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LETTRE APOSTOLIQUE
LES GRANDS MYSTÈRES
DE SA SAINTETÉ
JEAN-PAUL II
A TOUS LES PATRIARCHES,
ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES
DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
 

 

Chers Frères dans l'épiscopat,

Les grands mystères de notre salut que nous venons de célébrer ces jours derniers nous ont rappelé à quel prix nous avons été rachetés par le Christ « livré pour nos fautes et ressuscité pour notre justification »[1]. L'Église tout entière a chanté son « Alleluia », joyeuse de se savoir porteuse du message de vie et d'espérance que Pâques propose à l'humanité.

Mais la conscience de la victoire du Christ sur les ténèbres rend encore plus vive notre préoccupation de savoir tant de nos frères toujours affrontés au mal sous toutes ses formes, en particulier à la guerre et à ses terribles conséquences. C'est pourquoi mon cœur s'étreint à la pensée du drame que, depuis dix ans maintenant, vit le Liban.

Le Liban est aujourd'hui un objet de souffrance pour le monde et pour l'Église, car des frères en humanité y souffrent et regardent avec angoisse l'avenir. Je viens d'adresser à tous les Libanais un Message dans lequel j'ai tenu à redire ma confiance dans le Liban et en tous ses citoyens désireux de donner naissance à un pays à la fois nouveau et fidèle à son précieux patrimoine spirituel.

Ce Message, je désire qu'il devienne celui de toute l'Église, et c'est pourquoi je le soumets à votre considération, Vénérables Frères, pour que vous le fassiez connaître à vos communautés, qu'il alimente la prière et fasse réfléchir tous les hommes amis de la paix et de la vérité sur le drame d'un peuple qui a trop longtemps souffert de la violence.

Comme chrétiens, nous ne pouvons qu'être artisans de paix, de cette paix que chantent les Béatitudes, de cette paix à la fois don et tâche qui est l'œuvre de chacun.

Mais cette solidarité devient un devoir plus impérieux encore quand ceux qui souffrent sont aussi des frères chrétiens. Ils doivent savoir que nous partageons spirituellement leur sort en ayant conscience que nous appartenons à une même famille. Nous ne les oublions pas. Bien plus, nous comptons sur eux, et sur leur présence dans un Liban démocratique, ouvert aux autres, en dialogue avec les cultures et les religions, qui est seul capable de survivre et d'assurer leur existence dans la liberté et la dignité.

En outre, le développement de la chrétienté au Liban conditionne la présence des minorités chrétiennes au Moyen-Orient : de cela le Pape et l'Église universelle sont conscients. Chaque communauté chrétienne de par le monde voudrait sans doute apporter sa propre contribution à la sauvegarde de ces Églises orientales qui ont été le berceau de notre foi et à qui nous devons tant : elles peuvent compter sur l'appui moral et spirituel de l'Église catholique tout entière.

C'est la raison pour laquelle, Vénérables Frères, je vous invite à prier et à faire prier pour nos frères chrétiens libanais : qu'ils aient le courage de croire en l'avenir et donc qu'ils se resserrent toujours davantage autour de leurs Évêques pour porter en Église le nom de Dieu à leurs concitoyens. Dans un Liban encore en proie à des divisions et à des exclusives de toute sorte, il est primordial que la communauté chrétienne apparaisse comme ferment d'unité et de réconciliation.

Prions aussi pour nos frères les Libanais non chrétiens qui ont écrit avec leurs concitoyens professant la foi au Christ l'histoire du Liban, terre de rencontre et de dialogue. Comment des hommes vivant sur la même terre et se reconnaissant fils d'un même Dieu ne finiraient-ils pas par dépasser les tristes épisodes de violence et de vengeance pour regarder ensemble vers un avenir à construire? Quel désastre pour le monde si les uns et les autres en venaient à s'exclure au nom de la religion ! Pour leur part, les chrétiens du monde arabe se sont toujours sentis chez eux dans cette région où ils ont contribué la diffusion d'un message de culture et de progrès dont tous ont été les bénéficiaires.

Prions enfin le Seigneur pour qu'Il inspire les amis du Liban à travers le monde, en particulier ceux qui assument des responsabilités au niveau des décisions politiques. Que personne ne cède à la lassitude mais que tous soient disposés à continuer à aider le Liban à retrouver sa physionomie originale ! Tous ceux qui aiment ce pays doivent aider les Libanais à le reconstruire par leurs propres efforts, autour des légitimes autorités : cela ne peut advenir que si chacun est prêt, au Liban et ailleurs, à sacrifier ses propres intérêts pour que triomphe le bien commun.

Ce sont ces réflexions que je vous confie, Vénérables Frères, pour que ce Message envoyé aux Libanais soit aussi celui que vous-mêmes et ceux dont vous avez la charge pastorale leur adressez. Comme nos premiers frères dans la foi qui, après la Résurrection du Seigneur, étaient « tous assidus à la prière ... avec Marie, mère de Jésus »[2], nous nous unissons à la supplication de l'Église au Liban pour que lui soit donnée la grâce de puiser dans la croix du Christ qu'elle porte en sa chair la force de vivre l'aujourd'hui de Dieu et son idéal de fraternité et de réconciliation. Nous désirons aussi redire notre estime aux Libanais non chrétiens et nous prions Dieu de les éclairer pour qu'ils sachent résister à la tentation des séparations, et de la méfiance qu'elles engendrent si facilement.

Que Dieu donne à chacun assez de courage et de foi pour que l'homme soit vainqueur des ténèbres! Ce ne sera d'ailleurs pas la première fois que les Libanais auront défié l'épreuve et l'incertitude.

C'est à l'intercession de la Vierge très sainte que nous confions ces vœux et ces prières pour que le Liban redevienne bientôt pour les peuples de la région et du monde un signe d'espérance offert à tous.

Avec une particulière affection dans le Seigneur, je vous accorde ma Bénédiction Apostolique.

Du Vatican, le 1er mai 1984.

 

IOANNES PAULUS PP. II

 

 

© Copyright 1984 -  Libreria Editrice Vaticana

 

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