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LETTRE APOSTOLIQUE
DUODECIMUM SAECULUM
DE S. S. JEAN-PAUL II
POUR LE 12ème CENTENAIRE DU IIème CONCILE
DE NICÉE (*)
Vénérables Frères, Salut et Bénédiction apostolique.
1. LE DOUZIÈME CENTENAIRE du Concile de Nicée II [787] a été
l'objet de maintes célébrations ecclésiales et académiques auxquelles le
Saint-Siège s'est lui-même associé (1). L'événement a également été
commémoré par la publication d'une encyclique de Sa Sainteté le Patriarche de
Constantinople et du Saint-Synode (2), initiative qui souligne l'importance
théologique et la portée œcuménique actuelles du septième et dernier
Concile pleinement reconnu par l'Église catholique et l'Église orthodoxe. La
doctrine définie par ce Concile en ce qui concerne la légitimité de la
vénération des icônes dans l'Église mérite elle aussi une attention
spéciale, non seulement pour la richesse de ses implications spirituelles mais
également pour les exigences qu'elle impose à tout le domaine de l'art sacré.
Le relief donné par Nicée II à l'argument de la tradition, et
plus précisément de la tradition non écrite, constitue pour nous catholiques
comme pour nos frères orthodoxes une invitation à reparcourir ensemble le
chemin de la tradition de l'Église indivise, pour réexaminer à sa lumière
les divergences que les siècles de séparation ont accentuées entre nous et
retrouver, comme Jésus en a prié le Père (cf. Jn 17, 11. 20-21), la
pleine communion dans l'unité visible.
I. La " synergie " entre le Siège de Rome et le
Concile
2. Le Patriarche de Constantinople saint Taraise, modérateur de
Nicée II, rendant compte au Pape Hadrien Ier du déroulement du Concile, lui
écrit : " Ayant tous pris place, nous constituâmes le Christ comme
(notre) chef. En effet, le saint Évangile fut placé sur un trône, invitant
tous les présents à juger selon la justice (3). " La mise en évidence du
Christ comme président de l'assemblée conciliaire, qui se réunissait en son
nom et sous son autorité, fut un geste éloquent pour affirmer que l'unité de
l'Église ne peut se réaliser que dans l'obéissance à son unique Seigneur.
3. Les souverains Irène et Constantin VI, qui convoquèrent le
Concile, avaient invité mon prédécesseur Hadrien Ier en tant que "
véritable premier pontife qui préside à la place et sur le Siège du saint et
très vénérable apôtre Pierre (4) ". Il s'y était fait représenter par
l'archiprêtre de l'Église romaine et l'higoumène du monastère de Saint-Saba
à Rome. Pour assurer la représentativité universelle de l'Église, la
présence des patriarcats orientaux était également requise (5). Comme leurs
territoires étaient déjà sous domination musulmane, les Patriarches
d'Alexandrie et d'Antioche envoyèrent ensemble une lettre à Taraise et celui
de Jérusalem une synodique, qui furent l'une et l'autre lues au Concile (6).
Il était admis que les décisions d'un Concile œcuménique
n'étaient valides que si l'évêque de Rome y avait collaboré et si les
Patriarches orientaux avaient manifesté leur accord (7). Dans ce processus, le
rôle de l'Église de Rome était reconnu comme irremplaçable (8). Ainsi Nicée
II approuva l'explication du diacre Jean selon laquelle l'assemblée iconoclaste
de Hiéria de 754 n'était pas légitime parce que " le Pape de Rome ou les
évêques qui sont autour de lui n'y avaient pas collaboré ni par des légats
ni par une lettre encyclique, selon la loi des synodes ", et que " les
Patriarches d'Orient, c'est-à-dire d'Alexandrie, d'Antioche et de la Ville
sainte, ainsi que les évêques qui sont avec eux n'y avaient pas consenti (9)
". Les Pères de Nicée déclarèrent d'ailleurs qu'ils " suivaient,
recevaient et acceptaient " la lettre envoyée par Hadrien aux empereurs
(10), ainsi que celle destinée au Patriarche. Elles furent lues en latin et
dans leur traduction grecque, et tous furent invités à donner individuellement
leur approbation (11).
