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LETTRE APOSTOLIQUE MULIERIS DIGNITATEM DU
SOUVERAIN PONTIFE JEAN-PAUL II SUR LA DIGNITÉ ET LA VOCATION DE
LA FEMME À L'OCCASION DE L'ANNÉE MARIALE
Vénérables Frères, chers Fils et Filles, salut
et Bénédiction Apostolique!
I
INTRODUCTION
Un signe des temps
1. LA DIGNITÉ DE LA FEMME et sa vocation _ objets constants de la réflexion
humaine et chrétienne _ ont pris ces dernières années un
relief tout à fait particulier. On le constate, entre autres, dans
les interventions du Magistère de l'Eglise, reprises par divers
documents du Concile Vatican II, qui a ensuite affirmé dans son
Message final: «L'heure vient, l'heure est venue où la vocation de
la femme s'accomplit en plénitude, l'heure où la femme acquiert
dans la cité une influence, un rayonnement, un pouvoir jamais atteints
jusqu'ici. C'est pourquoi, en ce moment où l'humanité connaît
une si profonde mutation, les femmes imprégnées de l'esprit de
l'Evangile peuvent tant pour aider l'humanité à ne pas déchoir»(1).
Les paroles de ce Message résument ce qui avait déjà
été exprimé par l'enseignement du Concile, notamment dans
la constitution pastorale Gaudium et spes(2) et dans le décret
sur l'apostolat des laïcs Apostolicam actuositatem(3).
De semblables prises de position s'étaient manifestées au
cours de la période pré-conciliaire, par exemple dans de nombreux
discours du Pape Pie XII(4) et dans l'encyclique Pacem in terris
du Pape Jean XXIII(5). Après le Concile Vatican II, mon prédécesseur
Paul VI a souligné le sens de ce «signe des temps» en
conférant le titre de Docteur de l'Eglise à sainte Thérèse
de Jésus et à sainte Catherine de Sienne(6), et en instituant
aussi, à la demande de l'Assemblée du Synode des Evêques de
1971, une Commission ad hoc dont le but était l'étude des
problèmes contemporains concernant la «promotion effective de la
dignité et de la responsabilité des femmes»(7). Dans un
de ses discours, Paul VI dit entre autres: «Dans le christianisme en effet,
plus que dans toute autre religion, la femme a dès les origines un statut
spécial de dignité, dont des aspects nombreux et marquants sont
attestés dans le Nouveau Testament [...]; il apparaît avec évidence
que la femme est appelée à faire partie de la structure vivante et
opérante du christianisme d'une façon si importante qu'on n'en a
peut-être pas encore discerné toutes les virtualités»(8).
Les Pères de la récente Assemblée du Synode des Evêques
(octobre 1987), consacrée à «la vocation et la mission des laïcs
dans l'Eglise et dans le monde vingt ans après le Concile Vatican II»,
se sont à nouveau préoccupés de la dignité et du rôle
de la femme. Ils ont notamment souhaité que soient approfondis les
fondements anthropologiques et théologiques nécessaires pour résoudre
les problèmes relatifs au sens et à la dignité de la femme
et de l'homme. Il s'agit de comprendre la raison et les conséquences de
la décision du Créateur selon laquelle l'être humain existe
toujours et uniquement comme femme et comme homme. C'est seulement à
partir de ces fondements, qui permettent de saisir la profondeur de la dignité
et de la vocation de la femme, que l'on peut parler de sa présence active
dans l'Eglise et dans la société.
Tel est le sujet que j'entends traiter dans le présent document.
L'exhortation post-synodale qui sera publiée après ce document présentera
des propositions d'ordre pastoral sur la place de la femme dans l'Eglise et dans
la société, propositions sur lesquelles les Pères synodaux
ont poursuivi des réflexions importantes, après avoir étudié,
entre autres, les témoignages des Auditeurs laïcs _ femmes et hommes
_ venus des Eglises particulières de tous les continents.
L'Année Mariale
2. Le dernier Synode s'est déroulé durant l'Année
mariale, qui donne une impulsion particulière à l'étude
de ce thème, comme le signale également l'encyclique Redemptoris
Mater(9). Cette encyclique développe et actualise l'enseignement du
Concile Vatican II contenu dans le chapitre VIII de la constitution dogmatique
sur l'Eglise Lumen gentium. Ce chapitre porte un titre significatif: «La
bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ
et de l'Eglise». Marie _ la «femme» de la Bible (cf. Gn
3, 15; Jn 2, 4; 19, 26) _ appartient intimement au mystère
salvifique du Christ, et c'est pourquoi elle est présente aussi d'une façon
spéciale dans le mystère de l'Eglise. «L'Eglise étant,
dans le Christ, en quelque sorte le sacrement [...] de l'union intime avec Dieu
et de l'unité de tout le genre humain»(10), la présence spéciale
de la Mère de Dieu dans le mystère de l'Eglise nous permet de
penser au lien exceptionnel entre cette «temme» et la famille
humaine tout entière. Il s'agit ici de chacun et de chacune, de tous
les fils et toutes les filles du genre humain, en qui est mis en oeuvre, à
travers les générations, l'héritage fondamental de
toute l'humanité qui est lié au mystère du «commencement»
biblique: «Dieu créa l'homme à son image, à l'image de
Dieu il le créa, homme et femme il les créa» (Gn 1,
27)(11).
Cette vérité éternelle sur l'être
humain, homme et femme, _ vérité qui est aussi inscrite de façon
immuable dans l'expérience de tous _ constitue en même temps
le mystère qui «ne s'éclaire vraiment que dans le [...] Verbe
incarné». Le Christ «manifeste pleinement l'homme à
lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation»,
comme l'enseigne le Concile(12). Dans ce fait de «manifester l'homme à
lui-même», ne faut-il pas entrevoir une place particulière
pour la «femme» que fut la Mère du Christ? Le «message»
du Christ contenu dans l'Evangile, et qui a pour toile de fond toute
l'Ecriture, Ancien et Nouveau Testaments, ne peut-il dire beaucoup à
l'Eglise et à l'humanité sur la dignité et la vocation de
la femme?
C'est précisément ce qui veut être la trame du présent
document, qui s'inscrit dans le contexte plus large de l'Année mariale,
alors qu'approchent la fin du deuxième millénaire depuis la
naissance du Christ et le début du troisième. Il me semble qu'il
est préférable de donner à ce document le style et le
caractère d'une méditation.
II
FEMME - MÈRE DE DIEU (THÉOTOKOS)
Union à Dieu
3. «Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils,
né d'une femme». Par ces paroles de la Lettre aux Galates
(4, 4), l'Apôtre Paul unit entre eux les moments principaux qui déterminent
fondamentalement l'accomplissement du mystère qui était «d'avance
arrêté en Dieu» (cf. Ep 1, 9). Le Fils, Verbe
consubstantiel au Père, naît d'une femme, comme homme, quand vient «la
plénitude du temps». Cet événement conduit au
sommet de l'histoire de l'homme sur la terre, entendue comme histoire du
salut. Il est significatif que l'Apôtre ne désigne pas la Mère
du Christ par son nom propre, «Marie», mais la désigne comme «femme»:
cela établit une concordance avec les paroles du protévangile dans
le Livre de la Genèse (cf. 3, 15). Cette «femme», précisément,
est présente en l'événement central du salut, qui détermine
la «plénitude du temps»: cet événement se réalise
en elle et par elle.
Ainsi commence l'événement central, l'événement
clé dans l'histoire du salut, la Pâque du Seigneur. Toutefois,
il vaut peut-être la peine de le considérer de nouveau à
partir de l'histoire spirituelle de l'homme en son sens le plus large, comme
elle s'exprime à travers les diverses religions du monde. Référons-nous
ici aux paroles du Concile Vatican II: «Les hommes attendent des
diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la
condition humaine, qui, hier comme aujourd'hui, troublent profondément le
coeur humain: qu'est-ce que l'homme? Quel est le sens et le but de sa vie?
Qu'est-ce que le bien et qu'est-ce que le péché? Quels sont
l'origine et le but de la souffrance? Quelle est la voie pour parvenir au vrai
bonheur? Qu'est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après
la mort? Qu'est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui
entoure notre existence, d'où nous tirons notre origine et vers
lequel nous tendons?»(13). «Depuis les temps les plus reculés
jusqu'à aujourd'hui, on trouve dans les différents peuples une
certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente
au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même
une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore du Père»(14).
A partir de ce vaste panorama, qui fait ressortir les aspirations de
l'esprit humain en recherche de Dieu _ allant parfois «comme à tâtons»
(cf. Ac 17, 27) _, la «plénitude du temps» dont parle
Paul dans sa Lettre met en relief la réponse de Dieu lui-même,
de Celui en qui «nous avons la vie, le mouvement et l'être»
(cf. Ac 17, 28). C'est le Dieu qui, «après avoir, à maintes
reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les
prophètes, dans les derniers temps nous a parlé par le Fils»
(cf. He 1, 1-2). L'envoi de ce Fils, consubstantiel au Père,
comme homme «né d'une femme», constitue l'étape culminante
et définitive de la révélation que Dieu tait de lui-même
à l'humanité. Cette révélation possède en
même temps un caractère salvifique, comme l'enseigne un
autre texte du Concile Vatican II: «Il a plu à Dieu dans sa sagesse
et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître
le mystère de sa volonté (cf. Ep 1, 9) grâce auquel
les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l'Esprit
Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature
divine (cf. Ep 2, 18; 2 P 1, 4)»(15).
La femme se trouve au coeur de cet événement salvifique.
La révélation que Dieu fait de lui-même, à savoir
l'unité insondable de la Trinité, est contenue pour l'essentiel
dans l'Annonciation de Nazareth. «Voici que tu concevras dans ton
sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus. Il sera
grand, et sera appelé Fils du Très-Haut» _ «Comment cela
sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme?» _ «L'Esprit Saint
viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre;
c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de
Dieu ... Car rien n'est impossible à Dieu» (Lc 1,
31-37)(16).
I1 est facile de comprendre cet événement dans la
perspective de l'histoire d'Israël, le peuple élu dont Marie est
la fille, mais il est facile aussi de le comprendre dans la perspective de tous
les chemins sur lesquels l'humanité cherche depuis toujours une réponse
aux questions fondamentales et en même temps définitives qui l'obsèdent
le plus. Ne trouve-t-on pas dans l'Annonciation de Nazareth le début de
la réponse définitive par laquelle Dieu même va
au-devant de l'inquiétude du coeur humain?(17) Il ne s'agit pas
seulement ici de paroles de Dieu révélées par les prophètes,
mais, au moment de cette réponse, le Verbe se fait réellement
chair (cf. Jn 1, 14). Marie atteint ainsi une telle union à
Dieu qu'elle dépasse toutes les attentes de l'esprit humain. Elle dépasse
même les attentes de tout Israël et, en particulier, des filles de ce
peuple élu, qui, en vertu de la promesse, pouvaient espérer que
l'une d'entre elles deviendrait un jour la mère du Messie. Qui parmi
elles, toutefois, pouvait supposer que le Messie promis serait le «Fils du
Très-Haut»? A partir de la foi monothéiste au temps de
l'Ancien Testament, c'était difficilement envisageable. Ce n'est que par
la force de l'Esprit Saint «venu sur elle» que Marie pouvait accepter
ce qui est «impossible aux hommes mais possible à Dieu» (cf.
Mc 10, 27).
Théotokos
4. Ainsi la «plénitude du temps» manifeste la dignité
extraordinaire de la «femme». Cette dignité consiste, d'une
part, dans l'élévation surnaturelle à l'union à
Dieu en Jésus Christ, qui détermine la finalité
profonde de l'existence de tout homme tant sur la terre que dans l'éternité.
De ce point de vue, la «femme» est la représentante et l'archétype
de tout le genre humain: elle représente l'humanité qui
appartient à tous les êtres humains, hommes et femmes. Mais,
d'autre part, l'événement de Nazareth met en relief une forme
d'union à Dieu qui ne peut appartenir qu'à la «femme»,
à Maríe: l'union entre la mère et son fils. La Vierge de Nazareth devient en effet la Mère de Dieu.
Cette vérité, reçue dès le début par la
foi chrétienne, a été formulée de façon
solennelle par le Concile d'Ephèse (en l'an 431)(18). S'opposant à
l'opinion de Nestorius, pour qui Marie était exclusivement la mère
de Jésus-homme, ce concile mit en relief le sens profond de la maternité
de la Vierge Marie. Au moment de l'Annonciation, en répondant par son «fiat»,
Marie concut un homme qui était Fils de Dieu, consubstantiel au Père.
Elle est donc vraiment la Mère de Dieu, car la maternité
concerne toute la personne et pas seulement le corps, ni même
seulement la «nature» humaine. Ainsi le nom de «Théotokos»
_ Mère de Dieu _ devint le nom propre de l'union à Dieu
accordée à la Vierge Marie.
L'union particulière de la «Théotokos» avec Dieu,
qui réalise de la manière la plus éminente la prédestination
surnaturelle à l'union avec le Père qui est accordée à
tout homme (filii in Filio), est grâce pure et, comme telle, un
don de l'Esprit. Mais en même temps, par une réponse de foi,
Marie exprime sa libre volonté, et donc l'entière participation du
«moi» personnel et féminin à l'événement
de l'Incarnation Par son «fiat», Marie devient le sujet
authentique de l'union à Dieu qui s'est réalisée dans
le mystère de l'Incarnation du Verbe consubstantiel au Père. Toute
l'action de Dieu dans l'histoire des hommes respecte toujours la libre volonté
du «moi» humain. Il en est de même dans l'Annonciation de
Nazareth.
«Servir veut dire régner»
5. Cet événement possède un caractère
interpersonnel très clair: c'est un dialogue. Nous ne le comprenons
pas entièrement si nous ne centrons pas tout l'entretien entre l'Ange et
Marie sur la salutation: «comblée de grâce»(19). Tout le
dialogue de l'Annonciation dévoile la dimension essentielle de l'événement:
la dimension surnaturelle (***). Mais la grâce ne laisse jamais la
nature de côté, elle ne l'annule pas non plus; au contraire, elle
la perfectionne et l'ennoblit. La «plénitude de grâce»
accordée à la Vierge de Nazareth en vue de sa qualité
de «Théotokos»
signifie donc en même temps la plénitude de la perfection
de «ce qui est caractéristique de la femme», de «ce
qui est féminin». Nous nous trouvons ici, en un sens, au point
central, à l'archétype de la dignité personnelle de la
femme.
Lorsque Marie répond aux paroles du messager céleste par son «fiat»,
la «comblée de grâce» sent le besoin d'exprimer son
rapport personnel avec le don qui lui a été révélé,
et elle dit: «Je suis la servante du Seigneur» (Lc 1, 38). On
ne saurait priver cette phrase de son sens profond, ni l'atténuer, en
l'isolant artificiellement de tout le contexte de l'événement et
de tout le contenu de la vérité révélée sur
Dieu et sur l'homme. L'expression «servante du Seigneur» traduit toute
la conscience qu'a Marie d'être une créature par rapport à
Dieu. Toutefois, le mot «servante», vers la fin du dialogue de
l'Annonciation, s'inscrit dans toute la perspective de l'histoire de la Mère
et de son Fils. En effet, ce Fils, qui est vraiment et
consubstantiellement «Fils du Très-Haut», dira souvent de lui-même,
surtout au point culminant de sa mission: «Le Fils de l'homme n'est pas
venu pour être servi, mais pour servir» (Mc 10, 45).
Le Christ a toujours conscience en lui-même d'être le «serviteur
du Seigneur», selon la prophétie d'Isaïe (cf. 42, 1; 49, 3. 6;
52, 13), qui exprime l'essentiel de sa mission messianique, il a conscience d'être
le Rédempteur du monde. Marie, elle, dès le premier
instant de sa maternité divine, de son union à son Fils que «le
Père a envoyé dans le monde pour que le monde soit sauvé
par lui» (cf. Jn 3, 17), entre dans le service messianique du
Christ(20). C'est précisément ce service qui constitue le
fondement même du Règne dans lequel «servir veut dire régner»(21).
Le Christ, «Serviteur du Seigneur», manifestera à tous la
dignité royale du service, à laquelle la vocation de tout homme
est étroitement liée.
Ainsi donc, considérer la réalité femme-Mère de
Dieu est une excellente façon de nous faire entrer dans la présente
méditation de l'Année mariale. Cette réalité détermine
aussi la perspective essentielle de la réflexion sur la dignité
et sur la vocation de la femme. En pensant, en disant ou en faisant quelque
chose qui concerne la dignité et la vocation de la femme, la pensée,
le coeur et l'action ne doivent pas se détourner de cette perspective. La
dignité de tout être humain et la vocation qui lui correspond
trouvent leur mesure définitive dans l'union à Dieu. Marie
_ la femme de la Bible _ est l'expression la plus accomplie de cette dignité
et de cette vocation. En effet, tout-être humain, masculin ou féminin,
créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, ne peut
s'épanouir que dans le sens de cette image et de cette ressemblance.
III
IMAGE ET RESSEMBLANCE DE DIEU
Le Livre de la Gènese
6. NOUS devons nous replacer dans le contexte du «commencement»
biblique où la vérité révélée sur
l'homme comme «image et ressemblance de Dieu» constitue la base
immuable de toute l'anthropologie chrétienne(22). «Dieu
créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa,
homme et femme il les créa» (Gn 1, 27). Ce passage concis
contient les vérités fondamentales de l'anthropologie: l'homme est
le sommet de tout l'ordre de la création dans le monde visible; le genre
humain, qui commence au moment où l'homme et la femme sont appelés
à l'existence, couronne toute l'oeuvre de la création; tous
les deux sont des êtres humains, l'homme et la femme à un degré
égal tous les deux créés à l'image de Dieu.
Cette image, cette ressemblance avec Dieu, qui est essentielle à l'être
humain, est transmise par l'homme et la femme, comme époux et parents, à
leurs descendants: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et
soumettez-la» (Gn 1, 28). Le Créateur confie la «domination»
de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les
hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur
vocation dans leur «origine» commune.
Dans la Genèse, nous trouvons encore une autre description de
la création de l'homme _ homme et femme (cf. 2, 18-25) _ à
laquelle nous nous référerons par la suite. Dès maintenant
toutefois, il faut préciser que la vérité sur le caractère
personnel de l'être humain ressort de la description biblique. L'homme
est une personne, et cela dans la même mesure pour l'homme et pour la
femme, car tous les deux ont été créés à
l'image et à la ressemblance du Dieu personnel. Ce qui rend l'homme
semblable à Dieu, c'est le fait que _ contrairement à tout le
monde des créatures vivantes, y compris les êtres doués de
sens (animalia) _ l'homme est aussi un être raisonnable (animal
rationale)(23). Grâce à cette propriété, l'homme
et la femme peuvent «dominer» les autres créatures du monde
visible (cf. Gn 1, 28).
Dans la seconde description de la création de l'homme (cf.
Gn 2, 18-25), le langage qui exprime la vérité sur la création
de l'homme, et spécialement de la femme, est différent; en un
sens, il est moins précis; il est, pourrait-on dire, plus descriptif et métaphorique,
plus proche du langage des mythes connus à cette époque. On ne
trouve cependant aucune contradiction essentielle entre les deux textes. Le
texte de Genèse 2, 18-25 aide à bien comprendre ce que
nous trouvons dans le passage concis de Genèse 1, 27-28, et en même
temps, si on le lit en lien avec lui, il aide à comprendre plus
profondément encore la vérité fondamentale, qui y est
contenue, sur l'homme créé à l'image et à la
ressemblance de Dieu comme homme et femme.
Dans la description de Genèse 2, 18-25, la femme est créée
par Dieu «à partir de la côte» de l'homme, et elle est
placée comme un autre «moi», comme un interlocuteur à côté
de l'homme qui, dans le monde des créatures animées qui l'entoure,
est seul et ne trouve en aucune d'entre elles une «aide» qui lui soit
adaptée. La femme appelée ainsi à l'existence est immédiatement
reconnue par l'homme comme «chair de sa chair et os de ses os» (cf.
Gn 2, 23), et pour cela précisément elle est appelée
«femme». Dans le langage biblique, ce nom indique l'identité
essentielle par rapport à l'homme: ish - ishsha, ce qu'en général
les langues modernes ne peuvent malheureusement pas exprimer. «Celle-ci
sera appelée "femme" (ishsha), car elle fut tirée de
l'homme (ish)» (Gn 2, 23).
Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l'on reconnaisse l'égalité
essentielle de l'homme et de la femme du point de vue de l'humanité(24).
