismes compétents du Saint-Siège 115 ont récemment indiqués et que les Évêques réunis en Synode avaient
énumérés ainsi: « Respect de la dignité de la personne humaine, de ses droits,
y compris le droit à la vie privée; service de la vérité, de la justice et des
valeurs humaines, culturelles et spirituelles; estime des différentes cultures
pour éviter qu'elles ne se fondent dans la masse; protection des minorités et
des plus faibles; recherche du bien commun, au-delà des intérêts particuliers et
de la prédominance des critères purement économiques ».116
La mission ad gentes
64. Une annonce de Jésus Christ et de son Évangile qui se limiterait au seul
contexte européen serait le signe d'un manque préoccupant d'espérance. L'œuvre
d'évangélisation est animée par une véritable espérance chrétienne quand elle
s'ouvre aux horizons universels, qui incitent à offrir gratuitement à tous ce
qu'on a soi-même reçu en don. La mission ad gentes devient ainsi
expression d'une Église modelée par l'Évangile de l'espérance, qui
continuellement se renouvelle et se rajeunit. Telle a été au long des siècles la
conscience de l'Église en Europe: d'innombrables générations de missionnaires,
hommes et femmes, allant à la rencontre d'autres peuples et d'autres
civilisations, ont annoncé l'Évangile de Jésus Christ aux populations du monde
entier.
La même ardeur missionnaire doit animer l'Église dans l'Europe d'aujourd'hui. La diminution du nombre de prêtres et de personnes consacrées dans certains
pays ne doit empêcher aucune Église particulière de faire siennes les exigences
de l'Église universelle. Chacune saura favoriser la préparation à la mission
ad gentes, de manière à répondre généreusement à l'appel qui provient encore
de beaucoup de nations et de peuples désireux de connaître l'Évangile. Les
Églises d'autres continents, particulièrement de l'Asie et de l'Afrique, se
tournent encore vers les Églises d'Europe et attendent qu'elles continuent à
répondre à leur vocation missionnaire. Les chrétiens en Europe ne peuvent être infidèles à leur histoire.117
L'Évangile: un livre pour l'Europe
d'aujourd'hui et de toujours
65. En franchissant la Porte sainte, au début du grand Jubilé de l'An 2000, j'ai
présenté à l'Église et au monde le livre de l'Évangile. Ce geste, accompli par
chaque évêque dans les diverses cathédrales du monde, indique l'engagement qui
attend aujourd'hui et toujours l'Église dans notre continent.
Église en Europe, entre dans le nouveau millénaire avec le Livre de l'Évangile
! Que soit entendue par chaque fidèle l'exhortation conciliaire « à acquérir,
par une fréquente lecture des divines Écritures, “la science éminente de Jésus
Christ” (Ph 3, 8). “L'ignorance des Écritures est, en effet, l'ignorance
du Christ” ».118 Que la sainte Bible continue d'être un trésor pour l'Église et pour tout
chrétien: nous trouverons dans l'étude attentive de la Parole la nourriture et
la force pour accomplir chaque jour notre mission.
Prenons ce Livre dans nos mains! Recevons-le de la part du Seigneur qui
nous l'offre continuellement à travers son Église (cf. Ap 10, 8).
Mangeons- le (cf. Ap 10, 9), pour qu'il devienne la vie de notre vie.
Goûtons-le à fond: il nous réservera des difficultés, mais il nous
donnera aussi la joie car il est doux comme le miel (cf. Ap 10, 9-10).
Nous serons comblés d'espérance et capables de communiquer cette
espérance à tout homme et à toute femme que nous rencontrons sur notre
route.
CHAPITRE IV
CÉLÉBRER
L'ÉVANGILE DE L'ESPÉRANCE
« À Celui qui siège sur le trône, et à l'Agneau,
bénédiction, honneur, gloire et domination,
dans les siècles des siècles! » (Ap 5, 13)
Une communauté priante
66. L'Évangile de l'espérance, annonce de la vérité qui libère (cf Jn,
8, 32), doit être célébré. Devant l'Agneau de l'Apocalypse commence une liturgie
solennelle de louange et d'adoration: « À Celui qui siège sur le trône, et à
l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et domination, dans les siècles des
siècles! » (Ap 5, 13). La même vision, qui révèle Dieu et le sens de
l'histoire, se produit « le jour du Seigneur » (Ap 1, 10), le jour de
la résurrection revécu par l'assemblée dominicale.
L'Église qui accueille cette révélation est une communauté qui prie. En priant,
elle écoute son Seigneur et ce que l'Esprit lui dit: elle adore, elle loue,
elle rend grâce, et enfin elle invoque la venue du Seigneur, « Viens, Seigneur
Jésus! » (cf. Ap 22, 16-20), affirmant ainsi qu'elle attend le salut de
Lui seul.
À toi aussi, Église de Dieu qui vis en Europe, il est demandé d'être une
communauté qui prie, célébrant ton Seigneur par les Sacrements, par la liturgie et par toute ta
vie. Dans la prière, tu redécouvriras la présence vivifiante du Seigneur. Ainsi,
enracinant en lui chacune de tes actions, tu pourras proposer de nouveau aux
Européens la rencontre avec lui-même, véritable espérance qui seule peut
satisfaire pleinement le désir ardent de Dieu, lui qui est caché sous les
diverses formes de recherche religieuse qui se font jour dans l'Europe
contemporaine.
I. Redécouvrir la liturgie
Le sens religieux dans l'Europe d'aujourd'hui
67. Malgré les vastes zones de déchristianisation dans le continent européen, un
certain nombre de signes permettent d'esquisser le visage d'une Église qui,
en croyant, annonce, célèbre et sert son Seigneur. En effet, il ne manque
pas d'exemples de chrétiens authentiques qui vivent des moments de silence
contemplatif, qui participent fidèlement aux propositions spirituelles qui leurs
sont faites, qui vivent l'Évangile dans leur existence quotidienne et qui en
témoignent dans les divers milieux où ils sont engagés. On peut aussi discerner
des manifestations d'une « sainteté populaire », qui attestent que même dans
l'Europe actuelle il n'est pas impossible de vivre l'Évangile, aussi bien à un
niveau personnel que dans une authentique expérience communautaire.
68. Parallèlement à de nombreux exemples de foi authentique, il existe aussi en
Europe une religiosité vague et parfois déviante. Ses indices revêtent
souvent un caractère général et superficiel, quand ils ne sont pas carrément en
contradiction les uns avec les autres chez les personnes mêmes dont ils
proviennent. Ce sont des phénomènes manifestes de fuite dans le spiritualisme,
de syncrétisme religieux et ésotérique, de recherche à tout prix de « l'extraordinaire », qui peuvent conduire à des choix déviants, telle la
participation à des sectes dangereuses ou à des expériences pseudo-religieuses.
Le désir diffus d'une nourriture spirituelle doit être accueilli avec
compréhension et purifié. À l'homme qui, même confusément, prend conscience
qu'il ne peut vivre seulement de pain, il est nécessaire que l'Église puisse
témoigner de manière convaincante de la réponse que Jésus fit au tentateur: «
Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui
sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4).
Une Église qui célèbre
69. Dans le contexte de la société actuelle, souvent fermée à la transcendance,
étouffée par des comportements consuméristes, propice aux formes anciennes et
nouvelles d'idolâtrie, et en même temps assoiffée de quelque chose qui aille
au-delà de l'immédiat, la mission qui attend l'Église en Europe est tout
à la fois exigeante et exaltante. Elle consiste à redécouvrir le sens du «
mystère »; à renouveler les célébrations liturgiques afin qu'elles soient des signes
toujours plus éloquents de la présence du Christ Seigneur; à assurer de nouveaux
espaces au silence, à la prière et à la contemplation; à revenir aux Sacrements,
surtout l'Eucharistie et la Pénitence, car ils sont source de liberté et de
nouvelle espérance.
C'est pourquoi, à toi, Église qui vis en Europe, j'adresse un appel
pressant: Sois une Église qui prie, qui loue Dieu, qui en reconnaît la
primauté absolue et qui l'exalte avec une foi joyeuse. Redécouvre le sens du
mystère: vis-le avec une humble gratitude; témoignes-en avec une joie
convaincue et contagieuse. Célèbre le Salut du Christ: accueille- le
comme un don qui fait de toi son sacrement; fais de ta vie le vrai culte
spirituel qui plaît à Dieu (cf. Rm 12, 1).
Le sens du mystère
70. Certains symptômes révèlent un affaiblissement du sens du mystère dans les
célébrations liturgiques elles-mêmes, qui devraient au con- traire y introduire.
Il est donc urgent que dans l'Église soit ravivé le sens authentique de la
liturgie. Celle-ci, comme l'ont rappelé les Pères synodaux,119 est un instrument de sanctification; elle est une célébration de la foi de
l'Église; elle est un moyen de transmission de la foi. Avec l'Écriture sainte et
les enseignements des Pères de l'Église, elle est source vivante d'une
authentique et solide spiritualité. Comme le souligne bien aussi la tradition
des vénérables Églises d'Orient, par la liturgie, les fidèles entrent en
communion avec la Sainte Trinité, faisant l'expérience de leur participation à
la nature divine, en tant que don de la grâce. La liturgie devient ainsi
anticipation de la béatitude finale et participation à la gloire céleste.
71. Dans les célébrations, il faut redonner à Jésus la place centrale,
afin de nous laisser éclairer et guider par lui. Nous pouvons trouver là l'une
des réponses les plus claires que nos communautés sont appelées à donner à une
religiosité vague et inconsistante. La liturgie de l'Église n'a pas pour but
d'apaiser les désirs et les peurs de l'homme, mais d'écouter et d'accueillir
Jésus le Vivant, qui honore et loue son Père, afin que nous puissions le louer
et l'honorer avec lui. Les célébrations ecclésiales proclament que notre
espérance nous vient de Dieu, par Jésus notre Seigneur.
Il s'agit de vivre la liturgie comme œuvre de la Trinité. C'est le Père
qui agit pour nous dans les mystères célébrés; c'est lui qui nous parle, qui
nous pardonne, qui nous écoute et qui nous donne son Esprit; c'est vers lui que
nous nous tournons, lui que nous écoutons, que nous louons et que nous
invoquons. C'est Jésus qui agit pour notre sanctification, nous rendant
participants de son mystère. C'est l'Esprit Saint qui opère avec sa grâce et
fait de nous le Corps du Christ, l'Église.
La liturgie doit être vécue comme annonce et anticipation de la gloire future,
terme ultime de notre espérance. Comme l'enseigne en effet le Concile:
« Dans la liturgie terrestre nous participons, en y goûtant par avance, à cette
liturgie céleste qui est célébrée dans la sainte cité de Jérusalem vers laquelle
nous tendons dans notre pèlerinage [...], jusqu'à ce que [le Christ], qui est
notre vie, se manifeste et que nous soyons manifestés nous-mêmes avec lui dans
la gloire ».120
Formation liturgique
72. Si, après le Concile œcuménique Vatican II, une partie du chemin a été
accomplie pour vivre le sens authentique de la liturgie, il reste encore
beaucoup à faire. Il faut un renouveau régulier et une formation constante de
tous, ministres ordonnés, personnes consacrées et laïcs.
Le véritable renouveau, loin de provenir d'actes arbitraires, consiste à
développer toujours mieux la conscience du sens du mystère, de façon à faire des
liturgies des moments de communion avec le grand et saint mystère de la Trinité.
En célébrant les actions sacrées comme relation à Dieu et accueil de ses dons,
expressions d'une authentique vie spirituelle, l'Église en Europe pourra
vraiment nourrir son espérance et l'offrir à ceux qui l'ont perdue.
73. À cette fin, un grand effort de formation est nécessaire. Destinée à
favoriser la compréhension du sens véritable des célébrations de l'Église, elle
requiert, en plus d'une formation appropriée sur les rites, une spiritualité
authentique et une éducation qui permette de la vivre en plénitude.121 On doit donc promouvoir plus intensément une véritable « mystagogie
liturgique », avec la participation active de tous les fidèles, chacun
selon ses attributions, aux actions sacrées, en particulier à l'Eucharistie.
