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EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE ECCLESIA IN AMERICA
DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II AUX ÉVÊQUES AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES AUX PERSONNES CONSACRÉES EN À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS SUR LA RENCONTRE AVEC LE CHRIST VIVANT, CHEMIN DE CONVERSION, DE COMMUNION ET DE SOLIDARITÉ EN AMÉRIQUE
INTRODUCTION
1. L'Église en Amérique, comblée de joie en raison
de la foi reçue et reconnaissante envers le Christ pour ce don
immense, a récemment célébré le cinquième
centenaire du début de la prédication de l'Évangile
sur son territoire. Cette commémoration a rendu tous les
catholiques américains plus conscients du désir du Christ de
rencontrer les habitants de ce qu'on appelle le Nouveau Monde, pour les
incorporer à son Église et pour se rendre ainsi présent
dans l'histoire du continent. L'évangélisation de l'Amérique
n'est pas seulement un don du Seigneur; elle est aussi la source de
nouvelles responsabilités. Grâce à l'action de ceux
qui ont évangélisé toutes les parties du continent,
l'Église et l'Esprit ont donné naissance à de
nombreux fils.(1) Dans le passé comme dans le présent, les
paroles de l'Apôtre continuent à résonner dans leur cur:
« Annoncer l'Évangile en effet n'est pas pour moi un titre de
gloire; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à
moi si je n'annonçais pas l'Évangile! » (1 Co 9,
16). Ce devoir est fondé sur l'ordre donné aux Apôtres
par le Seigneur ressuscité avant son Ascension au ciel: «
Proclamez l'Évangile à toute la création » (Mc
16, 15).
Cet ordre concerne toute l'Église; et l'Église qui est en
Amérique est appelée, en ce moment particulier de son
histoire, à le recevoir et à répondre avec générosité
et amour au devoir fondamental de l'évangélisation. Mon prédécesseur
Paul VI, premier Pape à visiter l'Amérique, le soulignait à
Bogotá: « C'est à nous qu'il appartiendra, [Seigneur Jésus],
en tant que tes représentants, dispensateurs de tes divins mystères
(cf. 1 Co 4, 1; 1 P 4, 10), de répandre les trésors
de ta parole, de ta grâce, de tes exemples parmi les hommes ».(2)
Pour les disciples du Christ, le devoir d'évangélisation
constitue une urgence de charité: « L'amour du Christ nous
presse » (2 Co 5, 14), affirme l'Apôtre Paul, et il
rappelle ce que le Fils de Dieu a fait pour nous dans son sacrifice rédempteur:
« Un seul est mort pour tous, [...] afin que les vivants ne vivent
plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité
pour eux » (2 Co 5, 14-15).
La commémoration d'événements particulièrement
évocateurs de l'amour du Christ pour nous suscite dans les esprits,
en même temps que la reconnaissance, le besoin d'« annoncer les
merveilles de Dieu », le besoin d'évangéliser. Ainsi,
le souvenir de la récente célébration du cinquième
centenaire de l'arrivée du message évangélique en Amérique,
c'est-à-dire du moment où le Christ appela l'Amérique
à la foi, et le prochain Jubilé au cours duquel l'Église
célébrera les deux mille ans écoulés depuis
l'incarnation du Fils de Dieu sont des occasions privilégiées
qui font spontanément monter de notre cur avec plus de force
l'expression de notre gratitude envers le Seigneur. Consciente de la
grandeur des dons reçus, l'Église qui poursuit sa marche en
Amérique désire faire participer à la richesse de la
foi et de la communion dans le Christ toute la société et
chacun des hommes et des femmes qui vivent sur la terre américaine.
L'idée de célébrer cette Assemblée
synodale
2. Le jour même du cinq centième anniversaire du début
de l'évangélisation de l'Amérique, le 12 octobre
1992, j'ai voulu ouvrir de nouveaux horizons et donner un élan
renouvelé à l'évangélisation: dans
l'allocution par laquelle j'inaugurais les travaux de la IVe Conférence
générale de l'épiscopat latino-américain à
Saint-Domingue, je proposai une rencontre synodale « afin d'accroître
la coopération entre les différentes Églises
particulières » pour affronter ensemble, dans l'optique de la
nouvelle évangélisation et comme une expression de la
communion épiscopale, « les problèmes relatifs à
la justice et à la solidarité entre toutes les nations d'Amérique
».(3) L'accueil positif réservé par les épiscopats
d'Amérique à ma proposition me permit d'annoncer dans la
Lettre apostolique Tertio millennio adveniente mon intention de
convoquer une assemblée synodale « sur la problématique
de la nouvelle évangélisation dans les deux parties de ce
continent, si différentes par leur origine et leur histoire, et sur
les thèmes de la justice et des rapports économiques
internationaux, en tenant compte de l'énorme différence
entre le Nord et le Sud ».(4) Il fut alors possible de commencer les
travaux préparatoires proprement dits, pour arriver finalement à
la célébration de l'Assemblée spéciale pour
l'Amérique du Synode des Évêques, qui a eu lieu au
Vatican du 16 novembre au 12 décembre 1997.
Le thème de l'Assemblée
3. En accord avec l'idée initiale et après avoir pris
connaissance des suggestions du Conseil pré-synodal, expression
vivante de la pensée de nombreux Pasteurs du peuple de Dieu dans le
continent américain, j'ai précisé le thème de
l'Assemblée spéciale du Synode pour l'Amérique dans
les termes suivants: « La rencontre avec le Christ vivant, chemin
de conversion, de communion et de solidarité en Amérique
». Le thème ainsi formulé manifeste clairement la place
centrale de la personne de Jésus Christ ressuscité, présent
dans la vie de l'Église, qui appelle à la conversion, à
la communion et à la solidarité. Le point de départ
de ce programme d'évangélisation est, bien sûr, la
rencontre avec le Seigneur. L'Esprit Saint, don du Christ dans le mystère
pascal, nous guide vers les fins pastorales que l'Église en Amérique
doit atteindre au cours du troisième millénaire de l'ère
chrétienne.
La célébration de l'Assemblée comme expérience
de rencontre
4. L'expérience vécue durant l'Assemblée a eu sans
aucun doute le caractère d'une rencontre avec le Seigneur. Je me
souviens avec plaisir, en particulier, des deux concélébrations
solennelles que j'ai moi-même présidées dans la
Basilique Saint-Pierre pour l'ouverture et la clôture des travaux de
l'Assemblée. Le contact avec le Seigneur ressuscité, véritablement,
réellement et substantiellement présent dans l'Eucharistie,
a créé l'atmosphère spirituelle qui a permis à
tous les Évêques de l'Assemblée synodale de se reconnaître
non seulement comme frères dans le Seigneur mais aussi comme
membres du Collège épiscopal, désireux de suivre,
sous la présidence du Successeur de Pierre, les traces du Bon
Pasteur, servant l'Église, en marche dans toutes les régions
du continent. Tous ont pu constater la joie des participants à
l'Assemblée, qui découvraient en elle une occasion
exceptionnelle de rencontre avec le Seigneur, avec le Vicaire du Christ,
avec les nombreux Évêques, prêtres, personnes consacrées
et laïcs venus de toutes les parties du continent.
Sans aucun doute, certains facteurs précédents ont
contribué, indirectement mais efficacement, à assurer ce
climat de rencontre fraternelle au sein de l'Assemblée synodale. Il
faut tout d'abord mentionner les expériences de communion vécues
précédemment lors des Assemblées générales
de l'épiscopat latino-américain à Rio de Janeiro
(1955), Medellín (1968), Puebla (1979) et Saint-Domingue (1992).
Lors de ces rencontres, les Pasteurs de l'Église qui est en Amérique
latine avaient eu l'occasion de réfléchir ensemble, en frères,
sur les questions pastorales les plus urgentes dans cette partie du
continent. Il faut ajouter à ces assemblées les réunions
périodiques inter-américaines d'Évêques, où
les participants ont la possibilité d'élargir leur horizon
aux dimensions de tout le continent, discutant sur les problèmes et
les défis communs concernant l'Église dans les pays américains.
Contribuer à l'unité du continent
5. Dans la première proposition que j'ai faite à
Saint-Domingue, à propos de l'éventualité de réunir
une Assemblée spéciale du Synode, je signalais que, « désormais
au seuil du troisième millénaire chrétien, et en un
temps où sont tombées de nombreuses barrières et
frontières idéologiques, l'Église ressent comme un
devoir inéluctable d'unir spirituellement, et davantage encore,
tous les peuples qui forment ce grand continent et, en même temps,
dans le cadre de la mission religieuse qui lui est propre, d'impulser un
esprit solidaire entre eux tous ».(5) Les éléments
communs à tous les peuples d'Amérique, parmi lesquels
ressortent une même identité chrétienne et aussi une
authentique recherche de l'affermissement des liens de solidarité
et de communion entre les diverses expressions du riche patrimoine
culturel du continent, constituent le motif décisif qui m'a fait
demander que l'Assemblée spéciale du Synode des Évêques
consacre ses réflexions à l'Amérique comme à
une réalité unique. Le choix d'utiliser le mot au singulier
voulait exprimer non seulement l'unité déjà existante
sous certains aspects, mais aussi le lien plus étroit auquel
aspirent les peuples du continent et que l'Église veut fortifier,
dans le cadre de sa mission, qui tend à promouvoir la communion de
tous dans le Seigneur.
Dans le contexte de la nouvelle évangélisation
6. Dans la perspective du grand Jubilé de l'An 2000, j'ai voulu
que l'on tienne une Assemblée spéciale du Synode des Évêques
pour chacun des cinq continents: après celles qui ont été
consacrées à l'Afrique (1994), à l'Amérique
(1997), à l'Asie (1998) et, tout récemment, à l'Océanie
(1998), en cette année 1999 sera célébrée,
avec l'aide du Seigneur, une nouvelle Assemblée spéciale
pour l'Europe. De cette manière, pendant l'année jubilaire,
on pourra tenir une Assemblée générale ordinaire qui
fera la synthèse et tirera les conclusions des matériaux précieux
que les diverses Assemblées continentales auront élaborés.
Cela sera facilité par le fait que, dans tous ces Synodes, il y a
eu des préoccupations semblables et des centres d'intérêt
communs. En ce sens, me référant à cette série
d'Assemblées synodales, j'ai signalé que « le thème
fondamental est celui de l'évangélisation, et même
de la nouvelle évangélisation, dont les bases ont été
posées par l'exhortation apostolique Evangelii nuntiandi de
Paul VI ».(6) C'est pourquoi, tant dans ma première déclaration
sur la célébration de cette Assemblée spéciale
du Synode que plus tard, lors de son annonce explicite, après que
tous les épiscopats d'Amérique eurent fait leur cette idée,
j'ai précisé que ses délibérations devaient se
dérouler « dans l'optique de la nouvelle évangélisation
»,(7) en abordant les problèmes qu'elle suscite.(8)
Cette préoccupation était d'autant plus naturelle que
j'avais moi-même établi le premier plan d'une nouvelle évangélisation
en terre américaine. En effet, lorsque, dans toute l'Amérique,
l'Église se préparait à fêter le cinquième
centenaire du début de la première évangélisation
du continent, m'adressant au Conseil épiscopal latino-américain
à Port-au-Prince (Haïti), j'affirmais: « La célébration
du demi-millénaire d'évangélisation aura sa pleine
signification dans la mesure où elle est un engagement pour vous,
comme Évêques, avec vos prêtres et vos fidèles;
un engagement, non de ré-évangélisation, mais d'une
nouvelle évangélisation. Nouvelle en son ardeur, dans ses méthodes,
dans son expression ».(9) Par la suite, j'ai invité toute l'Église
à mener à bonne fin cette exhortation, bien que le programme
d'évangélisation, visant la grande diversité que présente
aujourd'hui l'ensemble du monde, doive se diversifier à la lumière,
principalement, de deux situations clairement différentes: celle
des pays fortement touchés par la sécularisation, et celle
des autres pays où « l'on conserve encore beaucoup de
traditions très vivantes de piété et de sentiment chrétien
».(10) Il s'agit, bien sûr, de deux situations qui existent, à
des degrés divers, dans différents pays, ou mieux peut-être
en divers milieux concrets à l'intérieur des pays eux-mêmes
du continent américain.
Avec la présence et l'aide du Seigneur
7. La mission d'évangéliser, que le Seigneur ressuscité
a confiée à son Église, s'accompagne de la certitude,
fondée sur sa promesse, qu'il continue à vivre et à
agir parmi nous: « Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à
la fin du monde » (Mt 28, 20). Cette présence mystérieuse
du Christ dans son Église est pour elle une garantie de réussite
dans la réalisation de la tâche qui lui a été
confiée. En même temps, cette présence rend possible
notre rencontre avec Lui, comme Fils envoyé par le Père,
comme Seigneur de la Vie qui nous communique son Esprit. Une rencontre
renouvelée avec Jésus Christ rendra tous les membres de l'Église
en Amérique conscients du fait qu'ils sont appelés à
continuer la mission du Rédempteur sur leurs terres.
La rencontre personnelle avec le Seigneur, si elle est authentique,
apportera aussi avec elle le renouveau ecclésial: les Églises
particulières du continent, comme Églises surs et
voisines les unes des autres, feront croître les liens de coopération
et de solidarité pour prolonger et rendre plus incisive l'uvre
de salut du Christ dans l'histoire de l'Amérique. Dans une attitude
d'ouverture à l'unité, fruit d'une communion authentique
avec le Seigneur ressuscité, les Églises particulières,
et en elles les membres eux-mêmes, découvriront, à
travers leur expérience spirituelle, que « la rencontre avec
le Christ vivant » est un « chemin de conversion, de communion
et de solidarité ». Et, dans la mesure où ces fins
seront atteintes, on rendra possible un engagement toujours plus fort dans
la nouvelle évangélisation de l'Amérique.
CHAPITRE I
LA RENCONTRE AVEC LE CHRIST VIVANT
« Nous avons rencontré le Messie » (Jn
1, 41)
Les rencontres avec le Seigneur dans le Nouveau Testament
8. Les Évangiles rapportent de nombreuses rencontres de Jésus
avec des hommes et des femmes de son temps. La caractéristique
commune à tous ces récits est la force transformante que les
rencontres avec Jésus portent en elles et révèlent,
car « elles ouvrent à un véritable chemin de
conversion, de communion et de solidarité ».(11) Le récit
de la rencontre avec la Samaritaine est parmi les plus significatifs (cf.
Jn 4, 5-42). Jésus l'interpelle pour étancher sa
soif, qui n'était pas seulement une soif physique: en réalité,
« celui qui cherchait à boire avait soif de la foi de cette
femme ».(12) En lui disant « Donne-moi à boire » (Jn
4, 7) et en lui parlant de l'eau vive, le Seigneur suscite chez la
Samaritaine une demande, presque une prière, dont le but véritable
dépasse ce qu'elle est en mesure de comprendre à ce moment-là:
« Seigneur... donne-moi de cette eau afin que je n'aie plus soif »
(Jn 4, 15). Même si « elle ne comprend pas encore »,(13)
la Samaritaine demande en réalité l'eau vive dont lui parle
son divin interlocuteur. Quand Jésus lui révèle sa
messianité (cf. Jn 4, 26), elle se sent poussée à
annoncer à ses concitoyens sa découverte du Messie (cf. Jn
4, 28-30). De même, dans la rencontre de Jésus avec Zachée
(cf. Lc 19, 1-10), le fruit le plus précieux est la
conversion du publicain, qui prend conscience des injustices qu'il a
commises et décide de restituer largement « le
quadruple » à ceux qu'il avait volés. Il se
place en outre dans une perspective de détachement vis-à-vis
des biens matériels et de charité envers ceux qui sont dans
le besoin, au point de donner aux pauvres la moitié de ses
richesses.
Il faut accorder une attention particulière aux rencontres avec
le Christ ressuscité, telles qu'elles sont racontées dans le
Nouveau Testament. Grâce à sa rencontre avec le Ressuscité,
Marie-Madeleine surmonte le découragement et la tristesse qui
l'avaient envahie à la mort du Maître (cf. Jn 20,
11-18). Dans sa nouvelle dimension pascale, Jésus l'envoie annoncer
aux disciples qu'il est ressuscité: « Va trouver mes frères
» (Jn 20, 17). C'est pourquoi Marie-Madeleine a pu être
appelée « l'apôtre des Apôtres ».(14) Pour
leur part, après avoir rencontré et reconnu le Seigneur
ressuscité, les disciples d'Emmaüs retournent à Jérusalem
pour raconter aux Apôtres et aux autres disciples ce qui vient de
leur arriver (cf. Lc 24, 13-35). Jésus, « commençant
par Moïse et parcourant tous les Prophètes, leur interpréta
dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24,
27). Et eux reconnaîtront plus tard que leur cur était
tout brûlant quand il leur parlait en chemin et leur expliquait les Écritures
(cf. Lc 24, 32). Il n'y a pas de doute qu'en racontant cet épisode
et surtout le moment décisif où les disciples reconnaissent
Jésus, saint Luc fait une allusion explicite aux récits de
l'institution de l'Eucharistie, c'est-à-dire à tout ce que Jésus
a fait durant la dernière Cène (cf. Lc 24, 30). Pour
rapporter ce que les disciples d'Emmaüs racontent aux Onze, l'évangéliste
utilise une expression qui, dans l'Église naissante, avait une
signification eucharistique précise: « Ils l'avaient reconnu à
la fraction du pain » (Lc 24, 35).
L'une des rencontres avec le Seigneur ressuscité qui ont eu une
influence décisive dans l'histoire du christianisme est sans aucun
doute la conversion de Saul, celui qui deviendra Paul, l'Apôtre des
Nations. C'est là, sur le chemin de Damas, qu'un changement radical
s'est opéré dans sa vie: de persécuteur, il est
devenu Apôtre (cf. Ac 9, 3-30; 22, 6-11; 26, 12-18). Paul
lui-même parle de cette expérience extraordinaire comme d'une
révélation du Fils de Dieu « pour que je l'annonce
parmi les païens » (Ga 1, 16).
Le Seigneur respecte toujours la liberté de ceux qu'il appelle.
Il y a des cas où l'homme qui rencontre Jésus refuse le
changement de vie auquel il l'invite. Bien des contemporains de Jésus
l'ont vu et entendu, et cependant ils ne se sont pas ouverts à sa
parole. L'Évangile de saint Jean indique le péché
comme ce qui empêche l'être humain de s'ouvrir à la
lumière qui est le Christ: « La lumière est venue dans
le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres
que la lumière, car leurs uvres étaient mauvaises »
(Jn 3, 19). Les textes évangéliques montrent que
l'attachement aux richesses constitue un obstacle à l'accueil de
l'appel à suivre Jésus de manière radicale et généreuse.
Le cas du jeune homme riche est typique à cet égard (cf.
Mt 19, 16-22; Mc 10, 17-22; Lc 18, 18-23).
Rencontres personnelles et rencontres communautaires
9. Certaines rencontres de Jésus, rapportées par les Évangiles,
sont des rencontres tout à fait personnelles, comme par exemple les
appels à une vocation particulière (cf. Mt 4, 19; 9,
9; Mc 10, 21; Lc 9, 59). Dans ces rencontres, Jésus
fait entrer ses interlocuteurs dans son intimité: « Rabbi
ce qui veut dire Maître , où demeures-tu? » [...] «
Venez et voyez » (Jn 1, 38-39). En d'autres circonstances au
contraire, les rencontres ont un caractère communautaire. Il s'agit
notamment des rencontres avec les Apôtres, qui sont d'une importante
capitale pour la constitution de l'Église. C'est ainsi que les Apôtres,
choisis par Jésus dans le cercle plus large des disciples (cf. Mc
3, 13-19; Lc 6, 12-16), reçoivent de lui une formation spéciale
et profitent d'un enseignement plus intime. Aux foules, Jésus parle
en paraboles, mais il les explique aux Douze: « À vous il a été
donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux,
tandis qu'à ces gens-là cela n'a pas été donné
» (Mt 13, 11). Les Apôtres sont appelés à
annoncer la Bonne Nouvelle et à accomplir une mission particulière
pour édifier l'Église par la grâce des sacrements. À
cette fin, ils reçoivent le pouvoir nécessaire: Jésus
leur confère le pouvoir de pardonner les péchés, en
se référant à la plénitude de ce même
pouvoir que le Père lui a donné au ciel et sur la terre (cf.
Mt 28, 18). Ils seront les premiers à recevoir le don du
SaintEsprit (cf. Ac 2, 1-4), don qui par la suite sera communiqué
à ceux qui, grâce aux sacrements de l'initiation chrétienne,
seront incorporés à la Communauté des croyants (cf.
Ac 2, 38).
La rencontre avec le Christ dans le temps de l'Église
10. L'Église constitue le lieu où les hommes, en
rencontrant Jésus, peuvent découvrir l'amour du Père,
car celui qui a vu Jésus a vu le Père (cf. Jn 14,
9). Après être monté au ciel, Jésus continue à
agir par la puissance de l'Esprit Paraclet (cf. Jn 16, 7), qui
transforme les croyants en leur donnant la vie nouvelle. C'est ainsi que
ceux-ci deviennent capables d'aimer avec l'amour même de Dieu, «
répandu dans nos curs par le Saint-Esprit qui nous fut donné
» (Rm 5, 5). La grâce divine rend en outre les chrétiens
aptes à uvrer à la transformation du monde pour y
instaurer ce que mon prédécesseur Paul VI appela si
justement « la civilisation de l'amour ».(15)
En effet, « le Verbe de Dieu, en prenant sur lui notre nature
humaine, à l'exception du péché (cf. He 4,
15), manifeste le dessein du Père qui est de révéler à
la personne humaine la manière d'arriver à la plénitude
de sa vocation [...]. Ce faisant, Jésus non seulement réconcilie
l'homme avec Dieu mais il le réconcilie aussi avec luimême,
en lui révélant sa nature ».(16) Par ces mots, les Pères
du Synode, s'appuyant sur le Concile Vatican II, ont redit que Jésus
est le chemin à suivre pour parvenir à la pleine réalisation
de soi, qui est la rencontre définitive et éternelle avec
Dieu. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne
vient au Père que par moi » (Jn 14, 6). Dieu nous a «
prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin
qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères » (Rm
8, 29). Jésus Christ est bien la réponse définitive à
la question sur le sens de la vie et aux interrogations fondamentales qui
angoissent tant d'hommes et de femmes aujourd'hui sur le continent américain.
Par Marie, nous rencontrons Jésus
11. À la naissance de Jésus, les mages venus de l'Orient
arrivèrent à Bethléem et « virent l'Enfant avec
Marie sa Mère » (Mt 2, 11). Au début de sa vie
publique, quand le Fils de Dieu, aux noces de Cana, accomplit son premier
signe qui suscite la foi des disciples (cf. Jn 2, 11), c'est Marie
qui intervient et qui oriente les serviteurs vers son Fils en leur disant:
« Tout ce qu'il vous dira, faites-le » (Jn 2, 5). J'ai
eu l'occasion d'écrire à ce sujet: « La Mère du
Christ se présente devant les hommes comme porte-parole de la
volonté du Fils, celle qui montre quelles exigences doivent être
satisfaites afin que puisse se manifester la puissance salvifique du
Messie ».(17) C'est pourquoi Marie est une voie sûre pour
rencontrer le Christ. La dévotion envers la Mère du
Seigneur, quand elle est authentique, conduit toujours à orienter
sa propre vie selon l'esprit et les valeurs de l'Évangile.
Comment alors ne pas mettre en lumière le rôle de la Vierge
dans la vie de l'Église en Amérique qui marche à la
rencontre de son Seigneur? La Sainte Vierge, en effet, « est liée
de manière particulière à la naissance de l'Église
dans l'histoire [...] des peuples de l'Amérique, qui, par Marie,
sont arrivés à la rencontre avec le Seigneur ».(18)
Dans toutes les parties du continent, et cela depuis l'époque de
la première évangélisation, la présence de la
Mère de Dieu a été forte, grâce aux efforts des
missionnaires. Par leur prédication, « l'Évangile a été
annoncé en présentant la Vierge Marie comme modèle de
sa réalisation la plus haute. Depuis les origines invoquée
sous le titre de Notre-Dame de Guadalupe , Marie est apparue comme
un signe éclatant, au visage maternel et miséricordieux, de
la proximité du Père et du Fils avec lesquels elle nous
invite à entrer en communion ».(19)
L'apparition de Marie à l'Indien Juan Diego sur la colline de
Tepeyac, en 1531, eut des répercussions décisives pour l'évangélisation.(20)
Son influence dépasse largement les frontières du Mexique et
s'étend au continent tout entier. Et l'Amérique, qui a été
au long de son histoire et qui demeure un creuset de peuples, a reconnu
dans le visage métissé de la Vierge de Tepeyac « le
grand exemple d'évangélisation parfaitement inculturée
qu'est sainte Marie de Guadalupe ».(21) C'est pourquoi, non seulement
au centre et au sud mais aussi au nord du continent, la Vierge de
Guadalupe est vénérée comme la Reine de toute l'Amérique.(22)
À mesure que le temps passait, les Pasteurs comme les fidèles
ont eu une conscience toujours plus vive du rôle de la Vierge dans
l'évangélisation du continent. Dans la prière composée
à l'occasion de l'Assemblée spéciale pour l'Amérique
du Synode des Évêques, la Vierge Sainte de Guadalupe est
invoquée comme « Patronne de toute l'Amérique, Étoile
de la première et de la nouvelle évangélisation ».