Depuis le début, tous les deux sont des personnes, à la différence
des autres êtres vivants du monde qui les entoure. La femme est
un autre «moi» dans leur commune humanité. Dès
le début, ils apparaissent comme l'«unité des deux», et
cela signifie qu'est dépassée la solitude originelle dans laquelle
l'homme ne trouve pas «une aide qui lui soit assortie» (Gn 2,
20). S'agit-il seulement ici d'une «aide» pour agir, pour «soumettre
la terre» (cf. Gn 1, 28)? Il est bien certain qu'il s'agit de la
compagne de vie, à laquelle l'homme peut s'unir comme à sa femme,
devenant avec elle «une seule chair» et abandonnant pour cela «son
père et sa mère» (cf. Gn 2, 24). La description
biblique parle donc de l'institution, par Dieu, du mariage, dans
le contexte de la création de l'homme et de la femme, comme condition
indispensable de la transmission de la vie aux nouvelles générations
humaines, à laquelle le mariage et l'amour conjugal sont ordonnés
par nature: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et
soumettez-la» (Gn 1, 28).
Personne - Communion - Don
7. Approfondissant par la pensée l'ensemble de la description de Genèse
2, 18- 25, en l'interprétant à la lumière de la vérité
sur l'image et la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), nous pouvons
comprendre plus pleinement encore en quoi consiste le caractère
personnel de l'être humain, grâce auquel tous les deux _ l'homme
et la femme _ sont semblabes à Dieu. En effet, chacun des hommes est à
l'image de Dieu en tant que créature raisonnable et libre, capable de
connaître Dieu et de l'aimer. Nous lisons également que l'homme ne
peut être «seul» (cf. Gn 2, 18); il ne peut exister que
comme «unité des deux», et donc en relation avec une autre
personne humaine. Il s'agit ici d'une relation réciproque, de l'homme
à l'égard de la femme et de la femme à l'égard de
l'homme. Etre une personne à l'image et à la ressemblance de Dieu
implique donc aussi le fait d'exister en relation, en rapport avec l'autre «moi».
C'est un prélude à la révélation ultime que Dieu un
et trine fait de lui-même: unité vivante dans la communion du Père,
du Fils et de l'Esprit Saint.
Au début de la Bible, on ne nous dit pas encore cela directement.
Tout l'Ancien Testament est surtout la révélation de la vérité
sur l'unicité et l'unité de Dieu. Dans cette vérité
fondamentale sur Dieu, le Nouveau Testament introduira la révélation
du mystère insondable de la vie intime de Dieu. Dieu, qui se fait
connaître aux hommes par le Christ, est l'unité dans la Trinité,
il est l'unité dans la communion. De cette façon, une nouvelle
lumière est projetée également sur la ressemblance et
l'image de Dieu en l'homme, dont parle le Livre de la Genèse. Le
fait que l'homme, créé comme homme et femme, soit l'image de Dieu
ne signifie pas seulement que chacun d'eux individuellement est semblable à
Dieu, comme être raisonnable et libre. Il signifie aussi que l'homme et la
femme, créés comme «unité des deux» dans leur
commune humanité, sont appelés à vivre une communion
d'amour et à refléter ainsi dans le monde la communion d'amour qui
est en Dieu, par laquelle les trois Personnes s'aiment dans le mystère
intime de l'unique vie divine. Le Père, le Fils et l'Esprit Saint, un
seul Dieu par l'unité de la divinité, existent comme Personnes par
les insondables relations divines. C'est seulement de cette façon que
devient compréhensible la vérité selon laquelle Dieu en
lui-même est amour (cf. 1 Jn 4, 16).
L'image et la ressemblance de Dieu dans l'homme créé
comme homme et femme (par l'analogie que l'on peut présumer entre le Créateur
et la créature) expriment donc aussi l'«unité des deux»
dans leur humanité commune. Cette «unité des deux», qui
est signe de la communion interpersonnelle, montre que dans la création
de l'homme a été inscrite aussi une certaine ressemblance de
la communion divine («communio»). Cette ressemblance a été
inscrite comme une qualité de l'être personnel de tous les deux, de
l'homme et de la femme, et en même temps comme un appel et une tâche.
Dans l'image et la ressemblance de Dieu, que le genre humain porte en lui depuis
le «commencement», s'enracine ce qui fonde tout l'«ethos»
humain: l'Ancien et le Nouveau Testament développeront cet «ethos»
dont le commandement de l'amour est le sommet(25).
Dans l'«unité des deux», l'homme et la femme sont appelés
depuis le commencement non seulement à exister «l'un à côté
de l'autre» ou bien «ensemble», mais aussi à exister réciproquement
«l'un pour l'autre».
Cela fait comprendre aussi ce que signifie l'«aide» dont parle
Genèse 2, 18-25: «Il faut que je lui fasse une aide qui
lui soit assortie». Le contexte biblique permet d'entendre également
ce mot en ce sens que la femme doit «aider» l'homme _ et en même
temps l'homme doit aider la femme _ avant tout à cause de sa caractéristique
d'«être une personne humaine», ce qui, d'une certaine façon,
permet à l'un et à l'autre de découvrir toujours à
nouveau et de confirmer le sens intégral de son humanité. On
comprend facilement que, sur ce plan fondamental, il s'agit d'une «aide»
des deux cotés et d'une«aide» réciproque. Humanité
veut dire appel à la communion interpersonnelle. Le texte de Genèse
2, 18-25 montre que le mariage est la dimension première et, en un
sens, fondamentale de cet appel. Mais non l'unique. Toute l'histoire de l'homme
sur la terre se réalise dans le cadre de cet appel. En fonction du
principe selon lequel chacun vit «pour» l'autre, dans la «communion»
interpersonnelle, on voit, au cours de cette histoire, s'intégrer
progressivement dans l'humanité elle-même, voulue par Dieu,
ce qui est «masculin» et ce qui est «féminin».
Les textes bibliques, à commencer par la Genèse, nous
permettent constamment de retrouver le terrain où s'enracine la vérité
sur l'homme, un terrain solide et inviolable au milieu des multiples mutations
de l'existence humaine.
Cette vérité concerne aussi l'histoire du salut. Ici,
une affirmation du Concile Vatican II est particulièrement significative.
Dans le chapitre sur la «communauté humaine» de la constitution
pastorale Gaudium et spes, nous lisons: «Quand le Seigneur Jésus
prie le Père pour que "tous soient un..." (Jn 17,
21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison et il nous
suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des
Personnes divines et celle des fils de Dieu dans la vérité et dans
l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule créature sur
terre que Dieu ait voulue pour elle même, ne peut pleinement se trouver
que par le don désintéressé de lui-même»(26).
En s'exprimant ainsi, ce texte conciliaire présente d'une manière
synthétique l'ensemble de la vérité sur l'homme et sur la
femme _ vérité qui se dessine déjà dans les premiers
chapitres du Livre de la Genèse _ comme la structure qui porte
l'anthropologie biblique et chrétienne. L'homme _ homme et femme
_ est le seul être parmi les créatures du monde visible
que Dieu Créateur «ait voulu pour lui-même»; c'est
donc une personne. Etre une personne signifie tendre à la réalisation
de soi (le texte conciliaire dit «se trouver»), qui ne peut
s'accomplir qu'«à travers un don désintéressé
de soi». Le modèle d'une telle interprétation de la
personne est Dieu même comme Trinité, comme communion de Personnes.
Dire que l'homme est créé à l'image et à la
ressemblance de ce Dieu, c'est dire aussi que l'homme est appelé à
exister «pour» autrui, à devenir un don.
Cela concerne tout être humain, femmes et hommes qui le mettent en
oeuvre selon les particularités propres à chacune et à
chacun. Dans le cadre de la présente méditation sur la dignité
et la vocation de la femme, cette vérité sur l'être humain
constitue le point de départ indispensable. Déjà le
Livre de la Genèse permet de percevoir, comme une première
ébauche, ce caractère sponsal de la relation entre les personnes,
et c'est dans ce cadre que se développera ensuite la vérité
sur la maternité, et aussi sur la virginité, comme deux dimensions
particulières de la vocation de la femme à la lumière de la
Révélation divine. Ces deux dimensions trouveront leur plus haute
expression biblique, à l'avènement de la «plénitude du
temps» (cf. Ga 4, 4), dans la figure de la «femme» de Nazareth,
la Vierge-Mère.
L'anthropomorphisme du langage biblique
8. La présentation de l'homme comme «image et ressemblance de
Dieu», dès le début de l'Ecriture Sainte, revêt encore
une autre signification. C'est la clé pour comprendre la Révélation
biblique comme étant ce que Dieu dit de lui-même. Parlant de lui «par
les prophètes comme par le Fils» (cf. He 1, 1. 2) qui s'est
fait homme, Dieu utilise un langage humain, il utilise des concepts et
des images propres à l'homme. Si cette façon de s'exprimer est
caractérisée par un certain anthropomorphisme, laraison en est que
l'homme est «semblable» à Dieu, créé à son
image et à sa ressemblance. Alors, Dieu aussi est, dans une
certaine mesure, «semblable a l'homme», et c'est précisément
à partir de cette ressemblance qu'il peut être connu par les
hommes. En même temps, le langage de la Bible est suffisamment précis
pour marquer les limites de la «ressemblance», les limites de l'«analogie».
En effet, la révélation biblique affirme que, si cette «ressemblance»
de l'homme avec Dieu est vraie, plus essentiellement vraie encore est la
«non-ressemblance»(27) qui sépare du Créateur
toute la création. En fin de compte, pour l'homme créé à
la ressemblance de Dieu, Dieu ne cesse d'être Celui «qui habite une
lumière inaccessible» (1 Tm 6, 16): c'est le «Différent»
par essence, le «Tout-Autre».
Il faut tenir compte de cette observation sur les limites de l'analogie _
limites de la ressemblance de l'homme avec Dieu dans le langage biblique _ même
lorsque, dans divers passages de l'Ecriture Sainte (surtout dans l'Ancien
Testament), nous trouvons des comparaisons qui attribuent à Dieu des
qualités «masculines» ou «féminines». Nous
pouvons voir en elles la confirmation indirecte de la vérité selon
laquelle l'homme et la femme ont été tous les deux créés
à l'image et à la ressemblance de Dieu. S'il y a ressemblance du
Créateur avec lés créatures, il est compréhensible
que la Bible ait utilisé à son égard des expressions qui
lui attribuent des qualités aussi bien «masculines» que «féminines».
Citons ici quelques passages caractéristiques du prophète Isaïe:
«Sion avait dit: "Le Seigneur m'a abandonnée; le Seigneur
m'a oubliée". Une femme oublie-t-elle son petit enfant,
est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les
femmes oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas» (49, 14-15).
Et ailleurs: «De même qu'une mère console son enfant,
moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés»
(Is 66, 13). Dans les Psaumes également, Dieu est comparé à
une mère attentive: «Mon âme est en moi comme un enfant, comme
un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël»
(Ps 131, 2-3). Divers passages présentent l'amour de Dieu, attentif à
son peuple, comme semblable à celui d'une mère: ainsi, comme
une mère, Dieu «a porté» l'humanité, et en
particulier son peuple élu, en son sein, il l'a enfanté dans la
douleur, il l'a nourri et consolé (cf. Is 42, 14; 46, 3-4).
L'amour de Dieu est présenté en beaucoup de passages comme l'amour
«masculin» de l'époux et père (cf. Os 11, 1-4;
Jr 3, 4-19), mais parfois aussi comme l'amour «féminin»
de la mère.
Cette caractéristique du langage biblique, sa façon
anthropomorphique de parler de Dieu, montre aussi, indirectement, le
mystère de la «génération» éternelle, qui
fait partie de la vie intime de Dieu. Toutefois, cette «génération»
ne possède en elle-même aucune qualité «masculine»
ou «féminine». Elle est de nature totalement divine. Elle est
spirituelle de la manière la plus parfaite parce que «Dieu est
esprit» (Jn 4, 24), et elle n'a aucune propriété
caractéristique du corps, ni «féminin» ni «masculin».
Et donc la «paternité» en Dieu est aussi totalement divine,
libre du caractère corporel «masculin» qui est propre à
la paternité humaine. En ce sens, l'Ancien Testament parlait de Dieu
comme d'un Père et il s'adressait à lui comme à un Père.
Jésus Christ, qui a mis cette vérité au centre même
de son Evangile comme une norme pour la prière chrétienne et qui
s'adressait à Dieu en l'appelant «Abba-Père» (Mc
14, 36), en tant que Fils unique et consubstantiel, désignait la paternité
en ce sens supra-corporel, surhumain, totalement divin. Il parlait en tant que
Fils, lié à son Père par le mystère éternel
de la génération divine, et il le faisait en étant en même
temps le Fils authentiquement humain de sa Mère Vierge.
Si l'on ne peut attribuer des qualités humaines à la génération
éternelle du Verbe de Dieu, et si la paternité divine ne possède
pas de caractères «masculins» au sens physique du terme, il
faut au contraire chercher en Dieu le modèle absolu de toute «génération»
dans le monde des êtres humains. C'est dans ce sens, semble-t-il, que
nous lisons dans la Lettre aux Ephésiens: «Je fléchis
les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au
ciel et sur la terre, tire son nom» (3, 14-15). Toute «génération»
dans le domaine des créatures trouve son premier modèle dans la génération
qui est en Dieu d'une manière complètement divine, c'est-à-dire
spirituelle. Toute «génération» dans le monde créé
est assimilée à ce modèle absolu, non créé.
C'est pourquoi tout ce qui, dans l'engendrement humain, est propre à
l'homme comme aussi tout ce qui est propre à la femme _ la «paternité» et la «maternité»
humaines _ porte en soi la
ressemblance, c'est-à-dire l'analogie, avec la «génération»
divine et avec la «paternité» qui, en Dieu, est «totalement
différente», complètement spirituelle et divine par essence.
Dans l'ordre humain, au contraire, l'engendrement est le propre de l'«unité
des deux»: tous les deux, l'homme comme la femme, «engendrent».
IV
EVE-MARIE
Le «commencement» et le péché
9. «Etabli par Dieu dans un état de justice, l'homme, séduit
par le Malin, dès le début de l'histoire, a abusé de sa
liberté, en se dressant contre Dieu et en désirant parvenir à
sa fin hors de Dieu»(28). Par ces paroles, l'enseignement du dernier
concile rappelle la doctrine révélée sur le péché
et en particulier sur le premier péché, le péché «originel».
Le «commencement» biblique _ la création du monde et de l'homme
dans le monde _ contient en même temps la vérité
sur ce péché, qui peut être appelé aussi le péché
des «origines» de l'homme sur la terre. Même si ce qui est écrit
dans le Livre de la Genèse est exprimé sous forme de
narration symbolique, et c'est le cas de la description de la création de
l'homme comme être masculin et féminin (cf. Gn 2, 18-25),
cela révèle en même temps ce qu'il faut appeler «le
mystère du péché» et, plus pleinement encore, «le
mystère du mal» qui existe dans le monde créé par
Dieu.
Il n'est pas possible de lire «le mystère du péché»
sans se référer à toute la vérité sur l'«image
et ressemblance» avec Dieu qui est à la base de l'anthropologie
biblique. Cette vérité montre la création de l'homme comme
un don spécial de la part du Créateur, don dans lequel sont
contenus non seulement le fondement et la source de la dignité
essentielle de l'être humain _ homme et femme _ dans le monde créé,
mais aussi l'origine de l'appel à participer tous les deux à
la vie intime de Dieu même. A la lumière de la Révélation,
la création signifie en même temps l'origine de l'histoire du
salut. Dans ce commencement, précisément, le péché
s'inscrit et prend forme comme opposition et négation.
On peut dire paradoxalement que le péché présenté
dans la Genèse (chap. 3) est une confirmation de la vérité
concernant l'image et la ressemblance de Dieu dans l'homme, si cette vérité
signifie la liberté, c'est-à-dire la volonté libre dont
l'homme peut se servir pour choisir le bien, mais dont il peut aussi abuser en
choisissant le mal contre la volonté de Dieu. Toutefois, dans son sens
profond, le péché est la négation de ce qu'est Dieu _ comme
Créateur _ par rapport à l'homme, et de ce que Dieu veut pour
l'homme depuis l'origine et pour toujours. En créant l'homme et la femme à
son image et à sa ressemblance, Dieu veut pour eux la plénitude du
bien, à savoir le bonheur surnaturel qui découle de la
participation à sa vie elle-même. En commettant le péché,
l'homme repousse ce don et simultanément il veut devenir lui-même
«comme un dieu, qui connaît le bien et le mal» (cf. Gn 3,
5), c'est-à-dire qui décide du bien et du mal indépendamment
de Dieu, son Créateur. Le péché des origines a sa «dimension»
humaine, sa mesure interne dans la volonté libre de l'homme, et en même
temps il comporte une certaine caractéristique «diabolique»(29),
comme cela est clairement indiqué dans le Livre de la Genèse
(3, 1-5). Le péché provoque la rupture de l'unité
originelle dont l'homme jouissait dans l'état de justice originelle, de
l'union avec Dieu comme source de l'unité à l'intérieur de
son propre «moi», dans les rapports réciproques de l'homme et
de la femme («communio personarum») et enfin par rapport au
monde extérieur, à la nature.
D'une certaine façon, la description biblique du péché
originel dans la Genèse (chap. 3) «répartit les rôles»
qu'y ont tenus la femme et l'homme. Plus tard, certains passages de la Bible s'y
référeront encore, par exemple la Lettre de saint Paul à
Timothée: «C'est Adam qui fut formé le premier, Eve
ensuite. Et ce n'est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme»
(1 Tm 2, 13-14). Mais il n'y a pas de doute que, indépendamment
de cette «répartition des rôles» dans la description
biblique, ce premier péché est le péché de l'être
humain, créé homme et femme par Dieu. C'est aussi le péché
des «premiers parents», auquel est lié son caractère
héréditaire. En ce sens, nous l'appelons «péché
originel».
Comme on l'a déjà dit, on ne peut comprendre de façon
adéquate ce péché sans se référer au mystère
de la création de l'être humain _ homme et femme _ à
l'image et à la ressemblance de Dieu. En fonction de cette référence,
on peut saisir aussi le mystère de la «non-ressemblance» avec
Dieu qu'est le péché et qui se manifeste dans le mal présent
dans l'histoire du monde, cette «non-ressemblance» avec Dieu qui «seul
est bon» (cf. Mt 19, 17) et qui est la plénitude du bien. Si
cette «non-ressemblance» du péché avec Dieu, Sainteté
même, présuppose la «ressemblance» dans le domaine de la
liberté, de la volonté libre, on peut dire que, précisément
pour cette raison, la «non-ressemblance» contenue dans le péché
est d'autant plus dramatique et d'autant plus douloureuse. Il faut également
admettre que Dieu, comme Créateur et Père, est ici atteint, «offensé»,
et, naturellement, offensé au coeur même de cette donation qui fait
partie du dessein éternel de Dieu à l'égard de l'homme.
En même temps, toutefois, l'être humain _ homme et femme _
est atteint lui aussi par le mal du péché dont il est l'auteur.
Le texte biblique de la Genèse (chap. 3) le montre par les
paroles qui décrivent clairement la nouvelle situation de l'homme dans le
monde créé. Il fait voir la perspective de la «peine»
avec laquelle l'homme se procurera sa subsistance (cf. Gn 3, 17-19), et
aussi celle des grandes «souffrances» dans lesquelles la femme mettra
au monde ses enfants (cf. Gn 3, 16). Et tout cela est marqué par
la nécessité de la mort, qui constitue le terme de la vie humaine
sur terre. Ainsi, l'homme, qui est poussière, «retournera à
la terre, d'où il provient»: «Tu es poussière, et tu
retourneras à la poussière» (cf. Gn 3, 19).
Ces paroles trouvent leur confirmation de génération en génération.
Elles ne signifient pas que l'image et la ressemblance de Dieu dans l'être
humain, femme et homme, ont été détruites par le péché,
mais elles signifient qu'elles ont été «obscurcies»(30)
et, en un sens, «amoindries». En effet, le péché «amoindrit»
l'homme, comme le rappelle aussi le Concile Vatican II(31). Si l'homme est déjà,
par sa nature de personne, l'image et la ressemblance de Dieu, sa grandeur et sa
dignité s'épanouissent dans l'alliance avec Dieu, dans l'union
avec lui, dans la recherche de l'unité fondamentale qui appartient à
la «logique» interne du mystère même de la création.
Cette unité répond à la vérité profonde de
toutes les créatures douées d'intelligence, et en particulier de
l'homme qui, seul parmi les créatures du monde visible, a été
dès le commencement élevé grâce à l'élection
faite par Dieu en Jésus de toute éternité: «Il nous a élus
dans le Christ, dès avant la fondation du monde.... dans l'amour, déterminant
d'avance que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ.
Tel fut le bon plaisir de sa volonté» (cf. Ep 1, 4-6).
L'enseignement biblique, dans son ensemble, nous permet de dire que la prédestination
concerne toutes les personnes humaines, hommes et femmes, chacun et chacune sans
exception.