4. Le Concile salua dans les légats pontificaux "
l'Église du saint apôtre Pierre (12) " et du " Siège apostolique
(13) ", selon la formule romaine (14) ; et le Patriarche Taraise, écrivant
à mon prédécesseur au nom du Concile, reconnaissait en lui celui qui " a
hérité la chaire du divin apôtre Pierre ", et qui, " revêtu du
suprême sacerdoce, préside légitimement, de par la volonté de Dieu, à la
hiérarchie religieuse (15) ".
L'un des moments décisifs où le Concile s'est prononcé en
faveur du rétablissement du culte des images semble d'ailleurs avoir été
celui où il accueillit unanimement la proposition des légats romains de faire
venir au milieu de l'assemblée une vénérable icône pour que les Pères
puissent lui manifester leur hommage (16).
Le dernier Concile œcuménique reconnu par l'Église catholique
et l'Église orthodoxe est un exemple remarquable de " synergie "
entre le Siège de Rome et une assemblée conciliaire. Il s'inscrivait dans la
perspective de l'ecclésiologie patristique de communion, fondée sur la
tradition, que le deuxième Concile œcuménique du Vatican a justement remise
en lumière.
II. La Tradition, référence normative pour la foi
5. Nicée II a solennellement affirmé l'existence de la "
tradition ecclésiastique écrite et non écrite" (17), comme référence
normative pour la foi et la discipline de l'Église : Les Pères affirment
qu'ils désirent " conserver intactes toutes les traditions de l'Église
qui (leur) ont été confiées, qu'elles soient écrites ou non écrites. L'une
d'elles consiste précisément dans la peinture d'icônes, conformément à la
lettre de la prédication apostolique (18) ". Contre le courant iconoclaste
qui avait lui aussi fait appel à l'Écriture et à la Tradition des Pères,
notamment au pseudo-synode de Hiéria en 754, Nicée II sanctionne la
légitimité de la vénération des images, en confirmant " l'enseignement
divinement inspiré des saints Pères et la tradition de l'Église catholique
(19) ".
Les Pères de Nicée II comprenaient la " tradition
ecclésiastique " comme la tradition des six Conciles œcuméniques
antérieurs et des Pères orthodoxes dont l'enseignement était communément
reçu dans l'Église. Le Concile a ainsi défini comme étant de foi cette
vérité essentielle selon laquelle le message chrétien est " tradition
", paradosis. A mesure que l'Église s'est développée dans le
temps et dans l'espace, son intelligence de la tradition dont elle est porteuse
a, elle aussi, connu les étapes d'un développement dont l'investigation
constitue, pour le dialogue œcuménique et toute réflexion théologique
authentique, le parcours obligatoire.
6. Déjà saint Paul nous apprend que, pour la première
génération chrétienne, la paradosis est la proclamation de l'événement du
Christ et de sa signification actuelle, qui opère le salut par l'action de l'Esprit-Saint
(cf. 1 Co 15, 3-8 ; 11, 2). La tradition des paroles et des actes du
Seigneur a été recueillie dans les quatre Évangiles sans s'y épuiser (cf. Lc
1, 1 ; Jn 20, 30 ; 21, 25). Cette tradition fondatrice est tradition
" apostolique " (cf. 2 Th 2, 14-15 ; Jude 17 ; 2 P
3, 2). Elle concerne non seulement le " dépôt " de " la saine
doctrine " (cf. 2 Tm 1, 6. 12 ; Tt 1, 9), mais aussi les
normes de conduite et les règles de la vie communautaire (cf. 1 Th 4,
1-7 ; 1 Co 4, 17 ; 7, 17 ; 11, 16 ; 14, 33). L'Église lit l'Ecriture à
la lumière de la " règle de la foi (20) ", c'est-à-dire de sa foi
vivante demeurée fidèle à l'enseignement des apôtres. Ce que l'Eglise a
toujours cru et pratiqué, elle le considère à juste titre comme "
tradition apostolique ". Saint Augustin dira : " Une observance
gardée par toute l'Église et toujours maintenue sans avoir été instituée
par les conciles passe en toute justice pour n'être pas autre chose qu'une
tradition émanant de l'autorité des apôtres (21). "
En effet, les prises de position des Pères dans les grands
débats théologiques des IVe et Ve siècles, l'importance croissante de
l'institution synodale au niveau régional et universel, ont peu à peu fait de
la tradition la " tradition des Pères ", ou la " tradition
ecclésiastique ", conçue comme développement homogène de la tradition
apostolique. C'est ainsi que saint Basile le Grand fait appel aux "
traditions non écrites " qui sont des " traditions des Pères (22)
" pour fonder sa théologie trinitaire, et souligne la double provenance de
la doctrine de l'Eglise, " de l'enseignement écrit aussi bien que de la
tradition apostolique (23) ".