Dans cet esprit, j'accueille avec joie la proposition faite par les Pères
du Synode que le 12 décembre soit célébrée
dans tout le continent la fête de Notre-Dame de Guadalupe, Mère
et Évangélisatrice de l'Amérique.(23) Et je nourris
dans mon cur la ferme espérance que Celle dont l'intercession
a obtenu que soit fortifiée la foi des premiers disciples (cf. Jn
2, 11) guidera par sa maternelle intercession l'Église dans ce
continent et lui obtiendra l'effusion de l'Esprit Saint comme sur l'Église
naissante (cf. Ac 1, 14), afin que la nouvelle évangélisation
produise des fruits abondants de vie chrétienne.
Les lieux de rencontre avec le Christ
12. En s'appuyant avec confiance sur l'aide de Marie, l'Église en
Amérique désire conduire les hommes et les femmes de ce
continent à la rencontre avec le Christ, d'où jaillit une
authentique conversion et un engagement renouvelé de communion et
de solidarité. Une telle rencontre contribuera efficacement à
fortifier la foi de nombreux catholiques, pour qu'elle mûrisse,
devenant une foi assurée, vive et active.
Pour que la recherche du Christ présent dans son Église ne
soit pas réduite à une pure abstraction, il est nécessaire
de mettre en évidence les lieux et les moments concrets où, à
l'intérieur de l'Église, on peut le rencontrer. À cet
égard, la réflexion des Pères synodaux a suscité
une grande richesse de suggestions et d'observations.
Tout d'abord, ils ont souligné l'importance de « l'Écriture
sainte lue à la lumière de la Tradition et du Magistère,
approfondie dans la méditation et l'oraison ».(24) Ils ont
recommandé d'encourager la connaissance des Évangiles, dans
lesquels est décrite, avec des mots facilement compréhensibles
par tous, la manière dont Jésus a vécu parmi les
hommes. Si, en lisant ces textes sacrés, on sait se mettre dans une
attitude d'écoute semblable à celle des foules qui écoutaient
Jésus sur les pentes du Mont des Béatitudes ou sur les rives
du lac de Tibériade tandis qu'il prêchait depuis la barque,
on recueille d'une telle lecture d'authentiques fruits de conversion du cur.
Un deuxième lieu de rencontre avec Jésus est la sainte
Liturgie.(25) Le Concile Vatican II nous a offert une riche exposition de
la présence multiforme du Christ dans la liturgie, dont
l'importance doit inciter à en faire l'objet d'une constante prédication:
le Christ est présent dans le célébrant qui
renouvelle sur l'autel le même et unique Sacrifice de la Croix; il
est présent dans les sacrements, par lesquels il exerce sa force
efficace. Quand est proclamée sa parole, c'est Lui-même qui
nous parle. Il est encore présent au sein de la communauté,
car il a dit: « Que deux ou trois soient réunis en mon nom, je
suis là au milieu d'eux » (Mt 18, 20). Il est présent
« au plus haut degré sous les espèces eucharistiques ».(26)
Mon prédécesseur Paul VI a estimé nécessaire
d'expliquer la particularité de la présence réelle du
Christ dans l'Eucharistie. « On la nomme 'réelle', non à
titre exclusif, comme si les autres présences n'étaient pas
'réelles', mais par antonomase, parce qu'elle est substantielle ».(27)
Sous les espèces du pain et du vin, « le Christ tout entier
est présent en sa réalité physique, et même
corporelle ».(28)
L'Écriture et l'Eucharistie, lieux de rencontre avec le Christ,
sont évoquées par le récit de l'apparition du
Ressuscité aux disciples d'Emmaüs. Mais le texte de l'Évangile
sur le jugement dernier (cf. Mt 25, 31-46), où il est dit
que nous serons jugés sur l'amour envers ceux qui sont dans le
besoin, dans lesquels le Seigneur Jésus est mystérieusement
présent, ce texte montre que l'on ne peut négliger un troisième
lieu de rencontre avec le Christ: « les personnes, spécialement
les pauvres, auxquelles le Christ s'identifie ».(29) À la clôture
du Concile Vatican II, le Pape Paul VI rappelait que « dans le visage
de tout homme, surtout si les larmes et les souffrances l'ont rendu plus
transparent, il faut reconnaître le visage du Christ (cf. Mt
25, 40), le Fils de l'homme ».(30)
CHAPITRE II
LA RENCONTRE AVEC LE CHRIST DANS L'AMÉRIQUE D'AUJOURD'HUI
« À qui on aura donné beaucoup, il sera beaucoup demandé » (Lc 12, 48)
La situation des hommes et des femmes d'Amérique et leur
rencontre avec le Seigneur
13. Dans les Évangiles, on relate les rencontres avec le Christ
de personnes en situations très diverses. Parfois il s'agit de
situations de péché, qui laissent transparaître le
besoin de conversion et de pardon du Seigneur. En d'autres circonstances
apparaissent des attitudes positives de recherche de la vérité,
de confiance authentique en Jésus, qui favorisent l'établissement
d'une relation d'amitié avec Lui et qui stimulent le désir
de l'imiter. On ne saurait oublier non plus les dons par lesquels le
Seigneur prépare quelques-uns à une rencontre ultérieure.
Ainsi Dieu, donnant à Marie d'être « pleine de grâce
» (Lc 1, 28) dès le premier instant, la prépara
en vue de la réalisation en elle de sa plus haute rencontre avec la
nature humaine: le mystère ineffable de l'Incarnation.
Parce que les péchés comme les vertus sociales n'existent
pas dans l'abstrait, mais sont le résultat d'actes personnels,(31)
il est nécessaire de tenir compte du fait que l'Amérique est
aujourd'hui une réalité complexe, fruit des tendances et des
façons d'agir des hommes et des femmes qui l'habitent. C'est dans
cette situation réelle et concrète qu'ils doivent rencontrer
Jésus.
L'identité chrétienne de l'Amérique
14. Le don le plus grand que l'Amérique a reçu du Seigneur
est la foi, qui a forgé son identité chrétienne. Il y
a déjà plus de cinq cents ans que le nom du Christ a été
annoncé dans le continent. La physionomie religieuse américaine
est le fruit de l'évangélisation qui a accompagné les
mouvements migratoires en provenance d'Europe. Elle est marquée par
les valeurs morales chrétiennes qui, même si elles ne sont
pas toujours vécues de façon cohérente et si elles
sont parfois remises en question, peuvent être considérées
d'une certaine manière comme le patrimoine de tous les habitants de
l'Amérique, même de ceux qui ne s'y reconnaissent pas
explicitement. Il est clair que l'identité chrétienne de
l'Amérique ne peut être considérée comme
synonyme de l'identité catholique. La présence des autres
confessions chrétiennes, plus ou moins forte selon les diverses
parties de l'Amérique, rend particulièrement urgent
l'engagement cuménique, pour rechercher l'unité entre
tous ceux qui croient au Christ.(32)
Fruits de sainteté
15. Les saints sont l'expression et les fruits les plus élevés
de l'identité chrétienne de l'Amérique. En eux, la
rencontre avec le Christ vivant « est si profonde et si engagée
[...] qu'elle devient un feu qui les consume totalement et les pousse à
construire son Règne, à faire en sorte que Lui et la
Nouvelle Alliance soient le sens et l'âme [...] de la vie
personnelle et communautaire ».(33) L'Amérique a vu fleurir
des fruits de sainteté dès les débuts de son évangélisation.
C'est le cas de sainte Rose de Lima (1586-1617), « la première
fleur de sainteté dans le Nouveau Monde », proclamée
patronne principale de l'Amérique en 1670 par le Pape Clément
X.(34) A partir d'elle, le sanctoral américain s'est amplifié
jusqu'à atteindre son développement actuel.(35) Les béatifications
et les canonisations par lesquelles de nombreux fils et filles du
continent ont été élevés à l'honneur
des autels offrent des modèles héroïques de vie chrétienne
selon la diversité des états de vie et des milieux sociaux.
En les béatifiant ou en les canonisant, l'Église les désigne
comme de puissants intercesseurs unis au Christ, Prêtre suprême
et éternel, Médiateur entre Dieu et les hommes. Les
bienheureux et les saints d'Amérique accompagnent avec une
sollicitude fraternelle les hommes et les femmes qui sont leurs
compatriotes, à travers joies et souffrances, jusqu'à la
rencontre définitive avec le Seigneur.(36) Pour aider les fidèles
à les imiter toujours davantage et à recourir à leur
intercession de manière plus fréquente et plus fructueuse,
j'estime très opportune la proposition des Pères synodaux de
préparer « un recueil de brèves biographies des saints
et des bienheureux américains. Cela peut éclairer et
stimuler en Amérique la réponse à la vocation
universelle à la sainteté ».(37)
Parmi ses saints, « l'histoire de l'évangélisation de
l'Amérique reconnaît de nombreux martyrs, hommes et femmes, évêques
et prêtres, religieux et laïcs, qui arrosèrent de leur
sang [...] la terre de [ces] nations. Telle une nuée de témoins
(cf. He 12, 1), ces saints nous encouragent à prendre en
charge aujourd'hui, sans crainte et avec ardeur, la nouvelle évangélisation
».(38) Il est nécessaire que leurs exemples de dévouement
sans limite à la cause de l'Évangile soient non seulement préservés
de l'oubli, mais mieux connus et diffusés parmi les fidèles
du continent. J'écrivais à ce sujet dans Tertio
millennio adveniente: « Il faut que les Églises locales
fassent tout leur possible pour ne pas laisser perdre la mémoire de
ceux qui ont subi le martyre, en rassemblant à cette intention la
documentation nécessaire ».(39)
La piété populaire
16. L'existence d'une intense piété populaire enracinée
dans les diverses nations est une caractéristique particulière
de l'Amérique. On la rencontre à tous les niveaux et dans
tous les milieux sociaux; elle revêt une importance spéciale
comme lieu de rencontre avec le Christ pour tous ceux qui cherchent Dieu
sincèrement avec un esprit de pauvreté et un cur
humble (cf. Mt 11, 25). Les expressions d'une telle piété
sont nombreuses: « Les pèlerinages aux sanctuaires du Christ,
de la Sainte Vierge et des Saints, ainsi que la prière pour les âmes
du purgatoire, l'usage des sacramentaux (eau, huile, cierges...). Ces
expressions, et tant d'autres, de la piété populaire donnent
aux fidèles l'occasion de rencontrer le Christ vivant ».(40)
Les Pères synodaux ont souligné l'urgence de découvrir,
dans les manifestations de la religiosité populaire, les vrais
valeurs spirituelles, pour les enrichir avec les éléments de
la doctrine catholique authentique, afin que cette religiosité
puisse conduire à un engagement sincère de conversion et à
une expérience concrète de charité.(41) La piété
populaire, si elle est convenablement orientée, contribue aussi à
accroître chez les fidèles la conscience de leur appartenance
à l'Église, en alimentant la ferveur et en offrant ainsi une
réponse valable aux défis actuels de la sécularisation.(42)
Étant donné que, en Amérique, la piété
populaire est l'expression de l'inculturation de la foi catholique et que
beaucoup de ses manifestations ont pris des formes religieuses
autochtones, on ne doit pas sous-évaluer la possibilité d'en
tirer aussi, avec une prudence éclairée, des indications
valables pour une plus grande inculturation de l'Évangile.(43) Cela
revêt une importance considérable, spécialement parmi
les populations autochtones, pour que « les semences du Verbe »
présentes dans leur culture atteignent leur plénitude dans
le Christ.(44) La même constatation peut être faite pour les
Américains d'origine africaine. L'Église « reconnaît
qu'elle a l'obligation de se rapprocher de ces Américains à
partir de leur culture, considérant sérieusement les
richesses spirituelles et humaines de cette culture qui marque leur façon
de célébrer le culte, leur sens de la joie et de la
solidarité, leur langue et leurs traditions ».(45)
Présence catholique orientale
17. L'immigration en Amérique constitue presque une constante de
son histoire, du début de l'évangélisation jusqu'à
aujourd'hui. Au cur de ce phénomène complexe,
soulignons que, ces derniers temps, diverses régions d'Amérique
ont accueilli de nombreux membres des Églises catholiques
orientales qui, pour des motifs variés, ont abandonné leur
terre d'origine. Une première vague migratoire provenait surtout de
l'Ukraine occidentale; par la suite, elle s'est élargie aux pays du
Moyen-Orient. Il est devenu ainsi pastoralement nécessaire de créer
une hiérarchie catholique orientale pour ces fidèles immigrés
et pour leurs descendants. Les normes émanant du Concile Vatican
II, que les Pères synodaux ont rappelées, reconnaissent que
les Églises Orientales « ont le droit et sont tenues par le
devoir de se régir selon leurs propres disciplines particulières
», ayant la mission de rendre témoignage à une très
ancienne tradition doctrinale, liturgique et monastique. D'autre part, ces
Églises doivent conserver leurs propres disciplines, qui «
correspondent mieux aux habitudes de leurs fidèles et semblent plus
aptes à assurer le bien des âmes ».(46) Si la synergie
entre les Églises particulières d'Orient et d'Occident est nécessaire
à la Communauté ecclésiale universelle pour lui
permettre de respirer avec les deux poumons, dans l'espérance de
parvenir à le faire pleinement à travers la parfaite
communion entre l'Église catholique et les Églises
orientales séparées,(47) on ne peut que se réjouir de
la récente implantation en Amérique des Églises
orientales à côté de l'Église latine, présente
depuis le commencement, car de cette façon la catholicité de
l'Église du Seigneur peut mieux se manifester.(48)
La place de l'Église dans l'éducation et l'action
sociale
18. Parmi les facteurs qui favorisent l'influence de l'Église sur
la formation chrétienne des Américains, il faut signaler sa
très grande présence dans l'éducation, spécialement
dans le monde universitaire. Les nombreuses Universités catholiques
disséminées à travers le continent constituent un
trait caractéristique de la vie ecclésiale en Amérique.
De même dans le domaine de l'enseignement primaire et secondaire, le
nombre élevé d'écoles catholiques offre la possibilité
d'une action évangélisatrice d'une portée très
ample, pourvu qu'elle soit toujours accompagnée d'une ferme volonté
de donner une éducation vraiment chrétienne.(49)
Un autre domaine important dans lequel l'Église est présente
dans toutes les parties de l'Amérique est l'assistance caritative
et sociale. Les multiples initiatives en faveur des personnes âgées,
des malades et de ceux qui sont dans le besoin, telles que les hospices,
les hôpitaux, les dispensaires, les cantines gratuites et autres
centres sociaux, sont un témoignage tangible de l'amour préférentiel
pour les pauvres que nourrit l'Église en Amérique, animée
par l'amour du Seigneur et consciente que « Jésus s'est
identifié à eux (cf. Mt 25, 31-46) ».(50) Dans
cette tâche qui ne connaît pas de frontières, elle a su
développer une conscience de la solidarité concrète
entre les diverses communautés du continent et du monde entier,
manifestant ainsi la fraternité qui doit caractériser les
chrétiens en tout temps et en tout lieu.
Pour qu'il soit évangélique et évangélisateur,
le service des pauvres doit être le reflet fidèle de
l'attitude de Jésus, qui est venu « pour annoncer aux pauvres
la Bonne Nouvelle » (Lc 4, 18). S'il se déroule dans
cet esprit, il devient manifestation de l'amour infini de Dieu pour tous
les hommes et moyen éloquent de transmettre l'espérance du
salut que le Christ a apporté au monde, et qui resplendit de façon
particulière quand la Bonne Nouvelle est communiquée à
ceux qui sont abandonnés ou rejetés par la société.
Ce dévouement constant envers les pauvres et les déshérités
se retrouve dans le Magistère social de l'Église, qui ne se
lasse pas d'inviter la communauté chrétienne à
s'employer à ce que soit surmontée toute forme
d'exploitation et d'oppression. Il s'agit, en effet, non seulement de
soulager les besoins les plus graves et les plus urgents par le moyen
d'actions individuelles ou sporadiques, mais de faire ressortir les
racines du mal, proposant des interventions qui donnent aux structures
sociales, politiques et économiques une configuration plus juste et
plus solidaire.
Respect croissant des droits humains
19. Dans le domaine civil, mais avec des implications morales immédiates,
on doit signaler, parmi les aspects positifs de l'Amérique
d'aujourd'hui, la mise en place croissante dans tout le continent de systèmes
politiques démocratiques et la réduction progressive des régimes
dictatoriaux. L'Église considère avec sympathie cette évolution,
dans la mesure où cela favorise un respect toujours plus évident
des droits de chacun, y compris ceux de l'accusé et du coupable, à
l'égard desquels il n'est pas légitime de recourir à
des méthodes de détention et d'investigation que l'on
pense ici particulièrement à la torture préjudiciables
à la dignité humaine. « L'État de droit est, en
effet, la condition nécessaire pour établir une vraie démocratie
».(51)
En outre, l'existence d'un État de droit implique chez les
citoyens, et plus encore dans la classe dirigeante, la conviction que la
liberté ne peut être séparée de la vérité.(52)
En effet, « les graves problèmes qui menacent la dignité
de la personne humaine, la famille, le mariage, l'éducation, l'économie
et les conditions de travail, la qualité de la vie et la vie elle-même,
soulèvent la question du droit ».(53) Les Pères
synodaux ont souligné avec raison que « les droits
fondamentaux de la personne humaine sont inscrits dans la nature elle-même,
qu'ils sont voulus par Dieu et que par conséquent ils demandent à
être universellement acceptés et observés. Aucune
autorité humaine ne peut les transgresser en faisant appel à
la majorité ou au consensus politique, sous prétexte que de
cette manière le pluralisme et la démocratie sont respectés.
C'est pourquoi l'Église doit s'engager à former et à
accompagner les laïcs qui ont une fonction dans le domaine législatif,
dans le gouvernement et dans l'administration de la justice, afin que les
lois expriment toujours des principes et des valeurs morales qui soient
conformes à une saine anthropologie et qui tiennent compte du bien
commun ».(54)
Le phénomène de la mondialisation
20. La tendance à la mondialisation, caractéristique du
monde contemporain, est un phénomène qui, tout en n'étant
pas exclusivement américain, est plus perceptible et a de plus
grandes répercussions en Amérique. Il s'agit d'un processus
qui s'impose en raison du fait qu'il y a une plus grande communication
entre les diverses parties du monde, ce qui abolit pratiquement les
distances, avec des effets évidents dans des domaines très
différents.
Les conséquences sur le plan éthique peuvent être
positives ou négatives. On assiste en réalité à
une mondialisation économique qui s'accompagne de certaines conséquences
positives comme le phénomène de l'efficacité et de
l'accroissement de la productivité, et qui, avec le développement
des relations entre les divers pays dans le domaine économique,
peut renforcer le processus d'unité entre les peuples et améliorer
le service rendu à la famille humaine. Si cependant la
mondialisation est régie par les seules lois du marché
appliquées selon l'intérêt des puissants, les conséquences
ne peuvent être que négatives. Tels sont, par exemple,
l'attribution d'une valeur absolue à l'économie, le chômage,
la diminution et la détérioration de certains services
publics, la destruction de l'environnement et de la nature, l'augmentation
des différences entre les riches et les pauvres, la concurrence
injuste qui place les nations pauvres dans une situation d'infériorité
toujours plus marquée.(55) Bien que l'Église estime les
valeurs positives que comporte la mondialisation, elle en considère
avec inquiétude les aspects négatifs.
Et que dire de la mondialisation culturelle produite par la puissance
des moyens de communication sociale? Ces derniers imposent partout de
nouvelles échelles de valeur, souvent arbitraires et au fond matérialistes,
face auxquelles il est difficile de maintenir une solide adhésion
aux valeurs de l'Évangile.
L'urbanisation croissante
21. L'urbanisation est également un phénomène en
croissance en Amérique. Depuis quelques lustres déjà,
le continent est en train de vivre un exode constant des campagnes vers la
ville. Il s'agit d'un phénomène complexe, déjà
décrit par mon prédécesseur Paul VI.(56) Les causes
en sont diverses, mais parmi elles ressortent principalement la pauvreté
et le sous-développement des zones rurales, où manquent bien
souvent les services, les communications, les structures éducatives
et sanitaires. En outre, la ville, avec la réputation de
divertissement et de bien-être que lui attribue souvent la présentation
qu'en font les moyens de communication sociale, exerce une attraction spéciale
sur les gens simples du monde rural.
Le manque fréquent de planification dans ce processus est source
de nombreux maux. Comme l'ont signalé les Pères synodaux, «
dans certains cas, telles ou telles zones urbaines sont comme des îlots
dans lesquels s'accumulent la violence, la délinquance juvénile
et l'atmosphère de désespoir ».(57) Il faut ajouter que
le phénomène de l'urbanisation représente de grands défis
pour l'action pastorale de l'Église, qui doit faire face au déracinement
culturel, à la perte des coutumes familiales, au détachement
des traditions religieuses particulières, avec fréquemment
pour conséquence le naufrage de la foi, privée de ces
manifestations qui contribuaient à la soutenir.
Évangéliser la culture urbaine constitue un défi
formidable pour l'Église, qui, de même qu'elle a su pendant
des siècles évangéliser la culture rurale, de même
aujourd'hui est appelée à accomplir une évangélisation
urbaine méthodique et capillaire par la catéchèse, la
liturgie et la manière même d'organiser ses structures
pastorales.(58)
Le poids de la dette extérieure
22. Les Pères synodaux ont manifesté leur préoccupation
pour la dette extérieure qui afflige de nombreuses nations américaines,
exprimant leur solidarité avec elles. Ils attirent avec force
l'attention de l'opinion publique sur la complexité de la question,
reconnaissant que « la dette est souvent le fruit de la corruption et
de la mauvaise administration ».(59) Dans l'esprit de la réflexion
synodale, cette reconnaissance ne prétend pas concentrer sur un
seul pôle les responsabilités d'un phénomène
extrêmement complexe dans son origine et dans ses solutions.(60)
En effet, parmi les causes qui ont contribué à la
formation d'une dette extérieure écrasante, il faut signaler
non seulement les intérêts élevés, fruit de
politiques financières spéculatives, mais aussi
l'irresponsabilité de certains gouvernants qui, en contractant une
dette, n'ont pas réfléchi suffisamment aux possibilités
réelles de l'éteindre, avec comme circonstance aggravante
que des sommes considérables obtenues grâce aux prêts
internationaux vont parfois enrichir des individus, au lieu de servir à
soutenir les changements nécessaires au développement du
pays. D'autre part, il serait injuste de faire peser les conséquences
de ces décisions irresponsables sur ceux qui ne les ont pas prises.
La gravité de la situation est encore plus compréhensible si
l'on tient compte du fait que « déjà le seul paiement
des intérêts constitue pour l'économie des pays
pauvres un poids qui enlève aux autorités la disponibilité
de l'argent nécessaire pour le développement social, l'éducation,
la santé et l'institution d'un fonds pour créer du travail ».(61)
La corruption
23. La corruption, souvent présente parmi les causes de la dette
publique oppressante, est un problème grave qui doit être
considéré avec attention. La corruption, « sans
respecter les frontières, concerne des personnes, des structures
publiques et privées de pouvoir et les classes dirigeantes ».
Il s'agit d'une situation qui « favorise l'impunité et
l'accumulation illicite de richesses, le manque de confiance envers les
institutions politiques, surtout dans l'administration de la justice et
dans les investissements publics, qui ne sont pas toujours transparents,
ni égaux pour tous ni efficaces ».(62)
À ce sujet, je désire rappeler ce que j'ai écrit
dans le Message pour la Journée mondiale de la Paix de 1998:
la plaie de la corruption doit être dénoncée et
combattue avec force par ceux qui détiennent l'autorité et
avec « le soutien généreux de tous les citoyens, animés
par une forte conscience morale ».(63) Les organismes appropriés
de contrôle et la transparence des transactions économiques
et financières préviennent aussi et évitent dans de
nombreux cas l'extension de la corruption, dont les conséquences néfastes
retombent principalement sur les plus pauvres et les plus délaissés.
Ce sont encore les pauvres qui souffrent les premiers des retards, de
l'inefficacité, de l'absence d'une défense appropriée
et des carences structurelles, quand l'administration de la justice est
corrompue.
Le commerce et la consommation de la drogue
24. Le commerce des stupéfiants, avec la consommation qui
s'ensuit, constitue une sérieuse menace pour les structures
sociales des pays d'Amérique. Il « contribue aux crimes et à
la violence, à la désagrégation de la vie familiale, à
la destruction physique et affective de nombreux individus et communautés,
surtout parmi les jeunes. Il altère en outre la dimension éthique
du travail et contribue à augmenter le nombre de personnes dans les
prisons, en un mot, à la dégradation de la personne créée
à l'image de Dieu ».(64) De plus, un commerce aussi néfaste
conduit à « détruire les gouvernements, en minant la sécurité
économique et la stabilité des nations ».(65) Nous
sommes ici en présence de l'un des défis les plus urgents
avec lesquels doivent se mesurer de nombreux pays dans le monde: c'est en
effet un défi qui remet en question une grande partie des avantages
obtenus ces derniers temps pour le progrès de l'humanité.
Pour plusieurs pays d'Amérique, la production, le trafic et la
consommation de drogues constituent des facteurs compromettants pour leur
prestige international, car ils réduisent leur crédibilité
et rendent plus difficile la collaboration souhaitable avec d'autres pays,
qui est si nécessaire de nos jours pour le développement
harmonieux de chaque peuple.
