Vénérables Frères dans l'épiscopat,
1. L'ordination sacerdotale, par laquelle est transmise la charge, confiée
par le Christ à ses Apôtres, d'enseigner, de sanctifier et de
gouverner les fidèles, a toujours été, dans l'Église
catholique depuis l'origine, exclusivement réservée à des
hommes. Les Églises d'Orient ont, elles aussi, fidèlement conservé
cette tradition.
Lorsque, dans la Communion anglicane, fut soulevée la question de
l'ordination des femmes, le Pape Paul VI, fidèle à sa charge de
gardien de la Tradition apostolique et désireux de lever un nouvel
obstacle placé sur le chemin qui mène à l'unité des
chrétiens, rappela à ses frères anglicans la position de l'Église
catholique: «Celle-ci tient que l'ordination sacerdotale des femmes ne
saurait être acceptée, pour des raisons tout à fait
fondamentales. Ces raisons sont notamment: l'exemple, rapporté par la
Sainte Écriture, du Christ qui a choisi ses Apôtres uniquement
parmi les hommes; la pratique constante de l'Église qui a imité le
Christ en ne choisissant que des hommes; et son magistère vivant qui, de
manière continue, a soutenu que l'exclusion des femmes du sacerdoce est
en accord avec le plan de Dieu sur l'Église»(1).
Mais, la question ayant été débattue même parmi
les théologiens et dans certains milieux catholiques, le Pape Paul VI
demanda à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d'exposer et
de clarifier la doctrine de l'Église sur ce point. Ce fut l'objet de la Déclaration
Inter insigniores, que le Pape lui-même approuva et ordonna de
publier(2).
2. La Déclaration reprend et développe les fondements de cette
doctrine, exposés par Paul VI, et conclut que l'Église «ne se
considère pas autorisée à admettre les femmes à
l'ordination sacerdotale»(3). À ces raisons fondamentales, le même
document ajoute d'autres raisons théologiques qui mettent en lumière
la convenance de cette disposition divine et il montre clairement que la
pratique suivie par le Christ n'obéissait pas à des motivations
sociologiques ou culturelles propres à son temps. Comme le précisa
plus tard le Pape Paul VI, «la véritable raison est que le Christ en
a disposé ainsi lorsqu'il a donné à l'Église sa
constitution fondamentale et l'anthropologie théologique qui a toujours été
observée ensuite par la Tradition de cette même Église»(4).
Dans la Lettre apostolique Mulieris dignitatem, j'ai moi-même écrit
à ce sujet: «En n'appelant que des hommes à être ses Apôtres,
le Christ a agi d'une manière totalement libre et souveraine. Il l'a fait
dans la liberté même avec laquelle il a mis en valeur la dignité
et la vocation de la femme par tout son comportement, sans se conformer aux
usages qui prévalaient ni aux traditions que sanctionnait la législation
de son époque»(5).
En effet, les Évangiles et les Actes des Apôtres montrent bien
que cet appel s'est fait selon le dessein éternel de Dieu: le Christ a
choisi ceux qu'il voulait (cf. Mc 3,13-14; Jn 6,70) et il l'a
fait en union avec le Père, «par l'Esprit Saint» (Ac
1,2), après avoir passé la nuit en prière (cf. Lc
6,12). C'est pourquoi, pour l'admission au sacerdoce ministériel(6), l'Église
a toujours reconnu comme norme constante la manière d'agir de son
Seigneur dans le choix des douze hommes dont il a fait le fondement de son Église
(cf. Ap 21,14). Et ceux-ci n'ont pas seulement reçu une fonction
qui aurait pu ensuite être exercée par n'importe quel membre de l'Église,
mais ils ont été spécialement et intimement associés
à la mission du Verbe incarné lui-même (cf. Mt
10,1.7-8; 28,16-20; Mc 3,13-16; 16,14-15). Les Apôtres ont fait de
même lorsqu'ils ont choisi leurs collaborateurs(7), qui devaient leur succéder
dans le ministère(8). Dans ce choix se trouvaient inclus ceux qui, dans
le temps de l'Église, continueraient la mission confiée aux Apôtres
de représenter le Christ Seigneur et Rédempteur(9).
3. D'autre part, le fait que la très sainte Vierge Marie, Mère
de Dieu et Mère de l'Église, n'ait reçu ni la mission spécifique
des Apôtres ni le sacerdoce ministériel montre clairement que la
non-admission des femmes à l'ordination sacerdotale ne peut pas signifier
qu'elles auraient une dignité moindre ni qu'elles seraient l'objet d'une
discrimination; mais c'est l'observance fidèle d'une disposition qu'il
faut attribuer à la sagesse du Seigneur de l'univers.