Le Concile de Nicée II qui cite lui-même opportunément saint
Basile à propos de la théologie des images (24), a aussi invoqué l'autorité
des grands docteurs orthodoxes, tels saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de
Nysse, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Grégoire de Nazianze. Saint Jean
Damascène a également relevé l'importance pour la foi des " traditions
non écrites ", c'est-à-dire non contenues dans l'Écriture, lorsqu'il
déclare : " Si quelqu'un apportait un autre Évangile que celui de
l'Église catholique a reçu des saints apôtres, des Pères et des Conciles, et
qu'elle a gardé jusqu'à nous, ne l'écoutez pas (25). "
7. Plus proche de nous, le deuxième Concile du Vatican a remis
en pleine lumière l'importance de " la tradition qui vient des apôtres
". " En effet, la Sainte Écriture est la Parole de Dieu en tant que,
sous l'inspiration de l'Esprit divin, elle est consignée par écrit ; quant à
la sainte Tradition, elle porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ
Seigneur et par l'Esprit-Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à
leurs successeurs (26). " " La Tradition reçue des apôtres comprend
tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du Peuple de Dieu et à en
augmenter la foi (27). " Avec l'Écriture sainte, la " sainte
Tradition constitue un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à
l'Église ". L'interprétation authentique " de la Parole de Dieu,
écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l'Église
dont l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ (28) ". C'est par une
égale fidélité au trésor commun de la tradition qui remonte aux apôtres que
les Églises s'efforcent aujourd'hui d'approfondir les motifs de leurs
divergences et les raisons de les surmonter.
III. Légitimité du culte des images
8. La terrible " querelle des images " qui a déchiré
l'Empire byzantin sous les empereurs isauriens Léon III et Constantin V, entre
730 et 780, et à nouveau sous Léon V, de 814 à 843, s'explique principalement
par le débat théologique qui en était primitivement l'enjeu.
Sans ignorer le péril d'une résurgence toujours possible des
pratiques idolâtriques du paganisme, l'Église admettait que le Seigneur, la
bienheureuse Vierge Marie, les martyrs et les saints fussent représentés dans
des formes picturales ou plastiques pour soutenir la prière et la dévotion des
fidèles. Il était clair pour tous, selon la formule de saint Basile rappelée
par Nicée II, que " l'honneur rendu à l'icône passe au prototype (29)
". En Occident, le Pape saint Grégoire le Grand avait insisté sur le
caractère didactique des peintures dans les églises, utiles pour que les
illettrés " puissent au moins lire sur les murs en les voyant ce qu'ils ne
sont pas capables de lire dans les livres " ; et il soulignait que cette
contemplation devait conduire à l'adoration de " l'unique et
toute-puissante Sainte Trinité (30) ". C'est dans ce contexte que s'est
développé, en particulier à Rome au VIIIe siècle, le culte des images des
saints donnant lieu à une admirable production artistique.
Le mouvement iconoclaste, en rompant avec la tradition
authentique de l'Église, considérait la vénération des images comme
constituant un retour à l'idolâtrie. Non sans contradiction ni ambiguïté, il
interdisait la représentation du Christ et les images religieuses en général,
mais continuait à admettre les images profanes, en particulier celles de
l'empereur avec les marques de révérence qui y étaient attachées. Le fond de
l'argumentation iconoclaste était de nature christologique. Comment peindre le
Christ qui unit dans sa personne, sans les confondre ni les séparer, la nature
divine et la nature humaine ? Représenter sa divinité insaisissable serait
impossible ; le représenter dans son humanité seulement serait le diviser,
séparer en lui la divinité de l'humanité. Choisir l'une ou l'autre de ces
deux voies conduirait aux hérésies christologiques opposées du monophysisme
et du nestorianisme. Car, en prétendant représenter le Christ dans sa
divinité, on se condamnerait à y absorber son humanité ; et en ne montrant
qu'un portrait d'homme, on occulterait qu'il est aussi Dieu.