«Il dominera sur toi»
10. La description biblique du Livre de la Genèse précise
les conséquences du péché humain, comme elle montre aussi
le déséquilibre introduit dans les rapports originels
entre l'homme et la femme qui répondaient à la dignité
de personne qu'avait chacun d'eux. L'être humain, homme ou femme, est une
personne et donc la «seule créature sur terre que Dieu ait voulu
pour elle-même»; et en même temps cette créature-là,
absolument unique, «ne peut se trouver que par le don désintéressé
d'elle-même»(32). C'est là que prend naissance le rapport de «communion»
dans lequel trouvent leur expression l'«unité des deux» et la
dignité personnelle de l'homme et de la femme. Quand donc nous lisons
dans la description biblique les paroles adressées à la femme: «Le
désir te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi» (Gn 3,
16), nous découvrons une rupture et une menace constante affectant précisément
cette «unité des deux» qui correspond à la dignité
de l'image et de la ressemblance de Dieu en chacun d'eux. Mais cette menace
apparaît plus grave pour la femme. En effet, dans une existence qui est un
don désintéressé et qui va jusqu'à vivre «pour»
l'autre s'introduit le fait de la domination: «Lui dominera sur toi».
Cette «domination» désigne la perturbation et la perte de
stabilité de l'égalité fondamentale que possèdent
l'homme et la femme dans l'«unité des deux», et cela surtout au
détriment de la femme, alors que seule l'égalité qui résulte
de la dignité des deux en tant que personnes peut donner aux rapports réciproques
le caractère d'une authentique «communio personarum». Si
la violation de cette égalité, qui est à la fois un don et
un droit venant de Dieu Créateur lui-même, comporte un élément
défavorable à la femme, par le fait même elle diminue aussi
la vraie dignité de l'homme. Nous touchons ici un point extremement délicat
dans le domaine de l'«ethos» inscrit dès l'origine par le
Créateur dans le fait même de la création des deux à
son image et à sa ressemblance.
Cette affirmation de Genèse 3, 16 a une grande portée,
une portée significative. Elle implique une référence au
rapport réciproque de l'homme et de la femme dans le mariage. Il
s'agit du désir né dans le cadre de l'amour conjugal, qui fait en
sorte que «le don désintéressé de soi» de la part
de la femme attende en réponse d'être parachevé par un «don»
analogue de la part de son mari. Ce n'est qu'en se fondant sur ce principe que
tous les deux, et en particulier la femme, peuvent «se trouver» en une
véritable «unité des deux», selon la dignité de
la personne. L'union matrimoniale exige que soit respectée et perfectionnée
la vraie personnalité des deux époux. La femme ne peut devenir
un «objet» de «domination» et de «possession» de
l'homme. Mais les paroles du texte biblique concernent directement le péché
originel et ses conséquences durables chez l'homme et la femme. Sur eux pèse
la culpabilité héréditaire; ils portent constamment en eux
la «cause du péché», c'est-à-dire la
tendance à altérer l'ordre moral qui correspond à la nature
rationnelle elle-même et à la dignité de l'homme comme
personne. Cette tendance s'exprime dans la triple concupiscence que le
texte de l'Apôtre décrit comme convoitise de la chair, convoitise
des yeux et orgueil de la richesse (cf. 1 Jn 2, 16). Les paroles
de la Genèse citées plus haut (3, 16) montrent comment
cette triple convoitise, cette «cause du péché», pèsera
sur les rapports réciproques de l'homme et de la femme.
Ces mêmes paroles se réfèrent directement au
mariage, mais indirectement elles atteignent les divers domaines de la
convivialité, les situations dans lesquelles la femme est désavantagée
ou objet de discrimination pour le seul fait d'être femme. La vérité
révélée sur la création de l'homme comme être
masculin et féminin constitue l'argument principal contre toutes les
situations qui, en étant objectivement nuisibles c'est-à-dire
injustes, comportent et expriment l'héritage du péché que
tous les êtres humains portent en eux-mêmes. Les Livres de
l'Ecriture Sainte confirment en divers endroits l'existence effective de
telles situations, et en même temps ils proclament la nécessité
de se convertir, c'est-à-dire de se purifier du mal et de se libérer
du péché, de ce qui porte offense à l'autre, de ce qui «amoindrit»
l'homme, non seulement celui qu'atteint l'offense mais aussi celui qui en est
l'auteur. Tel est le message immuable de la Parole révélée
par Dieu. Ainsi s'exprime l'«ethos» biblique jusqu'à la
fin(33).
De nos jours, la question des «droits de la femme» a pris une portée
nouvelle dans le vaste contexte des droits de la personne humaine. Eclairant ce
programme constamment déclaré et rappelé de diverses manières,
le message biblique et évangélique sauvegarde la vérité
sur l'«unité» des «deux», c'est-à-dire sur
la dignité et la vocation qui résultent de la différence et
de l'originalité personnelles spécifiques de l'homme et de la
femme. C'est pourquoi même la juste opposition de la femme face à
ce qu'expriment les paroles bibliques «lui dominera sur toi» (Gn
3, 16) ne peut sous aucun prétexte conduire à «masculiniser»
les femmes. La femme ne peut _ au nom de sa libération de la «domination»
de l'homme _ tendre à s'approprier les caractéristiques
masculines, au détriment de sa propre «originalité» féminine.
Il existe une crainte fondée qu'en agissant ainsi la femme ne «s'épanouira»
pas mais pourrait au contraire déformer et perdre ce qui constitue sa
richesse essentielle. Il s'agit d'une richesse énorme. Dans la
description biblique, l'exclamation du premier homme à la vue de la femme
créée est une exclamation d'admiration et d'enchantement, qui a
traversé toute l'histoire de l'homme sur la terre. Les ressources
personnelles de la féminité ne sont certes pas moindres que celles
de la masculinité, mais elles sont seulement différentes. La femme
_ comme l'homme aussi, du reste _ doit donc envisager son épanouissement
personnel, sa dignité et sa vocation, en fonction de ces ressources,
selon la richesse de la féminité qu'elle a reçue le jour de
la création et dont elle hérite comme une expression de l'«image
et ressemblance de Dieu» qui lui est particulière. Ce n'est que dans
ce sens que peut être surmonté aussi l'héritage du péché
qui est suggéré par les paroles de la Bible: «Le désir
te portera vers ton mari, et lui dominera sur toi». Dé passer ce
mauvais héritage est, de génération en génération,
un devoir pour tout être humain, homme ou femme. En effet, dans tous les
cas où l'homme est responsable de ce qui offense la dignité
personnelle et la vocation de la femme, il agit contre sa propre dignité
personnelle et contre sa vocation.
Le Protévangile
11. Le Livre de la Genèse atteste le péché qui
est le mal du «commencement» de l'homme, avec ses conséquences
qui depuis lors pèsent sur tout le genre humain, et en même temps
il contient la première annonce de la victoire sur le mal, sur
le péché. On en a pour preuve les paroles que nous lisons dans
Genèse 3, 15, appelées habituellement «protévangile»:
«Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage
et le sien. Il t'écrasera la tete et tu l'atteindras au talon». Il
est significatif que l'annonce du rédempteur, du sauveur du monde,
contenue dans ces paroles, concerne «la femme». Celle-ci est nommée
à la première place dans le protévangile, comme ancêtre
de celui qui sera le rédempteur de l'homme(34). Et si la rédemption
doit s'accomplir par la lutte contre le mal, par l'«hostilité»
entre le lignage de la femme et le lignage de celui qui, comme «père
du mensonge» (Jn 8, 44), est le premier auteur du péché
dans l'histoire de l'homme, ce sera aussi l'hostilité entre lui et la
femme.
Dans ces paroles s'ouvre la perspective de toute la Révélation,
d'abord comme préparation à l'Evangile, puis comme l'Evangile
lui-même. Dans cette perspective, les deux figures de femme: Eve et
Marie, se rejoignent sous le nom de la femme.
Les paroles du protévangile, relues à la lumière du
Nouveau Testament, expriment de façon adéquate la mission de la
femme dans la lutte salvifique du rédempteur contre l'auteur du mal dans
l'histoire de l'homme.
La comparaison Eve-Marie revient constamment au cours de la réflexion
sur le dépôt de la foi reçue de la Révélation
divine, et c'est l'un des thèmes fréquemment repris par les Pères,
par les écrivains ecclésiastiques et par les théologiens(35).
Habituellement, c'est une différence, une opposition qui ressort de cette
comparaison. Eve, «mère de tous les vivants» (Gn 3,
20), est le témoin du «commencement» biblique, dans lequel sont
contenues la vérité sur la création de l'homme à
l'image et à la ressemblance de Dieu, et la vérité sur le péché
originel. Marie est le témoin du nouveau «commencement»
et de la «création nouvelle» (cf. 2 Co 5,
17). Bien plus, elle-même, première rachetée dans l'histoire
du salut, est une «création nouvelle»: elle est la «comblée
de grâce». Il est difficile de comprendre pourquoi les paroles du
protévangile mettent aussi fortement en relief la «femme» si
l'on n'admet pas qu'en elle l'Alliance nouvelle et définitive de
Dieu avec l'humanité, l'Alliance dans le sang rédempteur
du Christ, a son commencement. Elle commence avec une femme, avec la «femme»,
à l'Annonciation de Nazareth. C'est la nouveauté absolue de
l'Evangile: en d'autres circonstances de l'Ancien Testament, pour intervenir
dans l'histoire de son Peuple, Dieu s'était adressé à des
femmes comme la mère de Samuel et la mère de Samson; mais pour
conclure son Alliance avec l'humanité, il ne s'était adressé
qu'à des hommes: Noé, Abraham, Moïse. Au commencement
de la Nouvelle Alliance, qui doit être éternelle et irrévocable,
il y a la femme, la Vierge de Nazareth. Il s'agit d'un signe
pour montrer que, «en Jésus Christ», «il n'y a
plus ni homme ni femme» (Ga 3, 28). En lui, l'opposition réciproque
entre l'homme et la femme _ héritage du péché originel _
est fondamentalement surmontée. «Tous vous ne faites qu'un dans le
Christ Jésus», écrira l'Apôtre (Ga 3, 28).
Ces paroles se réfèrent à l'«unité des deux»
originelle qui est liée à la création de l'être
humain, homme et femme, à l'image et à la ressemblance de Dieu,
sur le modèle de la communion absolument parfaite de Personnes qu'est
Dieu lui même. L'expression paulinienne constate que le mystère de
la Rédemption de l'homme en Jésus Christ, Fils de Marie, reprend
et renouvelle ce qui, dans le mystère de la création,
correspondait au dessein éternel de Dieu Créateur. C'est précisément
pourquoi, le jour de la création de l'être humain comme homme et
femme, «Dieu vit tout ce qu'il avait fait: cela était très
bon» (Gn 1, 31). La Rédemption rétablit en un
sens à sa racine même le bien qui a été
essentiellement «amoindri» par le péché et par son héritage
dans l'histoire de l'homme.
La «femme» du protévangile est inscrite dans la perspective
de la Rédemption. La comparaison entre Eve et Marie peut se comprendre
aussi dans le sens que Marie assume en elle-même et fait sien le
mystère de la «femme» dont le commencement est Eve, «la
mère de tous les vivants» (Gn 3, 20): avant tout, elle
l'assume et le fait sien à l'intérieur du mystère du
Christ, «nouvel et dernier Adam» (cf. 1 Co 15, 45), qui a
assumé en sa personne la nature du premier Adam. La nature de la Nouvelle
Alliance réside dans le fait que le Fils de Dieu, consubstantiel au Père
éternel, devient homme: il accueille l'humanité dans l'unité
de la Personne divine du Verbe. Celui qui accomplit la Rédemption est en
même temps un vrai homme. Le mystère de la Rédemption du
monde suppose que Dieu le Fils a assumé l'humanité comme
héritage d'Adam, devenant semblable à lui et à tout
homme en toute chose, «à l'exception du péché» (He
4, 15). Il a ainsi «manifesté pleinement l'homme à lui-même
et lui a découvert la sublimité de sa vocation», comme
l'enseigne le Concile Vatican II(36). En un sens, il a aidé à redécouvrir
«qui est l'homme» (cf. Ps 8, 5).
Auprès de toutes les générations, dans la tradition de
la foi et de la réflexion chrétienne sur la foi, le
rapprochement entre Adam et le Christ va souvent de pair avec le
rapprochement entre Eve et Marie. Si Marie est aussi décrite
comme la «nouvelle Eve», quelle peut être la signification de
cette analogie? Elle est assurément multiple. Il faut s'arrêter en
particulier sur le sens qui voit en Marie la pleine révélation de
tout ce qui est compris dans le mot biblique «femme», une révélation
à la mesure du mystère de la Rédemption. Marie signifie,
en un sens, dépasser les limites dont parle le Livre de la Genèse
(3, 16) et revenir vers le «commencement» où l'on retrouve
la «femme» telle qu'elle fut voulue dans la création et
donc dans la pensée éternelle de Dieu, au sein de la très
sainte Trinité. Marie est «le nouveau commencement»
de la dignité et de la vocation de la femme(37), de
toutes les femmes et de chacune d'entre elles.
La clé pour comprendre cela peut se trouver en particulier dans les
paroles placées par l'évangéliste sur les lèvres de
Marie après l'Annonciation, lors de sa visite à Elisabeth: «Il
a fait pour moi de grandes choses» (Lc 1, 49). Ces paroles
concernent évidemment la conception de son Fils, qui est le «Fils du
Très-Haut» (Lc 1, 32), le «saint» de Dieu; mais en même
temps elles peuvent signifier aussi la découverte du caractère
féminin de son humanité. «Le Tout-Puissant a fait pour moi de
grandes choses»: telle est la découverte de toute la
richesse, de toutes les ressources personnelles de la féminité,
de l'originalité éternelle de la «femme» telle que
Dieu l'a voulue, personne en elle-même, qui se trouve en même temps «par
le don désintéressé d'elle-même».
Cette découverte va de pair avec la conscience claire du don, de
la largesse faite par Dieu. Dès le «commencement», le péché
avait obscurci cette conscience, en un sens il l'avait étouffée,
comme le montre la description de la première tentation venant du «père
du mensonge» (cf. Gn 3, 1-5). A l'avènement de la «plénitude
du temps» (cf. Ga 4, 4), alors que commence à s'accomplir
dans l'histoire de l'humanité le mystère de la Rédemption,
cette conscience surgit avec toute sa force dans les paroles de la «femme»
biblique de Nazareth. En Marie, Eve redécouvre la véritable
dignité de la femme, de l'humanité féminine. Cette découverte
doit continuellement atteindre le coeur de chaque femme et donner un sens à
sa vocation et à sa vie.
V
JESUS CHRIST
«Ils s'étonnaient qu'il parlât à une femme»
12. Les paroles du protévangile dans le Livre de la Genèse
nous permettent de revenir à l'Evangile. La rédemption de
l'homme qui y est annoncée devient ici une réalité en la
personne et en la mission de Jésus Christ, dans lesquelles nous découvrons
également ce que la réalité de la Rédemption
signifie pour la dignité et la vocation de la femme. Cette
signification apparaît surtout dans les paroles du Christ et dans toute
son attitude à l'égard des femmes, attitude extrêmement
simple et, pour cette raison, extraordinaire si l'on tient compte de son époque:
c'est une attitude caractérisée par une grande profondeur et une
grande transparence. Au cours de la mission de Jésus de Nazareth, un
certain nombre de femmes apparaissent sur son chemin, et sa rencontre avec
chacune d'elles illustre cette «vie nouvelle» évangélique
à laquelle nous avons déjà fait allusion.
Il est universellement admis _ et cela même par ceux qui ont une
attitude critique à l'égard du message chrétien _ que
le Christ s'est fait auprès de ses contemporains l'avocat de la vraie
dignité de la femme et de la vocation que cette dignité
implique. Cela provoquait parfois de l'étonnement, de la surprise,
souvent cela frisait le scandale: «Ils s'étonnaient qu'il parlât
à une femme» (Jn 4, 27), parce que c'était un
comportement différent de celui de ses contemporains. Même les
disciples du Christ «s'étonnaient». Le pharisien chez qui la
femme pécheresse était entrée pour répandre de
l'huile parfumée sur les pieds de Jésus «se dit en lui-même:
"Si cet homme était prophète, il saurait qui est
cette femme qui le touche, et ce qu'elle est: une pécheresse"»
(Lc 7, 39). Quant aux paroles du Christ: «Les publicains et les
prostituées arrivent avant vous au Royaume de Dieu» (Mt 21,
31), elles devaient susciter encore davantage de stupeur ou même provoquer
une «sainte indignation» chez ses auditeurs tout pleins d'eux-mêmes.
Celui qui parlait et agissait ainsi faisait comprendre que «les secrets
du Royaume» lui étaient tout à fait connus. Lui-même également
«connaissait ce qu'il y avait dans l'homme» (Jn 2, 25), dans
son être intime, dans son «coeur». Il était le témoin
du dessein éternel de Dieu à l'égard de l'être humain
créé par lui, homme et femme, à son image et à sa
ressemblance. Il était également parfaitement conscient des conséquences
du péché, de ce «mystère d'iniquité» à
l'oeuvre dans le coeur de l'homme, y provoquant, comme un fruit amer,
l'obscurcissement de l'image de Dieu. Qu'il est significatif le fait que, dans
l'important entretien sur le mariage et son indissolubilité, Jésus
fasse référence au «commencement» devant ses
interlocuteurs qui connaissaient la Loi en professionnels: «les scribes»!
La question posée est celle du droit de l'«homme» de «répudier
sa femme pour n'importe quel motif» (Mt 19, 3); et donc aussi du
droit de la femme, de sa juste place dans le mariage, de sa dignité. Les
interlocuteurs pensent avoir pour eux la législation de Moïse en
vigueur en Israël: «Moïse a prescrit de donner un acte de divorce
quand on répudie» (cf. Mt 19, 7). Jésus répond:
«C'est en raison de votre dureté de coeur que Moïse vous a
permis de répudier vos femmes; mais dès l'origine il n'en fut pas
ainsi» (Mt 19, 8). Jésus se réfère au «commencement»,
à la création de l'être humain comme homme et comme femme,
et à la disposition de Dieu qui a pour fondement le fait que tous les
deux ont été créés «à son image et à
sa ressemblance». C'est pourquoi, lorsque l'homme «quitte son père
et sa mère» pour s'attacher à sa femme, au point que les deux
deviennent «une seule chair», la loi qui vient de Dieu lui-même
demeure en vigueur: «Ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le séparer»
(Mt 19, 6).
Le principe de cet «ethos», inscrit depuis le début dans la
réalité de la création, est maintenant confirmé par
le Christ à l'encontre de la tradition qui était discriminatoire à
l'égard de la femme. Dans cette tradition, c'était l'homme qui «dominait»
sans tenir suffisamment compte de la femme et de la dignité que l'«ethos»
de la création a mis à la base des rapports réciproques
des deux personnes unies dans le mariage. Cet «ethos» est rappelé
et confirmé par les paroles du Christ: c'est l'«ethos» de
l'Evangile et de la rédemption.
Les femmes de l'Évangile
13. Quand on parcourt les pages de l'Evangile, un grand nombre de
femmes, diverses par l'age et la condition, défilent sous nos yeux.
Nous rencontrons des femmes atteintes par la maladie ou par les souffrances
physiques, comme la femme qui avait «un esprit qui la rendait infirme; elle
était toute courbée et ne pouvait absolument pas se redresser»
(cf. Lc 13, 11), comme la belle-mère de Simon qui était «au
lit avec la fièvre» (Mc 1, 30), ou comme la femme «atteinte
d'un flux de sang» (cf. Mc 5, 25-34) qui ne pouvait toucher
personne parce qu'on estimait qu'à son contact l'homme devenait «impur».
Chacune d'elles fut guérie, et la dernière, l'hémorroïsse,
qui toucha le manteau de Jésus «dans la foule» (Mc 5,
27), fut louée par lui pour sa grande foi: «Ta foi t'a sauvée»
(Mc 5, 34). Il y a aussi la fille de Jaïre que Jésus
ramène à la vie en s'adressant à elle avec tendresse: «Fillette,
je te le dis, lève-toi!» (Mc 5, 41). C'est encore la
veuve de Naïn, dont Jésus ramène le fils unique à
la vie en joignant à son geste l'expression d'une affectueuse compassion:
il «eut pitié d'elle et lui dit: "Ne pleure pas"» (Lc
7, 13). Enfin, c'est la Cananéenne, une femme qui s'attire de la
part du Christ des paroles d'estime particulière pour sa foi, son humilité
et la grandeur d'âme dont seul un coeur de mère est capable: «O
femme, grande est ta foi! Qu'il advienne selon ton désir!» (Mt
15, 28). La femme cananéenne demandait la guérison de sa fille.
Parfois les femmes que Jésus rencontrait, et qui recevaient de lui
des grâces abondantes, l'accompagnaient alors qu'il parcourait avec ses
disciples villes et villages, annonçant l'Evangile du Royaume de Dieu; et
«elles les assistaient de leurs biens». L'Evangile nomme, entre
autres, Jeanne, femme de l'intendant d'Hérode, Suzanne et «plusieurs
autres» (cf. Lc 8, 1-3).
