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LETTRE APOSTOLIQUE
A CONCILIO CONSTANTINOPOLITANO I
DE S. S. JEAN-PAUL II
POUR LE 1600ème ANNIVERSAIRE DU 
Ier CONCILE DE CONSTANTINOPLE ET 
LE 1550ème ANNIVERSAIRE DU CONCILE D'ÉPHÈSE (*)

 

25 mars 1981

 

Frères très chers dans l'Épiscopat,

 

I. - Le premier Concile de Constantinople

1. Ce qui me pousse à vous écrire cette lettre, qui est à la fois une réflexion théologique et un appel pastoral né au plus profond de mon cœur, c'est avant tout le fait que tombe cette année le XVIe centenaire du premier Concile de Constantinople, qui a été célébré en 381. Celui-ci, comme je le soulignais dès l'aube de la nouvelle année dans la basilique Saint-Pierre, " fut, après le Concile de Nicée, le deuxième Concile œcuménique de l'Église ; nous lui devons le Credo que nous récitons constamment dans la liturgie. Comme héritage, ce Concile nous a légué, notamment, la doctrine sur l'Esprit-Saint que proclame ainsi la liturgie latine : Credo in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem... qui cum Patre et Filio simul adoratur et conglorificatur, qui locutus est per prophetas " (1).

Ces paroles répétées dans le Credo depuis tant de générations chrétiennes auront pour nous cette année une particulière signification doctrinale et affective, et elles nous rappelleront les liens profonds qui unissent l'Église de notre temps - dans la perspective de l'avènement du troisième millénaire de sa vie prodigieusement riche et éprouvée, continuellement associée à la Croix et à la Résurrection du Christ, dans la force de l'Esprit-Saint - à l'Église du IVe siècle, dans la continuité unique de ses origines et dans la fidélité à l'enseignement de l'Évangile et à la prédication apostolique.

Ce qui vient d'être dit suffit à faire comprendre que l'enseignement du premier Concile de Constantinople est encore et toujours l'expression de l'unique foi commune de l'Église et de tout le christianisme. En professant cette foi - comme nous le faisons chaque fois que nous récitons le Credo - et en la ravivant lors de la prochaine commémoration du centenaire, nous voulons mettre en relief ce qui nous unit avec tous nos frères malgré les divisions survenues au cours des siècles. En agissant ainsi à mille six cents ans du premier Concile de Constantinople, nous remercions Dieu de la Vérité du Seigneur qui, grâce à l'enseignement de ce Concile, éclaire les chemins de notre foi, et les chemins de la vie en vertu de la foi. Il s'agit en cette circonstance, non seulement de rappeler une formule de foi qui est en vigueur depuis seize siècles dans l'Église, mais en même temps de rendre toujours plus présente à notre esprit, dans la réflexion, dans la prière, dans l'apport de la spiritualité et de la théologie, la force divine personnelle qui donne la vie, le don hypostatique - Dominum et vivificantem -, la troisième personne de la Sainte Trinité à laquelle, dans la foi, participent chaque âme et l'Église tout entière. L'Esprit-Saint continue à donner la vie à l'Église et à la pousser sur les chemins de la sainteté et de l'amour. Comme le souligne bien saint Ambroise dans son De Spiritu Sancto, " bien qu'il soit inaccessible par nature, il peut toutefois être reçu par nous grâce à sa bonté ; il emplit tout de sa force, mais seuls les justes participent à lui ; il est simple dans sa substance, riche de puissance, présent en tous, il partage ce qui est à lui pour le donner à chacun et il est tout entier en chaque lieu " (2).