II. Célébrer les Sacrements
74. Une place toute particulière doit être réservée à la célébration des
Sacrements, en tant qu'actions du Christ et de l'Église ordonnées au culte à
rendre à Dieu, à la sanctification des hommes et à l'édification de la
communauté ecclésiale. Conscients qu'en eux c'est le Christ lui-même qui agit
par l'action du Saint-Esprit, nous devons célébrer les sacrements avec le plus
grand soin, en en créant les conditions favorables. Les Églises particulières du
continent auront à cœur d'intensifier leur pastorale sacramentelle pour en faire
reconnaître la profonde vérité. Les Pères synodaux ont mis en lumière cette
exigence pour répondre à deux dangers: d'une part, certains milieux ecclésiaux
semblent avoir perdu le sens authentique du sacrement et risqueraient donc de
banaliser les mystères célébrés; d'autre part, de nombreux baptisés, attachés
aux usages et aux traditions, continuent à recourir aux sacrements aux moments
significatifs de leur existence, sans pour autant vivre conformément aux
indications de l'Église.122
L'Eucharistie
75. L'Eucharistie, don suprême du Christ à l'Église, rend mystérieusement
présent le sacrifice du Christ pour notre salut: « La très sainte Eucharistie
contient en effet l'ensemble des biens spirituels de l'Église, à savoir le
Christ lui-même, notre Pâque ».123 C'est en elle, « source et sommet de toute la vie chrétienne »,124 que l'Église puise au long de son pèlerinage, y trouvant la source de
toute espérance. En effet, l'Eucharistie « donne une impulsion à notre marche
dans l'histoire, faisant naître un germe de vive espérance dans le dévouement
quotidien de chacun à ses propres tâches ».125
Nous sommes tous invités à confesser la foi dans l'Eucharistie, « gage
de la gloire future », dans la certitude que la communion avec le Christ, que
nous vivons actuellement comme pèlerins dans notre existence mortelle, anticipe
la rencontre suprême le jour où « nous serons semblables à lui, parce que nous
le verrons tel qu'il est » (1 Jn 3, 2). L'Eucharistie est un «
avant-goût de l'éternité dans le temps »; elle est présence divine et communion
à cette présence; mémorial de la Pâque du Christ, elle est par nature
dispensatrice de la grâce dans l'histoire humaine. Elle ouvre à l'avenir de
Dieu; étant communion avec le Christ, en son corps et son sang, elle est
participation à la vie éternelle de Dieu.126
La Réconciliation
76. Avec l'Eucharistie, le sacrement de la Réconciliation doit aussi
jouer un rôle fondamental pour retrouver l'espérance: « L'expérience personnelle du pardon de Dieu pour chacun de nous est en effet
le fondement essentiel de toute espérance pour notre avenir ».127 L'une des racines de la résignation qui assaille tant de personnes
aujourd'hui doit être cherchée dans l'incapacité de se reconnaître pécheur et de
se laisser pardonner, incapacité souvent due à la solitude de ceux qui, vivant
comme si Dieu n'existait pas, n'ont personne à qui demander pardon. En revanche,
celui qui se reconnaît pécheur et qui se confie à la miséricorde du Père céleste
fait l'expérience de la joie d'une vraie libération et il peut avancer dans
l'existence sans se replier sur sa propre misère.128 Il reçoit ainsi la grâce d'un nouveau départ et il retrouve des raisons
d'espérer.
C'est pourquoi il est nécessaire que dans l'Église en Europe le sacrement de la
Réconciliation soit ravivé. Il faut cependant redire que la forme du sacrement
est la confession personnelle des péchés, suivie de l'absolution individuelle.
Cette rencontre entre le pénitent et le prêtre doit être favorisée, quelles que
soient les formes prévues du rite du Sacrement. Face à la perte largement
répandue du sens du péché et à l'affirmation d'une mentalité marquée par le
relativisme et le subjectivisme dans le domaine moral, il est nécessaire que,
dans toute communauté ecclésiale, on pourvoie à une sérieuse formation des
consciences.129 Les Pères du Synode ont insisté pour que l'on reconnaisse clairement la
vérité du péché personnel et la nécessité du pardon personnel de Dieu à travers
le ministère du prêtre.
Les absolutions collectives ne sont pas une modalité laissée à la libre
appréciation dans l'administration du sacrement de la Réconciliation.130
77. Je m'adresse aux prêtres, les exhortant à être généreusement
disponibles pour écouter les confessions et à être eux-mêmes des exemples en
s'approchant avec régularité du sacrement de la Pénitence. Je les invite à
mettre soigneusement à jour leurs connaissances dans le domaine de la théologie
morale, de manière à pouvoir affronter avec compétence les problèmes apparus
récemment dans le domaine de la morale personnelle et sociale. Puissent-ils
porter aussi une particulière attention aux conditions concrètes de vie dans
lesquelles se trouvent les fidèles et savoir les conduire patiemment à
reconnaître les exigences de la loi morale chrétienne, les aidant à vivre le
sacrement comme une joyeuse rencontre avec la miséricorde du Père céleste! 131
Prière et vie
78. En plus de la célébration eucharistique, il convient de promouvoir aussi les
autres formes de prières communautaires,132 aidant à redécouvrir le lien qui existe entre ces dernières et la prière
liturgique. En particulier, tout en maintenant vivante la tradition de l'Église
latine, on doit développer les diverses expressions du culte eucharistique en
dehors de la Messe: adoration personnelle, exposition et procession, qui
sont à comprendre comme des expressions de la foi en la permanence de la présence réelle du
Seigneur dans le Sacrement de l'autel.133 À propos de la célébration personnelle ou communautaire de la Liturgie
des Heures, dont le Concile a aussi rappelé la grande valeur pour les
fidèles laïcs,134 on s'attachera à faire voir le lien qui la relie au mystère eucharistique.
Les familles seront encouragées à réserver un temps pour la prière en commun, de
façon à interpréter à la lumière de l'Évangile toute leur vie conjugale et
familiale. Ainsi, à partir de là et dans l'écoute de la Parole de Dieu, se
développera cette liturgie domestique qui accompagnera tous les moments
de la vie familiale.135
Toute forme de prière communautaire présuppose la prière individuelle. Entre la
personne et Dieu naît ce colloque en vérité qui s'exprime dans la louange, dans
l'action de grâce, dans la supplication adressée au Père, par Jésus Christ et
dans l'Esprit Saint. Jamais ne sera délaissée la prière personnelle, qui est
comme la respiration du chrétien. À tous aussi, on apprendra à redécouvrir le
lien entre cette dernière et la prière liturgique.
79. On réservera aussi une attention particulière à la piété populaire.136 Largement présente en diverses régions d'Europe grâce aux confréries, aux
pèlerinages et aux processions auprès de nombreux sanctuaires, elle enrichit le
cours de l'année liturgique, inspirant coutumes et usages familiaux et sociaux.
Toutes ces formes doivent être considérées avec attention, moyennant une
pastorale de promotion et de renouveau, qui les aide à développer ce qui est
expression authentique de la sagesse du peuple de Dieu. Tel est assurément le
saint Rosaire. En cette année qui lui est consacrée, il m'est cher d'en
recommander de nouveau la récitation, car, « s'il est redécouvert dans sa
pleine signification, le Rosaire conduit au cœur même de la vie chrétienne et
offre une occasion spirituelle et pédagogique ordinaire mais féconde pour la
contemplation personnelle, la formation du peuple de Dieu et la nouvelle
évangélisation ».137
En matière de piété populaire, il faut veiller constamment aux aspects ambigus
de certaines manifestations, les préservant des dérives séculières, du
consumérisme irréfléchi ou encore des risques de superstition, afin de les
maintenir dans le cadre de formes assurées et authentiques. On fera œuvre
d'éducation, expliquant que la piété populaire doit toujours être vécue en
harmonie avec la liturgie de l'Église et en relation avec les Sacrements.
80. Il ne faut pas oublier que le « culte spirituel capable de plaire à
Dieu » (cf. Rm 12, 1) se réalise avant tout dans l'existence
quotidienne, vécue dans la charité à travers le don de soi libre et
généreux, même dans les moments d'apparente impuissance. Ainsi, la vie est
animée par une espérance indéfectible parce qu'elle s'appuie uniquement sur la
certitude de la puissance de Dieu et de la victoire du Christ: c'est une vie remplie des consolations de Dieu, par lesquelles nous sommes appelés à consoler
à notre tour ceux que nous rencontrons sur notre route (cf. 2 Co 1, 4).
Le jour du Seigneur
81. Le jour du Seigneur est le moment par excellence et hautement
évocateur en ce qui concerne la célébration de l'Évangile de l'espérance.
Dans le contexte actuel, les circonstances rendent précaire pour les chrétiens
la possibilité de vivre pleinement le dimanche comme jour de la rencontre avec
le Seigneur. Il n'est pas rare qu'il se réduise à n'être qu'une « fin de
semaine », un simple temps d'évasion. C'est pourquoi il faut une action
pastorale organique au niveau éducatif, spirituel et social, qui aide à en vivre
le sens véritable.
82. Je renouvelle donc l'appel à redécouvrir le sens profond du jour du
Seigneur: 138 qu'il soit sanctifié par la participation à l'Eucharistie et par un repos
rempli de joie chrétienne et de fraternité. Qu'il soit célébré comme le centre
de tout le culte, comme l'annonce incessante de la vie sans fin, qui ranime
l'espérance et redonne courage sur le chemin. Ne craignons pas alors de le
défendre contre toute attaque et de tout mettre en œuvre pour que, dans
l'organisation du travail, il soit sauvegardé, de manière à être un jour
pour l'homme, au bénéfice de la société entière. En effet, si le dimanche était
privé de sa signification originelle et s'il devenait impossible en ce jour de
réserver un temps convenable à la prière, au repos, à la communion et à la joie,
il pourrait arriver « que l'homme reste enfermé dans un horizon si réduit qu'il
ne peut plus voir le ciel; alors, même revêtu d'un habit de fête, il devient
profondément incapable de faire la fête ».139 Et sans la dimension de la fête, l'espérance ne trouverait pas de maison
où habiter.
CHAPITRE V
SERVIR
L'ÉVANGILE DE L'ESPÉRANCE
« Je connais ta conduite, ton amour, ta foi,
ton sens du service, ta persévérance » (Ap 2, 19)
Le chemin de l'amour
83. La Parole que l'Esprit adresse aux Églises contient un jugement sur leur
vie. Elle concerne les actes et les comportements: « Je connais ta
conduite » est l'introduction qui, tel un refrain et avec peu de variantes,
apparaît dans les lettres écrites aux sept Églises. Quand les œuvres s'avèrent
positives, elles sont le fruit du labeur, de la persévérance, de l'acceptation
des épreuves, des tribulations, de la pauvreté, de la fidélité dans la
persécution, de la charité, de la foi, du service. En ce sens, elles peuvent
être lues comme la description d'une Église qui non seulement annonce et célèbre
le salut venant du Seigneur, mais qui en « vit » réellement.
Pour servir l'Évangile de l'espérance, l'Église qui est en Europe est elle
aussi appelée à suivre la route de l'amour. C'est une route qui passe par la
charité évangélisatrice, l'engagement multiforme dans le service, la
détermination dans une générosité sans trêve ni frontière.
I. Le service de la charité
Dans la communion et dans la solidarité
84. Pour toute personne, l'amour reçu et donné constitue l'expérience
originaire dans laquelle naît l'espérance. « L'homme ne peut vivre sans
amour. Il demeure pour lui-même un être incompréhensible, sa vie est privée de
sens s'il ne reçoit pas la révélation de l'amour, s'il ne rencontre pas l'amour,
s'il n'en fait pas l'expérience et s'il ne le fait pas sien, s'il n'y participe
pas fortement ».140
Le défi pour l'Église dans l'Europe d'aujourd'hui consiste donc à aider l'homme
contemporain à faire l'expérience de l'amour de Dieu le Père et du Christ dans
l'Esprit Saint, à travers le témoignage de l'amour, qui en lui-même possède
une force évangélisatrice intrinsèque.
En définitive,« l'Évangile », joyeuse annonce faite à tout homme, consiste en
ceci: Dieu nous a aimés le premier (cf. Jn 4, 10.19); Jésus nous a aimés
jusqu'au bout (cf. Jn 13, 1). Grâce au don de l'Esprit, l'amour de Dieu
est offert aux croyants, les rendant participants de sa capacité d'aimer: il
saisit le cœur de tout disciple et de l'Église entière (cf. 2 Co 5, 14).
Précisément parce qu'il est donné par Dieu, l'amour devient commandement
pour l'homme (cf. Jn 13, 34).