Des figures de femmes apparaissent parfois dans les paraboles
dont Jésus de Nazareth illlustrait la vérité sur le
Royaume de Dieu à l'adresse de ses auditeurs. C'est le cas des paraboles
de la drachme perdue (cf. Lc 15, 8-10), du levain (cf. Mt 13,
33), des vierges sages et des vierges folles (cf. Mt 25, 1-13). Le récit
de l'obole de la veuve est particulièrement éloquent. Alors que «les
riches ... mettaient leurs offrandes dans le trésor..., une veuve
indigente y mit deux piécettes». Jésus dit alors: «Cette
pauvre veuve a mis plus qu'eux tous...; elle, de son indigence a mis
tout ce qu'elle avait pour vivre» (Lc 21, 1-4). Jésus la
donne ainsi en exemple à tous et il la défend parce que, dans le
système social et juridique de ce temps, les veuves étaient
totalement sans défense (cf. aussi Lc 18, 1-7).
Dans tout l'enseignement de Jésus, et aussi dans son comportement, on
ne trouve rien qui reflète la discrimination de la femme habituelle à
son époque. Au contraire, ses paroles et ses actes expriment toujours
le respect et l'honneur dus à la femme. La femme courbée est
appelée «fille d'Abraham» (Lc 13, 16), alors que dans
toute la Bible le titre de «fils d'Abraham» n'est attribué
qu'aux hommes. Parcourant le chemin de Croix jusqu'au Golgotha, Jésus
dira aux femmes: «Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi»
(Lc 23, 28). Cette façon de parler des femmes et aux femmes,
ainsi que la façon de les traiter, constitue clairement une «nouveauté»
par rapport aux moeurs prévalant alors.
C'est encore plus manifeste quand il s'agit de ces femmes que l'opinion désignait
couramment avec mépris comme des pécheresses, des pécheresses
publiques et des adultères. Par exemple, la Samaritaine, à qui Jésus
déclare: «En réalité, tu as eu cinq maris et l'homme
que tu as maintenant n'est pas ton mari». Et elle, comprenant qu'il
connaissait les secrets de sa vie, reconnaît en lui le Messie et court
l'annoncer à ses compatriotes. Le dialogue qui précède
cette reconnaissance est un des plus beaux de l'Evangile (cf. Jn 4,
7-27).
Une autre pécheresse publique, malgré la réprobation
encourue dans l'opinion commune, entre dans la maison du pharisien pour répandre
de l'huile parfumée sur les pieds de Jésus. Celui-ci dira d'elle à
son hôte scandalisé par ce geste: «Ses nombreux péchés
lui sont remis, parce qu'elle a montré beaucoup d'amour» (cf. Lc
7, 37-47).
Enfin, voici le cas peut-être le plus éloquent: on amène
à Jésus une femme surprise en adultère. A la
question provocatrice: «Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider
ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu?», Jésus répond: «Que
celui de vous qui est sans péché lui jette la première
pierre». Dans cette réponse, la densité de vérité
était telle qu'«ils se retirèrent un à un, à
commencer par les plus vieux». Seuls demeurent Jésus et la femme. «Où
sont-ils? Personne ne t'a condamnée?» _ «Personne, Seigneur».
_ «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche
plus» (cf. Jn 8, 3-11).
Ces épisodes constituent un tableau d'ensemble très
transparent. Le Christ est celui qui «sait ce qu'il y a dans l'homme»
(cf. Jn 2, 25), dans l'homme et la femme. Il connaît la dignité
de l'homme, sa valeur aux yeux de Dieu. Par son être même,
le Christ confirme pour toujours cette valeur. Tout ce qu'il dit et tout ce
qu'il fait a son accomplissement définitif dans le mystère pascal
de la Rédemption. L'attitude de Jésus à l'égard des
femmes rencontrées sur son chemin au cours de son ministère
messianique est le reflet de l'éternel dessein de Dieu qui, en créant
chacune d'elles, la choisit et l'aime dans le Christ (cf. Ep 1, 1-5).
C'est pourquoi chacune est cette «seule créature sur terre que Dieu
ait voulu pour elle-même». Chacune recoit également en héritage,
dès le commencement, la dignité de personne en tant que femme.
Jésus de Nazareth confirme cette dignité, il la rappelle, la
renouvelle, en fait une composante du message de l'Evangile et de la Rédemption
pour lequel il est envoyé dans le monde. Il faut donc introduire dans la
dimension du mystère pascal chacune des paroles ou chacun des gestes du
Christ à l'égard des femmes. Tout s'explique bien ainsi.
La femme surprise en adultère
14. Jésus entre dans la situation historique concrète de
la femme, situation grevée par l'héritage du péché.
Cet héritage se traduit notamment par l'habitude de discriminer la
femme à l'avantage de l'homme, et elle en est marquée. A ce point
de vue, l'épisode de la femme «surprise en adultère»
(cf. Jn 8, 3-11) paraît d'une particulière éloquence.
A la fin, Jésus lui dit: «Ne pèche plus», mais
auparavant il éveille la conscience du péché chez
les hommes qui l'accusent pour la lapider, et il manifeste ainsi sa capacité
profonde de voir en vérité les consciences et les oeuvres des
hommes. Jésus semble dire aux accusateurs: cette femme avec tout son péché
ne fait-elle pas apparaître aussi et surtout vos propres transgressions,
votre injustice «masculine»,vos abus?
Il y a là une vérité qui vaut pour tout le genre
humain. L'épisode que rapporte l'Evangile de Jean peut se retrouver
en d'innombrables situations du même genre à toutes les époques
de l'histoire. Une femme est laissée seule, elle est exposée à
l'opinion publique avec «son péché», alors que derrière
son péché «à elle» se cache un homme pécheur,
coupable «du péché d'autrui», co-responsable de ce péché.
Et pourtant, son péché ne retient pas l'attention, il est passé
sous silence: il ne paraît pas responsable du «péché
d'autrui»! Parfois, fermant les yeux sur son propre péché, il
en arrive même à être l'accusateur, comme dans l'épisode
évoqué. Que de fois la femme ne paie-t-elle pas de cette
façon pour son péché (il se peut aussi qu'elle soit, dans
certains cas, coupable du péché de l'homme en tant que «péché
d'autrui») mais c'est elle qui paie, et elle paie seule! Que de
fois ne demeuret-elle pas abandonnée avec sa maternité, quand
l'homme, le père de l'enfant, ne veut pas en accepter la responsabilité?
Et à côté des nombreuses «mères célibataires»
dans notre société, il faut penser aussi à toutes celles
qui, très souvent, sous diverses pressions, même de la part de
l'homme coupable, «se libèrent» de l'enfant avant la naissance.
Elles «se libèrent», mais à quel prix? L'opinion
publique aujourd'hui essaie de diverses manières «d'effacer» le
mal de ce péché; mais généralement, la
conscience de la femme ne peut oublier qu'elle a ôté la
vie à son enfant, parce qu'elle n'arrive pas à effacer sa
disponibilité à l'accueil de la vie, inscrite dans son «ethos»
dès le «commencement».
L'attitude de Jésus dans l'épisode relaté en Jean
8, 3-11 est significative. Il est peu de moments comme celui-ci où se
manifeste son pouvoir _ le pouvoir de la vérité _ vis-à-vis
de la conscience humaine. Jésus est calme, recueilli, pensif. Sa
conscience, ici comme dans l'entretien avec les pharisiens (cf. Mt 19,
3-9), n'est-elle pas toute proche du mystère du «commencement»,
lorsque l'être humain fut créé, homme et femme, et que la
femme fut confiée à l'homme dans sa différence féminine
et aussi avec sa capacité d'être mère? L'homme aussi fut
confié à la femme par le Créateur. Ils furent mutuellement
confiés l'un à l'autre comme personnes faites à l'image
et à la ressemblance de Dieu. C'est dans ce don mutuel que se mesure
l'amour, l'amour conjugal: pour devenir «un don désintéressé»
de l'un à l'autre, il faut que chacun des deux se sente responsable de ce
don. Cette mesure de l'amour les concerne tous les deux _ l'homme et la femme _
depuis le «commencement». Après le péché
originel, des forces contraires sont à l'oeuvre au coeur de l'homme et de
la femme, en raison de la triple concupiscence, «source du péché».
Elles agissent en l'homme au plus profond de lui-même. C'est pour cela que
Jésus dira dans le Discours sur la montagne: «Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son
coeur, l'adultère avec elle» (Mt
5, 28). Ces paroles, qui
s'adressent directement à l'homme, montrent la vraie profondeur de sa
responsabilité à l'égard de la femme, en raison de sa
dignité, de sa maternité et de sa vocation. Mais elles concernent
aussi indirectement la femme. Le Christ faisait tout son possible pour que _
dans le cadre des usages du temps et des relations sociales d'alors _ les femmes
puissent retrouver dans son enseignement et dans sa façon d'agir leur
personnalité et leur dignité. Sur la base de l'éternelle «unité
des deux», cette dignité dépend directement de la femme
elle-même, en tant que sujet pleinement responsable, et elle est
en même temps «donnée comme un devoir» à l'homme.
Le Christ en appelle logiquement à la responsabilité de
l'homme. Dans cette méditation sur la dignité et la vocation de la
femme, il nous faut nécessairement aujourd'hui nous référer
à la façon dont l'Evangile pose le problème. La dignité
de la femme et sa vocation _ comme, du reste, celles de l'homme _ trouvent leur
source éternelle dans le coeur de Dieu et, dans les conditions
historiques de l'existence humaine, elles sont étroitement liées à
l'«unité des deux». C'est pourquoi tout homme doit considérer
en lui-même si celle qui lui est confiée comme une soeur dans la même
humanité, étant son épouse, n'est pas devenue dans son
coeur un objet d'adultère; si celle qui, de diverses façons, est
le cosujet de son existence dans le monde, n'est pas devenue pour lui un «objet»:
objet de jouissance, objet d'exploitation.
Gardiennes du message évangélique
15. La façon d'agir du Christ, l'Evangile de ses oeuvres et de
ses paroles, est une protestation cohérente contre ce qui
offense la dignité de la femme. C'est pourquoi les femmes qui se trouvent
dans l'entourage du Christ se redécouvrent elles-mêmes dans la vérité
qu'il «enseigne» et qu'il «fait», même lorsque c'est
une vérité sur leur «condition de pécheresse».
Elles se sentent «libérées» par cette vérité,
rendues à elles-mêmes: elles se sentent aimées d'un «amour
éternel», d'un amour qui trouve une expression directe dans le
Christ lui-même. Dans le champ d'action du Christ, leur position sociale
se transforme. Elles sentent que Jésus leur parle de questions qui, à
cette époque, ne se traitaient pas avec des femmes. L'exemple en un sens
le plus significatif à ce sujet est celui de la Samaritaine près
du puits de Sichem. Jésus _ qui sait qu'elle est pécheresse
et le lui dit _ parle avec elle des plus profonds mystères de Dieu.
Il lui parle du don infini de l'amour de Dieu, qui est comme la «source
d'eau jaillissant en vie éternelle» (Jn 4, 14). Il lui parle
de Dieu qui est Esprit et de l'adoration vraie que le Père est en droit
de recevoir en esprit et en vérité (cf. Jn 4, 24). Il lui
révèle enfin qu'il est le Messie promis à Israël (cf.
Jn 4, 26).
C'est là un événement sans précédent:
cette femme, et, qui plus est, «femme-pécheresse»,
devient «disciple» du Christ; et même, après l'avoir
reconnu, elle annonce le Christ aux habitants de Samarie, de telle sorte qu'eux
aussi l'accueillent avec foi (cf. Jn 4, 39-42). Un événement
sans précédent, si l'on considère la façon
habituelle dont ceux qui enseignaient en Israël traitaient les femmes,
tandis que, dans le comportement de Jésus de Nazareth, un tel événement
devient normal. A ce sujet, les deux soeurs de Lazare méritent aussi une
mention spéciale: «Jésus aimait Marthe et sa soeur [Marie] et
Lazare» (Jn 11, 5). Marie «écoutait la parole» de
Jésus: quand il va les trouver chez elles, il décrit lui-même
le comportement de Marie comme «la meilleure part» par rapport au
souci des affaires domestiques que montre Marthe (cf. Lc 10, 38-42).
Dans une autre circonstance, cette même Marthe _ après la mort
de Lazare _ devient l'interlocutrice du Christ: l'entretien porte sur les
plus profondes vérités de la révélation et de la
foi. «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne
serait pas mort» _ «Ton frère ressuscitera» _ «Je
sais qu'il ressuscitera au dernier jour». Jésus lui dit: «Je
suis la résurrection et la vie; qui croit en moi, même s'il meurt,
vivra; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Le crois-tu?» _ «Oui,
Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde»
(Jn 11, 21-27). Après cette profession de foi, Jésus
ressuscite Lazare. Cet entretien avec Marthe est également un des
plus importants de l'Evangile.
Le Christ parle aux femmes des choses de Dieu et elles les comprennent, dans
une réceptivité authentique de l'esprit et du coeur, dans une démarche
de foi. Devant cette réponse tellement «féminine», Jésus
montre son estime et son admiration, comme dans le cas de la Cananéenne
(cf. Mt 15, 28). Parfois, il donne en exemple cette grande foi imprégnée
d'amour: en somme, il donne un enseignement à partir de cette adhésion
féminine de l'esprit et du coeur. Ainsi en est-il pour la femme «pécheresse»;
il part de son comportement dans la maison du pharisien pour expliquer ce qu'est
la rémissíon des péchés: «Ses nombreux péchés
lui sont remis, parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à
qui on remet peu montre peu d'amour» (Lc 7, 47). A l'occasion d'une
autre onction, Jésus prend la défense de la femme et de son geste
devant ses disciples et en particulier devant Judas: «Pourquoi
tracassez-vous cette femme? C'est vraiment une bonne oeuvre qu'elle a
accomplie pour moi... Si elle a répandu ce parfum sur mon corps,
c'est pour m'ensevelir qu'elle l'a fait. En vérité, je vous le
dis, partout où sera proclamé cet Evangile, dans le monde entier,
on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire» (Mt
26, 6-13).
En réalité, non seulement les Evangiles racontent ce qu'a fait
cette femme à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux,
mais ils mettent en relief le fait que, au moment de l'épreuve définitive
et déterminante pour toute la mission messianique de Jésus de
Nazareth, ce sont avant tout les femmes qui se sont trouvées au pied
de la croix. Parmi les Apôtres, seul Jean est resté fidèle.
Par contre les femmes sont nombreuses. Il y avait non seulement la Mère
du Christ et la «soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie
de Magdala» (Jn 19, 25), mais «il y avait là de
nombreuses femmes qui regardaient à distance, celles-là mêmes
qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée et le servaient»
(Mt 27, 55). On voit qu'au cours de cette épreuve de la foi et de
la fidelité, qui fut la plus dure, les femmes se montrèrent plus
fortes que les Apôtres: en ces moments de danger, celles qui «aiment
beaucoup» réussissent à vaincre la peur. Auparavant, il y
avait eu les femmes sur le chemin du Calvaire, «qui se frappaient
la poitrine et se lamentaient sur lui» (Lc 23, 27). Avant elles
encore, il y avait eu la femme de Pilate qui avait averti son mari: «Ne
te mêle point de l'affaire de ce juste; car aujourd'hui j'ai été
très affectée dans un songe à cause de lui» (Mt
27 19).
Premiers témoins de la Résurrection
16. Depuis le commencement de la mission du Christ, la femme montre à
son égard et à l'égard de tout son mystère une
sensibilité particulière qui correspond à l'une des caractéristiques
de sa féminité. Il convient de relever en outre que
cela est confirmé particulièrement face au mystère pascal,
non seulement au moment de la crucifixion, mais encore à l'aube de la résurrection.
Les femmes sont les premières près du tombeau. Elles sont
les premières à le trouver vide. Elles sont les premières à
entendre: «Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il
l'avait dit» (Mt 28, 6). Elles sont les premières à étreindre
ses pieds (cf. Mt 28, 9). Elles sont aussi les premières appelées
à annoncer cette vérité aux Apôtres (cf. Mt 28,
1-10; Lc 24, 8-11). L'Evangile de Jean (cf. aussi Mc 16, 9) met
en relief le role particulier de Marie de Magdala. Elle est la première
à rencontrer le Christ ressuscité. D'abord elle croit que c'est le
gardien du jardin; elle le reconnaît seulement quand il l'appelle par son
nom. «Jésus lui dit: "Marie". Se retournant, elle lui dit
alors en hébreu: "Rabbouni!", ce qui veut dire: "Maître".
Jésus lui dit: "Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté
vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur: je monte
vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu".
Marie de Magdala vient annoncer aux disciples qu'elle a vu le Seigneur et qu'il
lui a dit cela» (Jn 20, 16-18).
C'est pour cela qu'on l'a même appelée «l'apôtre des
Apôtres»(38). Marie de Magdala fut, avant les Apôtres, témoin
oculaire du Christ ressuscité et, pour cette raison, elle fut aussi la
première à lui rendre témoignage devant les Apotres. Cet
événement, en un sens, est comme le couronnement de tout ce qui a été
dit précédemment sur la transmission par le Christ de la vérité
divine aux femmes, sur un pied d'égalité avec les hommes. On peut
dire que les paroles du Prophète sont ainsi accomplies: «Je répandrai
mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront»
(Jl 3, 1). Cinquante jours après la résurrection du Christ,
ces paroles sont encore une fois confirmées au Cénacle de Jérusalem,
à la descente de l'Esprit Saint, le Paraclet (cf. Ac 2, 17).
Tout ce qui a été dit ici sur l'attitude du Christ à l'égard
des femmes confirme et éclaire dans l'Esprit Saint la vérité
sur l'égalité de l'homme et de la femme. On doit parler d'une
radicale «parité»: étant donné que tous deux _ la
femme comme l'homme _ sont créés à l'image et à la
ressemblance de Dieu, tous deux sont au même titre susceptibles de bénéficier
de la vérité divine et de l'amour dans l'Esprit Saint. L'un et
l'autre accueillent sa «venue» salvifique et sanctifiante.
Le fait d'être homme ou femme n'entraîne en cela aucune
restriction, de même que cette action salvifique et sanctifiante de
l'Esprit chez l'homme n'est aucunement limitée par le fait qu'il soit
Juif ou Grec, esclave ou libre, suivant les paroles bien connues de l'Apôtre:
«Car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus» (Ga
3, 28).
Cette unité ne supprime pas les différences. L'Esprit
Saint, qui opère cette unité dans l'ordre surnaturel de la grâce
sanctifiante, contribue dans la même mesure au fait que «vos fils
prophétisent» comme aussi «vos filles». «Prophétiser»,
cela veut dire exprimer par la parole et par la vie «les merveilles de
Dieu» (cf. Ac 2, 11), en sauvegardant la vérité
et l'originalité de chaque personne, homme ou femme. L'«égalité»
évangélique, la «parité» de la femme et de
l'homme vis-à-vis des «merveilles de Dieu», telle qu'elle s'est
manifestée d'une manière si claire dans les oeuvres et les paroles
de Jésus de Nazareth, constitue le fondement le plus évident de la
dignité et de la vocation de la femme dans l'Eglise et dans le monde.
Toute vocation a un sens profondément personnel et prophétique.
Dans la vocation ainsi comprise, la personnalité de la femme trouve
une dimension nouvelle: c'est la dimension des «merveilles de Dieu»
dont la femme devient le vivant sujet et le témoin irremplaçable.
VI
MATERNITÉ - VIRGINITÉ
Deux dimensions de la vocation de la femme
17. Il nous faut orienter maintenant notre méditation vers la
virginité et la maternité, deux dimensions particulières
selon lesquelles se réalise la personnalité féminine. A la
lumière de l'Evangile, elles trouvent la plénitude de leur sens et
de leur valeur en Marie qui, Vierge, devint Mère du Fils de Dieu. Ces
deux dimensions de la vocation féminine se sont rejointes et
unies en elle d'une manière exceptionnelle, de telle sorte que l'une n'a
pas exclu l'autre mais l'a admirablement complétée. Dans
l'Evangile de Luc, le récit de l'Annonciation montre clairement que cela
semblait impossible à la Vierge de Nazareth. Lorsqu'elle s'entend dire: «Voici
que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom
de Jésus», elle demande aussitôt: «Comment cela
sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme?» (Lc 1, 31. 34). Dans
l'ordre commun des choses, la maternité est le fruit de la «connaissance»
mutuelle de l'homme et de la femme dans l'union matrimoniale. Marie, fermement résolue
à conserver sa virginité, pose la question au messager divin et en
reçoit l'explication: «L'Esprit Saint viendra sur toi»;
ta maternité ne sera pas la conséquence d'une «connaissance»
matrimoniale, mais elle sera l'oeuvre de l'Esprit Saint et la «puissance du
Très-Haut» étendra son «ombre» sur le mystère
de la conception et de la naissance du Fils. Comme Fils du Très-Haut, il
t'est donné exclusivement par Dieu, de la manière que Dieu connaît.
Marie a donc conservé la virginité qu'elle exprimait en disant: «Je
ne connais pas d'homme» (cf. Lc 1, 34) et, en même temps,
elle est devenue Mère. La virginité et la maternité
coexistent en elle: elles ne s'excluent pas et ne s'imposent pas réciproquement
des limites. Au contraire, la personne de la Mère de Dieu nous aide tous
_ particulièrement toutes les femmes _ à découvrir comment
ces deux dimensions et ces deux voies dans la vocation de la femme, comme
personne, s'expliquent et se complètent l'une l'autre.