2. Le souvenir du Concile de Constantinople, qui fut le deuxième Concile œcuménique de l'Église, nous permet de nous rendre compte, nous qui appartenons au christianisme du second millénaire finissant, combien fut vif aux premiers siècles du premier millénaire, au sein de la communauté grandissante des croyants, le besoin de comprendre et de proclamer d'une manière juste, dans la confession de foi de l'Église le mystère insondable de Dieu dans sa transcendance absolue : celui du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint. L'attention des fidèles a été attirée avant tout par ce mystère essentiel comme par les autres contenus clés de la vérité et de la vie chrétienne ; et à leur propos sont nées des interprétations nombreuses, voire divergentes, qui ont amené l'Église à faire entendre sa voix à donner son témoignage solennel en vertu de la promesse faite par le Christ au Cénacle : " Le Paraclet, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom..., vous rappellera tout ce que je vous ai dit " (3) ; lui, l'Esprit de vérité, " vous conduira vers la vérité tout entière " (4).

Ainsi en cette année 1981, nous devons d'une manière spéciale remercier l'Esprit-Saint d'avoir, au milieu des multiples oscillations de la pensée humaine, permis à l'Église d'exprimer sa foi - selon les expressions propres à cette époque en pleine cohérence avec " la vérité tout entière ".

" Je crois en l'Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père. Avec le Père et le Fils, le reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. " : telles sont les paroles du symbole de la foi du premier Concile de Constantinople en 381 (5), qui a mis en lumière le mystère de l'Esprit-Saint, de son origine du Père, affirmant de cette façon l'unité et l'égalité dans la divinité de cet Esprit-Saint avec le Père et avec le Fils.

 

II. - Le Concile d'Éphèse

3. En rappelant ce XVIe centenaire du premier Concile de Constantinople, je ne saurais par ailleurs passer sous silence une autre circonstance significative concernant l'année 1981 : c'est aussi. en effet, le 1.550e anniversaire du Concile d'Éphèse, qui a été célébré en 431. C'est un souvenir qui se place comme à l'ombre du précédent Concile, mais qui revêt lui-même une importance particulière pour notre foi et est souverainement digne d'être rappelé.

Dans le même Symbole de la foi, nous récitons en effet, au cœur de la communauté liturgique qui se prépare à revivre les divins mystères : " Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, et homo factus est " : par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme. Le Concile d'Ephèse a eu surtout une valeur christologique en définissant les deux natures qui se trouvent en Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine, afin de préciser la doctrine authentique de l'Église déjà exprimée par le Concile de Nicée en 325, mais qui avait été menacée par la diffusion de différentes interprétations de la vérité élucidée dans ce Concile, et spécialement de certaines formules utilisées dans l'enseignement de Nestorius. En étroite connexion avec ces affirmations, le Concile d'Éphèse a eu également une signification pour la doctrine du salut, en mettant en lumière le principe que, selon l'axiome bien connu, " ce qui n'est pas assumé n'est pas sauvé ". En lien étroit également avec la valeur de ces définitions dogmatiques, il y avait aussi la vérité concernant la Vierge sainte, appelée à la dignité absolument unique de Mère de Dieu, de " Theotokos", comme cela est mis en évidence éclatante surtout par les lettres de saint Cyrille à Nestorius (6) et par la splendide formule d'union de 433 (7). C'est toute une hymne de ces Pères anciens à l'incarnation du Fils unique de Dieu, dans la pleine vérité des deux natures en une seule personne : c'est une hymne à l'œuvre du salut réalisée dans le monde par l'action de l'Esprit-Saint ; et tout cela ne pouvait pas ne pas tourner à l'honneur de la Mère de Dieu, première coopératrice de la puissance du Très-Haut qui l'a couverte de son ombre au moment de l'Annonciation par la lumineuse venue de l'Esprit-Saint (8). C'est ce que comprirent nos sœurs et nos frères d'Éphèse qui, au soir du 22 juin, lors de l'inauguration du Concile célébré dans la cathédrale de la " Mère de Dieu ", acclamèrent la Vierge Marie sous ce titre et portèrent les Pères en triomphe à la fin de cette première session.