Vivre dans l'amour devient ainsi une joyeuse nouvelle pour tout homme,
rendant visible l'amour de Dieu qui n'abandonne personne. En fin de compte, cela signifie donner à l'homme égaré de véritables raisons pour
continuer à espérer.
85. C'est la vocation de l'Église, comme « signe tangible, bien que toujours
inadéquat, de l'amour vécu, de faire que les hommes et les femmes rencontrent
l'amour de Dieu et du Christ qui vient à leur recherche ».141 « Signe et instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout
le genre humain »,142 l'Église en témoigne lorsque les personnes, les familles et les
communautés vivent intensément l'Évangile de la charité. En d'autres termes, nos
communautés ecclésiales sont appelées à être de véritables lieux
privilégiés d'entraînement à la communion.
De par sa nature même, le témoignage de la charité est appelé à s'étendre
au-delà des limites de la communauté ecclésiale, pour atteindre toute personne,
de sorte que l'amour pour tous les hommes devienne incitation à une
authentique solidarité pour l'ensemble de la vie sociale. Quand l'Église
sert la charité, elle fait en même temps croître la « culture de la solidarité
», contribuant ainsi à redonner vie aux valeurs universelles de la convivialité
humaine.
Dans cette perspective, il convient de redécouvrir le sens authentique du
bénévolat chrétien. Naissant de la foi et étant continuellement nourri par
elle, il doit conjuguer les compétences professionnelles et l'amour authentique,
poussant ceux qui s'y livrent à « élever leurs sentiments de simple
philanthropie à la hauteur de la charité du Christ; à reconquérir chaque jour,
dans le labeur et la fatigue, la conscience de la dignité de tout homme; à aller à la
découverte des besoins des personnes en ouvrant, s'il le faut, de nouvelles
voies là où le besoin se fait le plus urgent, et là où l'attention et le soutien
sont les plus déficients ».143
II. Servir l'homme dans la société
Redonner espérance aux pauvres
86. À toute l'Église il est demandé de redonner espérance aux
pauvres.
Les accueillir et les servir signifie pour elle accueillir et servir le Christ (cf.
Mt 25, 40). L'amour préférentiel pour les pauvres est une
dimension nécessaire de l'être chrétien et du service de l'Évangile. Aimer les
personnes et leur témoigner qu'elles sont particulièrement aimées de Dieu veut
dire reconnaître qu'elles ont une valeur en elles-mêmes, quelles que soient les
conditions économiques, culturelles et sociales dans lesquelles elles vivent,
les aidant à développer leurs potentialités.
87. Il faut par ailleurs se laisser interpeller par le phénomène du chômage,
qui, dans beaucoup de pays d'Europe, constitue un grave fléau social. À cela
s'ajoutent aussi les problèmes liés à l'accroissement des flux migratoires. Il est
demandé à l'Église de rappeler que le travail est un bien que toute la société
doit prendre en charge.
Présentant à nouveau les critères éthiques qui doivent guider le marché et
l'économie, dans un respect scrupuleux de la place centrale que l'homme y occupe, l'Église ne peut
négliger la recherche du dialogue avec les personnes engagées dans le domaine
politique et syndical, et dans le monde de l'entreprise.144 Le dialogue doit tendre à l'édification d'une Europe entendue comme
communauté de peuples et de personnes, communauté solidaire dans l'espérance,
non soumise exclusivement aux lois du marché, mais fermement préoccupée de
sauvegarder la dignité de l'homme même dans ses rapports économiques et sociaux.
88. Qu'une attention particulière soit aussi portée à la pastorale des
malades. Considérant que la maladie est une situation qui suscite des
questions essentielles sur le sens de la vie, « dans une société de la
prospérité et de l'efficacité, dans une culture caractérisée par l'idolâtrie du
corps, par le refus de la souffrance et de la douleur, et par le mythe de la
jeunesse éternelle »,145 l'attention envers les malades doit être considérée comme une priorité. À
cette fin, il faut promouvoir, d'une part, une présence pastorale appropriée
dans les différents lieux de la souffrance, par exemple à travers l'engagement
d'aumôniers d'hôpitaux, de membres d'associations de bénévolat, d'institutions
sanitaires liées à l'Église, et, d'autre part, un soutien aux familles des
malades. De plus, il est nécessaire d'être proche du personnel médical et
paramédical, avec des moyens pastoraux adaptés, pour le soutenir dans son
exigeante vocation au service des malades. En effet, dans leur activité
professionnelle, les personnes qui travaillent dans le monde de la santé rendent
chaque jour un noble service à la vie. Il leur est demandé d'offrir aussi aux
patients le soutien spirituel particulier qui suppose la chaleur d'un contact
humain authentique.
89. Enfin, on ne saurait oublier qu'il est parfois fait un usage indu des
biens de la terre. Manquant en effet à la mission de cultiver et de garder
la terre avec sagesse et amour (cf Gn 2, 15), l'homme a, dans de
nombreuses régions, dévasté plaines et forêts, pollué les eaux, rendu l'air
irrespirable, bouleversé les systèmes hydrogéologiques et atmosphériques, et
provoqué la désertification de vastes zones.
Même dans ce cas, servir l'Évangile de l'espérance veut dire s'engager de
manière nouvelle pour un usage correct des biens de la terre,146 développant l'attention qui, en plus de sauvegarder des habitats
naturels, défend la qualité de vie des personnes, afin de préparer pour les
générations futures un monde plus conforme au projet du Créateur.
La vérité sur le mariage et la famille
90. L'Église en Europe, dans toutes ses composantes, doit proposer à nouveau,
avec fidélité, la vérité sur le mariage et la famille.147 C'est une nécessité qu'elle ressent intensément en elle-même, car elle
sait qu'elle est qualifiée pour accomplir cette tâche, en vertu de la mission
évangélisatrice que lui a confiée son Époux et Seigneur, et que cette tâche
s'impose aujourd'hui de nouveau avec une insistance inégalée. De nombreux
facteurs culturels, sociaux et politiques contribuent en effet à provoquer une
crise, toujours plus évidente, de la famille. Ils compromettent, dans certaines
mesures, la vérité et la dignité de la personne humaine, et ils remettent en
cause, en la dénaturant, l'idée même de famille. La valeur de l'indissolubilité
du mariage est de plus en plus méconnue; on revendique des formes de
reconnaissance légale des unions de fait, les mettant sur le même plan que les
mariages légitimes; on observe même des tentatives visant à faire accepter des
modèles de couples où la différence sexuelle ne serait plus essentielle.
Dans ce contexte, il est demandé à l'Église d'annoncer avec une vigueur
renouvelée ce que dit l'Évangile sur le mariage et la famille, pour en
saisir la signification et la valeur dans le dessein salvifique de Dieu. Il est
en particulier nécessaire de réaffirmer que ces institutions sont des réalités
qui proviennent de la volonté de Dieu. Il faut redécouvrir la vérité de la
famille, en tant que communauté intime de vie et d'amour,148 ouverte à la génération de nouvelles vies; et aussi sa dignité « d'Église
domestique » et sa participation à la mission de l'Église et à la vie de la
société.
91. Selon les Pères du Synode, il faut reconnaître que de nombreuses familles,
dans le quotidien d'une existence vécue dans l'amour, sont des témoins visibles
de la présence de Jésus qui les accompagne et qui les soutient par le don de son Esprit. Pour affermir leur marche, on devra approfondir la théologie et la
spiritualité du mariage et de la famille; proclamer avec fermeté et intégrité,
et montrer au moyen d'exemples efficaces la vérité et la beauté de la famille
fondée sur le mariage entendu comme union stable et féconde d'un homme et d'une
femme; promouvoir dans toute communauté ecclésiale une pastorale familiale
organique et adaptée. En même temps, il sera nécessaire d'offrir, avec une
sollicitude maternelle de la part de l'Église, une aide à ceux qui se trouvent
dans des situations difficiles, par exemple les mères célibataires, les
personnes séparées, les divorcés, les enfants abandonnés. Dans tous les cas, il
conviendra d'encourager, d'accompagner et de soutenir une juste participation
des familles, seules ou associées, dans l'Église et dans la société, et de
veiller à ce que les États et l'Union européenne elle-même mettent en place des
politiques familiales authentiques et adaptées.149
92. Une attention particulière doit être réservée à l'éducation des jeunes et
des fiancés à l'amour, grâce à des parcours spécifiques de préparation à la
célébration du sacrement de Mariage, qui les aident à arriver jusqu'à ce jour en
vivant dans la chasteté. Dans son œuvre éducative, l'Église se montrera
prévenante, accompagnant également les jeunes époux après la célébration de leur
mariage.
93. Enfin, l'Église est aussi appelée à rencontrer, avec une bonté maternelle,
tous ceux qui sont dans des situations matrimoniales qui peuvent facilement
faire perdre l'espérance. En particulier, « face aux nombreuses familles
disloquées, l'Église se sent appelée, non pas à exprimer un jugement sévère et
distant, mais plutôt à introduire dans les plaies de tant de drames humains
la lumière de la Parole de Dieu, accompagnée du témoignage de sa
miséricorde. Tel est l'esprit avec lequel la pastorale familiale cherche à
prendre en charge également les situations des croyants qui sont divorcés et
se sont remariés civilement. Ils ne sont pas exclus de la communauté: ils
sont même invités à participer à sa vie, en accomplissant un chemin de
croissance dans la ligne des exigences évangéliques. Sans leur taire la vérité
du désordre moral objectif dans lequel ils se trouvent et des conséquences qui
en découlent quant à la pratique sacramentelle, l'Église entend leur montrer
toute sa proximité maternelle ».150
94. S'il est nécessaire, pour servir l'Évangile de l'espérance, d'apporter une
attention particulière et prioritaire à la famille, il est tout aussi vrai que
les familles elles-mêmes ont une tâche irremplaçable à accomplir à l'égard
de ce même Évangile de l'espérance. C'est pourquoi, en toute confiance et
affection, je renouvelle mon invitation à toutes les familles chrétiennes qui
vivent en Europe: « Familles, devenez ce que vous êtes ! » Vous êtes une
représentation vivante de l'amour de Dieu: Vous avez la « mission de
garder, de révéler et de communiquer l'amour, reflet vivant et participation réelle de l'amour de Dieu
pour l'humanité et de l'amour du Christ Seigneur pour l'Église son Épouse ».151
Vous êtes le « sanctuaire de la vie [...]: le lieu où la vie, don de
Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant
les exigences d'une croissance humaine authentique ».152
Vous êtes le fondement de la société, en tant que lieu premier de l'«
humanisation » de la personne et du « vivre ensemble »,153 modèle pour l'instauration de rapports sociaux vécus dans l'amour et la
solidarité.
Soyez vous-mêmes des témoins crédibles de l'Évangile de l'espérance! Car vous êtes «
Gaudium et spes ».154
Servir l'Évangile de la vie
95. Le vieillissement et la diminution de la population auxquels on assiste dans
divers pays d'Europe ne peuvent pas ne pas être des motifs de préoccupation; en
effet, la chute des naissances est le symptôme d'un rapport perturbé avec
l'avenir; c'est une manifestation évidente d'un manque d'espérance, c'est le
signe de la « culture de mort » qui traverse la société contemporaine.155
Avec la chute de la natalité, il faut rappeler d'autres signes qui concourent à
provoquer l'éclipse de la valeur de la vie et à déchaîner une sorte de conjuration contre elle. Parmi eux, il faut tout d'abord mentionner
avec tristesse la diffusion de l'avortement, même en utilisant des
préparations chimiques et pharmaceutiques qui le rendent possible sans devoir
recourir à un médecin, et en le soustrayant ainsi à toute forme de responsabilité
sociale; cela est favorisé par la présence, dans les législations de nombreux
États du continent, de lois permettant un geste qui demeure un « crime
abominable » 156 et qui constitue toujours un grave désordre moral. On ne peut pas oublier
non plus les attentats perpétrés à travers les interventions « sur les embryons
humains qui, bien que poursuivant des buts en soi légitimes, en comportent
inévitablement le meurtre », ou bien l'utilisation détournée des techniques de
diagnostic prénatal, qui sont mises non pas au service de thérapies précoces,
parfois envisageables, mais « d'une mentalité eugénique qui accepte
l'avortement sélectif ».157
Il faut aussi mentionner la tendance, que l'on observe dans certaines parties de
l'Europe, à penser qu'il pourrait être permis de mettre fin sciemment à ses
jours ou à ceux d'autrui: d'où une diffusion de l'euthanasie, cachée ou
effectuée au grand jour, en faveur de laquelle les demandes et les tristes
exemples de légalisation ne manquent pas.