La présence et le rôle de la femme dans la vie et dans la
mission de l'Église, bien que non liés au sacerdoce ministériel,
demeurent absolument nécessaires et irremplaçables. Comme l'a
observé la Déclaration Inter insigniores, «l'Église
souhaite que les femmes chrétiennes prennent pleinement conscience de la
grandeur de leur mission: leur rôle sera capital aujourd'hui, aussi bien
pour le renouvellement et l'humanisation de la société que pour la
redécouverte, parmi les croyants, du vrai visage de l'Église»(10).
Le Nouveau Testament et l'ensemble de l'histoire de l'Église montre
abondamment la présence, dans l'Église, de femmes qui furent de véritables
disciples et témoins du Christ, dans leurs familles et dans leurs
professions civiles, ainsi que dans la consécration totale au service de
Dieu et de l'Évangile. «L'Église, en effet, en défendant
la dignité de la femme et sa vocation, a manifesté de la gratitude
à celles qui, fidèles à l'Évangile, ont participé
en tout temps à la mission apostolique de tout le Peuple de Dieu, et elle
les a honorées. Il s'agit de saintes martyres, de vierges, de mères
de famille qui ont témoigné de leur foi avec courage et qui, par
l'éducation de leurs enfants dans l'esprit de l'Évangile, ont
transmis la foi et la tradition de l'Église»(11).
D'autre part, c'est à la sainteté des fidèles que se
trouve totalement ordonnée la structure hiérarchique de l'Église.
Voilà pourquoi, rappelle la Déclaration Inter insigniores,
«le seul charisme supérieur, qui peut et doit être désiré,
c'est la charité (cf. 1 Co 12-13). Les plus grands dans le
Royaume des Cieux, ce ne sont pas les ministres, mais les saints»(12).
4. Bien que la doctrine sur l'ordination sacerdotale exclusivement réservée
aux hommes ait été conservée par la Tradition constante et
universelle de l'Église et qu'elle soit fermement enseignée par le
Magistère dans les documents les plus récents, de nos jours, elle
est toutefois considérée de différents côtés
comme ouverte au débat, ou même on attribue une valeur purement
disciplinaire à la position prise par l'Église de ne pas admettre
les femmes à l'ordination sacerdotale.
C'est pourquoi, afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de
grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l'Église,
je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf.
Lc 22,32), que l'Église n'a en aucune manière le pouvoir
de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette
position doit être définitivement tenue par tous les fidèles
de l'Église.
Priant pour vous, Vénérables Frères, et pour tout le
peuple chrétien, afin que vous receviez constamment l'aide divine,
j'accorde à tous la Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 22 mai 1994, solennité de la Pentecôte, en
la seizième année de mon pontificat.
(1) Cf. PAUL VI, Réponse à la lettre de Sa Grâce le
Très Révérend Dr Frederick Donald Coggan, Archevêque
de Cantorbery, sur le ministère sacerdotal des femmes, 30 novembre
1975: AAS 68 (1976), pp. 599-600: «Your Grace is of course well
aware of the Catholic Church's position on this question. She holds that it is
not admissible to ordain women to the priesthood, for very fundamental reasons.
These reasons include: the example recorded in the Sacred Scriptures of Christ
choosing his Apostles only from among men; the constant practice of the Church,
which has imitated Christ in choosing only men; and her living teaching
authority which has consistently held that the exclusion of women from the
priesthood is in accordance with God's plan for his Church» (p. 599).
(2) Cf. CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration
Inter insigniores sur la question de l'admission des femmes au sacerdoce
ministériel, 15 octobre 1976: AAS 69 (1977), pp. 98-116.
(3) Ibid., p. 100.
(4) PAUL VI, Allocution Il ruolo della donna nel disegno di Dio, 30
janvier 1977: Insegnamenti, vol. XV, 1977, p. 111. Cf. aussi JEAN-PAUL
II, Exhortation apostolique Christifideles laici, 30 décembre
1988, n. 51: AAS 81 (1989), pp. 393-521; Catéchisme de l'Église
catholique, n. 1577.
(5) Lettre apostolique Mulieris dignitatem, 15 août 1988, n.
26: AAS 80 (1988), p. 1715
(6) Cf. Const. dogm. Lumen gentium, n. 28; Décret Presbyterorum
ordinis, n. 2.
(7) Cf. 1 Tm 3,1-13; 2 Tm 1,6; Tt 1,5-9.
(8) Cf. Catéchisme de l'Église catholique, n. 1577.
(9) Cf. Const. dogm. Lumen gentium, nn. 20-21.
(10) CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Inter
insigniores, n. 6: AAS 69 (1977), pp. 115-116
(11) Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n. 27: AAS 80
(1988), p. 1719
(12) CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Déclaration Inter
insigniores, n. 6: AAS 69 (1977), p. 115
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