Maternité
18. Pour prendre part à cette «découverte», il faut
encore une fois approfondir la vraie nature de la personne humaine rappelée
par le Concile Vatican II. L'être humain _ que ce soit l'homme ou la femme
_ est le seul au monde que Dieu ait voulu pour lui-même: il est une
personne, un sujet qui décide lui-même. En même temps, l'être
humain «ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé
de lui-même»(39). On a déjà dit que cette description,
et même en un sens cette définition de la personne correspond à
la vérité biblique fondamentale sur la création de l'homme
_ homme et femme _ à l'image et à la ressemblance de Dieu. Ce
n'est pas là une interprétation purement théorique, ou une
définition abstraite, car elle montre de manière
essentielle ce que signifie être homme, en mettant en relief la
valeur du don de soi, de la personne. Cette conception de la personne
comprend aussi l'essence de l'«ethos» qui, en lien avec la vérité
de la création, sera développé pleinement par les livres de
la Révélation et, en particulier, par les Evangiles.
Cette vérité sur la personne ouvre aussi la voie à
une pleine compréhension de la maternité de la femme. La
maternité est le fruit de l'union matrimoniale d'un homme et d'une femme,
de la «connaissance» biblique qui correspond à «l'union
des deux dans la chair» (cf. Gn 2, 24) et réalise ainsi, de
la part de la femme, un «don de soi» spécial, expression de
l'amour nuptial dans lequel les époux s'unissent si étroitement
qu'ils constituent «une seule chair». La «connaissance»
biblique ne se réalise selon la vérité de la personne que
lorsque le don de soi réciproque n'est pas dévié Par le désir
de l'homme de devenir «maître» de son épouse («lui
dominera sur toi») ni par le fait, chez la femme, d'en rester à ses
propres instincts («le désir te portera vers ton mari»: Gn
3, 16).
Le don réciproque des personnes dans le mariage s'ouvre au don d'une
nouvelle vie, d'un nouvel être humain qui est aussi une personne
comme ses parents. La maternité comporte dès son origine une
ouverture particulière à cette personne nouvelle: c'est justement
là le «rôle» de la femme. Dans cette ouverture, dans la
conception et l'enfantement, la femme «se trouve par le don désintéressé
d'elle-même». Le don de la disponibilité intérieure à
accepter l'enfant et à le mettre au monde est lié à l'union
matrimoniale qui, comme on l'a dit, devrait constituer un moment particulier du
don de soi réciproque de la part et de la femme et de l'homme. La
conception et la naissance d'un nouvel être humain s'accompagnent, selon
la Bible, de ces paroles de la femme-mère: «J'ai acquis un homme
de par le Seigneur» (Gn 4, 1). L'exclamation d'Eve, «mère
de tous les vivants», se répète chaque fois que vient au
monde un nouvel être humain, elle exprime la joie de la femme et sa
conscience de participer au grand mystère de la génération éternelle.
Les époux participent à la puissance créatrice de Dieu!
La maternité de la femme, dans la période allant de la
conception à la naissance de l'enfant, est un processus bio-physiologique
et psychique qui est mieux connu de nos jours que dans le passé et qui
fait l'objet de nombreuses études approfondies. L'analyse scientifique
confirme pleinement le fait que la constitution physique même de la femme
et son organisme comportent en eux la disposition naturelle à la maternité,
à la conception, à la gestation et à l'accouchement de
l'enfant, par suite de l'union nuptiale avec l'homme. Cela correspond en même
temps à la structure psycho-physique de la femme. Ce que disent à
ce sujet les différentes branches de la science est important et utile, à
condition toutefois de ne pas s'en tenir à une interprétation
exclusivement bio-physiologique de la femme et de la maternité. Une image
ainsi «réduite» irait dans le sens de la conception
matérialiste de l'homme et du monde. Dans ce cas, on perdrait
malheureusement ce qui est réellement essentiel: la maternité, en
tant que fait et phénomène humain, s'explique pleinement à
partir de la vérité sur la personne. La maternité est
liée à la structure personnelle de l'être féminin et à
la dimension personnelle du don: «J'ai acquis un homme de par le
Seigneur» (Gn 4, 1). Le Créateur fait aux parents le don de
l'enfant. Pour la femme, ce fait se relie d'une manière spéciale à
«un don désintéressé de soi». Les paroles de
Marie à l'Annonciation: «Qu'il m'advienne selon ta parole!» (Lc
1, 38) signiflent la disponibilité de la femme au don de soi et à
l'accueil de la vie nouvelle.
Dans la maternité de la femme, en union avec la paternité de
l'homme, se reflète le mystère éternel de la génération
qui est en Dieu lui-même, en Dieu un et trine (cf. Ep 3, 14-15).
L'engendrement humain est commun à l'homme et à la femme. Et si la
femme, inspirée par l'amour envers son mari, lui dit: «Je t'ai donné
un fils», ses paroles signifient en même temps: «Voici notre
fils». Pourtant, même si tous deux sont ensemble les parents de leur
enfant, la maternité de la femme constitue un «rôle»
particulier dans leur rôle commun de parents, et même le rôle
le plus exigeant. Etre parents, même si cela concerne l'un et l'autre,
cela se réalise beaucoup plus en la femme, spécialement dans la période
prénatale. C'est la femme qui «paie» directement le prix de cet
engendrement commun où se consomment littéralement les énergies
de son corps et de son âme. Il faut donc que l'homme ait
pleinement conscience de contracter une dette particulière envers la
femme, dans leur fonction commune de parents. Aucun programme de «parité
des droits» des femmes et des hommes n'est valable si cela n'est pas pris
en compte d'une manière tout à fait centrale.
La maternité comporte une communion particulière avec le mystère
de la vie qui mûrit dans le sein de la femme: la mère admire ce
mystère; par son intuition unique, elle «comprend» ce qui se
produit en elle. A la lumière du «commencement», la mère
accepte et aime comme une personne l'enfant qu'elle porte dans son sein. Ce
genre unique de contact avec le nouvel être humain en gestation crée,
à son tour, une attitude envers l'homme _ non seulement envers son
propre enfant mais envers l'homme en général _ de nature à
caractériser profondément toute la personnalité de la
femme. On admet habituellement que la femme est plus capable que l'homme
d'attention à
la personne humaine concrète, et que la maternité développe
encore cette disposition. L'homme _ même s'il prend toute sa part dans
cette fonction des parents _ se trouve toujours «à l'extérieur»
du processus de la gestation et de la naissance de l'enfant, et, à bien
des égards, il lui faut apprendre de la mère sa propre «paternité».
Cela, peut-on dire, entre dans le dynamisme humain normal de la fonction des
parents, même quand il s'agit des étapes postérieures à
la naissance de l'enfant, spécialement dans la première période.
L'éducation de l'enfant, considérée dans son ensemble,
devrait inclure la double contribution des parents: la contribution maternelle
et la contribution paternelle. Cependant le rôle de la mère est décisif
pour les fondements d'une personnalité humaine nouvelle.
La maternité en rapport avec l'Alliance
19. Dans notre réflexion revient le paradigme biblique de la «femme»
tiré du protévangile. La «femme», comme mère
et comme première éducatrice de l'être humain (l'éducation
est la dimension spirituelle de la fonction de parents), a une priorité
spécifique par rapport à l'homme.
Si la maternité, avant tout dans son sens biophysique, dépend
de l'homme, elle marque d'un «signe» essentiel tout le processus qui
consiste à faire se développer la personnalité des fils et
des filles nouveaux du genre humain. La maternité de la femme dans
son sens bio-physique montre une apparente passivité: le processus de
la formation d'une nouvelle vie «se produit» en elle, dans son
organisme, cependant il se produit avec la profonde implication de cet
organisme. En même temps, la maternité, au sens personnel et éthique,
manifeste une créativité très importante de la femme,
dont dépend pour une part essentielle l'humanité même du
nouvel être humain. Dans ce sens aussi, la maternité de la femme
exprime un appel et un défi particuliers qui s'adressent à l'homme
et à sa paternité.
Le paradigme biblique de la «femme» atteint son sommet dans la
materníté de la Mère de Dieu. Les paroles du protévangile:
«Je mettrai une hostilité entre toi et la femme», trouvent là
une nouvelle confirmation. Dieu inaugure une Nouvelle Alliance avec
l'humanité en elle, par son «fiat» maternel («qu'il me
soit fait»). C'est l'Alliance éternelle et définitive dans le
Christ, en son corps et son sang, dans sa Croix et sa Résurrection. Précisément
parce que cette Alliance doit être accomplie «dans la chair et le
sang», elle commence dans la Mère. Grâce à elle
seulement et grâce à son «fiat» virginal et maternel, le «Fils
du Très-Haut» peut dire au Père: «Tu m'as façonné
un corps. Voici, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté» (cf.
He 10, 5. 7).
La maternité de la femme a été introduite dans l'ordre
de l'Alliance que Dieu a établie avec l'homme en Jésus Christ. Et
chaque fois, toutes les fois que la maternité de la femme se
reproduit sur la terre dans l'histoire humaine, elle reste désormais
toujours en rapport avec l'Alliance que Dieu a établie avec le
genre humain grâce à la maternité de la Mère de Dieu.
Cette réalité n'est-elle pas démontrée par la réponse
que donne Jésus à l'exclamation de cette femme qui, du milieu de
la foule, le bénissait pour la maternité de celle qui l'avait
enfanté: «Heureuse la mère qui t'a porté dans ses
entrailles, et qui t'a nourri de son lait!»? Jésus répond: «Heureux
plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent!» (Lc
11, 27-28). Jésus confirme le sens de la maternité par rapport
au corps; cependant il en montre en même temps un sens plus profond encore
qui relève de l'ordre de l'esprit: elle est signe de l'Alliance avec Dieu
qui «est esprit» (Jn 4, 24). Telle est surtout la maternité
de la Mère de Dieu. De même, la maternité de toute
femme, comprise à la lumière de l'Evangile, n'est pas seulement «de
chair et de sang»: en elle s'exprime la profonde «écoute de
la parole du Dieu vivant» et la disponibilité à «garder»
cette parole, qui est «la parole de la vie éternelle» (cf. Jn
6, 68). En effet, ce sont justement ceux qui naissent des mères
terrestres, les fils et les filles du genre humain, qui reçoivent du Fils
de Dieu le pouvoir de devenir «enfants de Dieu» (Jn 1, 12). La
dimension de la Nouvelle Alliance dans le sang du Christ pénètre
l'engendrement humain, en en faisant une réalité et une tâche
des «créatures nouvelles» (2 Co 5, 17). Du point de vue
de l'histoire de tout homme, la maternité de la femme est le premier
seuil dont le franchissement est aussi la condition de «la révélation
des fils de Dieu» (cf. Rm 8, 19).
«La femme, sur le point d'accoucher, s'attriste parce que son
heure est venue; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle
ne se souvient plus de ses douleurs, dans la joie qu'un homme soit venu au
monde» (Jn 16, 21). Ces paroles du Christ, dans leur première
partie, évoquent les «douleurs de l'enfantement» qui
appartiennent à l'héritage du péché originel; mais
en même temps elles montrent le lien de la maternité de la
femme avec le mystère pascal. En effet, dans ce mystère,
il y a également la douleur de la Mère au pied de la Croix, de la
Mère qui participe dans la foi au mystère bouleversant du «dépouillement»
de son propre Fils. «C'est là, sans doute, la "kénose"
la plus profonde de la foi dans l'histoire de l'humanité»(40).
En contemplant cette Mère, à qui «une épée
a transpercé l'âme» (cf. Lc 2, 35), l'esprit se tourne
vers toutes les femmes qui souffrent dans le monde, qui souffrent
physiquement ou moralement. Dans cette souffrance, la sensibilité propre
de la femme joue aussi son rôle; même si souvent elle sait mieux résister
à la souffrance que l'homme. Il est difficile de faire le bilan de ces
souffrances, il est difficile de les nommer toutes: on peut rappeler la préoccupation
maternelle pour les enfants, surtout quand ils sont malades ou qu'ils prennent
une voie mauvaise, la mort des personnes les plus chères, la solitude des
mères qu'oublient les enfants adultes ou celle des veuves, les
souffrances des femmes qui luttent seules pour survivre et des femmes qui ont été
lésées ou qui sont exploitées. Il y a enfin les souffrances
des consciences à cause du péché qui a blessé la
dignité humaine ou maternelle de la femme, les blessures des consciences
qui ne se cicatrisent pas facilement. C'est aussi avec ces souffrances qu'il
faut venir au pied de la Croix du Christ.
Mais les paroles de l'Evangile sur la femme qui éprouve de la
tristesse lorsqu'est venue pour elle l'heure de donner le jour à son
enfant expriment aussitôt après la joie: c'est «la
joie qu'un homme soit venu au monde». Cette joie se rattache aussi au
mystère pascal, c'est-à-dire à la joie qui est donnée
en partage aux Apôtres le jour de la Résurrection du Christ:
«Vous aussi, maintenant vous voilà tristes» (ces paroles
ont été prononcées la veille de la passion); «mais je
vous verrai de nouveau et votre coeur sera dans la joie, et votre joie, nul ne
vous l'enlèvera» (Jn 16, 22)
La virginité pour le Royaume
20. Dans l'enseignement du Christ, la maternité est rapprochée
de la virginité, mais elle en est aussi distinguée.
A ce sujet, reste fondamentale la phrase prononcée par Jésus
et qui se trouve dans le contexte immédiat du dialogue sur le thème
de l'indissolubilité du mariage. Ayant entendu la réponse donnée
aux pharisiens, les disciples disent au Christ: «Si telle est la condition
de l'homme envers la femme, il n'y a pas intérêt à se marier»
(Mt 19, 10). Indépendamment du sens que l'expression «il n'y
a pas intérêt» avait alors dans l'esprit des disciples, le
Christ part de leur fausse opinion pour les instruire sur la valeur du célibat:
il distingue le célibat par suite de déficiences naturelles, même
provoquées par l'homme, du «célibat à cause du
Royaume des Cieux». Le Christ dit: «Et il y a des eunuques qui se
sont rendus eux-mêmes tels à cause du Royaume des Cieux» (Mt
19, 12). Il s'agit donc d'un célibat libre, choisi à cause du
Royaume des Cieux, c'est-à-dire en raison de la vocation eschatologique
de l'homme à l'union avec Dieu. Il ajoute ensuite: «Qui peut
comprendre, qu'il comprenne!», et ces paroles reprennent ce qu'il avait dit
au début du discours sur le célibat (cf. Mt 19, 11). C'est
pourquoi le célibat à cause du Royaume des Cieux est le
fruit non seulement d'un libre choix de la part de l'homme, mais aussi
d'une grâce spéciale de la part de Dieu qui appelle une
personne déterminée à vivre le célibat. Si c'est là
un signe spécial du Royaume de Dieu qui doit venir, en même temps
cela sert aussi à consacrer exclusivement au royaume eschatologique,
durant la vie temporelle, toutes les forces de l'âme et du corps.
Les paroles de Jésus sont la réponse à la question des
disciples. Elles sont adressées directement à ceux qui posaient la
question: dans ce cas, c'étaient des hommes. Néanmoins la réponse
du Christ, en elle-même, vaut pour les hommes comme pour les femmes.
Dans ce contexte, elle montre l'idéal évangélique de la
virginité, idéal qui représente une réelle «nouveauté»
par rapport à la tradition de l'Ancien Testament. Cette tradition se
reliait certainement en quelque manière à l'attente d'Israël,
et spécialement de la femme en Israël: l'attente de la venue du
Messie qui devait être du «lignage de la femme». En effet, l'idéal
du célibat et de la virginité pour une plus grande proximité
avec Dieu n'était pas entièrement étranger à
certains milieux juifs, surtout à l'époque précédant
immédiatement la venue de Jésus. Cependant le célibat pour
le Royaume, c'est-à-dire la virginité, est indéniablement
une nouveauté liée à l'Incarnation de Dieu.
Depuis le temps de la venue du Christ, l'attente du Peuple de Dieu doit se
tourner vers le Royaume eschatologique qui vient et dans lequel le Christ lui-même
doit introduire «le nouvel Israël». Pour cette orientation et ce
changement des valeurs, en effet, une nouvelle prise de conscience dans la foi
est nécessaire. Le Christ souligne cela par deux fois: «Qui peut
comprendre, qu'il comprenne!» Seuls le comprennent «ceux-là à
qui c'est donné» (Mt 19, 11). Marie est la première
personne en qui s'est manifestée cette conscience nouvelle, car
elle demande à l'Ange: «Comment cela sera-t-il, puisque je ne
connais pas d'homme?» (Lc 1, 34). Même si elle est «fiancée
à un homme du nom de Joseph» (cf. Lc 1, 27), elle est
fermement résolue à conserver sa virginité, et la maternité
qui s'accomplit en elle provient exclusivement de la «puissance du Très-Haut»,
elle est le fruit de la venue de l'Esprit Saint sur elle (cf. Lc 1, 35).
Cette maternité divine est donc la réponse totalement imprévisible
à l'attente humaine de la femme en Israël: elle survient en Marie
comme le don de Dieu lui-même. Ce don est devenu le commencement et le
prototype d'une attente nouvelle de tous les hommes en fonction de l'Alliance éternelle,
en fonction de la promesse nouvelle et définitive de Dieu: il est signe
de l'espérance eschatologique.
Fondé sur l'Evangile, le sens de la virginité a été
développé et approfondi également comme une vocation de la
femme, dans laquelle sa dignité est confirmée à l'image de
la Vierge de Nazareth. L'Evangile propose l'idéal de la consécration
de la personne, ce qui signifie sa consécration exclusive à
Dieu fondée sur les conseils évangéliques, en particulier
ceux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Leur
parfaite incarnation, c'est Jésus Christ lui-même. Celui qui désire
le suivre radicalement, choisit de mener sa vie suivant ces conseils. Ceux-ci se
distinguent des commandements et montrent au chrétien la voie du caractère
radical de l'Evangile. Depuis les débuts du christianisme, des hommes et
des femmes avancent sur cette voie, étant donné que l'idéal
évangélique s'adresse à l'être humain sans aucune
différence de sexe.
Dans ce contexte plus large, il convient de considérer la
virginité également comme une voie pour la femme, la voie sur
laquelle, d'une manière différente du mariage, elle épanouit
sa personnalité de femme. Pour comprendre cette voie il faut, une fois
encore, recourir au principe fondamental de l'anthropologie chrétienne.
Dans la virginité librement choisie, la femme s'affirme comme personne,
c'est-à-dire comme l'être que le Créateur a voulu pour lui-même
dès le commencement(41), et en même temps, elle exprime la valeur
personnelle de sa féminité, devenant «don désintéressé»
à Dieu qui s'est révélé dans le Christ, un don au
Christ Rédempteur de l'homme et Epoux des âmes: un don «sponsal».
On ne peut comprendre correctement la virginité, la consécration
de la femme dans la virginité, sans faire appel à l'amour
sponsal: c'est en effet dans cet amour que la personne devient don pour
l'autre(42). On doit d'ailleurs comprendre de manière analogue la consécration
de l'homme dans le célibat sacerdotal, ou dans l'état religieux.
La prédisposition innée de la personnalité féminine
à la condition d'épouse trouve une réponse dans la virginité
ainsi comprise. La femme, appelée dès le «commencement» à
être aimée et à aimer, rencontre dans la vocation à
la virginité d'abord le Christ, le Rédempteur qui «aima
jusqu'à la fin» par le don total de lui-même, et elle répond
à ce don par le «don désintéressé» de
toute sa vie. Elle se donne donc à l'Epoux divin, et le don de sa
personne tend à une union de caractère proprement spirituel: par
l'action de l'Esprit Saint elle devient «un seul esprit» avec le
Christ-Epoux (cf. 1 Co 6, 17).
Tel est l'idéal évangélique de la virginité dans
lequel se réalisent d'une manière spéciale à la fois
la dignité et la vocation de la femme. Dans la virginité ainsi
comprise, s'exprime ce qu'on appelle le radicalisme de l'Evangile: tout
laisser et suivre le Christ (cf. Mt 19, 17). On ne peut pas comparer
cela au simple fait de rester célibataire, parce que la virginité
ne se limite pas au seul «non», mais elle comporte un «oui»
profond dans l'ordre sponsal: le don de soi pour aimer, de manière totale
et sans partage.