96. Face à cet état de fait, il est nécessaire de « servir l'Évangile de la
vie » également grâce « à une mobilisation générale des consciences
et à un effort commun d'ordre éthique, pour mettre en œuvre une grande stratégie pour le service de la vie. Nous devons construire tous ensemble
une nouvelle culture de la vie ».158 C'est là un grand défi qu'il faut affronter avec responsabilité, dans la
certitude que « l'avenir de la civilisation européenne dépend en grande partie
d'une défense et d'une promotion résolues des valeurs de la vie, centre de son
patrimoine culturel »; 159 il s'agit en effet de rendre à l'Europe sa véritable dignité, qui est
d'être le lieu où toute personne est reconnue dans son incomparable dignité.
Je fais volontiers miennes ces paroles des Pères du synode: « Le synode des
évêques européens incite les communautés chrétiennes à se faire les
évangélisatrices de la vie. Il encourage les couples chrétiens et les familles
chrétiennes à se soutenir mutuellement pour demeurer fidèles à leur mission de
collaborer avec Dieu dans la génération et l'éducation de nouvelles créatures;
il apprécie toute généreuse tentative de réagir à l'égoïsme en matière de
transmission de la vie, égoïsme nourri par de faux modèles de sécurité et de
bonheur; il demande aux États et à l'Union européenne de mettre en œuvre des
politiques clairvoyantes qui promeuvent les conditions concrètes de logement, de
travail et d'aide sociale, en vue d'aider à la constitution de la famille et à
répondre à la vocation à la maternité et à la paternité, et qui en plus assurent
à l'Europe d'aujourd'hui la ressource la plus précieuse: les Européens de
demain ».160
Bâtir une cité digne de l'homme
97. La charité active nous engage à hâter la venue du Règne de Dieu. C'est
pourquoi elle apporte son concours à la promotion des valeurs authentiques qui
sont à la base d'une civilisation digne de l'homme. Comme le rappelle en effet
le Concile Vatican II, « dans leur marche vers la cité céleste, les chrétiens
doivent rechercher et goûter les choses d'en haut; mais, par là, la gravité du
devoir de travailler en collaboration avec tous les hommes à l'édification d'un
monde plus humain, loin d'être diminuée, est plutôt accrue ».161 L'attente des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, loin d'éloigner de l'histoire, intensifie la sollicitude pour le monde présent
où, jusqu'à aujourd'hui, croît la nouveauté qui est germe et figure du monde à
venir.
Animés par ces certitudes de foi, engageons-nous à construire une cité digne
de l'homme! Même s'il n'est pas possible de réaliser dans l'histoire un
ordre social parfait, nous savons pourtant que tout effort sincère pour
construire un monde meilleur est accompagné de la bénédiction de Dieu et que
toute semence de justice et d'amour plantée dans le temps présent donnera son
fruit dans l'éternité.
98. Dans la construction d'une cité digne de l'homme, un rôle d'inspiration
doit être reconnu à la doctrine sociale de l'Église. À travers elle, en
effet, l'Église pose au continent européen la question de la valeur morale de sa
civilisation. Cette doctrine tire son origine de la rencontre entre, d'une part, le message biblique et la raison, et, d'autre part, les problèmes et les
situations concernant la vie de l'homme et de la société. Par l'ensemble des
principes qu'elle propose, cette doctrine contribue à poser des bases solides
pour une vie sociale à la mesure de l'homme, dans la justice, la vérité, la
liberté et la solidarité. Tournée vers la défense et la promotion de la dignité
de la personne, fondement non seulement de la vie économique et politique, mais
aussi de la justice sociale et de la paix, elle apparaît capable d'assurer des
bases solides aux piliers sur lesquels se bâtit l'avenir du continent européen.162 La doctrine sociale de l'Église comporte aussi les points de repères qui
permettent de défendre la structure morale de la liberté, de manière à
sauvegarder la culture et la société européennes aussi bien de l'utopie
totalitaire de la « justice sans liberté » que de celle d'une « liberté sans
vérité » qui s'accompagne d'une fausse conception de la « tolérance », toutes
deux porteuses d'erreurs et d'horreurs pour l'humanité, comme en témoigne
malheureusement l'histoire récente de l'Europe elle-même.163
99. La doctrine sociale de l'Église, en raison de son lien intrinsèque avec la
dignité de la personne, est faite pour être comprise aussi par ceux qui
n'appartiennent pas à la communauté des croyants. Il est donc urgent d'en
répandre la connaissance et l'étude, dans le but de surmonter l'ignorance que
même les chrétiens ont à son endroit. C'est ce qu'exige l'Europe nouvelle en voie de construction, elle qui a besoin de personnes éduquées selon ces valeurs
et disposées à travailler à la réalisation du bien commun. À cette fin s'avère
nécessaire la présence de laïcs chrétiens qui, dans les diverses responsabilités
de la vie civique, économique, culturelle, dans le monde de la santé, de
l'éducation et de la politique, agissent de manière à pouvoir y diffuser les
valeurs du Royaume.164
Pour une culture de l'accueil
100. Parmi les défis qui se posent aujourd'hui pour le service de l'Évangile de
l'espérance apparaît celui du phénomène croissant de l'immigration, qui
interroge l'Église sur sa capacité d'accueillir chaque personne, quel que soit
le peuple ou la nation auquel elle appartient. Il incite également toute la
société européenne et ses institutions à rechercher un ordre juste et des modes
de convivialité respectueux de tous, comme aussi de la législation, en vue d'une
éventuelle intégration.
Devant l'état de pauvreté, de sous-développement ou même d'insuffisance de
liberté qui, malheureusement, caractérise encore divers pays et qui pousse de
nombreuses personnes à abandonner leur terre, se fait sentir le besoin d'un
engagement courageux de tous pour la réalisation d'un ordre économique
international plus juste, qui soit en mesure de promouvoir l'authentique
développement de tous les peuples et de tous les pays.
101. Face au phénomène migratoire, l'Europe est mise au défi de trouver des
formes nouvelles et intelligentes d'accueil et d'hospitalité. C'est la
vision « universaliste » du bien commun qui l'exige: il faut dilater son
regard jusqu'à embrasser les exigences de toute la famille humaine. Le phénomène
même de la mondialisation demande ouverture et partage s'il veut être non pas
une source d'exclusion et de marginalisation, mais au contraire de participation
solidaire de tous à la production et à l'échange des biens.
Chacun doit s'employer à la croissance d'une solide culture de l'accueil
qui, tenant compte de l'égale dignité de toute personne et du devoir de
solidarité à l'égard des plus faibles, demande que soient reconnus les droits
fondamentaux de tout migrant. Il est de la responsabilité des autorités
publiques d'exercer un contrôle sur les flux migratoires en fonction des
exigences du bien commun. L'accueil doit toujours se réaliser dans le respect
des lois et donc se conjuguer, si nécessaire, avec une ferme répression des
abus.
102. Il faut également s'employer à découvrir les formes possibles d'une
véritable intégration des immigrés légitimement accueillis dans le tissu
social et culturel des diverses nations européennes. Cela exige que l'on ne cède
pas à l'indifférence à l'égard des valeurs humaines universelles et que l'on
soit attentif à sauvegarder le patrimoine culturel propre à chaque nation. Une
convivialité pacifique et un échange des richesses intérieures réciproques
rendront possible l'édification d'une Europe qui sache être la maison commune, où chacun puisse être accueilli, où nul
ne fasse l'objet de discrimination, où tous soient traités et vivent de façon
responsable comme membres d'une seule grande famille.
103. Pour sa part, l'Église est appelée à « continuer son action pour créer et
améliorer sans cesse ses services d'accueil et ses attentions pastorales
à l'égard des immigrés et des réfugiés »,165 pour faire en sorte que soient respectées leur dignité et leur liberté, et
que soit favorisée leur intégration.
On veillera en particulier à assurer une assistance pastorale à l'intégration
des immigrés catholiques, en respectant leur culture et l'originalité de
leurs traditions religieuses. À cette fin, il est bon de favoriser les contacts
entres les Églises d'origine des immigrés et celles qui les accueillent, en vue
d'étudier des formes d'aide qui peuvent également prévoir la présence, parmi les
immigrés, de prêtres, de personnes consacrées et d'agents pastoraux,
convenablement formés, provenant de leur pays.
Le service de l'Évangile exige en outre que l'Église, défendant la cause des
opprimés et des exclus, demande aux autorités politiques des divers États et
aux responsables des Institutions européennes de reconnaître la condition de
réfugié à ceux qui fuient leur pays d'origine en raison de menaces pour leur
vie, et aussi de faciliter leur retour dans leur pays, ainsi que de créer les
conditions pour que soit respectée la dignité de tous les immigrés et que soient défendus leurs droits fondamentaux.166
III. Optons pour la charité
104. L'appel à vivre une charité active, adressé par les Pères synodaux à tous
les chrétiens du continent européen,167 représente la synthèse heureuse d'un service authentique rendu à
l'Évangile de l'espérance. Aujourd'hui, je te propose à mon tour cet appel,
Église du Christ qui vis en Europe. Que les joies et les espérances, que les
tristesses et les angoisses des Européens d'aujourd'hui, surtout des pauvres et
de ceux qui souffrent, soient aussi tes joies et tes espérances, tes tristesses
et tes angoisses, et que rien de ce qui est authentiquement humain ne manque de
trouver un écho dans ton cœur! Regarde l'Europe et son cheminement, avec la
sympathie de celui qui apprécie tout élément positif, mais qui, en même temps,
ne ferme pas les yeux sur ce qui n'est pas en harmonie avec l'Évangile et qui le
dénonce avec force!
105. Église en Europe, accueille chaque jour avec une fraîcheur renouvelée le
don de la charité que le Seigneur t'offre et dont il te rend capable! Apprends
de lui le contenu et la mesure de l'amour! Et sois l'Église des Béatitudes,
continuellement conformée au Christ (cf. Mt 5, 1-12).
Libre de toute entrave et de toute dépendance, sois pauvre et amie des plus
pauvres, accueillante envers toute personne et attentive à toute forme de pauvreté, qu'elle soit ancienne ou nouvelle!
Continuellement purifiée par la bonté du Père, reconnais dans l'attitude de
Jésus, qui a toujours défendu la vérité tout en se montrant miséricordieux
envers les pécheurs, la norme suprême de ton action.
En Jésus, à la naissance duquel la paix fut annoncée (cf. Lc 2, 14), en
lui qui dans sa mort a abattu toute inimitié (cf. Ep 2, 14) et qui a
donné la paix véritable (cf. Jn 14, 27), sois un artisan de paix,
invitant tes fils à laisser purifier leur cœur de toute hostilité, égoïsme ou
esprit partisan, favorisant en toute circonstance le dialogue et le respect
réciproques!
En Jésus, justice de Dieu, ne te lasse jamais de dénoncer toute forme
d'injustice! En vivant dans le monde avec les valeurs du Règne qui vient, tu
seras l'Église de la charité, tu apporteras ton indispensable contribution à
l'édification en Europe d'une civilisation toujours plus digne de l'homme.
CHAPITRE VI
L'ÉVANGILE DE L'ESPÉRANCE
POUR UNE EUROPE NOUVELLE
« J'ai vu descendre du ciel, d'auprès de Dieu,
la cité sainte, la Jérusalem nouvelle » (Ap 21, 2)
La nouveauté de Dieu dans l'histoire
106. L'Évangile de l'espérance qui résonne dans l'Apocalypse ouvre le cœur à la
contemplation de la nouveauté opérée par Dieu: « Alors j'ai vu un ciel
nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient
disparu, et il n'y avait plus de mer » (Ap 21, 1). C'est Dieu lui-même
qui proclame cette nouveauté avec des mots expliquant la vision qui vient d'être
décrite: « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5).
La nouveauté de Dieu – pleinement compréhensible sur l'arrière-plan des choses
du passé, faites de larmes, de deuil, d'affliction et de mort (cf. Ap 21,
4) – consiste à sortir de la condition du péché et de ses conséquences, dans
laquelle se trouve l'humanité; c'est le ciel nouveau et la nouvelle terre, la
Jérusalem nouvelle, par opposition à un ciel et à une terre anciens, à un
antique ordre des choses et à une Jérusalem vétuste, tourmentée par ses
rivalités.