La préoccupation pour l'écologie
25. « Et Dieu vit que cela était bon » (Gn 1,
25). Ces paroles, que nous lisons dans le premier chapitre du livre de la
Genèse, indiquent le sens de l'uvre que Dieu a réalisée.
Le Créateur confie à l'homme, couronnement de tout le
processus de la création, la garde de la terre (cf. Gn 2,
15). De là découlent pour toute personne des obligations
concrètes en ce qui concerne l'écologie. Pour les accomplir,
il faut s'ouvrir à une perspective spirituelle et éthique
qui triomphe des attitudes et « des styles de vie égoïstes
conduisant à l'épuisement des ressources naturelles ».(66)
Dans ce domaine, aujourd'hui si actuel, l'intervention des croyants est
plus importante que jamais. La collaboration de tous les hommes de bonne
volonté avec les instances législatives et gouvernementales
est nécessaire pour arriver à une protection efficace de
l'environnement, considéré comme un don de Dieu. Il y a
encore tant d'abus et de dommages écologiques dans de nombreuses régions
américaines! Il suffit de penser à l'émission incontrôlée
de gaz nocifs ou au phénomène dramatique des incendies de
forêt, que provoquent parfois intentionnellement des personnes poussées
par des intérêts égoïstes. Ces dévastations
peuvent conduire à une réelle désertification dans
beaucoup de zones de l'Amérique avec ses inévitables conséquences
de famine et de misère. Le problème se pose, avec une
intensité spéciale, dans la forêt amazonienne,
territoire immense qui concerne divers pays, du Brésil au Guyana,
au Suriname, au Venezuela, à la Colombie, à l'Équateur,
au Pérou et à la Bolivie.(67) C'est l'un des espaces
naturels les plus appréciés dans le monde pour sa diversité
biologique, ce qui le rend vital pour l'équilibre environnemental
de toute la planète.
CHAPITRE III
CHEMIN DE CONVERSION
« Repentez-vous donc et convertissez-vous » (Ac
3, 19)
Urgence de l'appel à la conversion
26. « Les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est tout
proche: convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc
1, 15). Ces paroles, par lesquelles Jésus commence son ministère
en Galilée, résonnent continuellement aux oreilles des Évêques,
des prêtres, des diacres, des personnes consacrées et des fidèles
laïcs de toute l'Amérique. La récente célébration
du cinquième centenaire du début de l'évangélisation
de l'Amérique, la commémoration de la naissance de Jésus
il y a deux mille ans et le grand Jubilé que nous nous préparons
précisément à célébrer constituent
autant d'appels à approfondir notre vocation chrétienne.
L'importance de l'événement de l'Incarnation et la gratitude
pour le don de la première annonce de l'Évangile en Amérique
invitent à répondre promptement au Christ par une conversion
personnelle plus convaincue et, en même temps, elles poussent à
une fidélité évangélique toujours plus généreuse.
L'exhortation du Christ à se convertir trouve un écho dans
celle de l'Apôtre: « L'heure est venue de sortir de votre
sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu'à
l'époque où nous sommes devenus croyants » (Rm
13, 11). La rencontre avec Jésus vivant incite à la
conversion.
Dans le Nouveau Testament, pour parler de conversion, on utilise le mot
metanoia, qui signifie changement de mentalité. Il ne
s'agit pas seulement d'une autre façon de penser sur le plan
intellectuel, mais de la révision de ses propres convictions
pratiques, à la lumière des critères évangéliques.
Saint Paul parle à ce sujet, de « foi opérant par la
charité » (Ga 5, 6). Pour cela, l'authentique
conversion doit être préparée et entretenue par la
lecture priante de l'Écriture Sainte et la pratique des sacrements
de la Réconciliation et de l'Eucharistie. La conversion conduit à
la communion fraternelle, car elle fait comprendre que le Christ est le
chef de l'Église, son corps mystique; elle incite à la
solidarité, car elle fait prendre conscience que ce que nous
faisons aux autres, spécialement aux plus nécessiteux, est
adressé au Christ. Elle favorise donc une vie nouvelle, dans
laquelle il n'y a plus de séparation entre la foi et les uvres
dans la réponse quotidienne à l'appel universel à la
sainteté. Il est indispensable de dépasser la fracture entre
la foi et la vie pour pouvoir effectivement parler de conversion. En
effet, en présence d'une telle séparation, le christianisme
reste seulement un mot. Pour être un authentique disciple du
Seigneur, le croyant doit être témoin de sa foi: « Le témoin
rend son témoignage non seulement par la parole, mais aussi par sa
propre vie ».(68) Nous devons nous rappeler les paroles de Jésus:
« Ce n'est pas en me disant: Seigneur, Seigneur, qu'on
entrera dans le Royaume des Cieux, mais c'est en faisant la volonté
de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21).
L'ouverture à la volonté du Père suppose une totale
disponibilité, qui n'exclut même pas le don de la vie: «
Le plus grand témoignage est le martyre ».(69)
Dimension sociale de la conversion
27. Cependant, la conversion n'est pas complète s'il l'on ne
prend pas conscience des exigences de la vie chrétienne et si l'on
ne s'efforce pas de les réaliser. À ce propos, les Pères
synodaux ont relevé que, malheureusement, « il existe de
grandes carences d'ordre personnel et communautaire qui concernent aussi
bien une conversion plus profonde que les relations entre les milieux, les
institutions et les groupes dans l'Église ».(70) « Celui
qui n'aime pas son frère, qu'il voit, est incapable d'aimer Dieu,
qu'il ne voit pas » (1 Jn 4, 20).
La charité fraternelle exige une attention à toutes les nécessités
du prochain. « Celui qui a de quoi vivre en ce monde, s'il voit son
frère dans le besoin sans se laisser attendrir, comment l'amour de
Dieu pourrait-il demeurer en lui? » (1 Jn 3, 17). C'est
pourquoi, pour le peuple chrétien qui vit en Amérique, se
convertir à l'Évangile signifie reconsidérer «
tous les milieux et les aspects de sa vie, spécialement tout ce qui
concerne l'ordre social et la réalisation du bien commun ».(71)
De façon spéciale, il faudra « faire prendre à
la société une conscience toujours plus forte de la dignité
de toute personne et, par conséquent, rendre la communauté
plus sensible à son devoir de participer à l'action
politique selon l'Évangile ».(72) Il est clair, en effet, que
l'activité dans le domaine politique fait aussi partie de la
vocation et de l'action des fidèles laïcs.(73)
À ce sujet, cependant, il est très important, surtout dans
une société pluraliste, d'avoir une juste vision des
rapports entre la communauté politique et l'Église, et de
faire une claire distinction entre les actions que les fidèles,
individuellement ou en groupe, accomplissent en leur nom propre, comme
citoyens, guidés par leur conscience chrétienne, et les
actions qu'ils accomplissent au nom de l'Église en communion avec
leurs Pasteurs. L'Église qui, en raison de sa charge et de sa compétence,
ne se confond en aucune manière avec la communauté politique
et n'est liée à aucun système politique, est en même
temps le signe et la garantie du caractère transcendant de la
personne humaine.(74)
Conversion permanente
28. Ici-bas, la conversion est un but jamais pleinement atteint : sur le
chemin que le disciple est appelé à parcourir à la
suite de Jésus, c'est un engagement qui concerne toute la vie.
D'autre part, durant notre existence terrestre, notre volonté de
conversion est toujours affaiblie par les tentations. Comme « nul ne
peut servir deux maîtres » (Mt 6, 24), le changement de
mentalité (metanoia) consiste dans l'effort pour assimiler
les valeurs évangéliques, qui sont en opposition avec les
tendances dominantes du monde. Il est donc nécessaire de renouveler
constamment « la rencontre avec Jésus Christ vivant », démarche
qui, comme l'ont mis en lumière les Pères synodaux, «
nous conduit à la conversion permanente ».(75)
L'appel universel à la conversion revêt des nuances
particulières pour l'Église qui est en Amérique,
engagée elle aussi dans le renouveau de sa foi. Les Pères
synodaux ont ainsi formulé cet engagement concret et exigeant: «
Cette conversion exige spécialement de nous Évêques
une identification authentique avec le style personnel de Jésus
Christ, qui nous conduit à la simplicité, à la
pauvreté, à la proximité avec le prochain, au
renoncement aux privilèges, afin que, comme Lui, sans mettre notre
confiance dans des moyens humains, nous tirions de la force de l'Esprit et
de la Parole toute l'efficacité de l'Évangile, demeurant
ouverts avant tout à ceux qui sont les plus éloignés
et les plus exclus ».(76) Pour être des pasteurs selon le cur
de Dieu (cf. Jr 3, 15), il est indispensable d'adopter un genre de
vie qui identifie à Celui qui a dit de lui-même: « Je
suis le bon pasteur » (Jn 10, 11), genre de vie que saint
Paul met en lumière quand il écrit: « Montrez-vous mes
imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ » (1 Co
11, 1).
Guidés par l'Esprit Saint vers un nouveau style de vie
29. La proposition d'un nouveau style de vie ne concerne pas seulement
les Pasteurs, mais aussi tous les chrétiens qui vivent en Amérique.
Il leur est demandé d'approfondir et de faire leur la spiritualité
chrétienne authentique. « En effet, par le terme spiritualité,
on entend un style ou une forme de vie selon les exigences chrétiennes.
La spiritualité est vie en Christ et dans
l'Esprit, qui est accueillie dans la foi, qui s'exprime dans l'amour
et qui, animée d'espérance, se traduit dans le quotidien de
la communauté ecclésiale ».(77) En ce sens, par
spiritualité, qui est le but auquel conduit la conversion, on
comprend non pas « une part de la vie, mais la vie tout entière
guidée par l'Esprit Saint ».(78) Parmi les éléments
de spiritualité que tout chrétien doit faire sien, se
distingue la prière. Celle-ci le « conduira peu à peu à
acquérir un regard contemplatif sur la réalité, qui
lui permettra de reconnaître Dieu à tout moment et en toute
chose; de le contempler en toute personne; de chercher sa volonté
dans les événements ».(79)
La prière, aussi bien personnelle que liturgique, est un devoir
pour tout chrétien. « Jésus Christ, Évangile du
Père, nous avertit que sans lui nous ne pouvons rien faire (cf.
Jn 15, 5). Lui-même, dans les moments décisifs de sa
vie, avant d'agir, se retirait dans un lieu solitaire pour s'adonner à
la prière et à la contemplation, et il demandait aux Apôtres
d'en faire autant ».(80) À ses disciples, sans exception, il
rappelle: « Retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et
prie ton Père qui est là, dans le secret » (Mt
6, 6). Cette intense vie de prière doit être adaptée
aux capacités et aux conditions de tout chrétien, de manière
que chacun puisse, dans les diverses situations de la vie, puiser « à
la source de sa rencontre avec le Christ pour s'abreuver d'un seul Esprit
(cf. 1 Co 12, 13) ».(81) En ce sens, la dimension
contemplative n'est pas un privilège réservé à
un petit nombre; au contraire dans les paroisses, dans les communautés
et à l'intérieur des mouvements, il faut promouvoir une
spiritualité ouverte et orientée vers la contemplation des vérités
fondamentales de la foi: les mystères de la Trinité, de
l'Incarnation du Verbe, de la Rédemption des hommes, et les autres
merveilles de Dieu.(82)
Les hommes et les femmes consacrés exclusivement à la
contemplation exercent une mission fondamentale dans l'Église qui
est en Amérique. Ils sont, selon l'expression du Concile Vatican
II, « l'honneur de l'Église et une source d'où s'épanchent
les grâces célestes ».(83) C'est pourquoi il faut que
les monastères disséminés dans toutes les parties du
continent soient « l'objet d'un amour spécial de la part des
Pasteurs, qui doivent être pleinement convaincus que les âmes
vouées à la vie contemplative obtiennent une abondance de grâces,
par la prière, la pénitence et la contemplation auxquelles
elles consacrent leur vie. Les contemplatifs doivent être conscients
qu'ils sont intégrés à la mission de l'Église
dans le temps présent et que, par le témoignage de leur vie,
ils coopèrent au bien spirituel des fidèles, les aidant à
chercher le visage de Dieu dans l'existence quotidienne ».(84)
La spiritualité chrétienne est nourrie avant tout par une
vie sacramentelle assidue, les sacrements étant des racines et des
sources inépuisables de la grâce de Dieu nécessaire
pour soutenir le croyant dans son pèlerinage terrestre. Cette vie
sacramentelle, qu'il est nécessaire de développer toujours
plus dans la vie de l'Église en Amérique, doit être
complétée par les valeurs de la piété
populaire, qui, à leur tour seront enrichies par la pratique
sacramentelle et affranchies du danger de dégénérer
en routine. De plus il faut noter que cette spiritualité ne
s'oppose pas à la dimension sociale de l'engagement chrétien.
Au contraire, par sa démarche de prière, le croyant prend
davantage conscience des exigences de l'Évangile et de ses propres
devoirs à l'égard de ses frères, recevant la force de
la grâce indispensable pour persévérer dans le bien.
Pour mûrir spirituellement, le chrétien aura avantage à
recourir aux conseils des ministres sacrés ou d'autres personnes
expertes en ce domaine, par la direction spirituelle, pratique
traditionnelle courante dans l'Église. Les Pères synodaux
ont estimé nécessaire de recommander aux prêtres ce
ministère si important.(85)
Vocation universelle à la sainteté
30. « Soyez saints, car moi, le Seigneur, votre Dieu, je suis saint
» (Lv 19, 2). L'Assemblée spéciale pour l'Amérique
du Synode des Évêques a voulu rappeler avec vigueur à
tous les chrétiens l'importance de la doctrine de la vocation
universelle à la sainteté dans l'Église.(86) Il
s'agit de l'un des points centraux de la Constitution dogmatique sur l'Église
du Concile Vatican II.(87) La sainteté est le but du chemin de
conversion, parce qu'elle « n'est pas en elle-même sa propre
fin, mais plutôt un itinéraire vers Dieu, qui est saint. Être
saint, c'est imiter Dieu et glorifier son nom dans les uvres que
nous réalisons dans notre vie (cf. Mt 5, 16) ».(88)
Sur le chemin de la sainteté, Jésus Christ est le point de référence
et le modèle à imiter: il est « le Saint de Dieu et il
fut reconnu comme tel (cf. Mc 1, 24). C'est lui-même qui
nous enseigne que le cur de la sainteté est l'amour, qui
conduit aussi à donner sa vie pour les autres (cf. Jn 15,
13). C'est pourquoi imiter la sainteté de Dieu, telle qu'elle s'est
manifestée en Jésus Christ, son Fils, n'est autre que
prolonger son amour dans l'histoire, spécialement à l'égard
des pauvres, des malades, des indigents (cf. Lc 10, 25 ss.) ».(89)
Jésus, chemin unique vers la sainteté
31. « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn
14, 6). Par ces paroles, Jésus se présente comme l'unique
chemin qui conduit à la sainteté. Mais la connaissance concrète
de cet itinéraire provient principalement de la Parole de Dieu que
l'Église proclame dans sa prédication. C'est pourquoi l'Église
en Amérique « doit inciter tous les fidèles à
donner une réelle priorité à la réflexion
priante sur l'Écriture Sainte ».(90) Cette lecture de la
Bible, accompagnée de la prière, est connue dans la
tradition de l'Église sous le nom de Lectio divina,
pratique à encourager chez tous les chrétiens. Pour les prêtres,
la Lectio divina doit être un élément
fondamental dans la préparation de leurs homélies, spécialement
de celles du dimanche.(91)
Pénitence et réconciliation
32. La conversion (metanoia), à laquelle tout être
humain est appelé, conduit à accepter et à faire sien
le nouvel état d'esprit proposé par l'Évangile. Cela
demande l'abandon du mode de penser et d'agir du monde qui, si souvent,
conditionne lourdement l'existence. Comme le rappelle l'Écriture
Sainte, il est nécessaire que meure l'homme ancien et que naisse
l'homme nouveau, c'est-à-dire que tout l'être humain, «
pour accéder à la connaissance, ne cesse d'être
renouvelé à l'image de son Créateur » (Col
3, 10). Sur ce chemin de conversion et de recherche de la sainteté «
il faut recommander les moyens ascétiques que la pratique de l'Église
a toujours connus et dont le sommet est le sacrement de la Réconciliation,
reçu et célébré avec les dispositions voulues ».(92)
Seul celui qui est réconcilié avec Dieu est un acteur
d'authentique réconciliation avec ses frères et de ses frères
entre eux.
La crise actuelle du sacrement de la Réconciliation, dont l'Église
qui est en Amérique n'est pas exempte et au sujet de laquelle j'ai
exprimé ma préoccupation dès le début de mon
pontificat,(93) pourra être surmontée grâce notamment à
une action pastorale soutenue et patiente. À ce sujet, les Pères
synodaux demandent à juste titre « que les prêtres
consacrent le temps voulu à la célébration du
sacrement de la Réconciliation, et qu'ils invitent avec insistance
et avec force les fidèles à le recevoir, sans pour autant
que les Pasteurs eux-mêmes omettent de se confesser fréquemment
».(94) Les Évêques et les prêtres font l'expérience
personnelle de la mystérieuse rencontre avec le Christ qui pardonne
dans le sacrement de la Réconciliation et ils sont des témoins
privilégiés de son amour miséricordieux.
L'Église catholique, qui rassemble des hommes et des femmes «
de toute nation, race, peuple et langue » (Ap 7, 9), est
appelée à être, « dans un monde marqué par
des divisions idéologiques, ethniques, économiques et
culturelles », le « signe vivant de l'unité de la famille
humaine ».(95) L'Amérique, dans la réalité
complexe des pays et la diversité des groupes ethniques, aussi bien
que dans les traits caractéristiques de l'ensemble du continent, présente
beaucoup de différences qui ne doivent pas être ignorées
et auxquelles il faut prêter attention. Grâce à un
travail efficace pour unir entre eux les membres du peuple de Dieu à
l'intérieur de chaque pays, et les membres des Églises
particulières des diverses nations, les différences
d'aujourd'hui pourront être source d'enrichissement mutuel. Comme
l'affirment fort justement les Pères synodaux, « il est très
important que l'Église dans toute l'Amérique soit un signe
vivant d'une communion réconciliée, un appel permanent à
la solidarité, un témoignage toujours présent dans
nos divers systèmes politiques, économiques et sociaux ».(96)
C'est là une contribution significative que les croyants peuvent
offrir à l'unité du continent américain.
CHAPITRE IV
EN MARCHE VERS LA COMMUNION
« Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient en nous » (Jn 17, 21)
L'Église, sacrement de communion
33. « Face à un monde divisé et en recherche d'unité,
il est nécessaire de proclamer avec joie et d'une foi ferme que
Dieu est communion, Père, Fils et Esprit Saint, unité dans
la distinction, et qu'il appelle tous les hommes à participer à
la même communion trinitaire. Il faut proclamer que cette communion
est le dessein magnifique de Dieu [Père]; que Jésus Christ,
qui s'est fait homme, est le centre de cette même communion, et que
l'Esprit Saint agit constamment pour créer la communion et la
restaurer quand elle est rompue. Il est nécessaire de proclamer que
l'Église est signe et instrument de la communion voulue par Dieu,
commencée dans le temps et destinée à la perfection
dans la plénitude du Royaume ».(97) L'Église est signe
de communion parce que ses membres, comme des rameaux, participent de la
vie même du Christ, la vraie vigne (cf. Jn 15, 5). En effet,
par la communion avec le Christ, Tête du Corps mystique, nous
entrons en communion vivante avec tous les croyants.
Cette communion, qui existe dans l'Église et est essentielle à
sa nature,(98) doit se manifester par des signes concrets, « comme
pourraient l'être la prière en commun les uns pour les
autres, l'impulsion donnée aux relations entre les Conférences
épiscopales, les liens d'évêque à évêque,
les relations de fraternité entre les diocèses et les
paroisses, et la communication réciproque entre les agents
pastoraux pour des activités missionnaires spécifiques ».(99)
Elle exige que le dépôt de la foi soit conservé dans
toute sa pureté et son intégrité, ainsi que l'unité
de tout le Collège des Évêques sous l'autorité
du Successeur de Pierre. Dans ce contexte, les Pères synodaux ont
noté que « le renforcement du ministère pétrinien
est fondamental pour la préservation de l'unité de l'Église
», et que « le plein exercice de la primauté de Pierre
est fondamental pour l'identité et la vitalité de l'Église
en Amérique ». (100) Sur l'ordre du Seigneur, il appartient à
Pierre et à ses successeurs de confirmer leurs frères dans
la foi (cf. Lc 22, 32) et de paître tout le troupeau du
Christ (cf. Jn 21, 15-17). De cette manière aussi, le
Successeur du prince des Apôtres est appelé à être
la pierre sur laquelle l'Église est édifiée, et à
exercer le ministère provenant du fait qu'il est le dépositaire
des clefs du Royaume (cf. Mt 16, 18-19). Le Vicaire du Christ est
en effet « le principe durable et le fondement visible de [l']unité
» de l'Église. (101)
Initiation chrétienne et communion
34. La communion de vie dans l'Église s'obtient par les
sacrements de l'initiation chrétienne: Baptême, Confirmation
et Eucharistie. Le Baptême est « la porte de la vie
spirituelle; par lui, nous devenons membres du Christ et de son Corps, l'Église
». (102) En recevant la Confirmation, les baptisés « sont
plus parfaitement liés à l'Église, sont dotés
d'une force spéciale de l'Esprit Saint, et sont ainsi plus
strictement tenus, en tant que vrais témoins du Christ, de répandre
et de défendre la foi par la parole et par l'action ». (103)
L'itinéraire de l'initiation chrétienne atteint sa
perfection et son point culminant par l'Eucharistie, par laquelle le
baptisé est inséré pleinement dans le Corps du
Christ. (104)
« Ces sacrements sont une excellente occasion de bonne évangélisation
et de bonne catéchèse, quand leur préparation est
confiée à des agents ayant foi et compétence ».
(105) Dans les différents diocèses de l'Amérique, il
y a eu, certes, un progrès indéniable dans la préparation
aux sacrements de l'initiation chrétienne; toutefois, les Pères
synodaux ont regretté que soient « nombreux ceux qui les reçoivent
sans formation suffisante ». (106) En ce qui concerne le Baptême
des enfants, on ne manquera pas de faire un effort de catéchèse
pour les parents et les parrains.
L'Eucharistie, centre de communion avec Dieu et avec nos frères
35. La réalité de l'Eucharistie n'est pas tout entière
contenue dans le fait d'être le sacrement où culmine
l'initiation chrétienne. Tandis que le Baptême et la
Confirmation ont pour fonction d'initier et d'introduire à la vie
propre de l'Église, et qu'ils ne peuvent être réitérés,
(107) l'Eucharistie constitue le centre vivant permanent autour duquel se
réunit toute la communauté ecclésiale. (108) Les
divers aspects de ce sacrement montrent son inépuisable richesse:
il est à la fois sacrement-sacrifice, sacrement-communion,
sacrement-présence. (109)
L'Eucharistie est le lieu privilégié de la rencontre avec
le Christ vivant. C'est pourquoi les Pasteurs du peuple de Dieu en Amérique
doivent, par la prédication et la catéchèse,
s'efforcer de « donner une force nouvelle à la célébration
eucharistique du dimanche, en tant que source et point culminant de la vie
de l'Église, garant de la communion dans le Corps du Christ et
invitation à la solidarité, expression du commandement du
Seigneur: Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les
autres (Jn 13, 34) ». (110) Ainsi que le suggèrent
les Pères synodaux, cet effort doit tenir compte de différentes
dimensions fondamentales. Tout d'abord, il est nécessaire de réveiller
chez les fidèles la conscience que l'Eucharistie est un don
immense: cela les conduira à faire tout leur possible pour y
participer d'une manière active et digne au moins le dimanche et
les jours de fête. En même temps, on doit encourager «
les efforts des prêtres pour faciliter cette participation et la
rendre possible aux communautés les plus éloignées ».
(111) Il faut rappeler aux fidèles que « la participation
pleine, consciente et active, tout en étant essentiellement
distincte de la fonction du prêtre ordonné, est une mise en uvre
du sacerdoce commun reçu lors du Baptême ». (112)
La nécessité pour les fidèles de participer à
l'Eucharistie et les difficultés liées à la raréfaction
des prêtres mettent en lumière l'urgence de promouvoir les
vocations sacerdotales. (113) Il convient aussi de rappeler à toute
l'Église en Amérique « le lien qui existe entre
l'Eucharistie et la charité », (114) lien que l'Église
primitive exprimait en joignant l'agapè à la Cène
eucharistique. (115) La participation à l'Eucharistie doit conduire
à une action caritative plus intense, comme fruit de la grâce
reçue dans ce sacrement.
Les Évêques, promoteurs de communion
36. Parce qu'elle est signe de vie, la communion dans l'Église
doit croître continuellement. En conséquence, les Évêques,
se rappelant qu'ils sont, « chacun pour sa part, le principe et le
fondement visibles de l'unité dans leurs Églises particulières
», (116) ne peuvent pas ne pas se sentir engagés à
promouvoir la communion dans leurs propres diocèses, afin que soit
plus efficace l'effort de nouvelle évangélisation en Amérique.