La maternité spirituelle
21. La virginité, au sens de l'Evangile, comporte le renoncement
au mariage et donc également à la maternité physique. Cependant
le renoncement à ce type de maternité, qui peut impliquer pour le
coeur de la femme un grand sacrifice, ouvre à l'expérience d'une
maternité dans un sens différent: c'est la maternité «selon
l'esprit» (cf. Rm 8, 4). La virginité, en effet, ne
prive pas la femme de ses caractéristiques propres. La maternité
spirituelle revêt de multiples formes. Dans la vie des femmes consacrées,
menée par exemple suivant le charisme et les règles des différents
Instituts de caractère apostolique, elle pourra s'exprimer par la
sollicitude pour les êtres humains, spécialement pour les plus démunis:
les malades, les personnes handicapées, les abandonnés, les
orphelins, les vieillards, les enfants, la jeunesse, les prisonniers et, d'une
façon générale, les personnes marginalisées. Une
femme consacrée retrouve ainsi l'Epoux, différent et unique en
tous et en chacun, selon ses propres paroles: «Dans la mesure où
vous l'avez fait à l'un de ces plus petits ..., c'est à moi que
vous l'avez fait» (Mt 25, 40). L'amour sponsal comporte toujours
une disposition unique à être reporté sur ceux qui se
trouvent dans le champ de son action. Dans le mariage, cette disposition, tout
en étant ouverte à tous, consiste particulièrement dans
l'amour que les parents donnent à leurs enfants. Dans la virginité,
cette aptitude ouvre à tous les hommes,objets de l'amour du
Christ-Epoux.
Par rapport au Christ, Rédempteur de tous et de chacun, l'amour
sponsal dont les virtualités maternelles résident dans le coeur de
la femme, épouse virginale, est prêt également à
s'ouvrir à tous et à chacun. Cela se réalise dans les
Communautés religieuses de vie apostolique, et cela se réalise
différemment dans les Communautés contemplatives ou cloîtrées.
Du reste, il existe encore d'autres formes de vocation à la virginité
pour le Royaume, par exemple les Instituts séculiers ou les Communautés
de consacrés qui fleurissent à l'intérieur de Mouvements,
de groupes et d'Associations: dans toutes ces réalités, la véritable
nature de la maternité spirituelle des personnes qui vivent dans la
virginité se retrouve de différentes manières. En tout état
de cause, il s'agit non seulement de formes de vie communautaires, mais aussi de
formes non communautaires. En somme, la virginité, comme vocation de la
femme, est toujours la vocatión d'une personne, d'une personne concrète
et unique. La maternité spirituelle vécue selon cette vocation est
donc profondément personnelle.
A partir de cela, on constate aussi un rapprochement spécifique
entre la virginité de la femme non mariée et la
maternité de la femme mariée. Un tel rapprochement ne va pas
seulement de la maternité vers la virginité, comme cela a été
souligné ci-dessus; il va aussi dans le sens de la virginité vers
le mariage entendu comme une forme de la vocation de la femme dans laquelle elle
devient mère des enfants nés de son sein. Le point de départ
de cette deuxième analogie est le sens des noces. En effet, la
femme est «épousée» soit dans le sacrement du mariage,
soit spirituellement dans un mariage avec le Christ. Dans l'un et l'autre
cas, le mariage montre le «don désintéressé de la
personne» de l'épouse à l'époux. C'est ainsi, peut-on
dire, que le sens du mariage se retrouve spirituellement dans la virginité.
Et quand il s'agit de la maternité physique, ne doit-elle pas être,
elle aussi, une maternité spirituelle pour correspondre à la véritable
nature de l'homme qui est unité de corps et d'esprit? Il y a donc de
nombreuses raisons de voir dans ces deux voies différentes _ ces deux
vocations pour la vie de la femme _ une complémentarité profonde,
et même une profonde unité intérieure dans l'être de
la personne.
«Mes petits enfants, vous que j'enfante à nouveau dans
le douleur»
22. L'Evangile révèle et permet de comprendre justement cette
manière d'être de la personne humaine. L'Evangile aide
toute femme et tout homme à la vivre et ainsi à s'épanouir.
Il existe en effet une entière égalité par rapport aux dons
de l'Esprit Saint, par rapport aux «merveilles de Dieu» (Ac 2,
11). Et non seulement cela. Précisément, devant les «merveilles
de Dieu» l'homme qu'est l'Apôtre ressent le besoin de recourir à
ce qui est par nature féminin pour exprimer la vérité de
son service apostolique. C'est ainsi qu'agit Paul de Tarse, lorsqu'il s'adresse
aux Galates en disant: «Mes petits enfants, vous que j'enfante à
nouveau dans la douleur» (4, 19). Dans la première Lettre
aux Corinthiens (7, 38), l'Apôtre proclame la supériorité
de la virginité sur le mariage, doctrine constante de l'Eglise dans
l'esprit des paroles du Christ rapportées dans l'Evangile de Matthieu
(19, 10-12), sans amoindrir aucunement l'importance de la maternité
physique et spirituelle. Pour montrer la mission fondamentale de l'Eglise, il ne
trouve pas mieux que la référence à la maternité.
Nous retrouvons l'écho de la même analogie _ et de la même
vérité _ dans la constitution dogmatique sur l'Eglise. Marie
est le «modèle» de l'Eglise(43): «En effet, dans le
mystère de l'Eglise, qui reçoit elle aussi à juste titre le
nom de Mère et de Vierge, [...] Marie occupe la première place,
offrant, à un titre éminent et singulier, le modèle de la
vierge et de la mère [...]. Elle engendra son Fils, dont Dieu a fait le
premier-né parmi beaucoup de frères (Rm 8, 29), c'est-à-dire
parmi les croyants, à la naissance et à l'éducation
desquels elle apporte la coopération de son amour maternel»(44). «Mais
en contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant
sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père,
l'Eglise devient à son tour une Mère,
grâce à la parole de Dieu qu'elle reçoit dans la foi:
par la prédication, en effet, et par le baptême elle engendre, à
une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés
de Dieu»(45). Il s'agit ici de la maternité «selon l'esprit»
à l'égard des fils et des filles du genre humain. Et cette
maternité _ comme on l'a dit _ devient le «rôle» de la
femme dans la virginité également. L'Eglise «aussi est
vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu'elle garde intègre
et pure»(46). Cela s'accomplit en Marie de la manière la plus
parfaite. «Imitant la Mère de son Seigneur, l'Eglise conserve donc,
dans leur pureté virginale, par la vertu du Saint Esprit, une foi intègre,
une ferme espérance, une charité sincère»(47).
Le Concile a confirmé que, si l'on ne recourt pas à la Mère
de Dieu, il n'est pas possible de comprendre le mystère de l'Eglise, sa réalité,
sa vitalité essentielle. Nous retrouvons ici indirectement la référence
au paradigme biblique de la «femme», déjà clairement
tracé dans le récit du «commencement» (cf. Gn 3,
15) et au long du parcours qui va de la Création, en passant par le péché,
jusqu'à la Rédemption. Ainsi se vérifie l'unité
profonde entre ce qui est humain et ce qui constitue l'économie divine du
salut dans l'histoire de l'homme. La Bible nous convainc du fait que l'on ne
peut faire une herméneutique appropriée de l'homme, c'est-à-dire
de ce qui est «humain», sans un recours approprié à ce
qui est «féminin». Cela se retrouve analogiquement dans l'économie
salvifique de Dieu: si nous voulons la comprendre pleinement par rapport à
toute l'histoire de l'homme, nous ne pouvons laisser de côté, dans
l'optique de notre foi, le mystère de la «femme»: vierge-mère-épouse.
VII
L'EGLISE, EPOUSE DU CHRIST
Le «grand mystère»
23. Les paroles de la Lettre aux Ephésiens ont à cet égard
une importance fondamentale: «Maris, aimez vos femmes, comme le Christ a
aimé l'Eglise: il s'est livré pour elle, afin de la sanctifier en
la purifiant par le bain d'eau qu'une parole accompagne; car il voulait se la présenter
à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de
tel, mais sainte et immaculée. De la même façon les maris
doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, c'est
s'aimer soi-même. Car nul n'a jamais haï sa propre chair; on la
nourrit au contraire et on en prend bien soin. C'est justement ce que le Christ
fait pour l'Eglise: ne sommes-nous pas les membres de son corps? "Voici
donc que l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à
sa femme, et les deux ne feront qu'une seule chair": ce mystère
est de grande portée; je veux dire qu'il s'applique au Christ et
l'Eglise» (5, 25-32).
Dans cette Lettre, l'auteur exprime la vérité sur
l'Eglise comme Epouse du Christ, montrant aussi comment cette vérité
se fonde dans la réalité biblique de la création de l'être
humain, homme et femme. Créés à l'image et à la
ressemblance de Dieu, les «deux ne faisant qu'un», ils ont été
appelés l'un et l'autre à un amour de caractère nuptial. On
peut dire également, en suivant la description de la création dans
le Livre de la Genèse (2, 18-25), que cet appel fondamental
apparaît en même temps que la création de la femme et est
inscrit par le Créateur dans l'institution du mariage qui, suivant Genèse
2, 24, a dès l'origine le caractère d'une union des personnes
(«communio personarum»). Et même si ce n'est pas
directement, cette description du «commencement» (cf. Gn 1,
27; 2, 24) montre que tout l'«ethos» des rapports mutuels entre
l'homme et la femme doit correspondre à la nature personnelle authentique
de leur être.
Tout cela a déjà été pris en considération
précédemment. Le texte de la Lettre aux Ephésiens confirme
une fois encore la même vérité, et simultanément il
compare le caractère nuptial de l'amour entre l'homme et la femme avec le
mystère du Christ et de l'Eglise. Le Christ est l'Epoux de l'Eglise,
l'Eglise est l'Epouse du Christ. Cette analogie n'est pas sans précédent:
elle transpose dans le Nouveau Testament ce qui était déjà
contenu dans l'Ancien Testament, en particulier chez les prophètes
Osée, Jérémie, Ezéchiel, Isaïe(48). Les différents
passages meritent une analyse particulière. Rapportons au moins un texte.
Voici comment, par le prophète, Dieu parle à son peuple élu:
«N'aie pas peur, tu n'éprouveras plus de honte, ne sois pas
confondue, tu n'auras plus à rougir; car tu vas oublier la honte de ta
jeunesse, tu ne te souviendras plus de l'infamie de ton veuvage. Ton créateur
est ton époux, " Seigneur de l'univers " est son nom; le
Saint d'Israël est ton rédempteur, on l'appelle le Dieu de
toute la terre... Est-ce qu'on rejette la femme de sa jeunesse? dit le Seigneur
ton Dieu. Un moment, je t'avais abandonnée, mais, dans ma grande
tendresse, je vais t'unir à moi. Débordant de fureur, un instant,
je t'avais caché ma face. Dans un amour éternel, j'ai eu pitié
de toi, dit le Seigneur, ton rédempteur ... Car les montagnes peuvent s'écarter
et les collines chanceler, mon amour ne s'écartera pas de toi, mon
alliance de paix ne chancellera pas» (Is 54, 4-8. 10).
Si l'être humain, homme et femme, a été créé
à l'image et à la ressemblance de Dieu, Dieu peut parler de lui-même
par la bouche du prophète en se servant du langage qui est par nature
humain: dans le texte cité d'Isaïe, l'expression de l'amour de Dieu
est «humaine», mais l'amour lui-même est
divin. Etant l'amour de Dieu, il a un caractère sponsal proprement
divin, même s'il est exprimé par l'analogie de l'amour de l'homme
pour la femme. Cette femme-épouse, c'est Israël en tant que peuple élu
par Dieu et cette élection a sa source uniquement dans l'amour gratuit de
Dieu. C'est justement par cet amour que s'explique l'Alliance, souvent présentée
comme une alliance nuptiale que Dieu renoue sans cesse avec son peuple élu.
Elle est, de la part de Dieu, «un engagement» durable: il reste fidèle
à son amour sponsal, même si l'épouse s'est montrée
bien des fois infidèle.
Cette image de l'amour sponsal liée à la figure de
l'Epoux divin _ image très claire dans les textes prophétiques _
se trouve confirmée et couronnée dans la Lettre aux Ephésiens
(5, 23-32). Le Christ est salué comme l'époux par
Jean-Baptiste (cf. Jn 3, 27-29); et le Christ lui-même
s'appliquait cette comparaison empruntée aux prophètes (cf. Mc
2, 19-20). L'Apôtre Paul, qui est imprégné de tout le
patrimoine de l'Ancien Testament, écrit aux Corinthiens: «J'éprouve
à votre égard en effet une jalousie divine; car je vous ai fiancés
à un époux unique, comme une vierge pure à présenter
au Christ» (2 Co 11, 2). Mais c'est dans la Lettre aux
Ephésiens que se trouve l'expression la plus forte de la vérité
sur l'amour du Christ rédempteur, suivant l'analogie de l'amour nuptial
dans le mariage: «Le Christ a aimé l'Eglise: il s'est livré
pour elle» (5, 25), et en cela se trouve pleinement confirmé le
fait que l'Eglise est l'Epouse du Christ: «Le Saint d'Israël est ton rédempteur»
(Is 54, 5). Dans le texte paulinien, l'analogie de la relation nuptiale
prend en même temps deux directions qui forment l'ensemble du «grand
mystère» («sacramentum magnum»). L'alliance
proprement dite des époux «explique» le caractère
sponsal de l'union du Christ et de l'Eglise; et cette union, à son tour,
en tant que «grand sacrement», détermine la sacramentalité
du mariage comme alliance sainte des deux époux, l'homme et la femme. En
lisant ce texte, riche et complexe, qui est tout entier une vaste analogie,
il nous faut distinguer en lui ce qui exprime la réalité
humaine des relations interpersonnelles de ce qui exprime en langage symbolique
le «grand mystère» divin.
La «nouveauté» évangélique
24. Le texte s'adresse aux époux, à des femmes et à des
hommes concrets et il leur rappelle l'«ethos» de l'amour nuptial qui
remonte à l'institution divine du mariage dès le «commencement».
A la véritable nature de cette institution répond l'exhortation «maris,
aimez vos femmes», aimez-les en raison de ce lien spécial et
unique par lequel l'homme et la femme deviennent dans le mariage «une seule
chair» (Gn 2, 24; Ep 5, 31). On trouve dans cet amour une
affirmation fondamentale de la femme comme personne, affirmation
grâce à laquelle la personnalité féminine peut se développer
pleinement et s'enrichir. C'est précisément ainsi qu'agit le
Christ comme Epoux de l'Eglise, voulant qu'elle soit «resplendissante, sans
tache ni ride» (Ep 5, 27). On peut dire que s'affirme ici
pleinement ce qui constitue le «style» du Christ face à la
femme. Le mari devrait faire siens tous les éléments de ce style à
l'égard de sa femme; et, analogiquement, c'est ce que devrait faire
l'homme à l'égard de la femme dans toutes les situations. Ainsi
tous deux, l'homme et la femme, vivent le «don désintéressé
de soi»!
L'auteur de la Lettre aux Ephésiens ne voit aucune
contradiction entre une exhortation ainsi formulée et la constatation que
«les femmes doivent se soumettre à leurs maris, comme au Seigneur;
en effet, pour la femme, le mari est la tête» (cf. 5, 22-23).
L'auteur sait que cette attitude, si profondément enracinée dans
les moeurs et la tradition religieuse du temps, doit être comprise et vécue
d'une manière nouvelle, comme une «soumission mutuelle dans la
crainte du Christ» (cf. Ep 5, 21); d'autant plus que le mari
est dit «chef» de la femme comme le Christ est chef de
l'Eglise; il l'est pour «se livrer pour elle» (Ep 5, 25), et
se livrer pour elle c'est donner jusqu'à sa vie. Mais, tandis que dans la
relation Christ-Eglise, la seule soumission est celle de l'Eglise, dans la
relation mari-femme, la «soumission» n'est pas unilatérale,
mais bien réciproque!
Par rapport à l'«ancien», c'est là évidemment
une «nouveauté»; c'est la nouveauté évangélique.
Nous rencontrons plusieurs textes où les écrits apostoliques
expriment cette nouveauté, même si l'on y entend aussi ce qui est «ancien»,
ce qui s'enracine dans la tradition religieuse d'Israël, dans sa façon
de comprendre et d'expliquer les textes sacrés comme, par exemple, le
chapitre 2 de la Genèse(49).
Les Lettres des Apôtres sont adressées à des personnes
qui vivent dans un milieu ayant les mêmes façons de penser et
d'agir. La «nouveauté» du Christ est un fait: elle constitue le
contenu sans équivoque du message évangélique et elle est
le fruit de la Rédemption. En même temps, cependant, la conscience
que dans le mariage il y a la «soumission mutuelle des conjoints dans la
crainte du Christ», et pas seulement celle de la femme à son mari,
doit imprégner les coeurs, les consciences, les comportements, les
moeurs. C'est un appel qui depuis lors ne cesse d'être pressant pour les générations
qui se succèdent, un appel que les hommes doivent sans cesse accueillir
de nouveau. L'Apôtre n'écrivit pas seulement: «Dans le Christ
Jésus ..., il n'y a ni homme ni femme», mais aussi «il n'y a ni
esclave ni homme libre». Et pourtant combien de générations
il a fallu pour que le principe se concrétise dans l'histoire de
l'humanité par l'abolition de l'institution de l'esclavage! Et que dire
des formes nombreuses d'esclavage auxquelles sont soumis des hommes et des
peuples, et qui n'ont pas encore disparu de la scène de l'histoire?
Cependant, le défi de l'«ethos» de la Rédemption
est clair et définitif. Toutes les motivations de la «soumission»
de la femme à l'homme dans le mariage doivent être interprétées
dans le sens d'une «soumission mutuelle» de l'un à l'autre «dans
la crainte du Christ». La dimension du véritable amour nuptial
trouve sa source la plus profonde dans le Christ qui est l'Epoux de l'Eglise,
son Epouse.
La dimension symbolique du «grand mystère»
25. Dans le texte de la Lettre aux Ephésiens nous trouvons
une seconde dimension de l'analogie qui doit servir, dans son ensemble, à
la révélation du «grand mystère». C'est une
dimension symbolique. Si l'amour de Dieu envers l'homme, envers Israël,
le peuple élu, est présenté par les prophètes comme
l'amour de l'époux pour l'épouse, cette analogie exprime la qualité
«sponsale» et le caractère divin et non humain de l'amour de
Dieu: «Ton créateur est ton époux, ... on l'appelle le Dieu
de toute la terre» (Is 54, 5). On doit dire la même chose de
l'amour sponsal du Christ rédempteur: «Car Dieu a tant aimé
le monde qu'il a donné son Fils unique» (Jn 3, 16). Il
s'agit donc de l'amour de Dieu exprimé dans la Rédemption
accomplie par le Christ. Selon la Lettre paulinienne, cet amour est «semblable»
à l'amour nuptial des conjoints humains, mais évidemment il ne lui
est pas «identique». L'analogie, en effet, suppose une ressemblance
qui laisse place à une marge appropriée de dissemblance.
Il est facile de le constater si nous considérons la figure de l'«épouse».
Selon la Lettre aux Ephésiens, l'épouse est l'Eglise,
de même que pour les prophètes l'épouse était
Israël: il s'agit donc d'un sujet collectif, et non d'une
personne singulière. Ce sujet collectif est le Peuple de Dieu, c'est-à-dire
une communauté composée de nombreuses personnes, hommes ou femmes.
«Le Christ a aimé l'Eglise» précisément en tant
que communauté, en tant que Peuple de Dieu et, en même temps, il a
aimé chacune des personnes de cette Eglise qui est aussi appelée
son «corps» dans le même passage (cf. Ep 5, 23). En
effet, le Christ a racheté chaque homme et chaque femme, tous sans
exception. Dans la Rédemption, c'est justement cet amour de Dieu qui
s'exprime, et c'est là que s'accomplit dans l'histoire de l'humanité
et du monde le caractère sponsal de cet amour.
Le Christ est entré dans cette histoire et y demeure comme l'Epoux
qui «s'est livré lui-même». «Se livrer»
signifie «devenir un don désintéressé» de la manière
la plus entière et la plus radicale: «Nul n'a plus grand amour que
celui-ci» (Jn 15, 13). Selon cette conception, grâce à
l'Eglise, tous les êtres humains _ les hommes comme les femmes _ sont
appelés à être l'«Epouse» du Christ, Rédempteur
du monde. Ainsi le fait d'«être épouse», et donc le «féminin»,
devient le symbole de tout l'«humain», selon les paroles de Paul: «Il
n'y a ni homme ni femme: car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus»
(Ga 3, 28).
Du point de vue linguistique, on peut dire que l'analogie de l'amour sponsal
selon la Lettre aux Ephésiens rapporte ce qui est «masculin»
à ce qui est «féminin», étant donné que,
comme membres de l'Eglise, les hommes sont également inclus dans le
concept d'«Epouse». Cela ne doit pas surprendre car l'Apôtre,
pour exprimer sa mission dans le Christ et dans l'Eglise, parle des «petits
enfants qu'il enfante dans la douleur» (cf. Ga 4, 19). Dans l'ensemble de
ce qui est «humain», de ce qui est humainement personnel, la «masculinité»
et la «féminité» se distinguent et en même
temps se complètent et s'éclairent mutuellement. Cela
apparaît aussi dans la grande analogie de l'«Epouse» de la Lettre
aux Ephésiens. Dans l'Eglise tout être humain _ homme et femme
_ est l'«Epouse» parce qu'il accueille comme un don l'amour du Christ
rédempteur, et aussi parce qu'il tente d'y répondre à
travers le don de sa personne.