9. Le dilemme posé par les iconoclastes engageait bien plus que
la question de la possibilité d'un art chrétien, il mettait en cause toute la
vision chrétienne de la réalité de l'Incarnation, et donc des rapports de
Dieu et du monde, de la grâce et de la nature, bref la spécificité de la
" Nouvelle Alliance " que Dieu a conclue avec les hommes en
Jésus-Christ. Les défenseurs des images l'ont bien vu : selon le mot du
Patriarche de Constantinople saint Germain, illustre victime de l'hérésie
iconoclaste, c'est toute " l'économie divine selon la chair " (31)
qui était remise en question. Car voir représenté le visage humain du Fils de
Dieu, " icône du Dieu invisible " (Col 1, 15), c'est voir le
Verbe fait chair (cf. Jn 1, 14), l'Agneau de Dieu qui enlève le péché
du monde (cf. Jn 1, 29). L'art peut donc représenter la forme, l'effigie
du visage humain de Dieu et conduire celui qui le contemple à l'ineffable
mystère de ce Dieu fait homme pour notre salut. Ainsi le Pape Hadrien
pouvait-il écrire : " Par le moyen d'un visage visible, notre esprit sera
emporté par un attrait spirituel vers la majesté invisible de la divinité à
travers la contemplation de l'image où est représentée la chair que le Fils
de Dieu a daigné prendre pour notre salut. Qu'ainsi nous adorions et nous
louions ensemble en le glorifiant en esprit ce même Rédempteur, car, comme il
est écrit, " Dieu est Esprit ", et c'est pour cela que nous adorons
spirituellement sa divinité (32). "
Nicée II a donc solennellement réaffirmé la distinction
traditionnelle entre " la vraie adoration " (latreia) qui
" selon notre foi convient à la seule nature divine " et " la
prosternation d'honneur " (timetike proskynesis) qui est attribuée
aux icônes, car " celui qui se prosterne devant l'icône se prosterne
devant la personne (l'hypostase) de celui qui est peint en elle (33) ".
L'iconographie du Christ engage donc toute la foi dans la
réalité de l'Incarnation et sa signification inépuisable pour l'Église et
pour le monde. Si l'Église la pratique, c'est qu'elle est convaincue que le
Dieu révélé en Jésus-Christ a réellement racheté et sanctifié la chair et
tout le monde sensible, c'est-à-dire l'homme avec ses cinq sens, pour lui
permettre " d'être renouvelé sans cesse à l'image de son Créateur
" (Col 3, 10).
IV. L'art chrétien authentique
10. Nicée II a donc sanctionné la tradition selon laquelle
" les images vénérables et saintes, faites de couleurs, de mosaïques et
de toute matière appropriée, sont à exposer dans les saintes églises de
Dieu, sur les vases et les vêtements sacrés, sur les murs et les planches,
dans les maisons et dans les rues, aussi bien l'icône de notre Seigneur Dieu et
Sauveur Jésus-Christ que celle de Notre-Dame immaculée, la sainte Theotokos,
que celle des honorables anges et de tous les hommes saints et pieux (34)
". La doctrine de ce Concile a nourri l'art de l'Église tant en Orient
qu'en Occident, lui inspirant des œuvres d'une beauté et d'une profondeur
sublimes.
En particulier, les Églises grecque et slaves, en s'appuyant
sur les œuvres des grands théologiens iconodules que furent saint Nicéphore
de Constantinople et saint Théodore Studite, ont considéré la vénération de
l'icône comme partie intégrante de la liturgie, à l'instar de la
célébration de la Parole. De même que la lecture de livres matériels permet
de faire entendre la Parole vivante du Seigneur, de même l'ostension de
l'icône peinte permet à ceux qui la contemplent d'accéder aux mystères du
salut par la vue. " Ce qui d'un côté est représenté par l'encre et le
papier, de l'autre est représenté dans l'icône grâce à diverses couleurs et
autres matériaux (35). "
En Occident, l'Église de Rome s'est distinguée par la
continuité sans faille de son action en faveur des images (36), surtout au
moment critique où, entre 825 et 843, les Empires byzantin et franc étaient
tous deux hostiles à Nicée II. Au Concile de Trente, l'Église catholique a
réaffirmé la doctrine traditionnelle à l'encontre d'une nouvelle forme
d'iconoclasme qui se manifestait alors. Plus récemment, Vatican II a rappelé
avec sobriété l'attitude permanente de l'Église à l'égard des images (37),
et de l'art sacré en général (38).