L'élan communautaire est favorisé par les organismes que le
Concile Vatican II a prévus pour soutenir l'activité de l'Évêque
diocésain et que la législation post-conciliaire a définis
de façon plus détaillée. (117) « Il appartient à
l'Évêque, avec la coopération des prêtres, des
diacres, des personnes consacrées et des laïcs [...], de réaliser
un plan d'action pastorale coordonnée, un plan organique auquel
tous participent, qui atteigne tous les membres de l'Église et éveille
leur conscience missionnaire ». (118)
Aucun Ordinaire ne manquera de promouvoir chez les prêtres et les
fidèles la conscience que le diocèse est l'expression
visible de la communion ecclésiale qui se forme à la table
de la Parole et de l'Eucharistie autour de l'Évêque uni au
Collège épiscopal, sous son Chef, le Pontife romain. En tant
qu'Église particulière, il a pour fonction d'engager et
d'intensifier la rencontre de tous les membres du peuple de Dieu avec Jésus
Christ, (119) dans le respect et dans la promotion de la pluralité
et de la diversité, qui ne sont pas un obstacle pour l'unité
mais lui confèrent son caractère de communion. (120)
L'esprit de participation et de coresponsabilité dans la vie des
organismes diocésains sera évidemment favorisé par
une connaissance plus approfondie de la nature de l'Église
particulière. (121)
Une communion plus intense entre les Églises particulières
37. L'Assemblée spéciale pour l'Amérique du Synode
des Évêques, la première de l'histoire à avoir
réuni des Évêques de tout le continent, a été
perçue par tous comme une grâce spéciale du Seigneur à
l'Église qui poursuit sa marche en Amérique. Elle a renforcé
la communion qui doit exister entre les communautés ecclésiales
du continent, faisant sentir à tous l'urgence de la faire croître
encore. Les expériences de communion épiscopale, fréquentes
surtout après le Concile Vatican II pour affermir et répandre
les Conférences épiscopales, doivent être entendues
comme des rencontres avec le Christ vivant, présent dans les frères
réunis en son nom (cf. Mt 18, 20).
L'expérience synodale a montré aussi les richesses d'une
communion qui s'étend au-delà du cadre de la Conférence
épiscopale. Bien qu'il existe déjà des formes de
dialogue qui dépassent ces frontières, les Pères
synodaux ont souligné l'opportunité d'intensifier les réunions
inter-américaines, déjà promues par les Conférences
épiscopales des diverses nations américaines, comme
expression de solidarité effective et comme lieu de rencontre et d'étude
des défis communs qui se posent à l'évangélisation
en Amérique. (122) Il conviendra également de déterminer
avec exactitude le caractère de ces rencontres, de manière
qu'elles soient toujours davantage une expression de communion entre tous
les Pasteurs. Outre ces réunions plus larges, il peut être
utile, quand les circonstances le demandent, de créer des
commissions spécifiques pour approfondir les thèmes communs
qui concernent toute l'Amérique. Parmi les secteurs où il
semble particulièrement nécessaire « de donner une
impulsion à la coopération, il y a les communications
pastorales réciproques, la coopération missionnaire, l'éducation,
les migrations, l'cuménisme ». (123)
Les Évêques, qui ont le devoir de promouvoir la communion
entre leurs Églises particulières, ne manqueront pas
d'inciter les fidèles à en vivre de manière
croissante la dimension communautaire, en assumant « la responsabilité
de développer les liens de communion avec les Églises
locales dans d'autres parties de l'Amérique par l'éducation,
la communication réciproque, l'union fraternelle entre paroisses et
diocèses, des projets de coopération et de prévention
commune sur des sujets de grande importance, surtout ceux qui concernent
les pauvres ». (124)
Communion fraternelle avec les Églises catholiques
orientales
38. Le récent phénomène de l'implantation en Amérique
et du développement d'Églises particulières
catholiques orientales, dotées de hiérarchie propre, a fait
l'objet d'une attention spéciale de la part de certains Pères
synodaux. Un désir sincère d'accueillir cordialement et
efficacement ces frères dans la foi et dans la communion hiérarchique
sous le Successeur de Pierre a conduit l'Assemblée synodale à
proposer des initiatives concrètes d'aide fraternelle de la part
des Églises latines particulières à l'égard
des Églises catholiques orientales présentes dans le
continent. Ainsi, par exemple, on a avancé l'hypothèse que
des prêtres de rite latin, surtout s'ils sont d'origine orientale,
puissent apporter leur coopération en matière de liturgie
aux communautés orientales dépourvues d'un nombre suffisant
de prêtres. Il en est de même pour les édifices sacrés:
dans les cas où cela apparaîtra opportun, les fidèles
orientaux pourront utiliser les églises de rite latin.
Dans cet esprit de communion, diverses propositions des Pères
synodaux méritent d'être prises en considération: que,
là où c'est nécessaire, on crée au sein des
Conférences épiscopales nationales et des organismes
internationaux de coopération épiscopale une commission
mixte chargée d'étudier les problèmes pastoraux
communs; que la catéchèse et la formation théologique
pour les laïcs et les séminaristes de l'Église latine
incluent la connaissance de la tradition vivante de l'Orient chrétien;
que les Évêques des Églises catholiques orientales
participent aux Conférences épiscopales latines de leurs
pays. (125) Il n'y a pas de doute que cette coopération
fraternelle, tout en offrant une aide précieuse aux Églises
orientales, qui sont de fondation récente en Amérique,
permettra aux Églises particulières latines de s'enrichir grâce
au patrimoine spirituel de la tradition de l'Orient chrétien.
Le prêtre, signe d'unité
39. « En tant que membre d'une Église particulière,
tout prêtre doit être un signe de communion avec l'Évêque,
dont il est le collaborateur immédiat, uni à ses frères
dans le presbyterium. Il exerce son ministère en toute charité
pastorale, principalement dans la communauté qui lui est confiée,
et il la guide à la rencontre du Christ Bon Pasteur. Sa vocation
demande qu'il soit un signe d'unité. C'est pourquoi il doit éviter
toute participation à une activité politique de type
partisan, qui diviserait la communauté ». (126) Les Pères
synodaux souhaitent que « se développe une action pastorale en
faveur du clergé diocésain, pour rendre plus fermes sa
spiritualité, sa mission et son identité, dont l'essentiel
consiste à suivre le Christ, Prêtre souverain et éternel,
toujours tendu vers l'accomplissement de la volonté du Père.
Le Christ est le modèle du dévouement généreux,
de la vie austère et du service accompli jusqu'à la mort.
Que le prêtre ait conscience du fait que, de par le sacrement de
l'Ordre, il est porteur de grâce, qu'il distribue à ses frères
dans les sacrements! Il se sanctifie lui-même dans l'exercice du
ministère ». (127)
Le champ d'action des prêtres est immense. Il convient donc «
qu'ils mettent au centre de leur activité ce qui est essentiel pour
le ministère: se laisser configurer au Christ, Tête et
Pasteur, source de la charité pastorale, s'offrant eux-mêmes
chaque jour avec le Christ dans l'Eucharistie, afin d'aider les fidèles
à vivre la rencontre personnelle et communautaire avec Jésus
Christ vivant ». (128) Comme témoins et disciples du Christ
miséricordieux, ils sont appelés à se faire
instruments de pardon et de réconciliation, s'engageant généreusement
au service des fidèles selon l'esprit de l'Évangile.
Les prêtres, en tant que pasteurs du peuple de Dieu en Amérique,
doivent en outre être attentifs aux défis du monde actuel, et
sensibles aux problèmes et aux espérances de leur peuple,
partageant leurs difficultés et surtout prenant une attitude de
solidarité avec les pauvres. Ils auront soin de discerner les
charismes et les qualités des fidèles capables de contribuer
à l'animation de la communauté, les écoutant et
dialoguant avec eux, afin de stimuler leur participation et leur
coresponsabilité. Cela favorisera une meilleure répartition
des tâches et leur permettra de « se consacrer à ce qui
est lié plus étroitement à la rencontre et à
l'annonce de Jésus Christ, de façon à mieux
signifier, au sein de la communauté, la présence de Jésus
qui rassemble son peuple ». (129)
Cette uvre de discernement des charismes s'étendra aussi à
la mise en valeur des prêtres qui paraissent aptes à remplir
des ministères particuliers. Par ailleurs, il est demandé à
tous les prêtres d'apporter leur aide fraternelle dans le
presbyterium et de recourir à lui avec confiance en cas de besoin.
Devant la splendide réalité de nombreux prêtres en
Amérique qui, avec la grâce de Dieu, s'efforcent de faire
face à une masse vraiment notable de travail, je fais mien le désir
des Pères synodaux de reconnaître et de louer leur «
inlassable engagement de pasteurs, d'évangélisateurs et
d'animateurs de la communion ecclésiale, leur exprimant ma
gratitude et les encourageant à continuer à offrir leur vie
au service de l'Évangile ». (130)
Promouvoir la pastorale des vocations
40. Le rôle indispensable du prêtre au sein de la communauté
doit rendre tous les fils de l'Église en Amérique conscients
de l'importance de la pastorale des vocations. Le continent américain
a une jeunesse nombreuse, riche de valeurs humaines et religieuses. C'est
pourquoi il faut cultiver les milieux où naissent les vocations au
sacerdoce et à la vie consacrée, et inviter les familles chrétiennes
à aider leurs enfants qui se sentiraient appelés à
suivre cette voie. (131) En effet, les vocations « sont un don de
Dieu » et « elles naissent dans les communautés de foi,
avant tout dans les familles, dans les paroisses, dans les écoles
catholiques et dans d'autres organismes de l'Église. Il revient spécialement
aux Évêques et aux prêtres d'encourager ces vocations
par des invitations personnelles, mais surtout par le témoignage
d'une vie de fidélité, de joie, d'enthousiasme et de sainteté.
Promouvoir des vocations au sacerdoce est une responsabilité qui
appartient à tout le peuple de Dieu et qui s'accomplit
principalement par la prière constante et humble pour les vocations
». (132)
Les séminaires, lieux d'accueil et de formation de ceux qui sont
appelés au sacerdoce, doivent préparer les futurs ministres
de l'Église à vivre « une forte spiritualité de
communion avec le Christ Pasteur et de docilité à l'action
de l'Esprit, qui les rendra particulièrement capables de discerner
les attentes du peuple de Dieu et les divers charismes, et de travailler
ensemble ». (133) C'est pourquoi, dans les séminaires, «
on doit surtout insister sur la formation spécifiquement
spirituelle, de façon que, par la conversion constante, par
l'attitude de prière, par la fréquentation des sacrements de
l'Eucharistie et de la Réconciliation, les candidats soient préparés
à la rencontre avec le Seigneur et se préoccupent de se
fortifier pour un généreux engagement pastoral ». (134)
Les formateurs auront soin d'accompagner et de guider les séminaristes
vers une maturité affective qui les rende aptes à embrasser
le célibat sacerdotal et capables de vivre en communion avec leurs
confrères dans la vocation sacerdotale. En outre, ils promouvront
en eux la capacité d'observation critique de la réalité
qui les entoure, afin d'être en mesure de discerner les valeurs et
les non-valeurs, puisque c'est là une exigence indispensable pour établir
un dialogue constructif avec le monde d'aujourd'hui.
On réservera une attention particulière aux vocations nées
chez les autochtones; il faut veiller à leur assurer une formation
inculturée dans leur milieu. Ces candidats au sacerdoce, tout en
recevant la formation théologique et spirituelle appropriée
en vue de leur futur ministère, ne doivent pas perdre les racines
de leur propre culture. (135)
Les Pères synodaux ont tenu à remercier et à louer
tous ceux qui consacrent leur vie à la formation des futurs prêtres
dans les séminaires. Ils ont également invité les Évêques
à désigner pour cette tâche les prêtres les plus
aptes, après les avoir préparés par une formation spécifique
qui les habilite à une mission aussi délicate. (136)
Renouveler l'institution paroissiale
41. La paroisse est un lieu privilégié où les fidèles
ont la possibilité de faire l'expérience concrète de
l'Église. (137) Aujourd'hui, en Amérique comme ailleurs dans
le monde, la paroisse traverse parfois certaines difficultés dans
l'exercice de sa mission. Elle a besoin d'un renouvellement continuel, en
partant du principe fondamental que « la paroisse doit continuer à
être en priorité une communauté eucharistique ».
(138) Ce principe suppose que « les paroisses sont appelées à
être accueillantes et solidaires, le lieu de l'initiation chrétienne,
de l'éducation et de la célébration de la foi,
ouvertes à la variété des charismes, des services et
des ministères, organisées de façon communautaire et
responsable, capables d'entraîner les mouvements d'apostolat qui
existent déjà, attentives à la diversité
culturelle des habitants, ouvertes aux projets pastoraux et
inter-paroissiaux, ainsi qu'aux réalités environnantes ».
(139)
En raison de leurs problèmes spécifiques, les paroisses
des grandes agglomérations urbaines méritent une attention
spéciale, là où les difficultés sont si
grandes que les structures pastorales habituelles s'avèrent inadéquates
et où les possibilités d'action apostolique sont notablement
réduites. Toutefois, l'institution paroissiale conserve son
importance et doit être maintenue. Pour atteindre cet objectif, il
faut « continuer la recherche de moyens par lesquels la paroisse et
ses structures pastorales réussissent à être plus
efficaces dans les zones urbaines ». (140) On peut peut-être
trouver un moyen de renouvellement paroissial, particulièrement
urgent dans les paroisses des grandes villes, en considérant la
paroisse comme une communauté de communautés et de
mouvements. (141) Il apparaît donc utile de former des communautés
et des groupes ecclésiaux qui aient des dimensions telles qu'elles
permettent de vraies relations humaines; ainsi pourra-t-on vivre plus
intensément la communion, en ayant soin de la cultiver non
seulement « ad intra », mais aussi avec la communauté
paroissiale à laquelle ces groupements appartiennent, de même
qu'avec l'ensemble de l'Église diocésaine et de l'Église
universelle. En outre, il sera plus facile, au sein de ce contexte humain,
de se retrouver pour écouter la Parole de Dieu, pour réfléchir,
à sa lumière, sur les divers problèmes humains, et
pour mûrir des choix responsables, inspirés par l'amour
universel du Christ. (142) L'institution paroissiale ainsi renouvelée
« peut susciter une grande espérance. Elle peut faire des fidèles
une communauté, offrir une aide à la vie familiale,
surmonter l'anonymat, accueillir les personnes et les aider à s'insérer
dans leur entourage et dans la société ». (143) De
cette façon, toute paroisse aujourd'hui, en particulier celles des
villes, pourra promouvoir une évangélisation plus
personnelle, et en même temps accroître les relations
positives avec les autres agents sociaux, éducateurs et
communautaires. (144)
En outre, « ce type de paroisse renouvelée exige une figure
de pasteur qui, tout d'abord, privilégie une profonde expérience
du Christ vivant, un esprit missionnaire, un cur paternel, qui soit
un animateur de la vie spirituelle et un évangélisateur
capable de promouvoir la participation. La paroisse renouvelée a
besoin de la collaboration des laïcs, d'un animateur de l'activité
pastorale, et d'un pasteur capable de travailler avec les autres. En Amérique,
les paroisses doivent se signaler par leur esprit missionnaire, qui les
pousse à étendre leur action à ceux qui sont loin ».
(145)
Les diacres permanents
42. Pour de sérieux motifs pastoraux et théologiques, le
Concile Vatican II a décidé de rétablir le diaconat
comme degré permanent de la hiérarchie dans l'Église
latine, laissant aux Conférences épiscopales, avec
l'approbation du Souverain Pontife, le soin de juger de l'opportunité
d'instituer des diacres permanents et en quels lieux. (146) Il s'agit
d'une expérience très variée non seulement dans les
diverses parties de l'Amérique, mais aussi parmi les diocèses
d'une même région. « Certains diocèses ont formé
et ordonné beaucoup de diacres, et sont pleinement satisfaits de
leur intégration et de leur ministère ». (147) On voit
là avec joie que les diacres, « soutenus par la grâce
sacramentelle, dans le ministère (diaconia) de la liturgie,
de la parole et de la charité, sont au service du peuple de Dieu,
en communion avec l'Évêque et avec son presbyterium ».
(148) D'autres diocèses n'ont pas pris ce chemin, tandis
qu'ailleurs il y a des difficultés qui font obstacle à l'intégration
des diacres permanents à l'intérieur de la structure hiérarchique.
Restant sauve la liberté des Églises particulières
de rétablir, avec le consentement du Souverain Pontife, le diaconat
comme degré permanent, il est clair que l'issue favorable d'une
telle reprise suppose un processus attentif de sélection, une
formation sérieuse et une profonde attention à l'égard
des candidats, comme aussi un accompagnement vigilant non seulement de ces
ministres sacrés mais aussi, dans le cas des diacres mariés,
de leur famille, de leur épouse et de leurs enfants. (149)
La vie consacrée
43. L'histoire de l'évangélisation en Amérique
constitue un témoignage éloquent de l'effort missionnaire
accompli par d'innombrables personnes consacrées qui, depuis le début,
ont annoncé l'Évangile, ont défendu les droits des
autochtones et, avec un amour héroïque du Christ, se sont
consacrées au service du peuple de Dieu dans le continent. (150)
L'apport des personnes consacrées à l'annonce de l'Évangile
en Amérique continue à être d'une importance énorme;
c'est un apport différencié selon les charismes propres à
chaque groupe: « les Instituts de vie contemplative, qui témoignent
de l'absolu de Dieu, les Instituts apostoliques et missionnaires, qui
rendent le Christ présent dans les domaines les plus variés
de l'existence humaine, les Instituts séculiers, qui aident à
résoudre la tension entre ouverture réelle aux valeurs du
monde moderne et offrande profonde du cur à Dieu. En outre,
apparaissent de nouveaux Instituts et de nouvelles formes de vie consacrée,
qui requièrent un discernement évangélique ».
(151)
Parce que « l'avenir de la nouvelle évangélisation
[...] est impensable sans une contribution renouvelée des femmes,
spécialement des femmes consacrées », (152) il est
urgent de favoriser leur participation dans les divers secteurs de la vie
ecclésiale, y compris les processus dans lesquels s'élaborent
les décisions, surtout en ce qui les concerne directement. (153)
« Aujourd'hui encore, le témoignage de la vie pleinement
consacrée à Dieu est une proclamation éloquente du
fait que Lui seul suffit pour donner la plénitude à
l'existence de toute personne ». (154) Cette consécration au
Seigneur doit se prolonger dans le service généreux de la
diffusion du Règne de Dieu. Pour cette raison, au seuil du troisième
millénaire, il faut faire en sorte « que la vie consacrée
soit davantage estimée et promue par les Évêques, les
prêtres et les communautés chrétiennes, et que les
consacrés, conscients de la joie et de la responsabilité de
leur vocation, s'intègrent pleinement à l'Église
particulière à laquelle ils appartiennent et promeuvent la
communion et la collaboration mutuelle ». (155)
Les fidèles laïcs et le renouveau de l'Église
44. « La doctrine du Concile Vatican II sur l'unité de l'Église
comme peuple de Dieu rassemblé dans l'unité du Père
et du Fils et de l'Esprit Saint souligne que l'imitation et la vie à
la suite du Christ, la communion réciproque et le devoir
missionnaire sont communs à la dignité de tous les baptisés
». (156) Il est donc nécessaire que les fidèles laïcs
soient conscients de leur dignité de baptisés. Pour leur
part, les Pasteurs auront une profonde estime « pour le témoignage
et l'action évangélisatrice des laïcs qui, vivant au
sein du peuple de Dieu dans une spiritualité de communion,
conduisent leurs frères à la rencontre avec le Christ
vivant. Le renouveau de l'Église en Amérique ne sera pas
possible sans la présence active des laïcs. C'est pourquoi la
responsabilité de l'avenir de l'Église retombe en grande
partie sur eux ». (157)
Il y a deux domaines où se réalise la vocation des fidèles
laïcs. Le premier, et le plus propre à leur état de laïcs,
est celui des réalités temporelles, qu'ils sont appelés
à ordonner selon la volonté de Dieu. (158) En effet, «
leur façon particulière d'agir fait que l'Évangile
est porté au cur des structures du monde et, uvrant
partout saintement [...], ils consacrent à Dieu le monde lui-même
». (159) Grâce aux fidèles laïcs, « la présence
et la mission de l'Église dans le monde se réalisent, d'une
manière spéciale, dans la variété des
charismes et des ministères que possède le laïcat. Le
caractère séculier est la note distinctive et propre du laïc
et de sa spiritualité, et elle le porte à agir dans les
divers milieux de la vie familiale, sociale, professionnelle, culturelle
et politique, en vue de leur évangélisation. Dans un
continent où l'on rencontre la compétition et l'agressivité,
la consommation effrénée et la corruption, les laïcs
sont appelés à incarner des valeurs profondément évangéliques
comme la miséricorde, le pardon, l'honnêteté, la
transparence de cur et la patience dans les situations difficiles.
On attend des laïcs une grande force de création dans des
gestes et des uvres qui manifestent une vie en harmonie avec l'Évangile
». (160)
L'Amérique a besoin de laïcs chrétiens qui soient en
mesure d'assumer des rôles de direction dans la société.
Il est urgent de former des hommes et des femmes capables d'agir, selon
leur vocation propre, sur la vie publique et de l'orienter vers le bien
commun. Dans l'exercice de la politique, considérée dans son
sens le plus noble et le plus authentique d'administration du bien commun,
les laïcs peuvent trouver la voie de leur propre sanctification. À
cette fin, il est nécessaire qu'ils soient formés aux
principes et aux valeurs de la doctrine sociale de l'Église, aussi
bien qu'aux notions fondamentales de la théologie du laïcat.
La connaissance approfondie des principes éthiques et des valeurs
morales chrétiennes leur permettra de s'en faire les défenseurs
dans leur milieu, les faisant valoir même face à ce qu'on
appelle la « neutralité de l'État ». (161)
Il y a un deuxième domaine dans lequel beaucoup de fidèles
laïcs sont appelés à travailler, celui que l'on
pourrait appeler « intra-ecclésial ». En Amérique,
de nombreux laïcs nourrissent l'aspiration légitime à
contribuer avec leurs talents et leurs charismes « à la
construction de la communauté ecclésiale, comme délégués
de la Parole, catéchistes, visiteurs de malades ou de prisonniers,
animateurs de groupes, etc. » (162) Les Pères synodaux ont
exprimé le souhait que l'Église reconnaisse certaines de ces
tâches comme des ministères laïcs, fondés sur les
sacrements du Baptême et de la Confirmation, restant sauve la spécificité
des ministères propres au sacrement de l'Ordre. C'est là un
sujet vaste et complexe, pour lequel j'ai constitué, il y a déjà
quelque temps, une Commission d'étude (163) et au sujet duquel les
organismes du Saint-Siège ont proposé, ici et là,
quelques lignes directrices. (164) Il est nécessaire de promouvoir
la collaboration bénéfique de fidèles laïcs bien
préparés, hommes et femmes, dans les diverses activités
à l'intérieur de l'Église, en évitant
toutefois qu'il y ait confusion avec les ministères ordonnés
et avec les actions propres au sacrement de l'Ordre, afin de bien
distinguer le sacerdoce commun des fidèles du sacerdoce ministériel.
À ce sujet, les Pères synodaux ont recommandé que
les tâches confiées aux laïcs soient bien «
distinctes de celles qui constituent des étapes vers le ministère
ordonné » (165) et que les candidats au sacerdoce reçoivent
avant le presbytérat. On a fait observer également que ces tâches
de laïcs « ne doivent être conférées qu'à
des personnes, hommes et femmes, qui ont acquis la formation nécessaire,
selon des critères précis: une certaine permanence, une réelle
disponibilité au sein d'un groupe déterminé de
personnes, l'obligation de rendre compte à son Pasteur ».
(166) En tout cas, bien que l'apostolat intra-ecclésial des laïcs
doive être stimulé, il faut faire en sorte qu'il coexiste
avec l'activité propre des laïcs pour laquelle ils ne peuvent être
substitués par des prêtres, à savoir le domaine des réalités
temporelles.
Dignité de la femme
45. Une attention spéciale doit être réservée
à la vocation de la femme. En d'autres occasions, j'ai tenu à
dire combien j'apprécie l'apport spécifique de la femme au
progrès de l'humanité et à reconnaître la légitimité
de ses aspirations à participer pleinement à la vie ecclésiale,
culturelle, sociale et économique. (167) Sans cette contribution,
il manquerait certaines richesses que seul le « génie féminin
» (168) peut apporter à la vie de l'Église et de la
société elle-même. Ne pas le reconnaître
constituerait une injustice historique spécialement en Amérique,
si l'on tient compte de la contribution fournie par les femmes au développement
matériel et culturel du continent, comme aussi dans la transmission
et la conservation de la foi. En effet, « leur rôle fut décisif
surtout dans la vie consacrée, dans l'éducation, dans
l'assistance sanitaire ». (169)
Malheureusement, dans beaucoup de régions du continent américain,
la femme est encore l'objet de discriminations. Aussi peut-on dire que le
visage des pauvres en Amérique est aussi le visage de nombreuses
femmes. C'est pourquoi les Pères synodaux ont parlé d'un «
aspect féminin de la pauvreté ». (170) L'Église
ressent le devoir d'insister sur la dignité humaine commune à
toute personne. Elle « dénonce la discrimination, les abus
sexuels et la prépondérance masculine comme étant des
actions contraires au dessein de Dieu ». (171) Elle déplore en
particulier comme abominable la stérilisation, parfois programmée,
des femmes, surtout des plus pauvres et des plus marginales, qui est
pratiquée souvent d'une manière subreptice, à l'insu
des intéressées ellesmêmes; cela est encore plus grave
quand on le fait pour obtenir des aides financières au niveau
international.