Il me paraît donc fort opportun que ce Concile très ancien, le troisième de l'histoire de l'Église, soit lui aussi évoqué par nous clans son riche contexte théologique et ecclésial. La Vierge très sainte fut, à l'ombre de la puissance de la Trinité, la créature la plus étroitement associée à l'œuvre du salut. L'incarnation du Verbe s'est faite sous son cœur, par l'opération de l'Esprit-Saint. En elle s'est levée l'aurore de la nouvelle humanité qui, avec le Christ, se présentait au monde pour achever la réalisation du plan originel de l'alliance avec Dieu, alliance rompue par la désobéissance du premier homme. " Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine. "

4. Les deux anniversaires, à des titres divers et bien qu'ils aient une importance historique différente, tournent à l'honneur de l'Esprit-Saint. Tout cela, en effet, s'est accompli par l'action de l'Esprit-Saint. On voit combien ces deux grandes commémorations, auxquelles il est juste de nous référer en l'année du Seigneur 1981, sont profondément unies entre elles dans l'enseignement et dans la profession de la foi de l'Église, de la foi de tous les chrétiens. Foi en la très sainte Trinité : foi dans le Père, de qui vient tout don (9). Foi dans le Christ Rédempteur de l'homme. Foi en l'Esprit-Saint. Et, dans cette lumière, vénération envers la Vierge Marie qui, " donnant à la parole de Dieu son consentement, devint Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché ne la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement, comme la servante du Seigneur, à la personne et à l'œuvre de son Fils ", apportant ainsi " au salut des hommes non pas simplement la coopération d'un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance" (10). Tout comme Marie attendit avec cette foi la venue du Seigneur, comme il est beau qu'en cette fin du second millénaire, elle soit encore présente pour éclairer notre foi en cette perspective d' " avent " !

Tout cela est pour nous source de joie immense source de gratitude pour la lumière de cette foi grâce à laquelle nous participons aux insondables mystères divins, faisant d'eux le contenu vital de nos âmes, en élargissant en elles les horizons de notre dignité spirituelle et de notre destinée humaine. C'est pourquoi ces grands anniversaires ne peuvent pas rester seulement pour nous un souvenir du lointain passé. Ils doivent revivre dans la foi de l'Église, ils doivent résonner comme un écho nouveau dans sa spiritualité, et même ils doivent trouver la manifestation extérieure de leur actualité toujours vivante pour toute la communauté des croyants.

5. C'est d'abord à vous, Frères aimés et vénérés dans le service épiscopal, que j'écris ces choses. En même temps, je m'adresse aux frères prêtres, les collaborateurs les plus étroits. de votre sollicitude pastorale " In virtute Spiritus Sancti ". Je m'adresse aux frères et aux sœurs de toutes les familles religieuses masculines et féminines, chez lesquelles devrait être particulièrement vif le témoignage de l'Esprit du Christ, et devrait être aussi particulièrement chère la mission de celle qui a voulu être la servante du Seigneur (11). Je m'adresse enfin à tous les frères et toutes les sœurs du laïcat de l'Église, lesquels, en professant la foi de cette dernière en même temps que tous les autres membres de la communauté ecclésiale, rendent toujours plus vivant le souvenir des grands Conciles depuis tant de générations. Je suis convaincu qu'ils accueilleront avec gratitude l'évocation de ces dates et de ces anniversaires, spécialement lorsque, ensemble, nous réaliserons combien sont actuels les mystères auxquels les deux Conciles ont donné une expression autorisée dès la première moitié du premier millénaire de l'histoire de l'Église.

J'ose enfin nourrir l'espoir que la commémoration des Conciles de Constantinople et d'Éphèse, qui ont été l'expression de foi enseignée et professée par l'Église non divisée, nous fera avancer dans la compréhension réciproque avec nos Frères aimés de l'Orient et de l'Occident auxquels ne nous unit pas encore la pleine communion ecclésiale, mais avec lesquels nous cherchons dans la prière, en toute humilité et confiance, les voies qui conduisent à l'unité dans la vérité. Comment, en effet, pourrait-on mieux accélérer le cheminement vers cette unité qu'en rappelant et, en même temps, en faisant revivre ce qui pendant tant de siècles a été le contenu de la foi professée en commun, et je dirai plus : ce qui n'a pas cessé d'être tel, même après les douloureuses divisions qui se sont opérées au cours des siècles ?