11. Depuis quelques décennies, l'on observe un regain
d'intérêt pour la théologie et la spiritualité des icônes orientales, signe
d'un besoin croissant du langage spirituel de l'art authentiquement chrétien. A
cet égard, je ne puis qu'inviter mes frères dans l'épiscopat à "
maintenir fermement la pratique de proposer dans les églises des images
sacrées à la vénération des fidèles (39) " et à tout faire pour que
surgissent davantage d'œuvres de qualité vraiment ecclésiale. Le croyant
d'aujourd'hui comme celui d'hier doit pouvoir être aidé dans sa prière et sa
vie spirituelle par la vue d'œuvres qui tentent d'exprimer le mystère et
jamais ne l'occultent. C'est pourquoi, aujourd'hui comme par le passé, la foi
est l'inspiratrice nécessaire de l'art d'Église.
L'art pour l'art qui ne renvoie qu'à son auteur, sans établir
un rapport avec le monde divin, n'a pas sa place dans la conception chrétienne
de l'icône. Quel que soit le style qu'il adopte, tout art sacré doit exprimer
la foi et l'espérance de l'Église. La tradition de l'icône montre que
l'artiste doit avoir conscience de remplir une mission au service de l'Église.
L'art chrétien authentique est celui qui, à travers la
perception sensible, donne l'intuition que le Seigneur est présent dans son
Église, que les événements de l'histoire du salut donnent sens et orientation
à notre vie, que la gloire qui nous est promise transforme déjà notre
existence. L'art sacré doit tendre à nous offrir une synthèse visuelle de
toutes les dimensions de notre foi. L'art d'Église doit viser à parler le
langage de l'Incarnation et, avec les éléments de la matière, exprimer Celui
qui " a daigné habiter dans la matière et opérer notre salut à travers
la matière ", selon la belle formule de saint Jean Damascène (40).
La redécouverte de l'icône chrétienne aidera aussi à prendre
conscience de l'urgence de réagir contre les effets dépersonnalisants et
parfois dégradants de ces multiples images qui conditionnent nos vies dans la
publicité et les médias, car elle est une image qui porte sur nous le regard
d'un Autre invisible, et nous donne accès à la réalité du monde spirituel et
eschatologique.
12. Frères bien-aimés, en rappelant l'actualité de
l'enseignement du VIIe Concile œcuménique, il me semble que nous voici
renvoyés à notre tâche primordiale d'évangélisation. La sécularisation
croissante de la société montre qu'elle devient largement étrangère aux
valeurs spirituelles, au mystère de notre salut en Jésus-Christ, à la
réalité du monde à venir. Notre tradition la plus authentique, que nous
partageons pleinement avec nos frères orthodoxes, nous enseigne que le langage
de la beauté mis au service de la foi est capable d'atteindre le cœur des
hommes et de leur faire connaître de l'intérieur Celui que nous osons
représenter en images, Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, " le même,
hier et aujourd'hui, et pour tous les siècles " (He 13, 8).
A tous, j'accorde de grand cœur la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 4 décembre 1987, jour
de la mémoire de saint Jean Damascène, prêtre et Docteur de l'Église, en la
dixième année de mon pontificat.
IOANNES PAULUS PP. II
(*) IOANNES PAULUS PP. II, Epistula Apostolica Duodecimum
saeculum ad universos Ecclesiae Episcopos duodecimo saeculo expleto a
Concilio Nicaeno II celebrando, 4 decembris 1987 : AAS 80(1988) 241-252 ;
traduction française de la Polyglotte Vaticane avec ajouts de références à
la Documentation Catholique : DC 1988, n°1958, 283-287.
(1) Notamment par la lettre du 8 octobre 1987 du cardinal
secrétaire d'État au président de la Société internationale pour
l'histoire des Conciles, à l'occasion du Symposium d'Istanbul (Osservatore
Romano, 12-13 octobre 1987) (DC 1988, n° 1953, p. 16-17).
(2) Phanar, 14 septembre 1987.
(3) J. D. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima
Collectio (= Mansi) XIII, 459 C.