L'Église sur le continent se sent incitée à
intensifier son attention à l'égard des femmes et à
les défendre « afin que la société en Amérique
aide davantage la vie familiale fondée sur le mariage, qu'elle protège
davantage la maternité et ait plus de respect pour la dignité
de toutes les femmes ». (172) Il faut aider les femmes américaines
à prendre une part active et responsable à la vie et à
la mission de l'Église, (173) de même qu'il faut reconnaître
la nécessité de la sagesse et de la collaboration des femmes
dans les tâches de direction de la société américaine.
Défis pour la famille chrétienne
46. « En formant le premier homme et la première femme et en
leur commandant soyez féconds et multipliez-vous (Gn
1, 28), Dieu Créateur a constitué définitivement la
famille. La vie naît dans ce sanctuaire, et elle est accueillie
comme un don de Dieu. La Parole de Dieu, lue assidûment en famille,
construit celle-ci peu à peu comme Église-foyer et la rend féconde
en humanité et en vertus chrétiennes; là se trouve la
source des vocations. La dévotion mariale, nourrie par la prière,
gardera la famille unie et en attitude de prière avec Marie, comme
les disciples de Jésus avant la Pentecôte (cf. Ac 1,
14) ». (174) De nombreux écueils menacent la solidité
de l'institution familiale dans la plupart des pays d'Amérique, et
ils constituent autant de défis pour les chrétiens. Il faut
mentionner entre autres l'augmentation des divorces, la diffusion de
l'avortement, de l'infanticide et de la mentalité contraceptive.
Face à cette situation, on doit redire « que le fondement de
la vie humaine est la relation conjugale entre mari et femme, relation qui
pour les chrétiens est sacramentelle ». (175)
C'est pourquoi il est urgent d'engager une vaste campagne de catéchèse
sur l'idéal chrétien de la communion conjugale et de la vie
familiale, qui inclue une spiritualité de la paternité et de
la maternité. On doit consacrer une plus grande attention au rôle
des hommes comme maris et pères, ainsi qu'à la responsabilité
qu'ils partagent avec leurs femmes en ce qui concerne le mariage, la
famille et l'éducation des enfants. Il ne faut pas omettre non plus
une sérieuse préparation des jeunes avant le mariage, pour
leur présenter avec clarté la doctrine catholique concernant
ce sacrement, sur le plan théologique, anthropologique et
spirituel. Dans un continent comme l'Amérique, caractérisé
par un développement démographique notable, il faut
continuellement multiplier les initiatives pastorales à l'égard
des familles.
Pour être vraiment « Église-foyer », (176) la
famille chrétienne est appelée à être le milieu
où les parents transmettent la foi, devant être « pour
leurs enfants, par la parole et par l'exemple, les premiers messagers de
la foi ». (177) Que l'on ne manque pas dans la famille de pratiquer
la prière, dans laquelle les époux se retrouvent unis entre
eux et avec leurs enfants. À ce sujet, il faut favoriser des
moments de vie spirituelle en commun, comme la participation à
l'Eucharistie les jours de fête, la pratique du sacrement de la Réconciliation,
la prière quotidienne en famille et des gestes concrets de charité.
Ainsi s'affermiront la fidélité dans le mariage et l'unité
de la famille. Dans un cadre familial de ce type, les enfants sauront sans
difficulté découvrir leur vocation au service de la
communauté et de l'Église, et ils apprendront, spécialement
en voyant l'exemple de leurs parents, que la vie familiale est une voie
pour la réalisation de la vocation universelle à la sainteté.
(178)
Les jeunes, espérance pour l?avenir
47. Les jeunes sont une grande force sociale et une force d'évangélisation.
Ils « constituent une partie très nombreuse de la population
dans beaucoup de pays d'Amérique. Les espoirs et les attentes d'un
avenir de plus grande communion et de plus grande solidarité pour
l'Église et pour la société en Amérique sont
fondés sur leur rencontre avec le Christ vivant ». (179) On
voit bien les efforts réalisés dans le continent par les Églises
particulières pour accompagner les adolescents durant leur parcours
catéchétique avant la Confirmation et les autres moyens
qu'elles leur offrent afin qu'ils grandissent dans leur rencontre avec le
Christ et dans la connaissance de l'Évangile. Le parcours de
formation des jeunes doit être soutenu et dynamique, capable de les
aider à trouver leur place dans l'Église et dans le monde.
La pastorale des jeunes doit donc être l'une des premières préoccupations
des pasteurs et des communautés.
Beaucoup de jeunes Américains sont en réalité en
recherche d'un sens véritable à donner à leur vie, et
ils sont assoiffés de Dieu, mais bien souvent il manque les
conditions adaptées pour faire fructifier leurs capacités et
réaliser leurs aspirations. Malheureusement, l'absence de travail
et de perspectives d'avenir les conduit parfois vers la marginalisation et
la violence. La sensation de frustration qu'ils ressentent à cause
de tout cela les amène souvent à abandonner la recherche de
Dieu. Face à une situation aussi complexe, « l'Église
s'engage à maintenir son option pastorale et missionnaire pour les
jeunes, afin qu'ils puissent rencontrer aujourd'hui le Christ vivant ».
(180)
L'action pastorale de l'Église touche beaucoup de ces adolescents
et de ces jeunes par l'animation chrétienne de la famille, la catéchèse,
les institutions catholiques d'éducation et la vie communautaire
dans les paroisses. Mais beaucoup d'autres, spécialement parmi ceux
qui souffrent de diverses formes de pauvreté, restent hors du
cercle des activités ecclésiales. Il appartient aux jeunes
chrétiens, formés à une conscience missionnaire réfléchie,
d'être les apôtres de leurs camarades. Il faut une action
pastorale qui atteigne les jeunes dans leurs divers milieux: dans les collèges,
les universités, le monde du travail, les milieux ruraux, en
s'adaptant à leur sensibilité. Dans le cadre de la paroisse
et du diocèse, il sera utile de développer aussi une activité
pastorale de la jeunesse qui tienne compte de l'évolution du monde
des jeunes, qui cherche le dialogue avec eux, qui ne laisse pas passer les
occasions de rencontres plus larges, qui anime les initiatives locales et
développe ce qui se réalise déjà au niveau
interdiocésain et international.
Et que faire avec les jeunes qui se laissent aller à des
attitudes adolescentes faites d'une certaine inconstance et de difficultés
à assumer des engagements sérieux et définitifs? Face
à ce manque de maturité, il est nécessaire d'inviter
les jeunes à avoir du courage, de leur apprendre à apprécier
la valeur de l'engagement pour toute la vie, comme c'est le cas pour le
sacerdoce, la vie consacrée et le mariage chrétien. (181)
Accompagner l'enfant dans sa rencontre avec le Christ
48. Les enfants sont don et signe de la présence de Dieu. «
Il faut accompagner l'enfant dans sa rencontre avec le Christ, du Baptême
à la première Communion, puisqu'il fait partie de la
communauté vivante de foi, d'espérance et de charité ».
(182) L'Église est reconnaissante pour le travail des parents, des
enseignants, de ceux qui uvrent dans le domaine pastoral, social et
sanitaire, et de tous ceux qui sont au service de la famille et des
enfants avec le même esprit que celui du Christ qui a dit: «
Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car
le Royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent » (Mt
19, 14).
Les Pères synodaux regrettent à juste titre et condamnent
la situation douloureuse de beaucoup d'enfants dans toute l'Amérique,
qui sont privés de leur dignité, de leur innocence et même
de la vie. « Cette situation comprend la violence, la pauvreté,
l'absence de maison, le manque d'une assistance sanitaire et éducative
appropriée, les ravages causés par la drogue et l'alcool, et
d'autres formes d'abandon et d'abus ». (183) On a mentionné
particulièrement à ce sujet, au Synode, le problème
des abus sexuels sur des enfants et de la prostitution infantile, et les Pères
ont lancé un appel pressant « à tous ceux qui sont revêtus
d'autorité dans la société afin qu'ils fassent, de
manière prioritaire, tout ce qui est en leur pouvoir pour soulager
la souffrance des enfants en Amérique ». (184)
Éléments de communion avec les autres Églises
et Communautés ecclésiales
49. Entre l'Église catholique et les autres Églises et
Communautés ecclésiales, il existe un effort de communion
qui a sa racine dans le Baptême administré en chacune
d'elles. (185) C'est un effort qui se nourrit par la prière, le
dialogue et l'action commune. Les Pères synodaux ont voulu exprimer
une volonté particulière de « collaboration au dialogue
déjà commencé avec l'Église orthodoxe, avec
laquelle nous avons en commun de nombreux éléments de foi,
de vie sacramentelle et de piété ». (186) Les
propositions concrètes de l'Assemblée synodale à
propos de l'ensemble des Églises et Communautés ecclésiales
chrétiennes non catholiques sont nombreuses. On suggère en
premier lieu « que les chrétiens catholiques, pasteurs et fidèles,
promeuvent la rencontre des chrétiens des diverses confessions,
dans la collaboration, au nom de l'Évangile, pour répondre
au cri des pauvres, par la promotion de la justice, la prière
commune pour l'unité et la participation à la Parole de Dieu
et à l'expérience de la foi dans le Christ vivant ».
(187) Il faut aussi favoriser, dans la mesure où c'est utile et
convenable, les réunions de personnes expertes des diverses Églises
et Communautés ecclésiales pour faciliter le dialogue cuménique.
L'cuménisme doit faire l'objet de réflexions et de
communications d'expériences entre les diverses Conférences épiscopales
catholiques du continent.
Bien que le Concile Vatican II parle de tous les baptisés et de
tous ceux qui croient au Christ comme de « frères dans le
Seigneur », (188) il faut savoir distinguer clairement les communautés
chrétiennes avec lesquelles il est possible d'établir des
relations inspirées par la dynamique cuménique, et les
sectes, les cultes et autres mouvements religieux trompeurs.
Relations de l'Église avec les communautés juives
50. Dans la société américaine, il existe aussi des
communautés de juifs, avec lesquelles l'Église a instauré
ces dernières années une collaboration croissante. (189)
Dans l'histoire du salut, il est évident que nous avons une
relation spéciale avec le peuple juif. Jésus fait partie du
peuple juif, lui qui fit naître son Église à l'intérieur
de la nation juive. Une grande partie de l'Écriture Sainte, que
nous, chrétiens, lisons comme Parole de Dieu, constitue un
patrimoine spirituel commun avec les juifs. (190) Il faut donc éviter
tout comportement négatif à leur égard, parce que «
pour bénir le monde, il est nécessaire que juifs et chrétiens
soient d'abord une bénédiction les uns pour les autres ».
(191)
Religions non chrétiennes
51. Quant aux religions non chrétiennes, l'Église
catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint en elles. (192)
C'est pourquoi, face aux autres religions, les catholiques entendent
souligner les éléments de vérité où
qu'ils puissent se trouver, mais en même temps ils témoignent
fortement de la nouveauté de la révélation du Christ,
conservée dans son intégrité par l'Église.
(193) Conformément à cette attitude, ils refusent comme étrangère
à l'esprit du Christ toute discrimination ou persécution
contre des personnes pour des motifs de race, de couleur ou de condition
de vie ou de religion. La différence de religion ne doit jamais être
cause de violence ou de guerre. Au contraire, des personnes de croyances
diverses doivent se sentir portées, précisément en
raison de leur croyance, à travailler ensemble pour la paix et pour
la justice.
« Les musulmans, comme les chrétiens et les juifs, appellent
Abraham leur père. Cela doit faire en sorte que, dans toute l'Amérique,
ces trois communautés vivent en harmonie et uvrent ensemble
pour le bien commun. De même, l'Église en Amérique
doit s'efforcer d'augmenter le respect mutuel et les bonnes relations avec
les religions autochtones américaines ». (194) Un comportement
analogue doit être promu à l'égard des groupes hindous
et bouddhistes ou d'autres religions que les récents flux
migratoires, en provenance de pays orientaux, ont amenés en terre
américaine.
CHAPITRE V
ENTRONS DANS LA SOLIDARITÉ
« À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jn 13, 35)
La solidarité, fruit de la communion
52. « En vérité je vous le dis, dans la mesure où
vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères,
c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40; cf. 25,
45). La conscience de la communion avec le Christ et avec les frères,
qui est aussi fruit de la conversion, conduit à servir le prochain
dans tous ses besoins, aussi bien matériels que spirituels, car en
tout homme resplendit le visage du Christ. C'est pourquoi « la
solidarité est un fruit de la communion qui est fondée sur
le mystère de Dieu un et trine, et sur le Fils de Dieu incarné
et mort pour tous. Elle s'exprime dans l'amour du chrétien qui
cherche le bien des autres, spécialement des plus nécessiteux
». (195)
De là naît pour les Églises particulières du
continent américain l'engagement à la solidarité réciproque
et au partage des dons spirituels et des biens matériels dont Dieu
les a comblées, rendant les personnes disposées à s'y
investir là où c'est nécessaire. En s'appuyant sur l'Évangile,
il faut promouvoir une culture de la solidarité qui encourage les
initiatives opportunes en vue de soutenir les pauvres et les marginaux, et
particulièrement les réfugiés, qui se voient
contraints d'abandonner leurs villages et leurs terres pour échapper
à la violence. L'Église en Amérique doit stimuler les
organismes internationaux du continent, pour que s'établisse un
ordre économique dans lequel ne domine pas seulement le critère
du profit, mais encore ceux de la recherche du bien commun national et
international, de la distribution équitable des biens et de la
promotion intégrale des peuples. (196)
La doctrine de l'Église, expression des exigences de la
conversion
53. Alors que le relativisme et le subjectivisme connaissent une
diffusion préoccupante dans le domaine de la doctrine morale, l'Église
en Amérique est appelée à annoncer avec une vigueur
renouvelée que la conversion consiste en l'adhésion à
la personne de Jésus Christ, avec toutes les implications théologiques
et morales mises en lumière par le Magistère ecclésial.
Il faut reconnaître « le rôle que jouent, dans cette
perspective, les théologiens, les catéchistes et les
enseignants de religion qui, en exposant la doctrine de l'Église
dans la fidélité au Magistère, coopèrent
directement à la juste formation de la conscience des fidèles
». (197) Si nous croyons que Jésus est la Vérité
(cf. Jn 14, 6), nous ne pouvons pas ne pas désirer
ardemment être ses témoins pour faire avancer nos frères
vers la pleine vérité qui demeure dans le Fils de Dieu fait
homme, mort et ressuscité pour le salut du genre humain. « De
cette façon nous pourrons être, en ce monde, des flammes
vivantes de foi, d'espérance et de charité ». (198)
La doctrine sociale de l'Église
54. Face aux graves problèmes d'ordre social qui, avec des caractéristiques
diverses, sont présents dans toute l'Amérique, le catholique
sait qu'il peut trouver dans la doctrine sociale de l'Église la réponse
d'où il faut partir pour découvrir les solutions concrètes.
Répandre cette doctrine constitue donc une authentique priorité
pastorale. En conséquence, il est important « qu'en Amérique
les agents de l'évangélisation (Évêques, prêtres,
enseignants, animateurs pastoraux, etc...) assimilent ce trésor
qu'est la doctrine sociale de l'Église et que, éclairés
par elle, ils deviennent capables de lire la réalité
actuelle et de chercher des chemins pour l'action ». (199) À
ce propos, la formation des fidèles laïcs capables de
travailler, au nom de leur foi au Christ, à la transformation des réalités
terrestres, doit être privilégiée. De plus, il sera
opportun de promouvoir et de soutenir l'étude de cette doctrine
dans toutes les sphères des Églises particulières en
Amérique, surtout dans le domaine universitaire, pour qu'elle soit
connue avec une plus grande profondeur et appliquée à la
société américaine. La réalité sociale
complexe de ce continent est un terrain fécond pour l'analyse et
pour l'application des principes universels de cette doctrine.
Pour atteindre cet objectif, un résumé ou une synthèse
autorisée de la doctrine sociale catholique, éventuellement
sous forme de « catéchisme », qui montre la relation
existant entre cette doctrine et la nouvelle évangélisation,
serait très utile. La partie que le Catéchisme de l'Église
catholique consacre à cette matière, à propos du
septième commandement du décalogue, pourrait constituer le
point de départ de ce « catéchisme de la doctrine
sociale catholique ». Naturellement, comme l'a fait le Catéchisme
de l'Église catholique, cette synthèse se limiterait à
formuler les principes généraux, laissant à des développements
ultérieurs en vue de la mise en pratique le soin d'étudier
les problèmes liés aux diverses situations locales. (200)
Dans la doctrine sociale de l'Église, le droit à un
travail digne occupe une place importante. C'est pourquoi, face au taux élevé
de chômage qui affecte de nombreux pays américains et aux
dures conditions dans lesquelles se trouvent beaucoup de travailleurs dans
l'industrie et dans les campagnes, « il est nécessaire de
considérer le travail comme un élément de la réalisation
et de la dignité de la personne humaine. C'est une responsabilité
éthique pour une société organisée de
promouvoir et de soutenir une culture du travail ». (201)
Mondialisation de la solidarité
55. Le phénomène complexe de la mondialisation, comme je
l'ai rappelé précédemment, est l'une des caractéristiques
du monde actuel que l'on trouve particulièrement en Amérique.
Dans cette réalité multiforme, l'aspect économique
revêt une grande importance. Par sa doctrine sociale, l'Église
offre une contribution valable à la problématique de l'économie
actuelle mondialisée. Sa position morale en cette matière «
s'appuie sur les trois pierres angulaires fondamentales de la dignité
humaine, de la solidarité et de la subsidiarité ».
(202) L'économie mondialisée doit être analysée
à la lumière des principes de la justice sociale, en
respectant l'option préférentielle pour les pauvres, qui
doivent être mis en mesure de se défendre dans une économie
mondialisée, et les exigences du bien commun international. En réalité,
« la doctrine sociale de l'Église est la position morale qui
vise à stimuler les gouvernements, les institutions et les
organisations privées, afin qu'ils préparent un avenir
conforme à la dignité de toute personne. Dans cette
perspective, on peut envisager les questions qui se rapportent à la
dette extérieure, à la corruption politique intérieure
et à la discrimination aussi bien à l'intérieur des
nations qu'entre elles ». (203)
L'Église en Amérique est appelée non seulement à
promouvoir une plus grande union entre les nations, contribuant ainsi à
créer une authentique culture mondialisée de la solidarité,
(204) mais encore à collaborer par tous les moyens légitimes
à la réduction des effets négatifs de la
mondialisation, tels que la domination des plus forts sur les plus
faibles, spécialement dans le domaine économique, et la
perte des valeurs des cultures locales en faveur d'une uniformisation mal
comprise.
Péchés sociaux qui crient vers le ciel
56. À la lumière de la doctrine sociale de l'Église,
on évalue aussi plus clairement la gravité des « péchés
sociaux qui crient vers le ciel, parce qu'ils engendrent la violence,
brisent la paix et l'harmonie entre les communautés d'un même
pays, entre les pays et entre les diverses régions du continent ».
(205) Parmi eux on doit rappeler « le commerce de la drogue, le
recyclage des bénéfices illicites, la corruption dans
quelque domaine que ce soit, la violence terroriste, la course aux
armements, la discrimination raciale, les inégalités entre
les groupes sociaux, la destruction irraisonnée de la nature ».
(206) Ces péchés manifestent une crise profonde due à
la perte du sens de Dieu et à l'absence des principes moraux qui
doivent guider la vie de tout homme. Sans références
morales, on tombe dans la soif illimitée de la richesse et du
pouvoir, qui obscurcit toute vision évangélique de la réalité
sociale.
Assez souvent, cela conduit certaines instances publiques à négliger
la situation sociale. Dans de nombreux pays américains domine
toujours plus un système connu comme « néolibéralisme
»; ce système, faisant référence à une
conception économique de l'homme, considère le profit et les
lois du marché comme des paramètres absolus au détriment
de la dignité et du respect de la personne et du peuple. Il a
parfois évolué vers une justification idéologique de
certaines attitudes et de certaines façons de faire dans le domaine
social et politique qui provoquent l'exclusion des plus faibles. En réalité,
les pauvres sont toujours plus nombreux, victimes de politiques déterminées
et de structures souvent injustes. (207)
La meilleure réponse à cette situation dramatique, en
partant de l'Évangile, est la promotion de la solidarité et
de la paix, en vue de la réalisation effective de la justice. À
cette fin, il faut encourager et aider ceux qui sont des exemples d'honnêteté
dans l'administration des finances publiques et de la justice. De même,
il faut aussi appuyer le processus de démocratisation en cours en
Amérique, (208) car dans un système démocratique les
possibilités de contrôle sont plus grandes pour permettre d'éviter
les abus.
« L'État de droit est la condition nécessaire pour établir
une authentique démocratie ». (209) Pour que celle-ci puisse
se développer, l'éducation civique et la promotion de
l'ordre public et de la paix sont indispensables. En effet, « il n'y
a pas de démocratie authentique et stable sans justice sociale.
C'est pourquoi il faut que l'Église porte une plus grande attention
à la formation des consciences, qu'elle prépare des
dirigeants sociaux pour la vie publique à tous les niveaux, qu'elle
encourage l'éducation civique, l'observance de la loi et des droits
humains, et qu'elle fasse un plus grand effort pour la formation éthique
de la classe politique ». (210)
Le fondement ultime des droits humains
57. Il convient de rappeler que le fondement sur lequel s'appuient tous
les droits humains est la dignité de la personne. « Le chef-d'uvre
divin, l'homme, est image et ressemblance de Dieu. Jésus a assumé
notre nature à l'exception du péché; il a promu et défendu
la dignité de toute personne humaine sans exception; il est mort
pour la liberté de tous. L'Évangile nous montre que le
Christ a exalté la place centrale de la personne humaine dans
l'ordre naturel (cf. Lc 12, 22-29), dans l'ordre social et dans
l'ordre religieux, ainsi que par rapport à la Loi (cf. Mc
2, 27), défendant l'homme et aussi la femme (cf. Jn 8, 11)
et les enfants (cf. Mt 19, 13-15), qui, de son temps et dans sa
culture, occupaient une place secondaire à l'intérieur de la
société. Les droits humains et les devoirs inhérents
proviennent de la dignité de l'homme en tant que fils de Dieu ».
(211) Pour cette raison, « toute offense à la dignité
de l'homme est une offense à Dieu lui-même, dont il est
l'image ». (212) Cette dignité est commune à tous les
hommes sans exception, car tous ont été créés à
l'image de Dieu (cf. Gn 1, 26). La réponse de Jésus à
la question « qui est mon prochain? » (Lc 10, 29) exige
de chacun une attitude de respect pour la dignité de l'autre et de
sollicitude attentive à son égard, même s'il s'agit
d'un étranger ou d'un ennemi (cf. Lc 10, 30-37). Dans
l'ensemble de l'Amérique, depuis quelque temps on a de plus en plus
conscience que les droits humains doivent être respectés,
mais il reste encore beaucoup à faire si l'on considère les
violations des droits des personnes et des groupes sociaux encore en cours
sur le continent.
L'amour préférentiel pour les pauvres et les
exclus
58. « L'Église en Amérique doit incarner dans ses
initiatives pastorales la solidarité de l'Église universelle
envers les pauvres et les exclus de toute sorte. Son attitude doit inclure
l'assistance, la promotion, la libération et l'accueil fraternel.
L'objectif de l'Église est qu'il n'y ait aucun exclus ». (213)
Le souvenir des sombres chapitres de l'histoire de l'Amérique,
concernant la pratique de l'esclavage et d'autres situations de
discrimination sociale, ne peut pas ne pas susciter un désir sincère
de conversion qui conduise à la réconciliation et à
la communion.
L'attention aux plus nécessiteux découle du choix d'aimer
les pauvres de manière préférentielle. Il s'agit d'un
amour qui n'est pas exclusif et qui ne peut donc pas être interprété
comme un signe de partialité ou de sectarisme; (214) en aimant les
pauvres, le chrétien se conforme à l'attitude du Seigneur,
qui, durant sa vie terrestre, s'est consacré aux besoins des
personnes pauvres spirituellement et matériellement, avec des
sentiments de compassion particulière.
L'uvre de l'Église en faveur des pauvres dans toutes les régions
du continent est importante; on doit cependant continuer à
travailler pour que cette ligne d'action pastorale soit toujours plus
orientée vers la rencontre avec le Christ, qui, de riche qu'il était,
s'est fait pauvre pour nous afin de nous enrichir par sa pauvreté
(cf. 2 Co 8, 9). Il faut intensifier et étendre ce qui se
fait déjà dans ce domaine, afin d'atteindre le plus grand
nombre possible de pauvres. La Sainte Écriture rappelle que Dieu écoute
le cri des pauvres (cf. Ps 34 [33], 7), et l'Église doit être
attentive au cri des plus nécessiteux. Écoutant leur voix, «
elle doit vivre avec les pauvres et participer à leurs souffrances.