Il n'est pas indifférent pour la construction de la cité de l'homme d'utiliser
l'image de la Jérusalem nouvelle qui descend « du ciel, d'auprès de Dieu, toute
prête, comme une fiancée parée pour son époux » (Ap 21, 2) et qui se
réfère directement au mystère de l'Église. C'est une image qui parle d'une
réalité eschatologique: elle va au-delà de tout ce que l'homme peut faire;
elle est un don de Dieu qui s'accomplira dans les derniers temps. Mais elle
n'est pas une utopie: elle est une réalité déjà présente. C'est ce
qu'indique le verbe au présent utilisé par Dieu – « Voici que je fais
toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5) – avec la précision qui suit:
« Tout est réalisé désormais » (Ap 21, 6). Car Dieu est déjà en train
d'agir pour renouveler le monde; la Pâque de Jésus est déjà la nouveauté de
Dieu. Elle fait naître l'Église, elle en anime l'existence, elle renouvelle et
transforme l'histoire.
107. Cette nouveauté commence à prendre forme avant tout dans la communauté
chrétienne, qui est déjà aujourd'hui « la demeure de Dieu avec les hommes
» (cf. Ap 21, 3), au sein de laquelle Dieu est déjà à l'œuvre,
renouvelant la vie de ceux qui se soumettent au souffle de l'Esprit. L'Église
est pour le monde signe et instrument du Royaume qui se réalise avant tout dans
les cœurs. Un reflet de cette même nouveauté se manifeste aussi dans toute
forme de convivialité humaine animée par l'Évangile. Il s'agit d'une
nouveauté qui interroge la société à tout moment de l'histoire et en tout point
de la terre, particulièrement la société européenne qui, depuis de nombreux siècles, écoute
l'Évangile du Règne inauguré par Jésus.
I. La vocation spirituelle de l'Europe
L'Europe promotrice des valeurs universelles
108. L'histoire du continent européen est marquée par l'influence vivifiante de
l'Évangile. « Si nous tournons notre regard vers les siècles passés, nous ne
pouvons pas manquer de rendre grâce au Seigneur pour le fait que le
christianisme a été pour notre continent un facteur primordial d'unité entre les
peuples et les cultures et de promotion intégrale de l'homme et de ses
droits ».168
On ne peut certes pas douter que la foi chrétienne fait partie, de façon
radicale et déterminante, des fondements de la culture européenne. Le
christianisme a en effet donné sa forme à l'Europe, y faisant pénétrer certaines
valeurs fondamentales. La modernité européenne elle- même, qui a donné au monde
l'idéal démocratique et les droits humains, puise ses valeurs dans son héritage
chrétien. Plus qu'un espace géographique, cet héritage peut être qualifié de «
concept majoritairement culturel et historique, caractérisant une réalité
née comme continent grâce, entre autres, à la force unificatrice du
christianisme; celui-ci a su fondre entre eux des peuples différents et des
cultures diverses, et il est intimement lié à la culture européenne tout
entière ».169
Cependant, au moment même où l'Europe d'aujourd'hui renforce et élargit son
union économique et politique, elle semble aussi souffrir d'une profonde crise
de valeurs. Bien qu'elle dispose de moyens accrus, elle donne l'impression de
manquer d'élan pour nourrir un projet commun et pour redonner à ses citoyens des
raisons d'espérer.
Le nouveau visage de l'Europe
109. Dans le processus de transformation qu'elle vit actuellement, l'Europe
est appelée avant tout à retrouver sa véritable identité. En effet, bien
qu'elle soit parvenue à constituer une réalité fortement diversifiée, elle doit
édifier un nouveau modèle d'unité dans la diversité, une communauté de nations
réconciliées, ouverte aux autres continents et engagée dans le processus actuel
de mondialisation.
Pour donner un nouvel élan à son histoire, elle doit « reconnaître et
retrouver, dans une fidélité créatrice, les valeurs fondamentales à
l'acquisition desquelles le christianisme a apporté une contribution
déterminante, et qui peuvent se résumer dans l'affirmation de la dignité
transcendante de la personne, de la valeur de la raison, de la liberté, de la
démocratie, de l'état de droit et de la distinction entre politique et religion
».170
110. L'Union européenne continue à s'élargir. Tous les peuples qui partagent le
même héritage fondamental ont pour vocation d'en faire partie à plus ou moins longue échéance.
Il faut souhaiter que, en plus d'assurer une mise en œuvre plus affermie des
principes de subsidiarité et de solidarité, une telle expansion se réalise dans
le respect de tous, valorisant les particularités historiques et culturelles,
les identités nationales et la richesse des apports que pourront fournir les
nouveaux membres.171 Dans le processus d'intégration du continent, il est capital de prendre en
compte le fait que l'Union n'aurait pas de consistance si elle était réduite à
ses seules composantes géographiques et économiques, mais qu'elle doit avant
tout consister en une harmonisation des valeurs appelées à s'exprimer dans le
droit et dans la vie.
Promouvoir la solidarité et la paix dans le monde
111. Dire « Europe » doit vouloir dire « ouverture ». Malgré les expériences
et les signes contraires qui d'ailleurs n'ont pas manqué, c'est son histoire
même qui l'exige: « L'Europe n'est pas vraiment un territoire clos ou isolé;
elle s'est construite en allant, au-delà des mers, à la rencontre d'autres
peuples, d'autres cultures, d'autres civilisations ».172 C'est pourquoi l'Europe doit être un continent ouvert et accueillant
qui continue à pratiquer, dans l'actuelle mondialisation, des formes de
coopération non seulement économique, mais également sociale et culturelle.
Il y a une exigence à laquelle le continent doit répondre de manière positive
pour que son visage soit véritablement nouveau: « L'Europe ne saurait se replier sur
elle-même. Elle ne peut ni ne doit se désintéresser du reste du monde; elle doit
au contraire garder pleine conscience que d'autres pays, d'autres continents,
attendent d'elle des initiatives audacieuses, pour offrir aux peuples les plus
pauvres les moyens de leur développement et de leur organisation sociale, et
pour édifier un monde plus juste et plus fraternel ».173 Pour réaliser une telle mission de manière appropriée, il sera nécessaire
« de repenser la coopération internationale en termes de nouvelle culture de
solidarité. Considérée comme ferment de paix, la coopération ne peut pas se
réduire à l'aide et à l'assistance, surtout quand on envisage en retour de tirer
profit des ressources mises à disposition. Au contraire, elle doit exprimer un
engagement concret et tangible de solidarité qui vise à faire des pauvres les
acteurs de leur développement et qui permette au plus grand nombre possible de
personnes d'exercer, dans les circonstances économiques et politiques concrètes
dans lesquelles elles vivent, la créativité propre à la personne humaine, d'où
dépend aussi la richesse des nations ».174
112. De plus, l'Europe doit prendre une part active dans la promotion et dans
la mise en pratique d'une mondialisation « dans la » solidarité. Comme
condition de cette dernière, il faut ajouter une sorte de mondialisation «
de la » solidarité et des valeurs connexes d'équité, de justice et de
liberté, dans la ferme conviction que le marché requiert d'être « dûment contrôlé par les forces sociales et par l'État, de manière à garantir
la satisfaction des besoins fondamentaux de toute la société ».175
L'Europe qui nous est léguée par l'histoire a vu, surtout au siècle dernier,
s'affirmer des idéologies totalitaires et des nationalismes exacerbés qui,
faisant perdre l'espérance aux hommes et aux peuples du continent, ont nourri
des conflits au sein des Nations et entre les Nations elles- mêmes, jusqu'à
l'effroyable tragédie des deux guerres mondiales.176 Les luttes ethniques plus récentes, qui ont à nouveau ensanglanté le
continent européen, ont montré elles aussi à tous que la paix est fragile,
qu'elle a besoin d'un engagement actif de tous et qu'elle ne peut être garantie
qu'en ouvrant de nouvelles perspectives d'échange, de pardon et de
réconciliation entre les personnes, entre les peuples et entre les Nations.
Face à cet état de fait, l'Europe, avec tous ses habitants, doit s'employer
inlassablement à construire la paix à l'intérieur de ses frontières et dans
le monde entier. À ce propos, il convient de rappeler « d'une part que les
différences nationales doivent être maintenues et cultivées comme le fondement
de la solidarité européenne; et, d'autre part, que l'identité nationale
elle-même ne se réalise que dans l'ouverture aux autres peuples et à travers la
solidarité envers eux ».177
II. La construction européenne
Le rôle des Institutions européennes
113. Si l'on veut dessiner le nouveau visage du continent, c'est, sous de
nombreux aspects déterminants, par leur rôle que les Institutions
internationales qui sont principalement liées au territoire européen,
et qui y agissent, ont contribué à marquer le cours historique des événements
sans s'engager dans des opérations à caractère militaire. À ce sujet, je
voudrais mentionner avant tout l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération
en Europe, qui travaille au maintien de la paix et à la stabilité, y compris par
la protection et la promotion des droits humains et des libertés fondamentales,
comme aussi à la coopération économique et environnementale.
Il y a aussi le Conseil de l'Europe, dont font partie les États qui ont signé la
Convention européenne pour la sauvegarde des droits humains fondamentaux de 1950
et la Charte sociale de 1961. La Cour européenne des droits de l'homme lui est
rattachée. Ces deux institutions visent, à travers la coopération politique,
sociale, juridique et culturelle, comme aussi à travers la promotion des droits
humains et de la démocratie, à la réalisation de l'Europe de la liberté et de la
solidarité. Enfin, l'Union européenne, avec son Parlement, avec le Conseil des
Ministres et avec la Commission, propose un modèle d'intégration qui se
perfectionne progressivement, dans la perspective d'adopter un jour une charte
fondamentale commune. Cet organisme a pour but de réaliser une plus grande unité
politique, économique et monétaire entre les États membres, aussi bien les
membres actuels que ceux qui en feront partie à l'avenir. Dans leur diversité et à partir de l'identité propre à
chacune d'elles, les Institutions mentionnées ci-dessus ont pour but de
promouvoir l'unité du continent, et plus profondément sont au service de
l'homme.178
114. Aux Institutions européennes elles-mêmes et aux divers États d'Europe, je
demande avec les Pères synodaux179 de reconnaître qu'un bon ordonnancement de la société doit s'enraciner
dans d'authentiques valeurs éthiques et civiques, partagées le plus possible
par les citoyens, en notant que de telles valeurs constituent avant tout le
patrimoine des divers corps sociaux. Il est important que les Institutions et
les États reconnaissent que, parmi ces corps sociaux, il y a aussi les Églises
et Communautés ecclésiales, ainsi que les autres organisations religieuses. À
plus forte raison, quand elles existent déjà avant la fondation des nations
européennes, elles ne sont pas réductibles à de simples entités privées, mais
elles agissent avec un poids institutionnel spécifique, qui mérite d'être
sérieusement pris en considération. Dans le déroulement de leurs activités, les
différentes Institutions étatiques ou européennes doivent agir en sachant que
leurs systèmes juridiques ne seront pleinement respectueux de la démocratie que
s'ils prévoient des formes de « saine collaboration »
180 avec les Églises et les Organisations religieuses.
À la lumière de ce qui vient d'être souligné, je voudrais m'adresser encore une
fois aux rédacteurs du futur traité constitutionnel de l'Europe, pour que, dans ce dernier,
figure une référence au patrimoine religieux et spécialement chrétien de
l'Europe. Dans le plein respect de la laïcité des Institutions, je souhaite
par-dessus tout que soient reconnus trois aspects complémentaires: le droit des
Églises et des communautés religieuses de s'organiser librement, en conformité
avec leurs propres statuts et leurs propres convictions; le respect de
l'identité spécifique des Confessions religieuses et le fait de prévoir un
dialogue structuré entre l'Union européenne et ces mêmes Confessions; le respect
du statut juridique dont les Églises et les institutions religieuses jouissent
déjà en vertu des législations des États membres de l'Union.181
115. Les Institutions européennes ont pour but déclaré la défense des droits de
la personne humaine. Par cet engagement, elles contribuent à construire l'Europe
des valeurs et du droit. Les Pères synodaux ont fait appel aux responsables
européens, leur disant: « Élevez la voix quand sont violés les droits
humains des individus, des minorités et des peuples, à commencer par le
droit à la liberté religieuse; réservez la plus grande attention à tout ce qui
regarde la vie humaine de sa conception jusqu'à sa mort naturelle, et la
famille fondée sur le mariage: telles sont les bases sur
lesquelles repose la maison commune européenne; [...] affrontez, en toute
justice et équité, et avec un grand sens de la solidarité, le phénomène croissant des migrations,
faisant en sorte qu'elles soient une nouvelle ressource pour l'avenir européen; faites tous vos
efforts pour qu'aux jeunes soit garanti un avenir vraiment humain, par le
travail, la culture, l'éducation aux valeurs morales et
spirituelles ».182
L'Église pour la nouvelle Europe
116. L'Europe a besoin d'une dimension religieuse. Pour être « nouvelle », à la manière de ce qui est dit de la « cité nouvelle » de l'Apocalypse (cf.