 

III. - Vivre ces événements dans leur contexte ecclésiologique

6. Mon intention est donc que ces événements soient vécus dans leur profond contexte ecclésiologique. Nous ne devons pas seulement rappeler ces grands anniversaires comme des faits du passé ; il nous faut leur redonner vie en notre siècle et les relier intimement à la vie et aux tâches de l'Église de notre époque telles qu'elles ont été exprimées dans l'ensemble du message du Concile de notre époque, le deuxième Concile du Vatican. Avec quelle intensité vivent dans ce magistère les vérités définies par ces Conciles, et combien elles ont marqué le contenu de l'enseignement sur l'Église, qui est au centre du Concile Vatican II! Combien elles sont substantielles et constitutives pour cet enseignement et, de même, avec quelle intensité ces vérités fondamentales et centrales de notre Credo vivent, pour ainsi dire, une vie nouvelle et brillent d'une lumière nouvelle dans l'ensemble de l'enseignement du deuxième Concile du Vatican!

Si la tâche principale de notre génération, et peut-être aussi des générations futures dans l'Église, est de réaliser et d'introduire dans la vie l'enseignement et les orientations de ce grand Concile, les anniversaires du premier Concile de Constantinople et du Concile d'Éphèse offrent cette année l'opportunité d'accomplir cette tâche dans le vivant contexte de la vérité qui, à travers les siècles, dure éternellement.

7. " Une fois achevée l'œuvre que le Père avait chargé son Fils d'accomplir sur la terre (12), le jour de la Pentecôte, l'Esprit-Saint fut envoyé qui devait sanctifier l'Église en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l'unique Esprit, l'accès auprès du Père (13). C'est lui, l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissante pour la vie éternelle (14), par qui le Père donne la vie aux hommes que le péché avait fait mourir, en attendant de ressusciter dans le Christ leurs corps mortels (15). L'Esprit habite dans l'Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple (16), en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption (17). Cette Église qu'il introduit dans la vérité tout entière (18) et à laquelle il assure l'unité dans la communion et le service, il la construit et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l'orne de ses fruits (19). Par la vertu de l'Évangile, il rajeunit l'Église et il la renouvelle sans cesse, l'acheminant à l'union parfaite avec son Époux. L'Esprit et l'Épouse, en effet, disent au Seigneur Jésus : "Viens(20)". Ainsi l'Église universelle apparaît comme un "peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint" " (21) : tel est le passage certainement le plus riche, le plus synthétique - bien que ce ne soit pas le seul qui montre que, dans l'ensemble de l'enseignement du deuxième Concile du Vatican, vit d'une vie nouvelle et brille d'une splendeur nouvelle la vérité sur le Saint-Esprit à laquelle le premier Concile de Constantinople a donné une expression si autorisée il y a 1.600 ans.

Tout le travail de renouveau de l'Église que le Concile Vatican II a si providentiellement proposé et commencé - renouveau qui doit être à la fois " aggiornamento " et raffermissement de ce qui est éternel et constitutif pour la mission de l'Église - ne peut se réaliser que dans l'Esprit-Saint, c'est-à-dire avec l'aide de sa lumière et de sa puissance. Cela est important, très important, pour l'Église dans son universalité comme pour chaque Église particulière dans la communion avec toutes les autres Églises particulières. Cela est important aussi pour le cheminement œcuménique à l'intérieur du christianisme et pour le cheminement de celui-ci dans le monde contemporain, cheminement qui doit être orienté vers la justice et la paix. Cela est important encore pour l'œuvre des vocations sacerdotales et religieuses et, en même temps, pour l'apostolat des laïcs, comme fruit d'une nouvelle maturation de leur foi.