[...] Par son style de vie, ses priorités, ses paroles et ses
actes, elle doit témoigner qu'elle est en communion et en solidarité
avec eux ». (215)
La dette extérieure
59. L'existence d'une dette extérieure qui étouffe
beaucoup de peuples du continent américain constitue un problème
complexe. Sans pour autant entrer dans ses nombreux aspects, l'Église,
dans sa sollicitude pastorale, ne peut pas ignorer ce problème, car
il concerne la vie d'un grand nombre de personnes. C'est pourquoi diverses
Conférences épiscopales en Amérique, conscientes de
la gravité de cette question, ont organisé à ce sujet
des rencontres d'étude et ont publié des documents visant à
proposer des solutions concrètes. (216) Moi-même, j'ai exprimé
plusieurs fois ma préoccupation face à cette situation,
devenue en certains cas insoutenable. Dans la perspective du grand Jubilé
de l'An 2000, maintenant tout proche, et me souvenant de la signification
sociale que les jubilés revêtaient dans l'Ancien Testament,
j'ai écrit: « Dans l'esprit du Livre du Lévitique (25,
8-12), les chrétiens devront se faire la voix de tous les pauvres
du monde, proposant que le Jubilé soit un moment favorable pour
penser, entre autres, à une réduction importante, sinon à
un effacement total, de la dette internationale qui pèse sur le
destin de nombreuses nations ». (217)
J'exprime à nouveau le souhait, repris par le Synode, que le
Conseil pontifical « Justice et Paix », avec d'autres organismes
compétents comme la Section pour les Relations avec les États
de la Secrétairerie d'État, « cherche, par l'étude
et le dialogue avec des représentants du Premier Monde et avec des
responsables de la Banque mondiale et du Fonds monétaire
international, des voies de solution au problème de la dette extérieure
ainsi que des normes qui empêchent que de telles situations se
reproduisent à l'occasion de futurs emprunts ». (218) Au
niveau le plus large possible, il serait opportun que « des experts
en économie et en questions monétaires, de renommée
internationale, procèdent à une analyse critique de l'ordre économique
mondial, dans ses aspects positifs et négatifs, pour corriger
l'ordre actuel et proposer un système et des mécanismes en
mesure d'assurer le développement intégral et solidaire des
personnes et des peuples ». (219)
La lutte contre la corruption
60. En Amérique aussi, le phénomène de la
corruption est notablement répandu. L'Église peut contribuer
efficacement à éradiquer ce mal de la société
civile par « une plus grande présence de laïcs chrétiens
qualifiés qui, par leur éducation familiale, scolaire et
paroissiale, encouragent la pratique de valeurs comme la vérité,
l'honnêteté, le travail et le service du bien commun ».
(220) Pour atteindre cet objectif, comme pour éclairer tous les
hommes de bonne volonté désireux de mettre fin aux maux qui
découlent de la corruption, il faut enseigner et répandre le
plus possible la partie qui correspond à cette question dans le
Catéchisme de l'Église catholique, en encourageant
en même temps, chez les catholiques de chaque pays, la connaissance
des documents publiés à ce sujet par les Conférences épiscopales
des autres pays. (221) Les chrétiens ainsi formés
contribueront de façon significative à résoudre ce
problème, en s'engageant à mettre en pratique la doctrine
sociale de l'Église sous tous les aspects qui touchent leur vie et
dans les situations où ils peuvent apporter leur contribution.
Le problème de la drogue
61. En ce qui concerne le grave problème du commerce de la
drogue, l'Église en Amérique peut collaborer efficacement
avec les responsables des pays, les dirigeants d'entreprises privées,
les organisations non gouvernementales et les instances internationales,
pour développer des projets visant à abolir ce commerce qui
menace l'intégrité des peuples en Amérique. (222)
Cette collaboration doit s'étendre aux institutions législatives,
en appuyant les initiatives qui empêchent le « recyclage
d'argent », favorisent le contrôle des biens de ceux qui sont
impliqués dans ce trafic, et font en sorte que la production et le
commerce des substances chimiques dont on obtient la drogue se réalisent
conformément aux normes législatives. L'urgence et la gravité
du problème rendent impérieux un appel aux divers milieux et
groupes de la société civile, afin de lutter ensemble contre
le commerce de la drogue. (223) Pour ce qui regarde spécifiquement
les Évêques, il est nécessaire selon une
suggestion des Pères synodaux qu'eux-mêmes, comme
Pasteurs du peuple de Dieu, dénoncent avec force et courage l'hédonisme,
le matérialisme et les styles de vie qui conduisent facilement à
la drogue. (224)
Il faut aussi se souvenir qu'il est nécessaire d'aider les
agriculteurs pauvres, afin qu'ils ne succombent pas à la tentation
de l'argent facile, que l'on peut obtenir par la culture des plantes dont
on tire les drogues. À ce sujet, les Organismes internationaux
peuvent apporter une précieuse collaboration aux Gouvernements en
favorisant par diverses primes les productions agricoles de substitution.
Il faut aussi encourager l'action de ceux qui s'efforcent de récupérer
les consommateurs de drogue, en ayant une attention pastorale particulière
pour les victimes de la toxicomanie. Il est d'une importance fondamentale
que l'on donne le vrai « sens de la vie » aux nouvelles générations,
qui, à défaut d'en avoir un, finissent bien souvent par être
entraînées dans la spirale perverse des stupéfiants.
Ce travail de récupération et de réhabilitation
sociale peut constituer, comme l'expérience le montre, un véritable
engagement d'évangélisation. (225)
La course aux armements
62. La course aux armements est un élément qui paralyse
gravement le progrès de nombreux pays en Amérique. Une voix
prophétique doit s'élever des Églises particulières
d'Amérique pour dénoncer le réarmement et aussi le
scandaleux commerce des armes de guerre qui absorbe des sommes d'argent
considérables que l'on devrait au contraire destiner à
combattre la misère et à promouvoir le développement.
(226) D'autre part, l'accumulation des armements constitue une cause
d'instabilité et une menace pour la paix. (227) C'est pourquoi l'Église
demeure vigilante face au risque de conflits armés même entre
nations surs. Comme signe et instrument de réconciliation et
de paix, elle doit chercher « par tous les moyens possibles, y
compris la voie de la médiation et de l'arbitrage, à agir en
faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples ».
(228)
Culture de mort et société dominée par les
puissants
63. En Amérique, comme en d'autres parties du monde, un modèle
de société où dominent les puissants, excluant et même
éliminant les faibles, semble aujourd'hui se profiler: je pense ici
aux enfants non nés, victimes sans défense de l'avortement;
aux personnes âgées et aux malades incurables, parfois objet
d'euthanasie; et à tant d'autres êtres humains mis en marge
par la société de consommation et par le matérialisme.
Et je ne puis oublier le recours non nécessaire à la peine
de mort, lorsque d'autres « moyens non sanglants suffisent à défendre
et à protéger la sécurité des personnes contre
l'agresseur. [...] Aujourd'hui, en effet, étant donné les
possibilités dont l'État dispose pour réprimer
efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l'a commis,
sans lui enlever définitivement la possibilité de se
repentir, les cas d'absolue nécessité de supprimer le
coupable sont désormais assez rares, sinon même
pratiquement inexistants ». (229) Un tel modèle de société
porte l'empreinte de la culture de mort et est donc opposé au
message évangélique. Face à cette désolante réalité,
la communauté ecclésiale entend s'engager toujours plus à
défendre la culture de la vie.
À ce sujet, les Pères synodaux, se faisant l'écho
des récents documents du Magistère de l'Église, ont réaffirmé
avec vigueur leur respect inconditionnel et leur total attachement envers
la vie humaine depuis le moment de la conception jusqu'à celui de
la mort naturelle, et ils ont prononcé la condamnation de maux
comme l'avortement et l'euthanasie. Pour maintenir ces enseignements de la
loi divine et naturelle, il est essentiel de promouvoir la connaissance de
la doctrine sociale de l'Église et de s'employer à ce que
les valeurs de la vie et de la famille soient reconnues et défendues
dans les murs et dans les normes juridiques des États. (230)
En plus de la sauvegarde de la vie, on doit intensifier, grâce à
de multiples institutions pastorales, une promotion active de l'adoption
et une assistance constante aux femmes ayant une grossesse problématique,
aussi bien avant qu'après la naissance de leur enfant. Une
attention pastorale spéciale doit aussi être portée
aux femmes qui ont subi ou procuré activement l'avortement. (231)
Comment ne pas rendre grâce à Dieu et ne pas exprimer des
sentiments de vive appréciation à nos frères et surs
dans la foi qui, en Amérique, avec d'autres chrétiens et
d'innombrables personnes de bonne volonté, sont engagés, par
tous les moyens légaux, dans la défense de la vie et dans la
sauvegarde de l'enfant à naître, du malade incurable et des
personnes handicapées? Leur action est encore plus méritoire
si l'on considère l'indifférence de beaucoup, les menaces
d'eugénisme et les attentats contre la vie et la dignité
humaine, qui sont quotidiennement perpétrés partout. (232)
Ces mêmes égards sont dus aux personnes âgées,
parfois oubliées et livrées à elles-mêmes.
Elles doivent être respectées comme des personnes; il est
important de prendre pour elles des initiatives d'accueil et d'assistance,
qui promeuvent leurs droits et leur assurent, autant que possible, le
bien-être physique et spirituel. Les personnes âgées
doivent être protégées des situations et des pressions
qui pourraient les pousser au suicide; en particulier, elles doivent être
soutenues contre la tentation du suicide assisté et de
l'euthanasie.
Avec les Pasteurs du peuple de Dieu en Amérique, je fais appel
aux « catholiques qui travaillent dans le domaine médical et
sanitaire et à ceux qui occupent des charges publiques, comme à
ceux qui sont engagés dans l'enseignement, afin qu'ils fassent tout
leur possible pour défendre la vie de ceux qui courent un plus
grand danger, en agissant avec une conscience formée d'une manière
droite selon la doctrine catholique. Les Évêques et les prêtres
ont, dans ce domaine, la responsabilité spéciale de donner
un témoignage inlassable en faveur de l'Évangile de la vie
et d'exhorter les fidèles à agir en conséquence ».
(233) En même temps, il est indispensable que l'Église en Amérique
éclaire, par des interventions opportunes, l'élaboration des
décisions des assemblées législatives, en stimulant
les citoyens, aussi bien les catholiques que les autres personnes de bonne
volonté, à constituer des organisations pour promouvoir des
projets de loi valables et s'opposer à ceux qui menacent la famille
et la vie, deux réalités inséparables. De nos jours,
il faut tenir compte de façon spéciale de ce qui se rapporte
au diagnostic prénatal, pour qu'il ne lèse en aucune manière
la dignité humaine.
Les peuples autochtones et les Américains d'origine
africaine
64. Si l'Église en Amérique, fidèle à l'Évangile
du Christ, entend parcourir le chemin de la solidarité, elle doit
porter une attention spéciale aux ethnies qui, aujourd'hui encore,
sont l'objet de discriminations injustes. En effet, il faut supprimer
toute tentative d'exclusion à l'égard des populations
autochtones. Cela implique, en premier lieu, que l'on doit respecter leurs
territoires et les accords passés avec eux; il faut également
répondre à leurs légitimes besoins sociaux,
sanitaires, culturels. Et comment oublier l'exigence de réconciliation
entre les peuples autochtones et les sociétés dans
lesquelles ils vivent?
Je voudrais rappeler ici que les Américains d'origine africaine,
eux aussi, continuent à être, dans certaines régions,
l'objet de préjugés ethniques qui constituent pour eux un sérieux
obstacle à la rencontre avec le Christ. Puisque toute personne, de
quelque race ou condition qu'elle soit, a été créée
par Dieu à son image, il faut promouvoir des actions concrètes,
sans oublier la prière en commun, qui favorisent la compréhension
et la réconciliation entre peuples différents, et qui soient
des ponts pour faire régner l'amour chrétien, la paix et la
justice entre tous les hommes. (234)
Pour atteindre ces objectifs, il est indispensable de former des agents
pastoraux compétents, capables d'utiliser des méthodes déjà
légitimement « inculturées » dans la catéchèse
et la liturgie. Et l'on obtiendra plus facilement un nombre convenable de
pasteurs qui exerceront leur activité parmi les autochtones si l'on
se préoccupe de promouvoir les vocations au sacerdoce et à
la vie consacrée parmi ces peuples. (235)
La problématique des immigrés
65. Le continent américain a connu dans son histoire de nombreux
mouvements d'immigration, avec des multitudes d'hommes et de femmes arrivés
de diverses régions dans l'espoir d'un avenir meilleur. Le phénomène
se poursuit encore aujourd'hui; il concerne en particulier de nombreuses
personnes et familles provenant de pays latino-américains, qui se
sont fixées dans les régions du nord du continent, au point
de constituer, en certains cas, une partie considérable de la
population. Elles apportent souvent un patrimoine culturel et religieux
riche d'éléments chrétiens caractéristiques.
L'Église a conscience des problèmes créés par
cette situation et elle s'efforce d'exercer le plus possible son action
pastorale parmi ces immigrés, pour faciliter leur établissement
dans le territoire et pour susciter en même temps un comportement
d'accueil de la part des populations locales, dans la conviction que
l'ouverture réciproque entraînera un enrichissement pour
tous.
Les communautés ecclésiales ne manqueront pas de voir dans
ce phénomène un appel spécifique à vivre la
valeur évangélique de la fraternité, et en même
temps l'invitation à donner un nouvel élan à leur
propre religiosité en vue d'une action évangélisatrice
plus incisive. Dans ce sens, les Pères synodaux ont rappelé
que « l'Église en Amérique doit être une avocate
vigilante qui défend, contre toute restriction injuste, le droit
naturel de toute personne à se déplacer librement à
l'intérieur de son pays et d'un pays à l'autre. Il faut être
attentif aux droits des migrants et de leurs familles et au respect de
leur dignité humaine, y compris dans les cas d'immigration irrégulière
». (236)
À l'égard des migrants, il faut un comportement
hospitalier et accueillant, qui les encourage à s'insérer
dans la vie ecclésiale, étant toujours sauves leur liberté
et leur identité culturelle particulière. Dans ce but, il
est extrêmement utile que collaborent ensemble les diocèses
d'où ils proviennent et ceux dans lesquels ils sont accueillis,
notamment grâce à des structures pastorales appropriées
prévues par la législation ou la pratique de l'Eglise (237)
est des plus profitables. On peut ainsi garantir le soutien pastoral le
plus approprié et le plus complet possible. L'Église en Amérique
doit être animée par le souci constant de veiller à ce
que ne fasse pas défaut une évangélisation efficace
de ceux qui sont arrivés récemment et qui ne connaissent pas
encore le Christ. (238)
CHAPITRE VI
LA MISSION DE L'ÉGLISE AUJOURD'HUI EN AMÉRIQUE: LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION
« De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21)
Envoyés par le Christ
66. Avant son ascension au ciel, le Christ ressuscité a envoyé
les Apôtres annoncer l'Évangile au monde entier (cf. Mc
16, 15), leur conférant les pouvoirs nécessaires pour réaliser
cette mission. Il est significatif que, avant de procéder à
l'ultime envoi missionnaire, Jésus se réfère au
pouvoir universel qu'il a reçu de son Père (cf. Mt
28, 18). En effet, le Christ a transmis aux Apôtres la mission reçue
de son Père (cf. Jn 20, 21), et ainsi il les a fait
participer à ses pouvoirs.
Mais même « les fidèles laïcs, précisément
parce qu'ils sont membres de l'Église, ont la vocation et la
mission d'annoncer l'Évangile: à cette tâche ils sont
habilités et engagés par les sacrements de l'initiation chrétienne
et par les dons du Saint-Esprit ». (239) Car ils sont « devenus
participants à leur manière des fonctions sacerdotale, prophétique
et royale du Christ ». (240) En conséquence, « les fidèles
laïcs sont, en vertu de leur participation à la fonction prophétique
du Christ, pleinement engagés dans cette tâche de l'Église
» (241) et ils doivent donc se sentir appelés et invités
à proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume. Les paroles de Jésus:
« Allez, vous aussi, à ma vigne » (Mt 20, 4)
(242) doivent être entendues comme adressées non seulement
aux Apôtres mais à tous ceux qui désirent être
d'authentiques disciples du Seigneur.
La tâche fondamentale pour laquelle Jésus envoie ses
disciples est l'annonce de la Bonne Nouvelle, c'est-à-dire l'évangélisation
(cf. Mc 16, 15-18). Il s'ensuit que « évangéliser
est la grâce et la vocation propre de l'Église, son identité
la plus profonde ». (243) Comme je l'ai dit en d'autres occasions, le
caractère singulier et nouveau de la situation où le monde
et l'Église se trouvent, à la veille du troisième
millénaire, et les exigences qui en découlent, font que la
mission évangélisatrice exige aujourd'hui un nouveau
programme, que l'on peut définir dans son ensemble comme «
nouvelle évangélisation ». (244) En tant que Pasteur
suprême de l'Église, je désire ardemment inviter tous
les membres du peuple de Dieu, particulièrement ceux qui vivent
dans le continent américain c'est sur son sol que pour la
première fois j'ai fait appel à un engagement nouveau «
dans sa ferveur, dans ses méthodes, dans son expression »
(245) , à faire leur ce projet et à y collaborer. En
acceptant cette mission, que chacun se souvienne que le nud vital de
la nouvelle évangélisation doit être l'annonce claire
et sans équivoque de la personne de Jésus Christ, c'est-à-dire
l'annonce de son nom, de sa doctrine, de sa vie, de ses promesses et du
Royaume qu'il s'est acquis par son mystère pascal. (246)
Jésus Christ, « bonne nouvelle » et premier évangélisateur
67. Jésus Christ est la « bonne nouvelle » du salut
communiqué aux hommes d'hier, d'aujourd'hui et de toujours; mais en
même temps il est aussi le premier et suprême évangélisateur.
(247) L'Église doit centrer son attention pastorale et son action évangélisatrice
sur le Christ crucifié et ressuscité. « Tout ce qui se
projette dans le domaine ecclésial doit partir du Christ et de son Évangile
». (248) C'est pourquoi « l'Église en Amérique
doit parler toujours plus de Jésus Christ, visage humain de Dieu et
visage divin de l'homme. C'est cette annonce qui secoue vraiment les
hommes, qui réveille et transforme les esprits, c'est-à-dire
qui convertit. Il faut annoncer le Christ avec joie et avec force, mais
surtout par le témoignage de sa propre vie ». (249)
Tout chrétien pourra accomplir efficacement sa mission dans la
mesure où il assume la vie du Fils de Dieu fait homme comme le modèle
parfait de son action évangélisatrice. La simplicité
de son style et ses choix devront être comme des normes pour tous
dans l'uvre d'évangélisation. Dans cette perspective,
les pauvres figureront évidemment parmi les premiers destinataires
de l'évangélisation, à l'exemple du Christ, qui
disait de lui-même: « L'Esprit du Seigneur [...] m'a consacré
par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres »
(Lc 4, 18). (250)
Comme je l'ai déjà noté, l'amour pour les pauvres
doit être préférentiel, mais non exclusif. Le fait
d'avoir préconisé la sollicitude pastorale envers les
pauvres avec un certain exclusivisme comme l'ont signalé les
Pères synodaux a parfois conduit à négliger
les milieux dirigeants de la société, ce qui a eu pour conséquence
que beaucoup de personnes de ces milieux se sont éloignées
de l'Église. (251) Les dommages dus à la diffusion du sécularisme
dans ces milieux, qu'ils soient politiques ou économiques,
syndicaux, militaires, sociaux ou culturels, montrent l'urgence d'une évangélisation
de ces milieux, animée et guidée par des pasteurs qui se
sentent appelés par Dieu à prendre soin de tous. Ces
pasteurs pourront compter sur l'appui de tous ceux et heureusement
ils sont encore nombreux qui sont restés fidèles aux
valeurs chrétiennes. Les Pères synodaux ont rappelé à
ce sujet « l'engagement de nombreux [...] dirigeants pour édifier
une société juste et solidaire ». (252) Avec leur aide,
les Pasteurs feront face à la tâche ardue de l'évangélisation
de ces secteurs de la société: avec une ardeur renouvelée
et des méthodes mises à jour, ils se tourneront vers les
dirigeants, hommes et femmes, pour leur annoncer le Christ, en insistant
principalement sur la formation des consciences par la doctrine sociale de
l'Église. Cette formation constituera le meilleur antidote contre
les nombreux cas d'incohérence, et même de corruption, qui
marquent les structures socio-politiques. Au contraire, si l'on néglige
cette évangélisation des dirigeants, il ne sera pas
surprenant que beaucoup d'entre eux suivent des critères étrangers
à l'Évangile, et parfois ouvertement opposés à
lui.
La rencontre avec le Christ incite à évangéliser
68. La rencontre avec le Seigneur produit une profonde transformation de
ceux qui ne se ferment pas à Lui. Le premier mouvement qui naît
de cette transformation est celui de communiquer aux autres la richesse découverte
au cours de cette rencontre. Il ne s'agit pas seulement d'enseigner ce que
nous avons connu, mais aussi de faire en sorte que, comme dans le cas de
la Samaritaine, les autres rencontrent personnellement Jésus: «
Venez voir » (Jn 4, 29). Le résultat sera le même
que celui qui s'est vérifié dans le cur des
Samaritains, qui disaient à la femme: « Ce n'est plus à
cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l'avons
entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le
Sauveur du monde » (Jn 4, 42). L'Église, qui vit de la
présence permanente et mystérieuse de son Seigneur ressuscité,
a pour centre de sa mission l'engagement de « mener tous les hommes à
la rencontre avec le Christ ». (253)
Elle est appelée à annoncer que le Christ est vraiment le
Vivant, le Fils de Dieu, qui s'est fait homme, est mort et est ressuscité.
Il est l'unique Sauveur de tous les hommes et de tout l'homme, et, comme
Seigneur de l'histoire, il agit continuellement dans l'Église et
dans le monde par son Esprit jusqu'à la fin des siècles.
Cette présence du Ressuscité dans l'Église rend
possible notre rencontre avec lui, grâce à l'action invisible
de son Esprit qui donne la vie. Cette rencontre se réalise dans la
foi reçue et vécue dans l'Église, corps mystique du
Christ. Elle a donc essentiellement une dimension ecclésiale et
elle conduit à un engagement de vie. En effet, « rencontrer le
Christ vivant signifie accueillir son amour prévenant, Le choisir,
adhérer librement à sa personne et à son dessein, qui
consiste à annoncer et à réaliser le Règne de
Dieu ». (254)
L'appel incite à chercher Jésus: « Rabbi
(c'est-à-dire Maître), où demeures-tu? Il leur
dit: Venez, et vous verrez. Ils l'accompagnèrent, ils
virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de
lui ce jour-là » (Jn 1, 38-39). « Le fait de rester
ne se limite pas au jour de la vocation, mais il s'étend à
toute la vie. Le suivre signifie vivre comme il a vécu, accepter
son message, faire siens ses critères, embrasser son destin,
partager son projet qui est le dessein du Père: inviter tout le
monde à la communion trinitaire et à la communion avec les
frères en une société juste et solidaire ».
(255) Le désir ardent d'inviter les autres à rencontrer
Celui que nous avons rencontré est à la racine de la mission
évangélisatrice à laquelle est appelée toute
l'Église, mais qui se fait particulièrement urgente
aujourd'hui en Amérique, après la célébration
du cinquième centenaire de la première évangélisation
et alors que nous nous préparons à commémorer dans la
reconnaissance la venue du Fils unique de Dieu dans le monde il y a deux
mille ans.
Importance de la catéchèse
69. La nouvelle évangélisation, dans laquelle tout le
continent est engagé, montre que la foi ne peut pas être présupposée
mais qu'elle doit être proposée explicitement dans toute son
ampleur et dans toute sa richesse. Tel est l'objectif principal de la catéchèse,
qui, par sa nature même, est une dimension essentielle de la
nouvelle évangélisation. « La catéchèse
est un itinéraire de formation dans la foi, dans l'espérance
et dans la charité, qui éclaire l'esprit et touche le cur,
portant la personne à embrasser le Christ d'une manière
pleine et complète. Elle fait entrer plus profondément le
croyant dans l'expérience de la vie chrétienne, qui comprend
la célébration liturgique du mystère de la Rédemption
et le service chrétien des autres ». (256)
Sachant bien qu'une catéchèse complète est nécessaire,
j'ai fait mienne la proposition présentée par les Pères
de l'Assemblée extraordinaire du Synode des Évêques de
1985 d'élaborer « un catéchisme ou précis de
toute la doctrine catholique pour tout ce qui concerne la foi et la morale
», catéchisme qui puisse être « un point de référence
pour les catéchismes ou précis qui sont préparés
dans les diverses régions ». (257) Cette proposition a été
concrétisée par la publication de l'édition type du
Catechismus Catholicæ Ecclesiæ. (258) En plus du texte
officiel du Catéchisme, et pour une meilleure utilisation de son
contenu, j'ai voulu que soit élaboré et publié également
un Directoire général pour la catéchèse.
(259) Je recommande vivement l'utilisation de ces deux instruments, de
valeur universelle, à tous ceux qui se consacrent en Amérique
à la catéchèse. Il est souhaitable que les deux
documents soient utilisés « dans la préparation et dans
la vérification de tous les programmes paroissiaux et diocésains
de catéchèse, compte tenu de ce que la situation religieuse
des jeunes et des adultes requiert une catéchèse plus kérygmatique
et plus organique dans la présentation du contenu de la foi ».
(260)
Il faut reconnaître et encourager la mission méritante que
remplissent de nombreux catéchistes dans tout le continent américain,
comme messagers authentiques du Royaume: « Leur foi et leur témoignage
de vie font partie intégrante de la catéchèse ».