21, 2), elle doit se laisser rejoindre par l'action de Dieu. L'espérance de
construire un monde plus juste et plus digne de l'homme ne peut en effet faire
abstraction de la prise de conscience que les efforts humains ne conduiraient à
rien s'ils n'étaient pas accompagnés par le soutien divin, car, « si le
Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps
127 [126], 1). Pour que l'Europe puisse être édifiée sur des bases solides, il
est nécessaire de s'appuyer sur les valeurs authentiques, qui ont leur fondement
dans la loi morale universelle, inscrite dans le cœur de tout homme. « Non
seulement les chrétiens peuvent s'unir à tous les hommes de bonne volonté pour
travailler à la construction de ce grand projet, mais plus encore ils sont
invités à en être en quelque sorte l'âme, en montrant le véritable sens de
l'organisation de la cité terrestre ».183
Une et universelle, tout en étant présente dans la multiplicité des Églises
particulières, l'Église catholique peut offrir une contribution unique à
l'édification d'une Europe ouverte au monde. De l'Église en effet se dégage un modèle d'unité essentielle dans la
diversité des expressions culturelles, la conscience d'appartenir à une
communauté universelle qui s'enracine dans les communautés locales mais ne
s'épuise pas en elles, le sens de ce qui unit au-delà de ce qui distingue.184
117. Dans ses relations avec les pouvoirs publics, l'Église ne demande pas un
retour à des formes d'État confessionnel. Mais en même temps, elle déplore tout
type de laïcisme idéologique ou de séparation hostile entre les institutions
civiles et les confessions religieuses.
Pour sa part, dans la logique d'une saine collaboration entre communauté
ecclésiale et société politique, l'Église catholique est convaincue de pouvoir
apporter une contribution spécifique à la perspective de l'unification,
offrant aux institutions européennes, en continuité avec sa tradition et en
harmonie avec les directives de sa doctrine sociale, la présence de communautés
de croyants qui cherchent à réaliser l'humanisation de la société à partir de
l'Évangile vécu sous le signe de l'espérance. Dans cette optique, il est
nécessaire que des chrétiens, convenablement formés et compétents,
soient présents dans les diverses instances et Institutions européennes,
pour concourir, dans le respect des justes dynamismes démocratiques et à travers
une confrontation des propositions, à définir une convivialité européenne
toujours plus respectueuse de tout homme et de toute femme, et donc conforme au
bien commun.
118. L'Europe qui est en train de se construire comme « union » pousse aussi
les chrétiens vers l'unité pour qu'ils soient de vrais témoins d'espérance.
Dans ce cadre, il faut poursuivre et développer cet échange de dons, qui
a revêtu ces dernières années des expressions significatives. Réalisé entre
communautés ayant des histoires et des traditions diverses, il incite à nouer
des liens plus durables entre les Églises des divers pays et il conduit à leur
enrichissement mutuel, à travers rencontres, confrontations et aides
réciproques. Il faut en particulier mettre en valeur la contribution de la
tradition culturelle et spirituelle offerte par les Églises catholiques
orientales.185
Un rôle important pour la croissance de cette unité peut être joué par les
organismes continentaux de communion ecclésiale, qui attendent d'être
ultérieurement encouragés.186 Parmi ceux-ci, il convient d'attribuer un rôle particulier au Conseil
des Conférences épiscopales d'Europe dont la mission est, au niveau de tout
le continent, d'« assurer la promotion d'une communion toujours plus intense
entre les diocèses et les Conférences épiscopales nationales, l'accroissement de
la collaboration œcuménique entre les chrétiens, l'élimination des obstacles
qui menacent l'avenir de la paix et le progrès des peuples, le renforcement de
la collégialité affective et effective et de la “communio” hiérarchique
».187 De même, il faut reconnaître le service de la Commission des Épiscopats
de la Communauté européenne qui, suivant le processus de consolidation et
d'élargissement de l'Union européenne, favorise l'information mutuelle et coordonne les
initiatives pastorales des Églises d'Europe concernées.
119. Le renforcement de l'Union au sein du continent européen incite les
chrétiens à coopérer au processus d'intégration et de réconciliation à travers
un dialogue théologique, spirituel, éthique et social.188 En effet, « dans l'Europe en marche vers l'unité politique, pouvons-nous
admettre que ce soit précisément l'Église du Christ qui soit un facteur de
désunion et de discorde? Ne serait-ce pas là un des plus grands scandales de
notre temps? ».189
À partir de l'Évangile, un nouvel élan pour l'Europe
120. L'Europe a besoin d'un saut qualitatif dans la prise de conscience de
son héritage spirituel. Un tel élan ne peut lui venir que d'une écoute
renouvelée de l'Évangile du Christ. Il appartient à tous les chrétiens de
s'employer à satisfaire cette faim et cette soif de vie.
C'est pourquoi « l'Église éprouve le devoir de renouveler avec vigueur le
message d'espérance qui lui a été confié par Dieu » et elle répète à l'Europe:
« “Le Seigneur ton Dieu est en toi, c'est lui, le héros qui apporte le salut”
(So 3, 17). Son invitation à l'espérance ne se fonde pas sur une
idéologie utopiste. [...] C'est, au contraire, le message éternel du salut
proclamé par le Christ (cf. Mc 1, 15). Avec l'autorité qui lui vient de
son Seigneur, l'Église répète à l'Europe d'aujourd'hui:
Europe du troisième millénaire, “que tes mains ne défaillent pas! ” (So
3, 16); ne cède pas au découragement, ne te résigne pas à des modes de
penser et de vivre qui n'ont pas d'avenir, car ils ne sont pas fondés sur la
ferme certitude de la Parole de Dieu! ».190
Reprenant cette invitation à l'espérance, je te le répète encore aujourd'hui,
Europe qui es au début du troisième millénaire: « Retrouve-toi toi-
même. Sois toi-même. Découvre tes origines. Avive tes racines ».191 Au cours des siècles, tu as reçu le trésor de la foi chrétienne. Il fonde
ta vie sociale sur les principes tirés de l'Évangile et on en voit les traces
dans l'art, la littérature, la pensée et la culture de tes nations. Mais cet
héritage n'appartient pas seulement au passé; c'est un projet pour l'avenir, à
transmettre aux générations futures, car il est la matrice de la vie des
personnes et des peuples qui ont forgé ensemble le continent européen.
121. Ne crains pas! L'Évangile n'est pas contre toi, il est en ta faveur.
Cela est confirmé par la constatation que l'inspiration chrétienne peut
transformer l'ensemble des composantes politiques, culturelles et économiques en
une convivialité où tous les Européens se sentent chez eux et forment une
famille de nations dont d'autres régions du monde peuvent s'inspirer de manière
fructueuse.
Aie confiance! Dans l'Évangile, qui est Jésus, tu trouveras l'espérance forte et
durable à laquelle tu aspires. C'est une espérance fondée sur la victoire du Christ sur le péché et sur la
mort. Cette victoire, il a voulu qu'elle soit tienne, pour ton salut et pour ta joie.
Sois-en sûre! L'Évangile de l'espérance ne déçoit pas. Dans les vicissitudes de ton histoire d'hier et d'aujourd'hui, c'est une
lumière qui éclaire et oriente ton chemin; c'est une force qui te soutient dans
l'épreuve; c'est une prophétie d'un monde nouveau; c'est le signe d'un nouveau
départ; c'est une invitation à tous, croyants ou non, à tracer des chemins
toujours nouveaux qui ouvrent sur l'« Europe de l'Esprit », pour en faire une
véritable « maison commune » où l'on trouve la joie de vivre.
CONCLUSION
Consécration à Marie
« Un signe grandiose apparut dans le ciel:
une Femme, ayant le soleil pour manteau »
(Ap 12, 1)
La femme, le dragon et l'enfant
122. L'histoire de l'Église s'accompagne de « signes » qui sont sous les yeux
de tous, mais qui demandent à être interprétés. Parmi eux, l'Apocalypse présente
le « signe grandiose » apparu dans le ciel, qui parle d'une lutte entre la
femme et le dragon.
La femme ayant le soleil pour manteau, qui est en train d'accoucher dans la
souffrance (cf. Ap 12, 1-2), peut désigner l'Israël des prophètes qui
enfante le Messie, « celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant
avec un sceptre de fer » (Ap 12, 5; cf. Ps 2, 9). Mais elle
représente aussi l'Église, peuple de la nouvelle Alliance, en proie à la
persécution, mais protégée par Dieu. Le dragon est « le serpent des
origines, celui qu'on nomme Démon ou Satan, celui qui égarait le monde entier »
(Ap 12, 9). Le combat est inégal: le dragon semble avoir l'avantage, tant est grande son outrecuidance face à la
femme sans défense et souffrante. En réalité, le vainqueur, c'est le fils que
la femme vient de mettre au monde. Dans ce combat, une chose est certaine:
le grand dragon a déjà été vaincu, « il fut jeté sur la terre, et ses anges
avec lui » (Ap 12, 9). Ceux qui l'ont vaincu, ce sont le Christ, Dieu
fait homme, par sa mort et sa résurrection, et les martyrs, « par le sang de
l'Agneau et le témoignage de leur parole » (Ap 12, 11). Et même si le
dragon persiste dans son opposition, il n'y a rien à craindre, car sa défaite
est déjà consommée.
123. Telle est la certitude qui anime l'Église au long de son chemin, tandis
qu'elle relit son histoire de toujours à partir de la femme et du dragon. La
femme qui met au monde un enfant mâle nous rappelle aussi la Vierge Marie,
surtout au moment où, transpercée par la souffrance au pied de la Croix, elle
engendre de nouveau le Fils, comme vainqueur du prince de ce monde. Elle est
confiée à Jean qui, à son tour, lui est confié (cf. Jn 19, 26-27), et
elle devient ainsi la Mère de l'Église. Grâce au lien qui unit Marie à l'Église,
et l'Église à Marie, le mystère de la femme prend une clarté nouvelle: « En
effet, Marie, présente dans l'Église comme Mère du Rédempteur, participe
maternellement au “dur combat contre les puissances des ténèbres” qui se déroule
à travers toute l'histoire des hommes. Et par cette identification ecclésiale
avec la “femme enveloppée de soleil” (Ap 12, 1), on peut dire que
“l'Église, en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà la perfection qui la fait sans
tache ni ride” ».192
124. L'Église entière regarde donc Marie. Grâce aux multiples
sanctuaires mariaux disséminés dans toutes les nations du continent, la dévotion
à Marie est très vivante et fort répandue parmi les peuples européens.
Église en Europe, continue à contempler Marie, et reconnais qu'elle apporte « sa présence et son assistance maternelles dans
les problèmes multiples et complexes qui accompagnent aujourd'hui la vie
des personnes, des familles et des nations » et qu'elle vient au secours « du
peuple chrétien dans la lutte incessante entre le bien et le mal, afin qu'il “ne
tombe pas” ou, s'il est tombé, qu'il “se relève” ».193
Prière à Marie, Mère de l'espérance
125. Dans cette contemplation, animée par un amour authentique, Marie nous
apparaît comme la figure de l'Église qui, nourrie par l'espérance, reconnaît
l'action salvifique et miséricordieuse de Dieu, à la lumière duquel elle lit son
propre chemin et toute l'histoire. Elle nous aide à interpréter, aujourd'hui
encore, nos itinéraires en référence à son Fils Jésus. Créature nouvelle modelée
par l'Esprit Saint, Marie fait croître en nous la vertu de l'espérance.