Le Christ est l'Epoux. Par là s'exprime la vérité
sur l'amour de Dieu qui «a aimé le premier» (cf. 1 Jn
4, 19) et qui a dépassé toutes les attentes des hommes par le
don qu'a engendré cet amour sponsal pour l'homme: «Il aima jusqu'à
la fin» (Jn 13, 1). L'Epoux _ le Fils consubstantiel au Père
en tant que Dieu _ est devenu le fils de Marie; «fils de l'homme»,
vrai homme, au masculin. Le symbole de l'Epoux est du genre
masculin. Dans ce symbole masculin est figuré le caractère
humain de l'amour par lequel Dieu a exprimé son amour divin pour Israël,
pour l'Eglise, pour tous les hommes. En méditant ce que disent les
Evangiles sur l'attitude du Christ à l'égard des femmes, nous
pouvons conclure que comme homme, fils d'Israël, il a révélé
la dignité des «filles d'Abraham» (cf. Lc 13, 16),
la dignité appartenant à la femme à l'égal
de l'homme dès le «commencement». En même temps, le
Christ a mis en valeur toute l'originalité de la femme par rapport à
l'homme, toute la richesse qui lui est accordée dans le mystère de
la création. Dans l'attitude du Christ envers la femme, nous voyons
accompli de manière exemplaire ce que le texte de la Lettre
aux Ephésiens exprime par le concept d'«époux». Précisément
parce que l'amour divin du Christ est un amour d'Epoux, il est le paradigme et
le modèle de tout amour humain, en particulier de l'amour des hommes.
L'Eucharistie
26. Dans l'ample contexte du «grand mystère» qui s'exprime
par le rapport sponsal entre le Christ et l'Eglise, il est aussi possible de
bien comprendre le fait de l'appel des «Douze». En n'appelant
que des hommes à être ses Apotres, le Christ a agi d'une
manière totalement libre et souveraine. Il l'a fait dans la même
liberté avec laquelle il a mis en valeur la dignité et la vocation
de la femme par tout son comportement, sans se conformer aux usages qui prévalaient
ni aux traditions que sanctionnait la législation de son époque.
C'est pourquoi l'hypothèse selon laquelle il aurait appelé des
hommes comme Apôtres en se conformant à la mentalité répandue
en son temps ne correspond pas du tout à la manière d'agir du
Christ. «Maître, nous savons que tu es véridique et que tu
enseignes la voie de Dieu en vérité..., car tu ne regardes pas
au rang des personnes» (Mt 22, 16). Ces paroles illustrent parfaitement
le comportement de Jésus de Nazareth. On trouve là aussi
une explication pour l'appel des «Douze». Ils sont auprès du
Christ pendant la dernière Cène; eux seuls reçoivent le
commandement sacramentel: «Faites cela en mémoire de moi» (Lc
22, 19; 1 Co 11, 24), lié à l'institution de
l'Eucharistie. Au soir du jour de la Résurrection, ils reçoivent
l'Esprit Saint pour pardonner les péchés: «Ceux à qui
vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à
qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus» (Jn 20, 23).
Nous nous trouvons au centre même du mystère pascal qui révèle
pleinement l'amour sponsal de Dieu. Le Christ est l'Epoux parce qu'«il
s'est livré lui-même»: son corps a été «livré»,
son sang a été «versé» (cf. Lc 22, 19.
20). C'est ainsi qu'il «aima jusqu'à la fin» (Jn 13,
1). Le «don désintéressé» que comprend le
sacrifice de la Croix fait ressortir d'une manière décisive le
sens sponsal de l'amour de Dieu. Le Christ est l'Epoux de l'Eglise, comme Rédempteur
du monde. L'Eucharistie est le sacrement de notre Rédemption.
C'est le sacrement de l'Epoux, de l'Epouse. L'Eucharistie rend présent
et réalise à nouveau sacramentellement l'acte rédempteur du
Christ qui «crée» l'Eglise, son corps. A ce «corps»,
le Christ est uni comme l'époux à l'épouse. Tout cela est
dit dans la Lettre aux Ephésiens. Dans le «grand mystère»
du Christ et de l'Eglise se trouve introduite l'éternelle «unité
des deux» constituée dès le «commencement» entre
l'homme et la femme.
Si le Christ, en instituant l'Eucharistie, l'a liée d'une manière
aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime
de penser qu'il voulait de cette façon exprimer la relation entre l'homme
et la femme, entre ce qui est «féminin» et ce qui est «masculin»,
voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui
de la Rédemption. Dans l'Eucharistie s'exprime avant tout
sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers
l'Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque
le service sacramentel de l'Eucharistie, où le prêtre agit «in
persona Christi», est accompli par l'homme. C'est là une
explication qui confirme l'enseignement de la Déclaration Inter
insigniores, publiée sur mandat de Paul VI pour répondre aux
interrogations suscitées par la question de l'admission des femmes au
sacerdoce ministériel(50).
Le don de l'Epouse
27. Le Concile Vatican II a renouvelé dans l'Eglise la conscience de
l'universalité du sacerdoce. Dans la Nouvelle Alliance, il n'y a qu'un
seul sacrifice et un seul prêtre, le Christ. Tous les baptisés,
les hommes comme les femmes, participent à ce sacerdoce unique,
car il doivent «s'offrir en victimes vivantes, saintes, agréables
à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur
toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de
l'espérance qui est en eux d'une vie éternelle (cf. 1 P 3,
15)»(51). La participation universelle au sacrifice du Christ, par lequel
le Rédempteur a offert au Père le monde entier et en particulier
l'humanité, fait de tous les membres de l'Eglise «un royaume de prêtres»
(Ap 5, 10; cf. 1 P 2, 9), c'est-à-dire qu'ils participent
non seulement à la mission sacerdotale, mais encore à la mission
prophétique et royale du Christ-Messie. Cette participation entraîne
en outre l'union organique de l'Eglise, comme Peuple de Dieu, avec le Christ. Le
«grand mystère» de la Lettre aux Ephésiens s'y exprime
en même temps: l'Epouse unie à son Epoux, unie parce
qu'elle vit de sa vie; unie parce qu'elle participe à sa triple mission
(tria munera Christi); unie de manière à répondre
par un «don désintéressé» de soi au don
ineffable de l'amour de l'Epoux, le Rédempteur du monde. Cela
concerne toute l'Eglise, les femmes comme les hommes, et évidemment cela
concerne aussi ceux qui participent au «sacerdoce ministériel»(52)
qui est par nature un service. Dans le cadre du «grand mystère»
du Christ et de l'Eglise, tous sont appelés à répondre _
comme une épouse _ par le don de leur vie au don ineffable de l'amour du
Christ qui est seul, comme Rédempteur du monde, l'Epoux de l'Eglise. Dans
le «sacerdoce royal», qui est universel, s'exprime en même temps
le don de l'Epouse.
Cela revêt une importance fondamentale pour comprendre l'Eglise
dans son essence même, en évitant de reprendre pour l'Eglise _
même en sa qualité d'«institution» composée d'êtres
humains et inscrite dans l'histoire _ des critères d'interprétation
et de jugement qui sont sans rapport avec sa nature. Même si l'Eglise possède
une structure «hiérarchique»(53), cette structure est cependant
totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et
la sainteté s'apprécie en fonction du «grand mystère»
dans lequel l'Epouse répond par le don de l'amour au don de l'Epoux, le
faisant «dans l'Esprit Saint» parce que «l'amour de Dieu a été
répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été
donné» (Rm 5, 5). Le Concile Vatican II, en confirmant
l'enseignement de toute la tradition, a rappelé que, dans la hiérarchie
de la sainteté, c'est justement la «femme», Marie de
Nazareth, qui est«figure» de l'Eglise. Elle nous «précède»
tous sur la voie de la sainteté; en sa personne «l'Eglise atteint déjà
à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep 5, 27)»(54).
En ce sens, on peut dire que l'Eglise est «mariale» en même
temps qu'«apostolique» et «pétrinienne»(55).
Dans l'histoire de l'Eglise, dès les premiers temps, il y avait aux côtés
des hommes de nombreuses femmes pour qui la réponse de l'Epouse à
l'amour rédempteur de l'Epoux prenait toute sa force expressive. Nous
voyons tout d'abord celles qui avaient personnellement rencontré le
Christ, qui l'avaient suivi et qui, après son départ, «étaient
assidues à la prière» avec les Apôtres au Cénacle
de Jérusalem jusqu'au jour de la Pentecôte. Ce jour-là,
l'Esprit Saint parla par «des fils et des fìlles» du Peuple de
Dieu, accomplissant ce qu'avait annoncé le prophète Joël (cf.
Ac 2, 17). Ces femmes, et d'autres encore par la suite, eurent un role actif
et important dans la vie de l'Eglise primitive, dans la construction, depuis
ses fondements, de la première communauté chrétienne _ et
des communautés ultérieures _ grace à leurs charismes
et à leurs multiples manières de servir. Les écrits
apostoliques retiennent leurs noms, ainsi Phébée, «diaconesse
de l'Eglise de Cenchrées» (cf. Rm 16, 1), Priscille avec son
mari Aquila (cf. 2 Tm 4, 19), Evodie et Syntyché (cf.Ph
4, 2), Marie, Tryphène, Persis, Tryphose (cf. Rm 16, 6. 12). L'Apôtre
parle de leurs «fatigues» pour le Christ: celles-ci montrent les
divers domaines du service apostolique dans l'Eglise, en commençant par «l'Eglise
domestique». En effet, la «foi sans détours» y passe de la
mère aux enfants et aux petits-enfants, comme cela eut lieu dans la
maison de Timothée (cf. 2
Tm 1, 5).
La même chose se renouvelle au cours des siècles, de génération
en génération, comme le montre l'histoire de l'Eglise. L'Eglise,
en effet, en défendant la dignité de la femme et sa vocation, a
manifesté de la gratitude à celles qui, fidèles à
l'Evangile, ont participé en tout temps à la mission apostolique
de tout le Peuple de Dieu, et elle les a honorées. Il s'agit de saintes
martyres, de vierges, de mères de famille qui ont témoigné
de leur foi avec courage et qui, par l'éducation de leurs enfants dans
l'esprit de l'Evangile, ont transmis la foi et la tradition de l'Eglise.
A toutes les époques et dans tous les pays, nous trouvons de
nombreuses femmes «vaillantes» (cf. Pr 31, 10) qui, malgré
les persécutions, les difficultés et les discriminations, ont
participé à la mission de l'Eglise. Il suffira de mentionner ici
Monique, la mère d'Augustin, Macrine, Olga de Kiev, Mathilde de Toscane,
Edwige de Silésie et Edwige de Cracovie, Elisabeth de Thuringe, Brigitte
de Suède, Jeanne d'Arc, Rose de Lima, Elizabeth Seton et Mary Ward.
Le témoignage et l'action des femmes chrétiennes ont eu une
influence significative dans la vie de l'Eglise, comme aussi dans la vie de la
société. Même face à de graves discriminations
sociales, les saintes femmes ont agi «librement», rendues fortes par
leur union avec le Christ. Cette union et cette liberté fondées en
Dieu expliquent par exemple l'action importante de sainte Catherine de Sienne
dans la vie de l'Eglise et de sainte Thérèse de Jésus dans
la vie monastique.
De nos jours encore, l'Eglise ne cesse de s'enrichir grâce au témoignage
de nombreuses femmes qui épanouissent leur vocation à la sainteté.
Les saintes femmes sont une incarnation de l'idéal féminin; mais
elles sont aussi un modèle pour tous les chrétiens, un modèle
de «sequela Christi», un exemple de la manière dont
l'Epouse doit répondre avec amour à l'amour de l'Epoux.
VIII
LA PLUS GRANDE, C'EST LA CHARITÉ
Face aux changements
28. «L'Eglise croit que le Christ, mort et ressuscité pour tous,
offre à l'homme, par son Esprit, lumière et forces pour lui
permettre de répondre à sa très haute vocation»(56).
Nous pouvons appliquer ces paroles de la constitution conciliaire Gaudium et
spes au thème des présentes réflexions. L'insistance
particulière sur la dignité de la femme et sa vocation, caractéristique
de l'époque où nous vivons, peut et doit être accuellie dans
«la lumière et les forces» que l'Esprit du Christ accorde à
l'homme, et cela aussi à notre époque fertile en transformations
multiples. L'Eglise «croit [...] que la clé, le centre et la fin»
de l'homme, et aussi «de toute l'histoire humaine se trouve en son Seigneur
et Maître» et «elle affirme que, sous tous les changements,
bien des choses demeurent qui ont leur fondement ultime dans le Christ, le même
hier, aujourd'hui et à jamais»(57).
Par ces paroles, la constitution sur l'Eglise dans le monde de ce temps nous
montre la voie à suivre pour remplir les devoirs concernant la dignité
de la femme et sa vocation, dans le cadre des changements significatifs de notre
temps. Nous ne pouvons faire face à ces changements de manière
juste et appropriée que si nous revenons aux fondements qui se
trouvent dans le Christ, aux vérités et aux valeurs «immuables»
dont il reste lui-même le «témoin fidèle» (cf.
Ap 1, 5) et le Maître. Une autre manière d'agir conduirait à
des résultats douteux, sinon franchement faux et trompeurs.
La dignité de la femme et l'ordre de l'amour
29. Le passage déjà cité de la Lettre aux Ephésiens
(5, 21-33), où le rapport entre le Christ et l'Eglise est présenté
comme le lien entre l'époux et l'épouse, évoque également
l'institution du mariage selon les paroles du Livre de la Genèse (cf.
2, 24). Il rapproche la vérité sur le mariage comme sacrement
primordial et la création de l'homme et de la femme à l'image et à
la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 27; 5, 1) . Grâce à ce
rapport significatif que l'on trouve dans la Lettre aux Ephésiens
est mis en pleine lumière ce qui détermine la dignité
de la femme au regard de Dieu, Créateur et Rédempteur, et
aussi au regard de l'homme, de l'homme et de la femme. Conformément
au dessein éternel de Dieu, la femme est celle en qui l'ordre de l'amour
dans le monde créé des personnes trouve le lieu de son premier
enracinement. L'ordre de l'amour appartient à la vie intime de Dieu lui-même,
à la vie trinitaire. Dans la vie intime de Dieu, l'Esprit Saint est
l'hypostase personnelle de l'amour. Par l'Esprit, don incréé,
l'amour devient un don aux personnes créées. L'amour qui est
de Dieu se communique aux créatures: «L'amour de Dieu a été
répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné»
(Rm 5, 5).
L'appel à l'existence de la femme aux cotés de l'homme («une
aide qui lui soit assortie»: Gn 2, 18) dans «l'unité
des deux» présente dans le monde visible des créatures des
conditions particulières pour que «l'amour de Dieu soit répandu
dans les coeurs» des êtres créés à son image. Si
l'auteur de la Lettre aux Ephésiens appelle le Christ l'Epoux et
l'Eglise l'Epouse, il confirme indirectement par cette analogie la vérité
sur la femme en tant qu'épouse. L'Epoux est celui qui aime. L'Epouse
est aimée: elle est celle qui reçoit l'amour, pour aimer à
son tour.
Le passage de la Genèse, relu à la lumière du
symbole sponsal de la Lettre aux Ephésiens nous permet de saisir
une vérité qui parait tout à fait déterminante pour
la question de la dignité de la femme et, par suite, également
pour celle de sa vocation: la dignité de la femme se mesure dans
l'ordre de l'amour qui est essentiellement un ordre de justice et de charité(58).
Seule la personne peut aimer, et seule la personne peut être aimée.
C'est là d'abord une affirmation d'ordre ontologique dont découle
ensuite une affirmation de nature éthique. L'amour est une exigence
ontologique et éthique de la personne. La personne doit être aimée,
parce que seul l'amour correspond à ce qu'est la personne. Ainsi
s'explique le commandement de l'amour, déjà connu dans
l'Ancien Testament (cf. Dt 6, 5; Lv 19, 18) et placé par
le Christ au centre même de l'«ethos» évangélique
(cf. Mt 22, 36-40; Mc 12, 28-34). Ainsi s'explique aussi le primat
de l'amour qu'expriment les paroles de Paul dans la Lettre aux
Corinthiens: «La plus grande, c'est la charité» (cf. 1
Co 13, 13).
Sans recourir à cet ordre et à ce primat, il n'est pas
possible de donner une réponse complète et adéquate à
la question sur la dignité de la femme et sur sa vocation. Lorsque nous
disons que la femme est celle qui reçoit l'amour pour aimer à son
tour, nous ne pensons pas seulement ou avant tout au rapport nuptial spécifique
du mariage. Nous pensons à quelque chose de plus universel, fondé
sur le fait même d'être femme dans l'ensemble des relations
interpersonnelles qui structurent de manières très diverses la
convivialité et la collaboration entre les personnes, hommes et femmes.
Dans ce contexte large et différencié, la femme présente
une valeur particulière comme personne humaine et, en même
temps, comme personne concrète, du fait de sa féminité.
Cela concerne toutes les femmes et chacune d'elles, indépendamment du
contexte culturel où elles se trouvent, de leurs caractéristiques
spirituelles, psychologiques et physiques, comme par exemple leur âge,
leur instruction, leur santé, leur travail, le fait d'être mariées
ou célibataires.
Le passage de la Lettre aux Ephésiens que nous considérons
nous permet de penser à une sorte de «prophétisme»
particulier de la femme dans sa féminité. L'analogie de l'Epoux et
de l'Epouse évoque l'amour avec lequel tout homme est aimé de Dieu
en Christ, tout homme et toute femme. Cependant dans le contexte de l'analogie
biblique et en se fondant sur la logique interne du texte, c'est précisément
la femme, l'épouse, qui manifeste à tous cette vérité.
Ce caractère «prophétique» de la femme dans sa féminité
trouve dans la Vierge Mère de Dieu son expression la plus haute. A
son sujet est mis en valeur, de la manière la plus pleine et la plus
directe, le lien intime qui unit l'ordre de l'amour _ qui entre dans le monde
des personnes humaines par une Femme _ et l'Esprit Saint. Marie entend à
l'Annonciation les paroles: «L'Esprit Saint viendra sur toi» (Lc
1, 35).
La conscience d'une mission
30. La dignité de la femme est intimement liée à
l'amour qu'elle reçoit en raison même de sa féminité
et, d'autre part, à l'amour qu'elle donne à son tour. La vérité
sur la personne et sur l'amour se trouve ainsi confirmée. Au sujet de la
vérité de la personne, il faut recourir une fois encore au Concile
Vatican II: «L'homme, seule créature sur terre que Dieu ait voulue
pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé
de lui-même»(59). Cela concerne tout être humain, en tant que
personne créée à l'image de Dieu, qu'il soit un homme ou
une femme. L'affirmation de nature ontologique incluse ici suggère aussi
la dimension éthique de la vocation de la personne. La femme ne peut
se trouver elle-même si ce n'est en donnant son amour aux autres.
Dès le «commencement», la femme _ comme l'homme _ a été
créée par Dieu et «placée» par lui précisément
dans cet ordre de l'amour. Le péché des origines n'a pas détruit
cet ordre, il ne l'a pas supprimé d'une manière irréversible.
Les paroles du protévangile le prouvent (cf. Gn 3, 15). Au cours
des présentes réflexions, nous avons constaté la place
unique de la «femme» dans ce texte clé de la Révélation.
Il convient en outre de souligner que la même femme, qui en arrive à
être un «paradigme» biblique, se trouve également dans la
perspective eschatologique du monde et de l'homme, telle que l'exprime l'Apocalypse(60).
C'est «une femme enveloppée de soleil», la lune est
sous ses pieds et des étoiles couronnent sa tête (cf. Ap 12,
1). On peut dire: une «femme» à la mesure du cosmos, à
la mesure de toute l'oeuvre de la création. En même temps, elle
souffre «dans les douleurs et le travail de l'enfantement» (Ap
12, 2), comme Eve, «la mère de tous les vivants» (Gn 3,
20). Elle souffre aussi parce que «devant la femme dans le travail de
l'enfantement» (cf. Ap 12, 4) se place «l'énorme
Dragon, l'antique Serpent» (Ap 12, 9), déjà connu
dans le protévangile, le Malin, «père du mensonge» et du
péché (cf. Jn 8, 44). Et voici que l'«antique Serpent»
veut dévorer «l'enfant». Si nous voyons dans ce texte un reflet
de l'Evangile de l'enfance (cf. Mt 2, 13. 16), nous pouvons penser que
dans le paradigme biblique de la «femme» s'inscrit, dès le
commencement et jusqu'au terme de l'histoire, la lutte contre le mal et contre
le Malin. C'est la lutte pour l'homme, pour son véritable bien, pour
son salut. La Bible ne veut-elle pas nous dire que précisément
dans la «femme», Eve-Marie, l'histoire connaît une lutte
dramatique pour tout être humain, la lutte pour le «oui» ou le «non»
fondamental qu'il dit à Dieu et à son dessein éternel sur
l'homme?