(261) Je désire encourager toujours davantage les fidèles à
assumer avec détermination et amour pour le Seigneur ce service de
l'Église, donnant généreusement leur temps et leurs
talents. Pour leur part, les Évêques doivent se préoccuper
de fournir aux catéchistes une formation appropriée pour
qu'ils puissent remplir cette tâche si indispensable dans la vie de
l'Église.
Dans la catéchèse, il sera bon de tenir compte, surtout
dans un continent comme l'Amérique où la question sociale
revêt un caractère important, du fait que « la
croissance dans la compréhension de la foi et son expression
pratique dans la vie sociale sont en liens étroits. Les forces
employées pour faciliter la rencontre avec le Christ ne peuvent pas
ne pas avoir une répercussion favorable dans la promotion du bien
commun dans une société juste ». (262)
Évangélisation de la culture
70. Mon prédécesseur Paul VI notait avec une sage
inspiration: « La rupture entre Évangile et culture est sans
doute le drame de notre époque ». (263) C'est donc à
juste titre que les Pères synodaux ont estimé que « la
nouvelle évangélisation requiert un effort lucide, sérieux
et ordonné pour évangéliser la culture ». (264)
Le Fils de Dieu, en assumant la nature humaine, s'est incarné au
sein d'un peuple déterminé, mais sa mort rédemptrice
a apporté le salut à tous les hommes, de quelque culture,
race ou condition que ce soit. Le don de son Esprit et son amour
s'adressent à tous et chacun des peuples et des cultures pour les
unir entre eux à l'exemple de l'unité parfaite qui existe en
Dieu un et trine. Pour que ce soit possible, il est nécessaire
d'inculturer la prédication, de manière que l'Évangile
soit annoncé dans le langage et la culture de ceux qui l'entendent.
(265) En même temps, toutefois, il ne faut pas oublier que seul le
mystère pascal du Christ, manifestation suprême du Dieu
infini dans la finitude de l'histoire, peut être un point de référence
valable pour toute l'humanité en pèlerinage qui recherche
l'unité authentique et la paix véritable.
Dans le continent, le visage métissé de la Vierge de
Guadalupe a été dès le début un symbole de
l'inculturation de l'évangélisation, dont elle a été
l'étoile et le guide. Par sa puissante intercession, l'évangélisation
pourra pénétrer le cur des hommes et des femmes d'Amérique,
et imprégner leurs cultures, les transformant de l'intérieur.
(266)
Évangéliser les centres d'éducation
71. Le monde de l'éducation est un domaine privilégié
pour promouvoir l'inculturation de l'Évangile. Toutefois, les
centres catholiques d'éducation, et ceux qui, sans être
confessionnels, sont en fait d'inspiration clairement catholique, ne
pourront accomplir une action d'évangélisation authentique
que si à tous les niveaux, y compris le niveau universitaire, ils
savent conserver avec clarté leur orientation catholique. Le
contenu du projet éducatif devra se référer
constamment à Jésus Christ et à son message, comme l'Église
le présente dans son enseignement tant dogmatique que moral. C'est
seulement ainsi que l'on pourra former des dirigeants authentiquement chrétiens
dans les divers domaines de l'activité humaine et de la société,
spécialement dans la politique, dans l'économie, dans les
sciences, dans l'art et dans la réflexion philosophique. (267) En
ce sens, « il est essentiel que l'université catholique soit
vraiment et réellement à la fois université et
catholique. [...] Le caractère catholique est un élément
constitutif de l'université en tant qu'institution, et il ne dépend
donc pas de la simple décision des personnes qui dirigent
l'université à un moment déterminé ».
(268) Le travail pastoral dans les universités catholiques fera
donc l'objet d'une sollicitude particulière: il faut susciter
l'engagement apostolique des étudiants, afin qu'ils deviennent
eux-mêmes évangélisateurs du monde universitaire.
(269) En outre, « il faut stimuler la coopération entre les
universités catholiques de toute l'Amérique afin qu'elles
s'enrichissent mutuellement », (270) contribuant ainsi à réaliser,
même au niveau universitaire, le principe de la solidarité et
de l'échange entre les peuples de tout le continent.
On doit dire à peu près la même chose à
propos des écoles catholiques, en particulier pour ce qui concerne
l'enseignement secondaire: « Il faut faire un effort spécial
pour renforcer l'identité catholique des écoles, qui fondent
leur nature spécifique sur un projet éducatif dont l'origine
se trouve dans la personne du Christ et dont la racine est dans la
doctrine de l'Évangile. Les écoles catholiques doivent
chercher non seulement à donner une éducation qualifiée
du point de vue technique et professionnel, mais aussi et surtout à
veiller à la formation intégrale de la personne humaine ».
(271) Vu l'importance de la tâche des éducateurs catholiques,
je m'unis aux Pères synodaux pour encourager et remercier tous ceux
qui se consacrent à l'enseignement dans les écoles
catholiques: prêtres, hommes et femmes consacrés, et laïcs
engagés, « afin qu'ils persévèrent dans leur
mission si importante ». (272) Il faut faire en sorte que l'influence
de ces centres atteigne tous les secteurs de la société,
sans distinction ni exclusivisme. Il est indispensable que l'on fasse tous
les efforts possibles pour que les écoles catholiques, malgré
les difficultés économiques, continuent à dispenser «
une éducation catholique aux pauvres et aux marginaux de la société
». (273) Il ne sera jamais possible de libérer les indigents
de leur pauvreté si on ne les libère pas d'abord de la misère
due au fait qu'une éducation digne leur a fait défaut.
Dans le projet global de la nouvelle évangélisation, le
domaine de l'éducation occupe une place privilégiée.
Aussi faut-il encourager l'activité de tous les enseignants
catholiques, y compris de ceux qui sont engagés dans des écoles
non confessionnelles. J'adresse également un appel urgent aux
personnes consacrées afin qu'elles n'abandonnent pas ce champ si
important pour la nouvelle évangélisation. (274)
Comme fruit et expression de la communion entre toutes les Églises
particulières d'Amérique, certainement renforcée par
l'expérience spirituelle de l'Assemblée synodale, on ne
manquera pas de promouvoir des rencontres d'éducateurs catholiques,
aux niveaux national et continental, en veillant à ordonner et à
accroître l'action pastorale éducative dans tous les milieux.
(275)
Pour faire face à toutes ces tâches, l'Église en Amérique
a besoin, dans le domaine de l'enseignement, d'un espace de liberté,
qui ne doit pas être entendu comme un privilège mais comme un
droit, en vertu de la mission évangélisatrice confiée
par le Seigneur. En outre, les parents ont le droit fondamental et premier
de décider de l'éducation de leurs enfants et, pour ce
motif, les parents catholiques doivent avoir la possibilité de
choisir l'éducation correspondant à leurs convictions
religieuses. La fonction de l'État dans ce domaine est subsidiaire.
Celui-ci a l'obligation « de garantir à tous l'éducation
et de respecter et défendre la liberté d'enseignement. Le
monopole d'État dans ce domaine doit être dénoncé
comme une forme de totalitarisme préjudiciable aux droits
fondamentaux qu'il doit défendre, spécialement au droit des
parents à l'éducation religieuse de leurs enfants. La
famille est le premier espace éducatif de la personne ». (276)
Évangéliser par les moyens de communication
sociale
72. Pour que la nouvelle évangélisation soit efficace, il
est fondamental d'avoir une profonde connaissance de la culture actuelle,
dans laquelle les moyens de communication sociale ont une grande
influence. Il est donc indispensable de connaître et d'utiliser ces
moyens, dans leurs formes traditionnelles comme dans les formes plus récentes
introduites par le progrès technologique. La réalité
d'aujourd'hui exige que l'on sache maîtriser le langage, la nature
et les caractéristiques des médias. En les utilisant d'une
manière correcte et avec compétence, on peut réaliser
une authentique inculturation de l'Évangile. D'autre part, ces mêmes
médias contribuent à modeler la culture et la mentalité
des hommes et des femmes de notre temps; c'est pourquoi ceux qui opèrent
dans le domaine des instruments de communication sociale doivent bénéficier
d'une action pastorale spéciale. (277)
À ce sujet, les Pères synodaux ont indiqué de
nombreuses initiatives concrètes pour assurer une présence
efficace de l'Évangile dans le monde des moyens de communication
sociale: la formation d'agents pastoraux pour ce milieu; la promotion de
centres de production qualifiée; l'usage prudent et avisé
des satellites et des nouvelles technologies; la formation des fidèles
afin qu'ils soient des usagers « critiques »; l'union des
efforts pour acquérir puis gérer ensemble de nouveaux émetteurs
et chaînes de télévision, comme aussi la coordination
de ceux qui existent déjà. Quant aux publications
catholiques, elles méritent d'être soutenues et il est
souhaitable qu'elles connaissent un développement qualitatif.
Il faut encourager les entrepreneurs afin qu'ils soutiennent économiquement
des produits de qualité qui promeuvent les valeurs humaines et chrétiennes.
(278) Toutefois, un programme aussi vaste dépasse de beaucoup les
possibilités des Églises particulières du continent
américain. C'est pourquoi les Pères synodaux ont proposé
une coordination interaméricaine des activités existant dans
le domaine des moyens de communication sociale, afin de favoriser la
connaissance et la coopération réciproques des réalisations
qui existent déjà dans ce domaine. (279)
Le défi des sectes
73. Le prosélytisme que les sectes et les nouveaux groupes
religieux exercent en beaucoup de régions d'Amérique
constitue un grave obstacle à l'effort d'évangélisation.
Le mot « prosélytisme » a un sens négatif quand il
se réfère à une façon de conquérir des
adeptes sans aucun respect pour la liberté de ceux auxquels
s'adresse une propagande religieuse déterminée. (280) L'Église
catholique en Amérique critique le prosélytisme des sectes
et, pour cette raison même, dans son action évangélisatrice
elle exclut le recours à des méthodes semblables. Proposant
l'Évangile du Christ dans toute son intégrité,
l'activité évangélisatrice doit respecter le
sanctuaire de la conscience de chaque individu, en qui se développe
le dialogue décisif, absolument personnel, entre la grâce et
la liberté de l'homme.
Il faut tenir compte de cela particulièrement à l'égard
des frères chrétiens des Églises et Communautés
ecclésiales séparées de l'Église catholique, déjà
établies depuis longtemps dans certaines régions. Les liens
de vraie communion, même si elle est imparfaite, que ces Communautés
ont déjà avec l'Église catholique, selon la doctrine
du Concile Vatican II, (281) doivent éclairer les attitudes de
cette dernière et de tous ses membres vis-à-vis d'elles.
(282) Toutefois, ces attitudes ne pourront pas aller jusqu'à
entamer la ferme convinction que la plénitude des moyens de salut établis
par Jésus Christ se trouve seulement dans l'Eglise catholique.
(283)
Les succès du prosélytisme des sectes et des nouveaux
groupes religieux en Amérique ne sauraient être regardés
avec indifférence. Ils exigent de l'Église dans ce continent
une étude approfondie, à réaliser dans chaque pays et
aussi au niveau international, pour découvrir les motifs pour
lesquels nombre de catholiques abandonnent l'Église. À la
lumière des conclusions que l'on en tirera, il sera utile de faire
une révision des méthodes pastorales adoptées, de façon
que chaque Église particulière ait pour les fidèles
une attention plus personnalisée dans le domaine religieux, qu'elle
fortifie les structures de communion et de mission, et qu'elle utilise les
occasions d'évangélisation que présente une
religiosité populaire purifiée; ainsi sera rendue plus vive
la foi en Jésus Christ de tous les catholiques, à travers la
prière et la méditation de la Parole de Dieu utilement
commentée. (284) Il n'échappe à personne qu'il est
urgent de procéder à l'évangélisation des
secteurs du peuple de Dieu qui paraissent les plus exposés au prosélytisme
des sectes: les groupes d'immigrés, les quartiers périphériques
des villes ou les villages de campagne privés de la présence
habituelle du prêtre et donc marqués par une ignorance
religieuse diffuse, les familles des personnes simples éprouvées
par des difficultés matérielles de tout genre. De ce point
de vue, on constate la grande utilité des communautés de
base, des mouvements, des groupes de familles et d'autres formes
d'association dans lesquelles il est plus facile d'entretenir des
relations interpersonnelles de soutien réciproque sur le plan
spirituel et aussi économique.
Il est toutefois nécessaire d'avoir toujours présent à
l'esprit le risque signalé par quelques Pères synodaux: une
pastorale visant de manière quasi exclusive les besoins matériels
des destinataires finit par décevoir la soif de Dieu qu'ont ces
peuples, les laissant ainsi dans une situation vulnérable face à
n'importe quelle prétendue offre spirituelle. C'est pourquoi «
il est indispensable que tous se tiennent unis au Christ par l'annonce kérygmatique
joyeuse et transformante, spécialement celle de la prédication
dans la liturgie ». (285) Une Église qui vit intensément
la dimension spirituelle et contemplative et qui se dépense généreusement
au service de la charité sera, d'une manière toujours plus éloquente,
un témoin crédible de Dieu pour les hommes et les femmes en
recherche d'un sens pour leur vie. (286) À cette fin, il est plus
que jamais nécessaire que les fidèles passent d'une foi
routinière, peut-être soutenue par le seul milieu, à
une foi consciente, vécue personnellement. Se renouveler dans la
foi sera toujours la voie la meilleure pour que tous soient conduits à
la Vérité qu'est le Christ.
Pour que la réponse au défi des sectes soit efficace, il
faut une coordination appropriée des initiatives au niveau
supra-diocésain, afin de réaliser une coopération par
des projets communs qui pourront donner davantage de fruits. (287)
La mission ad gentes
74. Jésus Christ a confié à son Église la
mission d'évangéliser toutes les nations: « Allez donc!
De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père
et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce
que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). La conscience de
l'universalité de la mission évangélisatrice que l'Église
a reçue doit demeurer vive, comme en a toujours témoigné
l'histoire du peuple de Dieu qui poursuit sa marche en Amérique. L'évangélisation
se fait plus urgente quand on voit toutes les personnes vivant dans ce
continent qui ne connaissent pas encore le nom de Jésus, seul nom
donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés
(cf. Ac 4, 12). Ce nom est malheureusement inconnu d'une grande
partie de l'humanité et dans beaucoup de milieux de la société
américaine. Que l'on pense aux ethnies autochtones qui ne sont pas
encore christianisées ou à la présence de religions
non chrétiennes comme l'Islam, le Bouddhisme ou l'Hindouisme,
surtout parmi les immigrés venant de l'Asie.
Cela oblige l'Église en Amérique à rester ouverte à
la mission ad gentes. (288) Le programme d'une nouvelle évangélisation
dans le continent, objectif de nombreux projets pastoraux, ne peut se
limiter à revitaliser la foi des croyants routiniers, mais il doit
chercher aussi à annoncer le Christ dans les milieux où il
est inconnu.
En outre, les Églises particulières d'Amérique sont
appelées à déployer leur élan évangélisateur
au-delà des frontières du continent. Elles ne peuvent garder
pour elles les immenses richesses de leur patrimoine chrétien.
Elles doivent le porter au monde entier et le communiquer à ceux
qui ne le connaissent pas encore. Il s'agit là de millions d'hommes
et de femmes qui, sans la foi, souffrent de la plus grave des pauvretés.
Face à cette pauvreté, ce serait une erreur de ne pas
favoriser une activité d'évangélisation hors du
continent sous prétexte qu'il y a encore beaucoup à faire en
Amérique ou qu'il faut attendre d'avoir atteint une situation, au
fond utopique, de plein épanouissement de l'Église en Amérique.
En souhaitant que le continent américain, en accord avec sa
vitalité chrétienne, participe à la grande tâche
de la mission « ad gentes », je fais miennes les propositions
concrètes que les Pères synodaux ont présentées,
à savoir « soutenir une plus grande coopération entre
les Églises surs; envoyer des missionnaires (prêtres,
personnes consacrées et fidèles laïcs) à l'intérieur
et en dehors du continent; renforcer ou créer des Instituts
missionnaires; favoriser la dimension missionnaire de la vie consacrée
et contemplative; donner une plus grande impulsion à l'animation, à
la formation et à l'organisation missionnaires ». (289) Je
suis sûr que, grâce à leur zèle pastoral, les Évêques
et les autres fils de l'Église dans toute l'Amérique sauront
trouver des initiatives concrètes, même au niveau
international, qui permettront la réalisation, avec beaucoup de
dynamisme et de créativité, de ces desseins missionnaires.
CONCLUSION
Avec espérance et gratitude
75. « Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu'à la
fin du monde » (Mt 28, 20). Mettant sa confiance dans cette
promesse du Seigneur, l'Église qui poursuit sa marche dans le
continent américain se dispose avec enthousiasme à affronter
les défis du monde actuel et ceux que l'avenir pourra réserver.
Dans l'Évangile, la bonne nouvelle de la résurrection du
Seigneur est accompagnée de l'invitation à ne pas avoir peur
(cf. Mt 28, 5.10). L'Église en Amérique désire
marcher dans l'espérance, comme l'ont affirmé les Pères
synodaux: « Avec une confiance sereine dans le Seigneur de
l'histoire, l'Église se dispose à franchir le seuil du
troisième millénaire sans préjugés ni
pusillanimité, sans égoïsme, sans craintes ni doutes,
convaincue du service fondamental et premier qu'elle doit prêter
comme témoignage de fidélité à Dieu ainsi
qu'aux hommes et aux femmes du continent ». (290)
En outre, l'Église en Amérique se sent particulièrement
poussée à marcher dans la foi, répondant avec
gratitude à l'amour de Jésus, « manifestation incarnée
de l'amour miséricordieux de Dieu (cf. Jn 3, 16) ».
(291) La célébration du début du troisième
millénaire chrétien peut être une bonne occasion pour
que le peuple de Dieu en Amérique renouvelle « sa gratitude
pour le grand don de la foi » (292) qu'il a commencé à
recevoir il y a cinq siècles. Au-delà des aspects
historiques et politiques, l'an 1492 fut la grande année de grâce
pour la foi accueillie en Amérique, une foi qui parle du bienfait
suprême de l'Incarnation du Fils de Dieu, advenue il y a deux mille
ans, comme nous le rappellerons solennellement lors du grand Jubilé
tout proche.
Ce double sentiment d'espérance et de gratitude doit accompagner
toute l'action pastorale de l'Église dans le continent, imprégnant
d'esprit jubilaire les diverses initiatives des diocèses, des
paroisses, des communautés de vie consacrée, des mouvements
ecclésiaux, comme aussi les activités qui pourront être
organisées au niveau régional et continental. (293)
Prière à Jésus Christ pour les familles
d'Amérique
76. J'invite donc tous les catholiques d'Amérique à
prendre une part active aux initiatives d'évangélisation que
l'Esprit Saint suscite dans toutes les parties de cet immense continent,
si rempli de potentialités et d'espérances pour l'avenir.
J'invite spécialement les familles catholiques à être
des « Églises-foyers », (294) où la foi chrétienne
est vécue et transmise aux nouvelles générations
comme un trésor, et où l'on prie ensemble. Si les familles
catholiques savent réaliser en elles-mêmes l'idéal que
Dieu leur confie, elles se convertiront en foyers authentiques d'évangélisation.
En conclusion de cette Exhortation apostolique, par laquelle j'ai repris
les propositions des Pères synodaux, j'accueille volontiers leur
suggestion de composer une prière pour les familles en Amérique.
(295) J'invite les personnes, les communautés et les groupes ecclésiaux,
là où deux fidèles ou plus se réunissent au
nom du Seigneur, à renforcer par la prière le lien spirituel
d'union entre tous les catholiques américains. Que tous s'unissent à
la prière du Successeur de Pierre en invoquant le Christ vivant,
qui est « chemin de conversion, de communion et de solidarité
en Amérique »:
Seigneur Jésus, nous te rendons grâce parce que l'Évangile de l'Amour du Père, par lequel tu es venu sauver le monde, a été largement proclamé en Amérique comme don de l'Esprit Saint qui épanouit notre joie.
Nous te rendons grâce pour le don de ta Vie, que tu nous as donnée en nous aimant jusqu'à la fin: elle nous fait fils de Dieu et frères entre nous. Seigneur, augmente notre foi et notre amour pour Toi, qui es présent dans les multiples tabernacles du continent.
Fais de nous des témoins fidèles de ta Résurrection face aux nouvelles générations d'Amérique, afin qu'ils Te connaissent et te suivent, et qu'ils trouvent en Toi leur paix et leur joie. Ainsi seulement ils pourront se sentir frères de tous les fils de Dieu répandus dans le monde.
Toi qui t'es fait homme et qui as voulu être membre d'une famille humaine, enseigne aux familles les vertus qui brillèrent dans la maison de Nazareth. Fais qu'elles restent unies, comme Toi et le Père n'êtes qu'Un, et qu'elles soient un témoignage vivant d'amour, de justice et de solidarité; fais qu'elles soient une école de respect, de pardon et d'aide mutuelle, afin que le monde croie; fais qu'elles soient une source de vocations au sacerdoce, à la vie consacrée, et à toutes les autres formes d'intense engagement chrétien.
Protège ton Église et le Successeur de Pierre, auquel Toi, Bon Pasteur, Tu as confié la charge de paître tout ton troupeau. Fais que ton Église fleurisse en Amérique et multiplie ses fruits de sainteté.
Apprends-nous à aimer ta Mère, Marie, comme tu l'as aimée toi-même. Donne-nous le courage d'annoncer ta Parole en nous consacrant à la nouvelle évangélisation pour fortifier l'espérance dans le monde.
Notre-Dame de Guadalupe, Mère de l'Amérique, prie pour nous!
Donné à Mexico, le 22 janvier 1999, en la vingt et unième
année de mon Pontificat.
TABLE
Introduction [1]
L'idée de célébrer cette Assemblée synodale
[2]
Le thème de l'Assemblée [3]
La célébration de l'Assemblée comme expérience
de rencontre [4]
Contribuer à l'unité du continent [5]
Dans le contexte de la nouvelle évangélisation [6]
Avec la présence et l'aide du Seigneur [7]
CHAPITRE I LA RENCONTRE AVEC LE CHRIST VIVANT
Les rencontres avec le Seigneur dans le Nouveau Testament [8]
Rencontres personnelles et rencontres communautaires [9]
La rencontre avec le Christ dans le temps de l'Église [10]
Par Marie, nous rencontrons Jésus [11]
Les lieux de rencontre avec le Christ [12]
CHAPITRE II LA RENCONTRE AVEC LE CHRIST DANS L'AMÉRIQUE D'AUJOURD'HUI
La situation des hommes et des femmes d'Amérique et leur
rencontre avec le Seigneur [13]
L'identité chrétienne de l'Amérique [14]
Fruits de sainteté [15]
La piété populaire [16]
Présence catholique orientale [17]
La place de l'Église dans l'éducation et l'action sociale
[18]
Respect croissant des droits humains [19]
Le phénomène de la mondialisation [20]
L'urbanisation croissante [21]
Le poids de la dette extérieure [22]
La corruption [23]
Le commerce et la consommation de la drogue [24]
La préoccupation pour l'écologie [25]
CHAPITRE III CHEMIN DE CONVERSION
Urgence de l'appel à la conversion [26]
Dimension sociale de la conversion [27]
Conversion permanente [28]
Guidés par l'Esprit Saint vers un nouveau style de vie [29]
Vocation universelle à la sainteté [30]
Jésus, chemin unique vers la sainteté [31]
Pénitence et réconciliation [32]
CHAPITRE IV EN MARCHE VERS LA COMMUNION
L'Église, sacrement de communion [33]
Initiation chrétienne et communion [34]
L'Eucharistie, centre de communion avec Dieu et avec nos frères
[35]
Les Évêques, promoteurs de communion [36]
Une communion plus intense entre les Églises particulières
[37]
Communion fraternelle avec les Églises catholiques orientales
[38]
Le prêtre, signe d'unité [39]
Promouvoir la pastorale des vocations [40]
Renouveler l'institution paroissiale [41]
Les diacres permanents [42]
La vie consacrée [43]
Les fidèles laïcs et le renouveau de l'Église [44]
Dignité de la femme [45]
Défis pour la famille chrétienne [46]
Les jeunes, espérance pour l'avenir [47]
Accompagner l'enfant dans sa rencontre avec le Christ [48]
Éléments de communion avec les autres Églises et
Communautés ecclésiales [49]
Relations de l'Église avec les communautés juives [50]
Religions non chrétiennes [51]
CHAPITRE V ENTRONS DANS LA SOLIDARITÉ
La solidarité, fruit de la communion [52]
La doctrine de l'Église, expression des exigences de la
conversion [53]
La doctrine sociale de l'Église [54]
Mondialisation de la solidarité [55]
Péchés sociaux qui crient vers le ciel [56]
Le fondement ultime des droits humains [57]
L'amour préférentiel pour les pauvres et les exclus [58]
La dette extérieure [59]
La lutte contre la corruption [60]
Le problème de la drogue [61]
La course aux armements [62]
Culture de mort et société dominée par les
puissants [63]
Les peuples autochtones et les Américains d'origine africaine
[64]
La problématique des immigrés [65]
CHAPITRE VI LA MISSION DE L'ÉGLISE AUJOURD'HUI EN AMÉRIQUE: LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION
Envoyés par le Christ [66]
Jésus Christ, « bonne nouvelle » et premier évangélisateur
[67]
La rencontre avec le Christ incite à évangéliser
[68]
Importance de la catéchèse [69]
Évangélisation de la culture [70]
Évangéliser les centres d'éducation [71]
Évangéliser par les moyens de communication sociale [72]
Le défi des sectes [73]
La mission ad gentes [74]
CONCLUSION
Avec espérance et gratitude [75]
Prière à Jésus Christ pour les familles d'Amérique
[76]
(1) L'inscription antique du baptistère de Saint-Jean de Latran
est éloquente à ce sujet: « Virgineo ftu
Genitrix Ecclesia natos quos spirante Deo concipit amne parit »
(E. Diehl, Inscriptiones latinæ christianæ veteres, n.