À Elle, Mère de l'espérance et de la consolation, nous adressons avec confiance
notre prière: nous lui confions l'avenir de l'Église en Europe et l'avenir de toutes les femmes et tous les hommes de ce continent:
Marie, Mère de l'espérance, marche avec nous! Apprends-nous à proclamer le Dieu vivant; Aide-nous à témoigner de Jésus, l'unique Sauveur; rends-nous serviables envers notre prochain, accueillants envers ceux qui sont dans le besoin, artisans de justice, bâtisseurs passionnés d'un monde plus juste; intercède pour nous qui œuvrons dans l'histoire, avec la certitude que le dessein du Père s'accomplira.
Aurore d'un monde nouveau, montre-toi la Mère de l'espérance et veille sur nous! Veille sur l'Église en Europe: qu'elle soit transparente à l'Évangile; qu'elle soit un authentique lieu de communion; qu'elle vive sa mission d'annoncer, de célébrer et de servir l'Évangile de l'espérance pour la paix et la joie de tous.
Reine de la paix, protège l'humanité du troisième millénaire!
Veille sur tous les chrétiens: qu'ils avancent dans la confiance sur le chemin de l'unité, comme un ferment pour la concorde sur le continent.
Veille sur les jeunes, espérance de l'avenir, qu'ils répondent
généreusement à l'appel de Jésus; veille sur les responsables des nations:
qu'ils s'emploient à édifier une maison commune, dans laquelle soient
respectés la dignité et les droits de chacun.
Marie, donne-nous Jésus! Fais que nous le suivions
et que nous l'aimions! C'est lui l'espérance de l'Église, de l'Europe et
de l'humanité. C'est lui qui vit avec nous, au milieu de nous, dans son
Église. Avec toi, nous disons « Viens, Seigneur Jésus! » (Ap 22,
20): Que l'espérance de la gloire déposée par Lui en nos cœurs porte
des fruits de justice et de paix!
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 28 juin 2003, vigile
de la solennité des saints Apôtres Pierre et Paul, en la vingt-cinquième année
de mon pontificat.
JEAN-PAUL II
1Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message
final, n. 1: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation
catholique 96 (1999), pp. 957-958.
2Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe,
Instrumentum laboris, nn. 90-91: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl.,
pp. 17-18; La Documentation catholique 96 (1999), pp. 802-803.
3Jean-Paul II, Bulle Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), nn. 3-4:
AAS 91 (1999), pp. 132. 133; La Documentation catholique 95 (1998),
pp. 1052. 1053.
4Cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Tertio millennio adveniente (10 novembre
1994), n. 38: AAS 87 (1995), p. 30; La Documentation catholique 91
(1994), pp. 1027-1028.
5Cf. Angélus, n. 2: Insegnamenti XIX/1 (1996), pp. 1599- 1600;
La Documentation catholique 93 (1996), p. 673.
6Synode des Évêques - Première Assemblée spéciale pour l'Europe, Déclaration
finale (13 décembre 1991), n. 2: Enchiridion Vaticanum 13, n. 619;
La Documentation catholique 89 (1992), p. 124.
7Ibid. n. 3: Ench. Vat., l.c., n. 621; La Documentation
catholique, l.c., p. 125.
8Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe,
Instrumentum laboris, n. 3: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl., p. 3;
La Documentation catholique 96 (1999), p. 751.
9Cf. Jean-Paul II, Homélie durant la concélébration de conclusion de la
Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques (23 octobre
1999), n. 1: AAS 92 (2000), p. 177; La Documentation catholique 96
(1999), pp. 959-960.
10Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message
final, n. 2: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation
catholique 96 (1999), pp. 955-956.
11Cf. Jean-Paul II, Homélie durant la concélébration de conclusion de la
Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques (23 octobre
1999), n. 4: AAS 92 (2000), p. 179; L'Oss. Rom., éd. hebd. en
langue française, 26 octobre 1999, p. 5.
12Ibid.
13Cf. Proposition 1.
14Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Instrumentum
laboris, n. 2: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl. pp. 2-3; La
Documentation catholique 96 (1999), p. 763.
15Cf. ibid., nn. 12-13. 16-19: L'Oss. Rom., l.c., pp. 4-6;
La Documentation catholique, l.c., pp. 768-769; Idem, Rapport
avant la discussion, I: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, pp. 6-7; La
Documentation catholique 96 (1999), pp. 935-938; Idem, Rapport après la
discussion, II, A: L'Oss. Rom., 11-12 octobre 1999, p. 10.
16Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Rapport avant
la discussion, I, 1. 2: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, p. 6; La
Documentation catholique 96 (1999), pp. 935. 936.
17Cf. Proposition 5a.
18Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message final,
n. 1: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation catholique
96 (1999), p. 955.
19Cf. Proposition 5a; Conseil pontifical pour la Culture et Conseil
pontifical pour le Dialogue interreligieux, Jésus le porteur d'eau vive. Une
réflexion chrétienne sur le « New Age », Cité du Vatican, 2003; La
Documentation catholique 100 (2003), pp. 272-310.
20Cf. Proposition 5a.
21Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message final,
n. 6: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation catholique
96 (1999), p. 958.
22Jean-Paul II, Angélus (25 août 1996), n. 2: Insegnamenti XIX/2
(1996), p. 237; cf. Proposition 9.
23Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Instrumentum
laboris, n. 88: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl., p. 17; La
Documentation catholique 96 (1999), p. 801.
24Jean-Paul II, Homélie durant la concélébration de conclusion de la Deuxième
Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques (23 octobre 1999), n.
4: AAS 92 (2000), p. 179; La Documentation catholique 96 (1999),
p. 960.
25Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30
décembre 1988), n. 26: AAS 81 (1989), p. 439; La Documentation
catholique 86 (1989), pp. 166-167.
26Cf. Proposition 21.
27Ibid.
28Proposition 9.
29Ibid.
30Cf. Proposition 4, 1.
31Jean-Paul II, Homélie durant la concélébration de conclusion de la Deuxième
Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques (23 octobre 1999), n.
2: AAS 92 (2000), p. 178; La Documentation catholique 96 (1999),
p. 960.
32Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message final,
n. 2: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation catholique
96 (1999), pp. 955-956.
33Cf. Proposition 4, 2.
34Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 47:
AAS 83 (1991), p. 852; La Documentation catholique 88 (1991), p. 542.
35Cf. Proposition 4, 1.
36Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe,
Instrumentum laboris, n. 30: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl., p. 8;
La Documentation catholique 96 (1999), p. 777.
37Cf. Homélie durant la concélébration de conclusion de la Deuxième Assemblée
spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques (23 octobre 1999), n. 3: AAS
92 (2000), p. 178; La Documentation catholique 96 (1999), p. 960;
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dominus Iesus (6
août 2000), n. 13: AAS 92 (2000), p. 754; La Documentation catholique
97 (2000), p. 817.
38Cf. Proposition 5.
39Cf. Jean-Paul II, Encycl. Dominum et vivificantem (18 mai 1986), n. 7:
AAS 78 (1986), p. 816; La Documentation catholique 83 (1986), p. 585;
Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dominus Iesus (6
août 2000), n. 16: AAS 92 (2000), pp. 756-757; La Documentation
catholique 97 (2000), p. 818.
40Paul VI, Encycl. Mysterium fidei (3 septembre 1965): AAS 57
(1965), pp. 762-763; La Documentation catholique 62 (1965), col. 1643.
Cf. S. Congrégation des Rites, Instr. Eucharisticum mysterium (25 mai
1967), n. 9: AAS 59 (1967), p. 547; La Documentation catholique 64
(1967), col. 1098-1099; Catéchisme de l'Église catholique, n. 1374.
41Concile œcum. de Trente, Décr. De ss. Eucharistia, can. 1: DS
1651; La Foi catholique, n. 745; cf. chap. 3: DS 1641; La Foi
catholique, n. 738.
42Jean-Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 15:
L'Oss. Rom., 18 avril 2003, p. 2; La Documentation catholique 100
(2003), p. 373.
43Cf. S. Augustin, Sur l'Évangile de Jean, Traité VI, chap. I, n. 7: PL
35, 1428; S. Jean Chrysostome, Sur la trahison de Judas, 1, 6: PG
49, 380C.
44Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. sur la sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium,
n. 7; Const. dogm. sur l'Église Lumen gentium, n. 50; Paul VI, Encycl.
Mysterium fidei, nn. 35-38 (3 septembre 1965): AAS 57 (1965), pp. 762-763; La
Documentation catholique
62 (1965), col. 1641-1643; S. Congrégation des Rites, Instr. Eucharisticum
mysterium (25 mai 1967), n. 9: AAS 59 (1967), p. 547; La
Documentation catholique 64 (1967), col. 1098-1099; Catéchisme de
l'Église catholique, nn. 1373-1374.
45Jean-Paul II, Motu proprio Spes ædificandi (1er octobre 1999),
n. 1: AAS 92 (2000), p. 220; La Documentation catholique 96
(1999), p. 917.
46Cf Jean-Paul II, Discours au siège du Parlement polonais, à Varsovie (11
juin 1999), n. 6: Insegnamenti, XXII/1, p. 1276; La Documentation
catholique 96 (1999), p. 673.
47Cf. Jean-Paul II, Discours à la cérémonie de congé à l'aéroport de Cracovie
(10 juin 1997), n. 4: Insegnamenti, XX/1, pp. 1496-1497; L'Oss.
Rom. éd. hebd. en langue française, 15 juillet 1997, p. 6.
48Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message final,
n. 4: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation catholique
96 (1999), p. 957.
49Cf. Proposition 15, 1; Catéchisme de l'Église catholique, n. 773;
Jean-Paul II, Lettre apost. Mulieris dignitatem (15 août 1988), n. 27:
AAS 80 (1988), p. 1718; La Documentation catholique 85 (1988), pp.
1084-1085.
50Cf. Proposition 15, 1.
51Cf. Proposition 21.
52Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message
final, n. 4: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation
catholique 96 (1999), p. 957.
53Proposition 9.
54Ibid.
55Ibid.
56Cf. Proposition 22.
57Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars
1992), n. 15: AAS 84 (1992), pp. 679- 680; La Documentation catholique
89 (1992), p. 459.
58Cf. ibid., n. 29: AAS, l.c., pp. 703-705; La
Documentation catholique, l.c., pp. 467-468; Proposition 18.
59Cf. Code des Canons des Églises orientales, can. 373.
60Cf. Code de Droit canonique, can. 277, 1.
61Cf. Paul VI, Encycl. Sacerdotalis cælibatus (24 juin 1967), n. 40: AAS
59 (1967), p. 673; La Documentation catholique 64 (1967), col. 1262.
62Cf. Proposition 18.
63Cf. ibid.
64Cf Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message
final, n. 4: L'Oss. Rom., 23
octobre 1999, p. 5; La Documentation catholique 96 (1999), p. 957.
65Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. sur l'Église Lumen gentium, n. 29.
66Cf. Proposition 19.
67Cf. ibid.
68Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Rapport avant
la discussion, III: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, p. 9; La
Documentation catholique 96 (1999), p. 947.
69Cf. Proposition 17.
70Cf. ibid.
71Jean-Paul II, Discours aux participants au Congrès sur les vocations en
Europe (9 mai 1997), nn. 1-3: Insegnamenti XX/1, pp. 917-918; La
Documentation catholique 94 (1997), pp. 605-606.
72Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30
décembre 1988), n. 7: AAS 81 (1989), p. 404; La Documentation
catholique 86 (1989), p. 156.
73Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Instrumentum
laboris, n. 82: L'Oss. Rom., 6 août 1999, p. 16; La Documentation
catholique 96 (1999), p. 799.
74Cf. Proposition 29.
75Cf. Proposition 30.
76Cf. ibid.
77Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 14: AAS 68 (1976), p. 13; La Documentation
catholique 73 (1976), p. 3.
78Cf. Proposition 3b.
79Cf. Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 37:
AAS 83 (1991), pp. 282-286; La Documentation catholique 88 (1991),
pp. 166-167.
80Cf. Synode des Évêques - Deuxième assemblée spéciale pour l'Europe, Rapport
avant la discussion, I, 2: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, p. 7; La
Documentation catholique 96 (1999), pp. 936-938.
81Cf. Proposition 3a.
82Synode des Évêques - Deuxième assemblée spéciale pour l'Europe, Rapport avant
la discussion, III, 1: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, p. 8; La
Documentation catholique 96 (1999), p. 944.
83Cf. Synode des Évêques - Deuxième assemblée spéciale pour l'Europe,
Instrumentum laboris, n. 53: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl., p.
12; La Documentation catholique 96 (1999), p. 788.
84Cf. Proposition 4,1.
85Cf. Proposition 26,1.