(4) Mansi XII, 985.
(5) Cf. Mansi XII, 1007, 1086, et Monumenta Germaniae
Historica (= MGH), Epistulae V (Epistulae Karolini Aevi,
t. 3), p. 29, 30-33.
(6) Cf. Mansi XII, 1127-1135 et 1135-1145.
(7) Ainsi le prêtre Jean, représentant des Patriarches
orientaux, Mansi XII, 990 A et XIII, 4 A.
(8) Cf. Mansi XII, 1134.
(9) Mansi XIII, 208-209.
(10) Mansi XII, 1085.
(11) Cf. Mansi XII, 1085, 1111.
(12) Mansi XII, 994, 1041, 1114 ; XIII, 157, 204, 366.
(13) Mansi XII, 1086.
(14) Cf. Lettre d'Hadrien Ier à Charlemagne, in : MGH, Epistulae
III (Epistulae Merowingici et Karolini Aevi, t. 1), p. 587, 5.
(15) Mansi XIII, 463 BC.
(16) Cf. Mansi XIII, 200.
(17) Cf. 4e anathème, in : Mansi XIII, 400.
(18) Horos, in : Mansi XIII, 377 BC.
(19) Ibid., 377 C.
(20) Cf. S. Irénée, Adversus Haereses I, 10, 1 ; I, 22,
1, in : Sources chrétiennes (= SCh) 264, p. 154-158 ; 308-310 ;
Tertullien, De praescriptione 13, 16, in : Corpus Christianorum, series
Latina (= CChL) I, p. 197-198 ; Origène, Peri Archon, Paef.
4-10, in : SCh 252, p. 80-89.
(21) De baptismo IV 24, 31, in : Corpus Scriptorum
Ecclesiasticorum Latinorum (= CSEL) 51, p. 259.
(22) Sur le Saint-Esprit VII 16, 21, 32 ; IX 22, 3 ; XXIX
71, 6 ; XXX 79, 15, in : SCh 17 bis, p. 298, 300, 322, 500, 528.
(23) Ibid., XXVII 66, 1-3 ; p. 478-480.
(24) Horos, in : Mansi XIII, 378 E.
(25) Discours sur les images III, 3, in : PG 94,
1320-1321 ; ou B. Kotter, Die Schriften des Johannes von Damaskos, vol.
III (Contra imaginum calumniatores orationes tres), " Patristische
Studien " 17, Berlin-New York, 1975, III, 3, p. 72-73.
(26) Constitution dogmatique Dei Verbum, 9.
(27) Ibid., 8.
(28) Ibid., 10.
(29) Sur le Saint-Esprit XVIII 45, 19, in : SCh 17
bis, p. 406 ; Nicée II, Horos, in : Mansi XIII, 377 E.
(30) Lettres de saint Grégoire le Grand à l'évêque Serenus
de Marseille, in : MGH, Gregorii I Papae Registrum Epistularum,
II, 1, lib. IX, 208, p. 195, et II, lib. XI, 10, p. 270-271 ; ou in : CChL
140 A, lib. IX, 209, p. 768 et lib. XI, 10, p. 874-875.
(31) D'après Théophane, Chronographia ad annum 6221,
éd. C. de Boor, I, Leipzig, 1883, p. 104 ; ou PG 108, 821 C.
(32) Lettre d'Hadrien Ier aux empereurs, in : Mansi XII, 1062
AB.
(33) Horos, in : Mansi XIII, 377 E.
(34) Ibid., 377 D.
(35) Théodore Studite, Antirrheticus, I, 10, in : PG 99,
339 D.
(36) Cf. Lettre d'Hadrien à Charlemagne, in : MGH, Epistulae
V (Epistulae Karolini Aevi, t. III), p. 5-57 ; ou PL 98,
1248-1292.
(37) Cf. Constitutions Sacrosanctum Concilium, 111, 1 ;
125 ; 128 ; Lumen gentium, 51 ; 67 ; Gaudium et spes, 62, 4-5 ; et
aussi Codex Iuris Canonici, can. 1255 et 1276.
(38) Sacrosanctum Concilium, 122-124.
(39) Ibid., 125.
(40) Discours sur les images, I, 16, in : PG 94,
1246 A ; ou éd. Kotter, I, 16, p. 89.
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