1513, I.I.: Berolini 1925, p. 289).
(2) Homélie à l'occasion des ordinations diaconales et
sacerdotales à Bogotá (22 août 1968): AAS 60
(1968), pp. 614-615; La Documentation catholique 65 (1968), col.
1541.
(3) N. 17: AAS 85 (1993), p. 820; La Documentation
catholique 89 (1992), p. 1028.
(4) N. 38: AAS 87 (1995), p. 30; La Documentation catholique
91 (1994), p. 1027.
(5) Discours d'ouverture de la IVe Conférence générale
de l'épiscopat latino-américain (Saint-Domingue, 12 octobre
1992), n. 17: AAS 85 (1993), pp. 820-821; La Documentation
catholique 89 (1992), p. 1028.
(6) Lettre apost. Tertio millennio adveniente (10 novembre
1994), n. 21: AAS 87 (1995), p. 17; La Documentation
catholique 91 (1994), p. 1022.
(7) Discours d'ouverture de la IVe Conférence générale
de l'épiscopat latino-américain (Saint-Domingue, 12 octobre
1992), n. 17: AAS 85 (1993), p. 820; La Documentation
catholique 89 (1992), p. 1028.
(8) Cf. Lettre apost. Tertio millennio adveniente (10 novembre
1994), n. 38: AAS 87 (1995), p. 30; La Documentation
catholique 91 (1994), p. 1027.
(9) Discours à l'Assemblée du CELAM (9 mars 1983), III:
AAS 75 (1983), p. 778; La Documentation catholique 80
(1983), p. 438.
(10) Exhortation apost. post-synodale Christifideles laici (30 décembre
1988), n. 34: AAS 81 (1989), p. 454; La Documentation
catholique 86 (1989), p. 172.
(11) Proposition 3.
(12) S. Augustin, Traité sur l'Évangile de Jean
15, 11: CCL 36, 154.
(13) Ibid., 15, 17: l.c., 156.
(14) « Salvator... ascensionis suæ eam (Mariam Magdalenam) ad
apostolos instituit apostolam ». Raban Maur, De vita beatæ
Mariæ Magdalenæ, 27: PL 112, 1574. Cf. S. Pierre
Damien, Sermo 56: PL 144, 820; Hugues de Cluny, Commonitorium:
PL 159, 952; S. Thomas d'Aquin, In Joh. Evang. expositio,
20, 3.
(15) Allocution pour la clôture de l'Année Sainte (25 décembre
1975): AAS 68 (1976), p. 145.
(16) Proposition 9: cf. Conc. cum. Vat. II, Const. past.
sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n.
22.
(17) Encyclique Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 21: AAS
79 (1987), p. 369; La Documentation catholique 84 (1987), pp.
391-392.
(18) Proposition 5.
(19) IIIe Conférence générale de l'épiscopat
latino-américain (Puebla, février 1979), Message aux
peuples de l'Amérique latine, n. 282. Pour les États-Unis
d'Amérique, cf. National Conference of Catholic Bishops, Behold
Your Mother Woman of Faith (Washington 1973), pp. 53-55.
(20) Cf. Proposition 6.
(21) Jean-Paul II, Discours d'ouverture de la IVe Conférence générale
de l'épiscopat latino-américain (Saint-Domingue, 12 octobre
1992), n. 24: AAS 85 (1993), p. 826; La Documentation
catholique 89 (1992), p. 1030.
(22) Cf. National Conference of Catholic Bishops, Behold Your Mother
Woman of Faith (Washington 1973), p. 37.
(23) Cf. Proposition 6.
(24) Proposition 4.
(25) Cf. ibid.
(26) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. sur la sainte Liturgie Sacrosanctum
Concilium, n. 7.
(27) Encycl. Mysterium fidei (3 septembre 1965): AAS 57
(1965), p. 764; La Documentation catholique 62 (1965), col. 1643.
(28) Ibid.: AAS, l.c., p. 766; La Documentation
catholique, l.c., col. 1645.
(29) Proposition 4.
(30) Allocution à la dernière session publique du Concile
Vatican II (7 décembre 1965): AAS 58 (1966), p. 58; La
Documentation catholique 63 (1966), col. 65.
(31) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. Reconciliatio et pænitentia
(2 décembre 1984), n. 16: AAS 77 (1985), pp. 214-217; La
Documentation catholique 82 (1985), pp. 9-10.
(32) Cf. Proposition 61.
(33) Proposition 29.
(34) Cf. Bulle Sacrosancti apostolatus cura (11 août
1670), § 3: Bullarium Romanum, 26VII, 42.
(35) Il faut citer entre autres: les martyrs Jean de Brébeuf et
ses sept compagnons, Roque González et ses deux compagnons; les
saints: Elisabeth Ann Seton, Marguerite Bourgeoys, Pierre Claver, Juan del
Castillo, Rose Philippine Duchesne, Marguerite d'Youville, Francisco
Febres Cordero, Teresa Fernández Solar de los Andes, Juan Macías,
Toribio de Mogrovejo, Ezequiel Moreno Díaz, Jean Népomucène
Neumann, María Ana de Jesús Paredes Flores, Martín de
Porres, Alfonso Rodríguez, Francisco Solano, Francesca Saverio
Cabrini; les bienheureux: José de Anchieta, Pedro de San José
Betancur, Juan Diego, Catherine Drexel, María Encarnación
Rosal, Rafael Guízar Valencia, Dina Bélanger, Alberto
Hurtado Cruchaga, Elías del Socorro Nieves, Maria Francesca di Gesù
Rubatto, Mercedes de Jesús Molina, Narcisa de Jesús Martillo
Morán, Miguel Agustín Pro, María de San José
Alvarado Cardozo, Junípero Serra, Kateri Tekakwitha, Laura Vicuña,
Antônio de Sant'Ana Galvão, et tant d'autres bienheureux qui
sont invoqués avec foi et dévotion par les peuples de l'Amérique
(cf. Instrumentum laboris, n. 17).
(36) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. sur l'Église Lumen
gentium, n. 50.
(37) Proposition 31.
(38) Proposition 30.
(39) N. 37: AAS 87 (1995), p. 29; La Documentation
catholique 91 (1994), p. 1027; cf. Proposition 31.
(40) Proposition 21.
(41) Cf. ibid.
(42) Cf. ibid.
(43) Cf. ibid.
(44) Cf. Proposition 18.
(45) Proposition 19.
(46) Décret sur les Églises orientales catholiques Orientalium
Ecclesiarum, n. 5; cf. Code des Canons des Églises
orientales, can. 28; Proposition 60.
(47) Cf. Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris Mater (25 mars 1987),
n. 34: AAS 79 (1987), p. 406; La Documentation catholique
84 (1987), p. 397; Synode des Évêques, Assemblée spéciale
pour l'Europe, Déclar. Pour que nous soyons témoins du
Christ qui nous a libérés (13 décembre 1991),
III, 7: Enchiridion Vaticanum 13, nn. 647-652; La
Documentation catholique 89 (1992), pp. 128-129.
(48) Cf. Proposition 60.
(49) Cf. Propositions 23 et 24.
(50) Proposition 73.
(51) Proposition 72; cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus
annus (1er mai 1991), n. 46: AAS 83 (1991), p. 850; La
Documentation catholique 88 (1991), pp. 541-542.
(52) Cf. Synode des Évêques, Assemblée spéciale
pour l'Europe, Déclar. Pour que nous soyons témoins du
Christ qui nous a libérés (13 décembre 1991), I,
1; II, 4; IV, 10: Ench. Vat. 13, nn. 613-615; 627-633; 660-669;
La Documentation catholique 89 (1992), pp. 123-124; 125-126;
130-131.
(53) Proposition 72.
(54) Ibid.
(55) Cf. Proposition 74.
(56) Cf. Lettre apost. Octogesima adveniens (14 mai 1971), nn.
8-9: AAS 63 (1971), pp. 406-408; La Documentation catholique
68 (1971), pp. 503-504.
(57) Proposition 35.
(58) Cf. ibid.
(59) Proposition 75.
(60) Cf. Commission pontificale « Justice et Paix », Au
service de la communauté humaine: une approche éthique de la
dette internationale (27 décembre 1986): Ench. Vat. 10,
nn. 1045-1128; La Documentation catholique 84 (1987), pp. 197-205.
(61) Proposition 75.
(62) Proposition 37.
(63) N. 5: AAS 90 (1998), p. 152; La Documentation
catholique 95 (1998), p. 3.
(64) Proposition 38.
(65) Ibid.
(66) Proposition 36.
(67) Cf. ibid.
(68) Synode des Évêques, Deuxième assemblée générale
extraordinaire, Rapport final L'Église, sous la Parole de Dieu,
célébrant les mystères du Christ pour le salut du
monde (7 décembre 1985), II, B, a, 2: Ench. Vat. 9, n.
1795; La Documentation catholique 83 (1986), pp. 38-39.
(69) Proposition 30.
(70) Proposition 34.
(71) Ibid.
(72) Ibid.
(73) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium,
n. 31.
(74) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes,
n. 76; Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici
(30 décembre 1988), n. 42 : AAS 81 (1989), pp. 472-474;
La Documentation catholique 86 (1989), pp. 177-178.
(75) Proposition 26.
(76) Ibid.
(77) Proposition 28.
(78) Ibid.
(79) Ibid.
(80) Proposition 27.
(81) Ibid.
(82) Cf. ibid.
(83) Décret sur la rénovation et l'adaptation de la vie
religieuse Perfectæ caritatis, n. 7. Cf. Jean-Paul II,
Exhort. apost. post-synodale Vita consecrata (25 mars 1996), n. 8:
AAS 88 (1996), p. 382; La Documentation catholique 93
(1996), p. 353.
(84) Proposition 27.
(85) Cf. Proposition 28.
(86) Cf. Proposition 29.
(87) Cf. Lumen gentium, chap. V. Synode des Évêques,
Deuxième Assemblée générale extraordinaire,
Rapport final L'Église, sous la Parole de Dieu, célébrant
les mystères du Christ pour le salut du monde (7 décembre
1985), II, A, 4-5: Ench. Vat. 9, nn. 1791-1793; La
Documentation catholique 83 (1986), p. 38.
(88) Proposition 29.
(89) Ibid.
(90) Proposition 32.
(91) Cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Dies Domini (31 mai 1998),
n. 40: AAS 90 (1998), p. 738; La Documentation catholique 95
(1998), pp. 668-669.
(92) Proposition 33.
(93) Cf. Encycl. Redemptor hominis (4 mars 1979), n. 20: AAS
71 (1979), pp. 309-316; La Documentation catholique 76 (1979), pp.
317-318.
(94) Proposition 33.
(95) Ibid.
(96) Ibid.
(97) Proposition 40; cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm.
Lumen gentium, n. 2.
(98) Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux évêques
de l'Église catholique sur certains aspects de l'Eglise comprise
comme communion Communionis notio (28 mai 1992), nn. 3-6: AAS
85 (1993), pp. 839-841; La Documentation catholique 89 (1992),
p. 730.
(99) Proposition 40.
(100) Ibid.
(101) Conc. cum. Vat. I, Const. dogm. sur l'Église du
Christ Pastor æternus, Prologue: DS 3051.
(102) Conc. cum. de Florence, Bulle d'union Exultate Deo
(22 novembre 1439): DS 1314.
(103) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.
11.
(104) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décr. sur le ministère
et la vie des prêtres Presbyterorum ordinis, n. 5.
(105) Proposition 41.
(106) Ibid.
(107) Cf. Conc. cum. de Trente, Sess. VII, Décret sur
les sacrements en général, canon 9: DS 1609.
(108) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium,
n. 26.
(109) Cf. Jean-Paul II, Encycl. Redemptor hominis (4 mars 1979),
n. 20: AAS 71 (1979), pp. 309-316; La Documentation catholique
76 (1979), pp. 317-318.
(110) Proposition 42; cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Dies
Domini (31 mai 1998), n. 69: AAS 90 (1998), pp. 755-756; La
Documentation catholique 95 (1998), p. 676.
(111) Proposition 41.
(112) Proposition 42; cf. Conc. cum. Vat. II, Const. Sacrosanctum
Concilium, n. 14; Const. dogm. Lumen gentium, n. 10.
(113) Cf. Proposition 42.
(114) Proposition 41.
(115) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décr. sur l'apostolat des laïcs
Apostolicam actuositatem, n. 8.
(116) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.
23.
(117) Cf. Décr. sur la charge pastorale des Évêques
dans l'Église Christus Dominus, n. 27; Décr. Presbyterorum
ordinis, n. 7. Paul VI, Motu proprio Ecclesiæ Sanctæ
(6 août 1966), I, nn. 15-17: AAS 58 (1966), pp. 766-767;
La Documentation catholique 63 (1966), col. 1450-1451; Code de
Droit canonique, canons 495, 502, 511; Code des Canons des Églises
orientales, canons 264, 271, 272.
(118) Proposition 43.
(119) Cf. Proposition 45.
(120) Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux évêques
de l'Eglise catholique sur certains aspects de l'Eglise comprise comme
communion Communionis notio (28 mai 1992), nn. 15-16: AAS 85
(1993), pp. 847-848; La Documentation catholique 89 (1992), pp.
732-733.
(121) Cf. ibid.
(122) Cf. Proposition 44.
(123) Ibid.
(124) Ibid.
(125) Cf. Proposition 60.
(126) Proposition 49.
(127) Ibid.
(128) Ibid.; cf. Conc. cum. Vat. II, Décret Presbyterorum
ordinis, n. 14.
(129) Proposition 49.
(130) Ibid.
(131) Cf. Proposition 51.
(132) Proposition 48.
(133) Proposition 51.
(134) Proposition 52.
(135) Cf. ibid.
(136) Cf. ibid.
(137) Cf. Proposition 46.
(138) Ibid.
(139) Ibid.
(140) Proposition 35.
(141) Cf. IVe Conférence générale de l'épiscopat
latino-américain (Saint-Domingue, octobre 1992), Nouvelle évangélisation,
promotion humaine et culture chrétienne, n. 58.
(142) Cf. Jean-Paul II, Encycl. Redemptoris missio (7 décembre
1990), n. 51: AAS 83 (1991), pp. 298-299; La Documentation
catholique 88 (1991), p. 172.
(143) Proposition 35.
(144) Cf. Proposition 46.
(145) Ibid.
(146) Cf. Const. dogm. Lumen gentium, n. 29; Paul VI, Motu
proprio Sacrum diaconatus ordinem (18 juin 1967), I, 1: AAS
59 (1967), p. 699; La Documentation catholique 64 (1967), col.
1281.
(147) Proposition 50.
(148) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.
29.
(149) Cf. Proposition 50; Congrégation pour l'Éducation
catholique et Congrégation pour le Clergé, Normes
fondamentales pour la formation des diacres permanents et Directoire
pour le ministère et la vie des diacres permanents (22 février
1998): AAS 90 (1998), pp. 843-926; La Documentation catholique
95 (1998), pp. 409-447.
(150) Cf. Proposition 53.
(151) Ibid.; cf. IIIe Conférence générale
de l'Épiscopat latino-américain (Puebla, février
1979), Message aux peuples de l'Amérique latine, n. 775.
(152) Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Vita consecrata
(25 mars 1996), n. 57: AAS 88 (1996), pp. 429-430; La
Documentation catholique 93 (1996), p. 373.
(153) Cf. ibid., n. 58: l.c., p. 430; La
Documentation catholique, l.c., p. 373.
(154) Proposition 53.
(155) Ibid.
(156) Proposition 54.
(157) Ibid.
(158) Cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium,
n. 31.
(159) Proposition 55; cf. Conc. cum. Vat. II, Const. dogm.
Lumen gentium, n. 34.
(160) Proposition 55.
(161) Cf. ibid.
(162) Proposition 56.
(163) Cf. Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30
décembre 1988), n. 23: AAS 81 (1989), pp. 429-433; La
Documentation catholique 86 (1989), pp. 164-165.
(164) Cf. Congrégation pour le Clergé et autres, Instr.
Ecclesiæ de mysterio (15 août 1997): AAS 89
(1997), pp. 852-877; La Documentation catholique 94 (1997), pp.
1009-1020.
(165) Proposition 56.
(166) Ibid.
(167) Cf. Lettre apost. Mulieris dignitatem (15 août
1988): AAS 80 (1988), pp. 1653-1729; La Documentation
catholique 85 (1988), pp. 1063-1088; Lettre aux femmes (29
juin 1995): AAS 87 (1995), pp. 803-812; La Documentation
catholique 92 (1995), pp. 717-722; Proposition 11.
(168) Lettre apost. Mulieris dignitatem (15 août 1988), n.
31: AAS 80 (1988), p. 1728; La Documentation catholique 85
(1988), p. 1088.
(169) Proposition 11.
(170) Ibid.
(171) Ibid.
(172) Ibid.
(173) Cf. Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles
laici (30 décembre 1988), n. 49: AAS 81 (1989), pp.
486-489; La Documentation catholique 86 (1989), pp. 181-182.
(174) Proposition 12.
(175) Ibid.
(176) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.
11.
(177) Ibid.
(178) Cf. Proposition 12.
(179) Proposition 14.
(180) Ibid.
(181) Cf. ibid.
(182) Proposition 15.
(183) Ibid.
(184) Ibid.
(185) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décret sur l'cuménisme
Unitatis redintegratio, n. 3.
(186) Proposition 61.
(187) Ibid.
(188) Décret Unitatis redintegratio, n. 3.
(189) Cf. Proposition 62.
(190) Cf. Synode des Évêques, Assemblée spéciale
pour l'Europe, Décl. Pour que nous soyons témoins du
Christ qui nous a libérés (13 décembre 1991),
III, 8: Ench. Vat. 13, nn. 653-655; La Documentation
catholique 89 (1992), p. 129.
(191) Proposition 62.
(192) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décl. sur les relations de l'Église
avec les religions non chrétiennes Nostra ætate, n.
2.
(193) Cf. Proposition 63.
(194) Ibid.
(195) Proposition 67.
(196) Cf. ibid.
(197) Proposition 68.
(198) Ibid.
(199) Proposition 69.
(200) Cf. Synode des Évêques, Deuxième Assemblée
générale extraordinaire, Rapport final L'Église,
sous la Parole de Dieu, célébrant les mystères du
Christ pour le salut du monde (7 décembre 1985), II, B, a, 4:
Ench. Vat. 9, n. 1797, La Documentation catholique 83
(1986), p. 39; Jean-Paul II, Const. apost. Fidei depositum (11
octobre 1992): AAS 86 (1994), p. 117, La Documentation
catholique 90 (1993), p. 2-3; Catéchisme de l'Église
catholique, n. 24.
(201) Proposition 69.
(202) Proposition 74.
(203) Ibid.
(204) Cf. Proposition 67.
(205) Proposition 70.
(206) Ibid.
(207) Cf. Proposition 73.
(208) Cf. Proposition 70.
(209) Proposition 72.
(210) Ibid.
(211) Ibid.
(212) IIIe Conférence générale de l'Épiscopat
latino-américain (Puebla, février 1979), Message aux
peuples de l'Amérique latine, n. 306.
(213) Proposition 73.
(214) Cf. Congrégation pour la doctrine de la foi, Instr. sur la
liberté chrétienne et la libération Libertatis
conscientia (22 mars 1986), n. 68: AAS 79 (1987), pp. 583-584;
La Documentation catholique 83 (1986), p. 404.
(215) Proposition 73.
(216) Cf. Proposition 75.
(217) Lettre apost. Tertio millennio adveniente (10 novembre
1994), n. 51: AAS 87 (1995), p. 36; La Documentation
catholique 91 (1994), p. 1030.
(218) Proposition 75.
(219) Ibid.
(220) Proposition 37.
(221) Cf. ibid.; sur la publication de ces textes, cf. JeanPaul
II, Motu proprio Apostolos suos (21 mai 1998), n. IV: AAS 90
(1998), p. 657; La Doumentation catholique 95 (1998), pp. 757-758.
(222) Cf. Proposition 38.
(223) Cf. ibid.
(224) Cf. ibid.
(225) Cf. ibid.
(226) Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Document
Le commerce international des armes. Une réflexion éthique
(1er mai 1994): Ench. Vat. 14, nn. 1071-1154; La Documentation
catholique 91 (1994), pp. 658-668.
(227) Cf. Proposition 76.
(228) Ibid.
(229) Catéchisme de l'Église catholique, n. 2267,
qui cite l'encyclique Evangelium vitæ, n. 56.
(230) Cf. Proposition 13.
(231) Cf. ibid.
(232) Cf. ibid.
(233) Ibid.
(234) Cf. Proposition 19.
(235) Cf. Proposition 18.
(236) Proposition 20.
(237) Cf. S. Congrégation pour les Evêques, Instr. Nemo
est (22 août 1969), n. 16: AAS 61 (1969), pp. 621-622;
La Documentation catholique 67 (1970), p. 62; Code de Droit
canonique, cann. 294 et 518; Code des Canons des Eglises
orientales, can. 280, § 1.
(238) Cf. ibid.
(239) Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles
laici (30 décembre 1988), n. 33: AAS 81 (1989), p. 453;
La Documentation catholique 86 (1989), pp. 171-172.
(240) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.
31.
(241) Jean-Paul II, Exhort. apost. post-synodale Christifideles
laici (30 décembre 1988), n. 34: AAS 81 (1989), p. 455;
La Documentation catholique 86 (1989), pp. 172-173.
(242) Cf. ibid., n. 2: AAS, l.c., pp. 394-397;
La Documentation catholique, l.c., pp. 153-154.
(243) Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), n. 14: AAS 68 (1976), p. 13; La Documentation
catholique 73 (1976), p. 3.
(244) Cf. Exhort. apost. post-synodale Christifideles laici (30
décembre 1988), n. 34: AAS 81 (1989), p. 455; La
Documentation catholique 86 (1989), pp. 172-173.
(245) Discours à l'Assemblée du CELAM (9 mars 1983), III:
AAS 75 (1983), p. 778; La Documentation catholique 80
(1983), p. 438.
(246) Cf. Paul VI, Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), n. 22: AAS 68 (1976), p. 20; La Documentation
catholique 73 (1976), p. 5.
(247) Cf. ibid., n. 7: AAS, l.c., pp. 9-10; La
Documentation catholique, l.c., p. 2.
(248) Jean-Paul II, Message au CELAM (14 septembre 1997), n. 6: L'Osservatore
Romano, 1er octobre 1997, p. 4; La Documentation catholique 94
(1997), p. 909.
(249) Proposition 8.
(250) Cf. Proposition 57.
(251) Cf. Proposition 16.
(252) Ibid.
(253) Proposition 2.
(254) Ibid.
(255) Ibid.
(256) Proposition 10.
(257) Rapport final L'Église, sous la Parole de Dieu, célébrant
les mystères du Christ pour le salut du monde (7 décembre
1985), II, B, a, 4: Ench. Vat. 9, n. 1797, La Documentation
catholique 83 (1986), p. 39.
(258) Cf. Lettre apost. Lætamur magnopere (15 août
1997): AAS 89 (1997), pp. 819-821; La Documentation catholique
94 (1997), pp. 851-854.
(259) Congr. pour le Clergé, Directoire général
pour la catéchèse (15 août 1997), Librairie éditrice
du Vatican, 1997.
(260) Proposition 10.
(261) Ibid.
(262) Ibid.
(263) Exhort. apost. Evangelii nuntiandi (8 décembre
1975), n. 20: AAS 68 (1976), p. 19; La Documentation
catholique 73 (1976), p. 4.
(264) Proposition 17.
(265) Cf. ibid.
(266) Cf. ibid.
(267) Cf. Proposition 22.
(268) Proposition 23.
(269) Cf. ibid.
(270) Ibid.
(271) Proposition 24.
(272) Ibid.
(273) Ibid.
(274) Cf. Proposition 22.
(275) Cf. ibid.
(276) Ibid.
(277) Cf. Proposition 25.
(278) Cf. ibid.
(279) Cf. ibid.
(280) Cf. Instrumentum laboris, n. 45.
(281) Cf. Décret Unitatis redintegratio, n. 3.
(282) Cf. Proposition 64.
(283) Cf. Conc. cum. Vat. II, Décr. sur l'cuménisme
Unitatis redintegratio, n. 3.
(284) Cf. Proposition 65.
(285) Ibid.
(286) Cf. IVe Conférence générale de l'Épiscopat
latino-américain (Saint-Domingue, octobre 1992), Nouvelle évangélisation,
promotion humaine et culture chrétienne, nn. 139-152.
(287) Cf. Proposition 65.
(288) Cf. Proposition 86.
(289) Ibid.
(290) Proposition 58.
(291) Ibid.
(292) Ibid.
(293) Cf. ibid.
(294) Conc. cum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n.
11.
(295) Proposition 12.
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Vaticana
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