86Synode des Évêques - Deuxième assemblée spéciale pour l'Europe, Rapport avant
la discussion, III,1: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, p. 9; La
Documentation catholique 96 (1999), p. 944.
87Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre 1975), n. 41:
AAS 68 (1976), p. 31; La Documentation catholique 73 (1976), p. 8.
88Proposition 8, 1.
89Cf. Proposition 8, 2.
90Cf. Propositions 8, 1a-b; 6.
91Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Catechesi tradendæ (16 octobre 1979), n.
21: AAS 71 (1979), pp. 1294-1295; La Documentation catholique 76
(1979), p. 906.
92Cf. Proposition 24.
93Cf. Proposition 8, 1c.
94Cf. Proposition 24.
95Cf. Proposition 22.
96Cf. Jean-Paul II, Discours aux Présidents des Conférences épiscopales
européennes (16 avril 1993), n. 1: AAS 86 (1994), p. 227 ; La
Documentation catholique 90 (1993), p. 501.
97Jean-Paul II, Discours pendant la célébration œcuménique de la Parole à la
cathédrale de Paderborn (22 juin 1996), n. 5: Insegnamenti XIX/I, p.
1571; La Documentation catholique 93 (1996), p. 662.
98Paul VI, Lettre du 13 janvier 1970: Tomos agapis, Rome-Istanbul (1971),
pp. 610-611; cf. Jean-Paul II, Encycl. Ut unum sint (25 mai 1995), n. 99:
AAS 87 (1995), p. 980; La Documentation catholique 92 (1995), p.
158.
99Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio (7 décembre 1990), n. 55: AAS
83 (1991), p. 302; La Documentation catholique 88 (1991), p 173.
100Ibid., n. 36: AAS, l.c., p. 281; La Documentation catholique,
l.c., p. 166.
101Cf. Synode des Évêques - Première Assemblée spéciale pour l'Europe,
Déclaration finale (13 décembre 1991), n. 8: Ench. Vat., 13, nn.
653-655; La Documentation catholique 89 (1992), p. 129; Deuxième
Assemblée spéciale pour l'Europe, Instrumentum laboris, n. 62: L'Oss.
Rom., 6 août 1999 - Suppl., p. 13; La Documentation catholique 96
(1999), pp. 791-792; Proposition 10.
102Proposition 10; cf. Commission pour les Rapports religieux avec le Judaïsme, Nous
nous souvenons: une réflexion sur la Shoah (16 mars 1998): Ench. Vat.
17, nn. 520-550; La Documentation catholique 95 (1998), pp. 336-340.
103Synode des Évêques - Première Assemblée spéciale pour l'Europe, Déclaration
finale (13 décembre 1991), n. 9: Ench. Vat., 13, n. 656; La
Documentation catholique 89 (1992), p. 129.
104Cf. Proposition 11.
105Cf. ibid.
106Jean-Paul II, Discours au Corps diplomatique (12 janvier 1985), n. 3:
AAS 77 (1985), p. 650; La Documentation catholique 83 (1985), p. 219.
107Conc. œcum. Vat. II, Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanæ,
n. 2.
108Cf. Proposition 23.
109Cf. Propositions 25; 26, 2.
110Cf. Proposition 26, 3.
111Cf. Proposition 27.
112Jean-Paul II, Lettre aux artistes (4 avril 1999), n. 12: AAS
91(1999), p. 1168; La Documentation catholique 96 (1999), p. 12.
113Cf. Proposition 7b-c.
114Cf. Jean-Paul II, Discours durant la veillée de prière à Tor Vergata lors des
XV es Journées mondiales de la Jeunesse (19 août 2000), n. 6:
Insegnamenti XXIII/2, p. 212 ; La Documentation catholique 97 (2000),
pp. 776-778.
115Cf. Conseil pontifical pour les Communications sociales, Éthique dans les
communications sociales, Cité du Vatican, 4 juin 2000: La Documentation
catholique 97 (2000), pp. 623-633.
116Proposition 13.
117Cf. Proposition 12.
118Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Dei Verbum, n. 25.
119Cf. Proposition 14.
120Const. Sacrosanctum Concilium, n. 8.
121Cf. Proposition 14; Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour
l'Europe, Rapport avant la discussion, III, 2: L'Oss. Rom., 3
octobre 1999, p. 9; La Documentation catholique 96 (1999), pp. 945-946.
122Cf. Proposition 15, 2a.
123Conc. œcum. Vat. II, Décr. sur le ministère et la vie des prêtres
Presbyterorum Ordinis, n. 5.
124Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 11.
125Jean-Paul II, Encycl. Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n. 20:
L'Oss. Rom., 18 avril 2003, p. 3; La Documentation catholique 100
(2003), p. 374.
126Cf. Jean-Paul II, Discours à l'audience générale (25 octobre 2002), n. 2:
Insegnamenti XXIII/2 (2000), p. 697.
127Cf. Proposition 16.
128Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Rapport
avant la discussion, III, 2: L'Oss. Rom., 3 octobre 1999, p. 9; La
Documentation catholique 96 (1999), pp. 945-946.
129Cf. Proposition 16.
130Cf. Jean-Paul II, Motu proprio Misericordia Dei (7 avril 2002), n. 4:
AAS 94 (2002), pp. 456-457; La Documentation catholique 99 (2002),
pp. 453-454.
131Cf. Proposition 16; Jean-Paul II, Lettre aux prêtres pour le Jeudi
saint 2002 (17 mars 2002), n. 4: AAS 94 (2002), pp. 435-436; La
Documentation catholique 99 (2002), p. 304.
132Cf. Proposition 14c.
133Cf. ibid.
134Cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 100.
135Cf. Proposition 14c; 20.
136Cf. Proposition 20.
137Jean-Paul II, Lettre apost. Rosarium Virginis Mariæ (16 octobre 2002), n.
3: AAS 95 (2003), p. 7; La Documentation catholique 99 (2002), p.
952-953.
138Cf. Proposition 14.
139Jean-Paul II, Lettre apost. Dies Domini (31 mai 1998), n. 4: AAS
90 (1998), p. 716; La Documentation catholique 95 (1998), p. 659.
140Jean-Paul II, Encycl. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 10: AAS
71 (1979), p. 274; La Documentation catholique 76 (1979), p. 306.
141Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe,
Instrumentum laboris, n. 72, L'Oss. Rom., 6 août 1999, Suppl., p. 15;
La Documentation catholique 96 (1999), p. 795.
142Conc. œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 1.
143Cf. Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitæ (25 mars 1995), n. 90: AAS
87 (1995), p. 503; La Documentation catholique 92 (1995), p. 396.
144Cf. Proposition 33.
145Proposition 35.
146Cf. Proposition 36.
147Cf. Proposition 31.
148Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. sur l'Église dans le monde de ce temps
Gaudium et spes, n. 48.
149Cf. Proposition 31.
150Jean-Paul II, Discours pour la troisième Rencontre mondiale des Familles à
l'occasion de leur jubilé (14 octobre 2000), n. 6: Insegnamenti
XXIII/2, p. 603; La Documentation catholique 97 (2000), p. 973.
151Jean-Paul II, Exhort. apost. Familiaris consortio (22 novembre 1981), n.
17: AAS 74 (1982), pp. 99-100; La Documentation catholique 79
(1982), p. 6.
152Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 39:
AAS 83 (1991), p. 842; La Documentation catholique 88 (1991), p. 538.
153Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30
décembre 1988), n. 40: AAS 81 (1989), p. 469; La Documentation
catholique 86 (1989), p. 176.
154Cf. Jean-Paul II, Discours à la première Rencontre mondiale des Familles
(8 octobre 1994), n. 7: AAS 87 (1995), p. 587; La Documentation
catholique 91 (1994), p. 969.
155Cf. Proposition 32.
156Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 51.
157Jean-Paul II, Encycl. Evangelium vitæ (25 mars 1995), n. 63: AAS
87 (1995), p. 473; La Documentation catholique 92 (1995), p. 383.
158Ibid., n. 95: AAS, l.c., p. 509; La Documentation catholique,
l.c., p. 398.
159Jean-Paul II, Discours au nouvel Ambassadeur de Norvège près le Saint-Siège
(25 mars 1995): Insegnamenti XVIII/1, p. 857.
160Proposition 32.
161Const. past. Gaudium et spes, n. 57.
162Cf. Proposition 28; Synode des Évêques - Première Assemblée spéciale pour
l'Europe, Déclaration finale (13 décembre 1991), n. 10: Ench. Vat.
13, nn. 659-669; La Documentation catholique, 89 (1992), p. 130.
163Cf. Proposition 23.
164Cf. Proposition 28.
165Proposition 34.
166Cf. Congrégation pour les Évêques, Instr. Nemo est (22 août 1969), n. 16:
AAS 61 (1969), pp. 621-622; La Documentation catholique 67 (1970), p.
62; CIC, can. 294 et 518; CCEO, can. 280 § 1.
167Cf. Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message
final, n. 5: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 6; La Documentation
catholique 96 (1999), pp. 957-958.
168Jean-Paul II, Homélie durant la concélébration de conclusion de la deuxième
Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des
Évêques (23 octobre 1999), n. 5: AAS 92 (2000), p. 179; La Documentation
catholique 96 (1999), p. 960.
169Proposition 39.
170Ibid.
171Cf. ibid.; cf. aussi Proposition 28.
172Jean-Paul II, Lettre au Cardinal Miloslav Vlk, Président du Conseil des
Conférences épiscopales d'Europe (16 octobre 2000), n. 7: Insegnamenti
XXIII/2, p. 628; La Documentation catholique 97 (2000), p. 960.
173Ibid.
174Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2000, n. 17:
AAS 92 (2000), pp. 367-368; La Documentation catholique 97 (2000),
pp. 5-6.
175Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 35:
AAS 83 (1991), p. 837; La Documentation catholique 88 (1991), p.
535.
176Cf. Proposition 39.
177Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Instrumentum
laboris, n. 85: L'Oss. Rom., 6 août 1999 - Suppl., p. 17; La
Documentation catholique 96 (1999), p. 800; cf. Proposition 39.
178Cf. Jean-Paul II, Allocution à la Présidence du Parlement européen (5
avril 1979): Insegnamenti, II/I, pp. 796-799; La Documentation
catholique 76 (1979), pp. 432-433.
179Cf. Proposition 37.
180Cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 76.
181Cf. Jean-Paul II, Discours au Corps diplomatique (13 janvier 2003), n. 5:
L'Oss. Rom., 13-14 janvier 2003, p. 6: La Documentation catholique
100 (2003), p. 120.
182Synode des Évêques - Deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe, Message final,
n. 6: L'Oss. Rom., 23 octobre 1999, p. 5; La Documentation catholique
96 (1999), p. 958.
183Jean-Paul II, Lettre au Cardinal Miloslav Vlk, Président du Conseil des
Conférences épiscopales d'Europe (16 octobre 2000), n. 4: Insegnamenti
XXIII/2, p. 626; La Documentation catholique 97 (2000), p. 960.
184Cf. Synode des Évêques - Première Assemblée spéciale pour l'Europe,
Déclaration finale (13 décembre 1991), n. 10: Ench. Vat. 13, n. 669;
La Documentation catholique 89 (1992), pp. 130-131.
185Cf. Proposition 22.
186Cf. ibid.
187Jean-Paul II, Discours au Conseil des Conférences épiscopales d'Europe
(16 avril 1993), n. 5: AAS 86 (1994), p. 229; La Documentation
catholique 90 (1993), p. 502.
188Cf. Proposition 39d.
189Jean-Paul II, Homélie durant la célébration œcuménique à l'occasion de
l'Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques (7 décembre 1991),
n. 6: Insegnamenti XIV/2, p. 1330. L'Oss. Rom., éd. hebdom. en
langue française, 17 décembre 1991, p. 14.
190Jean-Paul II, Homélie pour l'ouverture de la deuxième Assemblée spéciale pour
l'Europe du Synode des Évêques (1er octobre 1999), n. 3: AAS
92 (2000), pp. 174-175; La Documentation catholique 96 (1999), p.
932.
191Discours à différentes Autorités européennes (9 novembre 1982), n. 4: AAS
75 (1983), p. 330; La Documentation catholique 79 (1982), p. 1129.
192Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 47: AAS
79 (1987), p. 426; La Documentation catholique 84 (1987), p. 404.
193Ibid., n. 52: AAS, l.c., p. 432; La Documentation catholique,
l.c., p. 406; cf. Proposition 40.
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