Si la dignité de la femme témoigne de l'amour qu'elle recoit
pour aimer à son tour, le paradigme biblique de la «femme»
semble montrer aussi que c'est le véritable ordre de l'amour qui définit
la vocation de la femme elle-même. Il s'agit ici de la vocation dans
son sens fondamental, on peut dire universel, qui se réalise et s'exprime
par les «vocations» multiples de la femme dans l'Eglise et dans le
monde.
La force morale de la femme, sa force spirituelle, rejoint la conscience du
fait que Dieu lui confie l'homme, l'être humain, d'une manière
spécifique. Naturellement, Dieu confie tout homme à tous et à
chacun. Toutefois cela concerne la femme d'une façon spécifique _
précisément en raison de sa féminité _ et cela détermine
en particulier sa vocation.
A partir de cette prise de conscience et de ce qui est confié, la
force morale de la femme s'exprime à travers les très nombreuses
figures féminines de l'Ancien Testament, du temps du Christ, des époques
suivantes jusqu'à nos jours. La femme est forte par la conscience de
ce qui lui est confié, forte du fait que Dieu «lui confie
l'homme», toujours et de quelque manière que ce soit, même
dans les conditions de discrimination sociale où elle peut se trouver.
Cette conscience et cette vocation fondamentale disent à la femme la
dignité qu'elle recoit de Dieu lui-même, et cela la rend «forte»
et affermit sa vocation. Ainsi la «femme vaillante» (cf. Pr 31,
10) devient un soutien irremplaçable et une source de force spirituelle
pour les autres qui se rendent compte de l'énergie considérable de
son esprit. A ces «femmes vaillantes» sont très redevables
leurs familles et parfois des nations entières.
A notre époque, les réussites de la science et de la technique
permettent d'arriver à un bien-être matériel d'un degré
inconnu jusqu'alors, et cela, tandis que certains en sont favorisés, en
conduit d'autres à la marginalisation. Dans ces conditions, un tel progrès
unilatéral peut entraîner aussi une disparition progressive de
l'attention à l'homme, à ce qui est essentiellement humain. En
ce sens, surtout de nos jours, on compte sur la manifestation du «génie»
de la femme pour affermir l'attention à l'homme en toute circonstance, du
fait même qu'il est homme! Car «la plus grande, c'est la charité»
(cf. 1 Co 13, 13).
C'est pourquoi une lecture attentive du paradigme biblique de la «femme»
_ du Livre de la Genèse à l'Apocalypse _ montre
bien en quoi consistent la dignité et la vocation de la femme et ce qui
en elles est immuable et ne perd pas son actualité, ayant son «fondement
ultime dans le Christ, le même hier, aujourd'hui et à jamais»(61).
Si l'homme est confié par Dieu à la femme d'une manière spécifique,
cela ne signifie-t-il pas que le Christ compte sur elle pour accomplir le «sacerdoce
royal» (1 P 2, 9) qui est la richesse du don qu'il a fait aux hommes?
Cet héritage même, le Christ, unique grand prêtre de
l'Alliance nouvelle et éternelle, et Epoux de l'Eglise, ne cesse de le
remettre au Père par l'Esprit Saint, afin que Dieu soit «tout en
tous» (1 Co 15, 28)(62).
Alors parviendra à son accomplissement définitif la vérité
que «la plus grande, c'est la charité» (cf. 1 Co 13, 13).
IX
CONCLUSION
«Si tu savais le don de Dieu»
31. «Si tu savais le don de Dieu» (Jn 4, 10), dit Jésus
à la Samaritaine au cours d'un de ces dialogues admirables qui montrent
toute son estime pour la dignité de chaque femme et pour la vocation qui
permet à chacune de participer à sa mission de Messie.
Les présentes réflexions, désormais parvenues à
leur terme, sont orientées vers la reconnaissance, à l'intérieur
du «don de Dieu», de ce que Lui, Créateur et Rédempteur,
confie à la femme, à chaque femme. Dans l'Esprit du Christ, en
effet, elle peut découvrir tout le sens de sa féminité et
ainsi se disposer au «don désintéressé d'elle-même»
aux autres, et, par là, «se trouver» elle-même.
En l'Année mariale, l'Eglise désire remercier la Très
Sainte Trinité pour le «mystère de la femme» et pour
toute femme, pour ce qui constitue la dimension éternelle de sa dignité
féminine, pour les «merveilles de Dieu» qui, dans l'histoire
des générations humaines, se sont accomplies en elle et par elle.
En définitive, n'est-ce pas en elle et par elle que s'est accompli ce
qu'il y a de plus grand dans l'histoire de l'homme sur terre, l'événement
que Dieu lui-même se soit fait homme?
C'est pourquoi l'Eglise rend grâce pour toutes les femmes et pour
chacune d'elles: pour les mères, pour les soeurs, pour les épouses;
pour les femmes consacrées à Dieu dans la virginité; pour
les femmes dévouées à tant d'êtres humains qui
attendent l'amour gratuit d'une autre personne; pour les femmes qui veillent sur
l'être humain dans la famille, ce signe fondamental de la communauté
humaine; pour les femmes qui exercent une profession, celles sur qui pèse
parfois une grande responsabilité sociale; pour les femmes «vaillantes»
et pour les femmes «faibles»: pour toutes, telles qu'elles sont
sorties du coeur de Dieu dans toute la beauté et la richesse de leur féminité,
telles qu'elles ont été entourées de son amour éternel;
telles qu'avec l'homme elles accomplissent le pèlerinage de cette terre, «patrie»
temporelle des hommes, parfois transformée en «vallée de
larmes»; telles qu'elles portent, avec l'homme, la responsabilité
commune du destin de l'humanité, selon les nécessités
quotidiennes et suivant la destinée finale que la famille humaine a en
Dieu, au sein de l'ineffable Trinité.
L'Eglise rend grâce pour toutes les manifestations du «génie»
féminin apparues au cours de l'histoire, dans tous les peuples et
dans toutes les nations; elle rend grâce pour tous les charismes dont
l'Esprit Saint a doté les femmes dans l'histoire du Peuple de Dieu, pour
toutes les victoires remportées grâce à leur foi, à
leur espérance et à leur amour: elle rend grâce pour tous
les fruits de la sainteté féminine.
L'Eglise demande en même temps que ces inestimables «manifestations
de l'Esprit» (cf. 1 Co 12, 4 ss.), données avec une grande générosité
aux «filles» de la Jérusalem éternelle, soient
attentivement reconnues, mises en valeur, afin qu'elle concourent au bien commun
de l'Eglise et de l'humanité, spécialement à notre époque.
Méditant le mystère biblique de la «femme», l'Eglise
prie pour que toutes les femmes se retrouvent elles-mêmes dans ce mystère,
pour qu'elles retrouvent leur «vocation suprême».
Puisse Marie, qui «précède toute l'Eglise dans
l'ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ»(63),
obtenir aussi ce «fruit» pour nous tous, en l'Année que
nous lui avons consacrée, au seuil du troisième millénaire
après l'avènement du Christ!
En exprimant ces voeux, j'accorde à tous les fidèles, et spécialement
aux femmes, nos soeurs dans le Christ, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 15 août
1988, Solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, en la
dixième année de mon pontificat.
NOTES
(1) Message du Concile aux femmes (8 décembre 1965) :
AAS 58 (1966), p. 13-14.
(2) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 8, 9, 60.
(3) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Décr. sur l’apostolat des laïcs
Apostolicam actuositatem, n. 9.
(4) Cf. PIE XII, Allocution aux femmes italiennes (21
octobre 1945) : AAS 37 (1945), p. 284-295; Alloc.
à l’Union
mondiale des Organisations féminines catholiques (24 avril 1952) : AAS
44 (1952), p. 420-424; Discours aux participants du XIVe
Congrès international de l’Union mondiale des Organisations féminines catholiques (29
septembre 1957) : AAS 49 (1957), p. 906-922.
(5) Cf. JEAN XXIII, Encycl. Pacem in Terris (11 avril
1963) : AAS 55 (1963), p. 267-268.
(6) S. Thér èse
de Jésus proclamée «Docteur de l’Église universelle» (27 septembre 1970) :
AAS 62 (1970), p. 590-596; S. Catherine de Sienne proclamée «Docteur de l’Église
universelle» (4 octobre 1970) : AAS 62 (1970), p. 673-678.
(7) Cf. AAS 65 (1973), p. 284-285.
(8) PAUL VI, Discours aux participants de la Rencontre
internationale du Centre féminin italien (6 décembre 1976) : Insegnamenti
di Paolo VI, XIV (1976), 1017.
(9) Cf. Encycl. Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 46
: AAS 79 (1987), p. 424-425. .
(10) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, n. 1.
(11) On peut trouver une explication du sens anthropologique
et théologique du «commencement» dans la premi ère
partie des allocutions du mercredi (audiences générales) consacrées
à la
«théologie du corps»,
à
partir du 5 septembre 1979 : Insegnamenti II, 2 (1979), p. 234-236.
(12) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 22.
(13) CONC.
OECUM.
VAT. II, Décl. sur les relations de l’Église avec les religions non
chrétiennes Nostra aetate, n. 1.
(14) Ibid., n. 2.
(15) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 2.
(16) Les P ères
de l’Église pensaient déjà
que la première
révélation de la Trinité dans le Nouveau Testament a été faite lors de l’Annonciation.
Dans une homélie attribuée
à
S. GRÉGOIRE LE THAUMATURGE, on lit: « Tu resplendis de lumière,
ô Marie, dans le sublime royaume spirituel! En toi est glorifié le Père,
qui n’a pas de commencement et dont la puissance t’a prise sous son ombre. En
toi est adoré le Fils, que tu as porté selon la chair. En toi est célébré
l’Esprit-Saint, qui a accompli en ton sein la naissance du grand Roi. C’est
grâce
à
toi, ô pleine de grâce, que la Trinité sainte et consubstantielle a pu être
connue dans le monde. » (Hom. 2, In Annuntiat. Virg. Mariae: PG
10, 1169). Cf. aussi S. ANDRÉ DE CRÈTE,
In Annuntiat B. Mariae : PG 97, 909.
(17) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Décl. sur les relations de l’Église avec les religions non
chrétiennes Nostra aetate, n. 2.
(18) La doctrine théologique sur la M ère
de Dieu (Théotokos), soutenue par de nombreux Pères
de l’Église, mise en lumière
et définie aux Conciles d’Éphèse
(DS 251) et de Chalcédoine (DS 301), a été exposée
à
nouveau par le Concile Vatican II, au chap. VIII de la Const. dogm. sur l’Église
Lumen gentium, n. 52-69. Cf. Encycl. Redemptoris Mater, n.
31-32, et notes 9. 78-83 : l.c., p. 365, 402-404.
(19) Cf. Encycl. Redemptoris Mater, n. 7-11, et les
textes des P ères
qui y sont cités
à
la note 21 : l. c., p. 367-373.
(20) Cf. ibid., n. 39-41 : l. c., p. 412-418.
(21) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur l’Église Lumen gentium, n. 36.
(22) Cf. S. IRÉNÉE, Contre les hérésies, V, 6; 1; V 16,
2-3 : S. Ch. 153, 72-81 et 216-221; S. GRÉGOIRE DE NYSSE, De hom. op.
16: PG 44,180; In Cant. Cant hom. 2: PG 44, 805-808: S.
AUGUSTIN, In Ps. 4, 8: CCL 38, 17.
(23) « Persona est naturae rationalis individua substantia
» : M. SÉVERIN BO ÈCE,
Liber de persona et duabus naturis, III : PL 64, 1343; cf. S.
THOMAS D’AQUIN, Somme théologique, Ia, q. 29, a. 1.
(24) Parmi les P ères
de l’Église qui affirment l’égalité fondamentale de l’homme et de la femme
devant Dieu, cf. ORIGÈNE,
In Iesu nave IX, 9 : PG 12, 878; CLÉMENT D’ALEXANDRIE, Le
Pédagogue, I, 4 : S. Ch. 70, 128-131; S. AUGUSTIN, Sermon
51, II, 3 : PL 38, 334-335.
(25) S. GRÉGOIRE DE NYSSE dit: « De plus, Dieu est amour et
source d’amour. C’est le grand saint Jean qui le dit: «L’amour est de Dieu» et
«Dieu est Amour.» (1 Jn 4, 7, 8.) Le Créateur a imprimé en nous aussi
ce caract ère.
«A ceci tous reconnaîtront que vous
êtes
mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres.» (Jn
13, 35.) Si donc celui-ci vient
à
manquer, toute l’image est défigurée. » (De hom. Op. 5 : PG 44,
137.)
(26) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 24.
(27) Cf. Nb 23, 19; Os 11, 9; Is 40, 18;
46, 5; cf. aussi IVE CONCILE DU LATRAN (DS 806).
(28) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 13.
(29) « Diabolique », du grec « dia-ballô » = « je divise, je
sépare, je calomnie ».
(30) Cf. ORIG ÈNE,
In Gen. hom. 13, 4 : PG 12, 234; S. GRÉGOIRE DE NYSSE, Traité
de la virginité, 12 : S. Ch. 119, 404-419; De beat. VI :
PG 44, 1272.
(31) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 13.
(32) Cf. ibid., n. 24.
(33) C’est précisément en se référant
à la
loi divine que les Pères
du IVe siècle
ont fortement réagi contre la discrimination encore en vigueur
à
l’égard de la femme, dans les moeurs
et la législation civile de leur temps. Cf. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Or.
37, 6 : PG 36, 290; S. JÉRÔME, Ad Oceanum ep. 77, 3: PL
22, 691; S. AMBROISE, De instit. Virg. III, 16 : PL 16, 309; S.
Augustin, Sermon 132, 2 : PL 38, 735; Sermon 392, 4 :
PL 39, 1711.
(34) Cf. S. IRÉNÉE, Contre les hérésies, III, 23, 7 :
S. Ch. 211, 462-465; V, 21, 1 : S. Ch. 153, 260-265; S.
ÉPIPHANE, Panar. III, 2, 78 : PG 42, 728-729; S. AUGUSTIN,
Enarr. in Ps. 103, s. 4, 6 : CCL 40, 1525.
(35) Cf. S. JUSTIN, Dial. cum Tryph. 100 : PG 6,
709-712; S. IRÉNÉE, Contre les hérésies, III, 22, 4 : S. Ch.
211, 438-445; V, 19, 1 : S. Ch. 153, 248-251; S. CYRILLE DE JÉRUSALEM,
Catech. 12, 15 : PG 33, 741; S. JEAN CHRYSOSTOME, in Ps.
44, 7 : PG 55, 193; S. JEAN DAMASC ÈNE,
Hom. 2 in dorm. B. V. M. 3 : S. Ch. 80, 130-135; HÉSYCHIUS, Sermon
5 in Deiparam: PG 93, 1464-1465; TERTULLIEN, De carne Christi
17 : CCL 2, 904-905; S. JÉRÔME, Epist. 22, 21 : PL 22,
408; S. AUGUSTIN, Sermon 51, 2-3 : PL 38, 335; Sermon
232, 2 : PL 38, 1108; cf. aussi J. H. NEWMAN, A Letter ta the rev.
E. B. Pusey, Longmans, London 1865; M. J. SCHEEBEN, Handbuch der
Katholischen Dogmatik, V/1 (Freiburg 1954), 243-266; V/2 (Freiburg 1954),
306-499.
(36) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 22.
(37) Cf. S. AMBROISE, De Instit. Virg., V, 33 : PL
16, 313.
(38) Cf. RABAN MAUR, De vita beatae Mariae Magdalenae,
XXVII: « Salvator... ascensionis suae eam (= Mariam Magdalenam) ad
apostolos instituit apostolam » (PL 112, 1474). « Facta est
Apostolorum Apostola, per hoc quod ei committitur ut resurrectionem dominicam
discipulis annuntiet» : S. THOMAS D’AQUIN, In Ioannem Evangelistam
Expositio, c. XX, l. III, 6 (Sancti Thomae Aquinatis Comment. in
Matthaeum et loannem Evangelistas), Éd. Parmens. X, 629.
(39) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 24.
(40) Encycl. Redemptoris Mater, n. 18: l. c., p.
383.
(41) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 24.
(42) Cf. Allocutions des mercredis 7 et 21 avril 1982 :
Insegnamenti V, 1 (1982) 1126-1131 et 1175-1179.
(43) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, n. 63: S. AMBROISE,
in Lc II, 7: S. Ch. 45,74; De instit. Virg. XIV, 87-89 : PL
16, 326-327; S. CYRILLE D’ALEXANDRIE, Hom. 4 : PG 77, 996; S.
ISIDORE DE SÉVILLE, Allegoriae 139 : PL 83, 117.
(44) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, n.63.
(45) Ibid., n. 64.
(46) Ibid., n. 64.
(47) Ibid., n. 64. Sur le rapport entre Marie et l’Église,
qui revient sans cesse dans la réflexion des P ères
de l’Église et de toute la Tradition chrétienne, cf. Encycl. Redemptoris
Mater, n. 42-44 et notes 117 -127 : l. c., p. 418-422. Cf. aussi
CLÉMENT D’ALEXANDRIE, Le Pédagogue, I, 6 : S. Ch. 70, 186-187;
S. AMBROISE, in Lc II, 7 : S. Ch. 45-74; S. AUGUSTIN, Sermon
192, 2 : PL 38, 1012; Sermon 195, 2 : PL 38, 1018;
Sermon 25, 8 : PL 46, 938 : S. LÉON LE GRAND, Sermon 25, 5 :
PL 54, 211 ; Sermon 26, 2 : PL 54, 213; S. BÈDE
LE VÉNÉRABLE, in Lc l, 2 : PL 92, 330. « L’une et l’autre sont mères,
écrit ISAAC DE L’ÉTOILE, disciple de S. Bernard; l’une et l’autre, vierges.
L’une et l’autre ont conçu du Saint-Esprit. (...) L’une a engendré (...) une tête
pour le corps; l’autre a fait naître (...) un corps pour la tête.
L’une et l’autre sont mères
du Christ, mais aucune des deux ne l’enfante tout entier sans l’autre. Aussi
c’est
à
juste titre que (...) ce qui est dit en général de la vierge mère
qu’est l’Église s’applique en particulier
à la
Vierge Marie; et ce qui est dit de la vierge mère
qu’est Marie, en particulier, se comprend en général de la vierge mère
qu’est l’Église. Et lorsqu’un texte parle de l’une ou de l’autre, il peut
s’appliquer presque sans distinction et indifféremment
à
l’une et
à
l’autre. » (Sermon 51, 7-8 : S. Ch. 339, 202-205.)
(48) Cf., par exemple, Os 1, 2; 2, 16-18; Jr 2,
2; Ez 16, 8; Is 50, 1; 54, 5-8.
(49) Cf Col 3, 18; 1 P 3, 1-6; Tt 2, 4-5;
Ep 5, 22-24; 1 Co 11, 3-16; 14, 33-35; 1 Tm 2,11-15.
(50) Cf. CONGR. POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration sur la
question de l’admission des femmes au sacerdoce ministériel Inter
insigniores (15 octobre 1976) : AAS 69 (1977), p. 98-116.
(51) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, n. 10.
(52) Cf. ibid., n. 10.
(53) Cf. ibid., n. 18-29.
(54) Cf. ibid., n. 65, et aussi n. 63; cf. Encycl.
Redemptoris Mater, n. 2-6 : l. c., p. 362-367.
(55) « Ce profil marial est aussi fondamental et
caractéristique de l’Église — sinon davantage — que le profil apostolique et
pétrinien, auquel il est profondément uni. (...) La dimension mariale de l’Église
préc ède
la dimension pétrinienne, tout en lui étant étroitement unie et
complémentaire. Marie, l’Immaculée, précède
toute autre personne et, bien sûr,
Pierre lui-même
et les apôtres. Non seulement parce que Pierre et les apôtres, issus de la
masse du genre humain qui naît sous le péché, font partie de l’Église «sancta
ex peccatoribus», mais aussi parce que leur triple munus ne tend
à
rien d’autre qu’à
former l’Église dans cet idéal de sainteté qui est déjà
préformé et préfiguré en Marie. Comme l’a si bien dit un théologien
contemporain, «Marie est ‘la Reine des apôtres’, sans revendiquer pour elle
les pouvoirs apostoliques. Elle a autre chose et beaucoup plus.» (H. U. von
BALTHASAR, Neue Klarstellunen) » : Allocution aux cardinaux et
aux prélats de la Curie romaine (22 décembre 1987) : l’Osservatore Romano,
23 décembre 1987.
(56) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 10.
(57) Ibid., n. 10.
(58) Cf. S. AUGUSTIN, De Trinitate, l. VIII, VII, 10-X,
14 : CCL 50, 284-291.
(59) CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 24.
(60) Cf. dans l’Appendice aux
oeuvres
de S. AMBROISE, In Apoc. IV, 3-4 : PL 17, 876; PSEUDO-AUGUSTIN,
De symb. ad catech. sermo IV : PL 40, 661.
(61) CONC. OE CUM.
VAT. II, Const. past. sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et
spes, n. 10.
(62) Cf. CONC.
OECUM.
VAT. II, Const. dogm. sur l’Eglise Lumen gentium, n. 36.
(63) Cf. ibid., n. 63.
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