8. Les deux expressions du symbole de Nicée Constantinople : " Et incarnatus est de Spiritu Sancto… Credo in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem ", nous rappellent ensuite que l'œuvre la plus grande du Saint-Esprit, celle à laquelle toutes les autres se réfèrent sans cesse et dont elles découlent comme de leur source, est l'incarnation du Verbe Éternel, par l'action de l'Esprit-Saint dans le sein de la Vierge Marie.

Le Christ, Rédempteur de l'homme et du monde, est le centre de l'histoire : " Jésus-Christ est le même, hier et aujourd'hui... (22). " Si nos pensées et nos cœurs demeurent tournés vers lui en ce second millénaire qui touche à son terme et qui nous sépare de sa première venue en ce monde, alors par là même ils se dirigent aussi vers le Saint-Esprit, par l'action duquel sa conception humaine a eu lieu ; et ils s'orientent de même vers celle dont il a été conçu et dont il est né : vers la Vierge Marie. L'anniversaire des deux grands Conciles fait que nos pensées et nos cœurs se tournent tout particulièrement cette année vers l'Esprit-Saint et vers Marie, la Mère de Dieu. Et lorsque nous rappelons quelle joie et quel enthousiasme suscita à Ephèse, il y a 1.550 ans, la profession de foi dans la maternité divine de la Vierge Marie (Theo-tokos), nous comprenons alors que, dans cette profession de foi, on glorifiait en même temps l'œuvre particulière de l'Esprit-Saint : œuvre qui consiste à la fois dans la conception humaine et la naissance du Fils de Dieu par l'action de l'Esprit-Saint et aussi, toujours par l'action de cet Esprit-Saint, dans la maternité très sainte de la Vierge Marie. Cette maternité est non seulement la source et le fondement de toute la sainteté exceptionnelle de Marie et de sa participation très particulière à toute l'économie du salut, mais elle établit aussi un lien maternel permanent avec l'Église, lien qui dérive du fait qu'elle a été choisie par la Très Sainte Trinité comme Mère du Christ, qui est " la tête du Corps, c'est-à-dire de l'Église" (23). Ce lien se révèle de manière particulière au pied de la croix, où Marie, " souffrant cruellement avec son Fils unique et s'associant d'un cœur maternel à son sacrifice, ... par le même Christ Jésus mourant sur la croix fut donnée comme sa mère au disciple par ces mots : "Femme, voici ton fils" (24) " (25).

Le deuxième Concile du Vatican exprime ensuite avec bonheur, de manière synthétique, la relation infrangible de Marie la très sainte avec le Christ et avec l'Église : " Comme il a plu à Dieu de ne manifester ouvertement le mystère du salut des hommes qu'à l'heure où il répandrait l'Esprit promis par le Christ, on voit les apôtres, avant le jour de la Pentecôte, "persévérant d'un même cœur dans la prière avec quelques femmes dont Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères" (26) ; et l'on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l'Esprit qui, à l'Annonciation, l'avait déjà elle-même prise sous son ombre" (27). Par cette expression, le texte du Concile unit entre eux les deux moments où la maternité de Marie a été plus étroitement liée à l'action de l'Esprit-Saint : en premier lieu, le moment de l'Incarnation, et ensuite celui de la naissance de l'Église dans le Cénacle de Jérusalem.

 

IV. - La solennité de la Pentecôte

9. Tous ces motifs de grande importance et le concours de circonstances si chargées de sens poussent à mettre en relief dans toute l'Église, pendant cette année deux fois jubilaire, la solennité de la Pentecôte.

J'invite donc à Rome, ce jour-là, toutes les Conférences épiscopales de l'Église catholique ainsi que les Patriarcats et les Archevêchés majeurs des Églises orientales catholiques, dans la représentation qu'il leur plaira d'envoyer, afin que nous puissions ensemble nous renouveler dans l'héritage que nous avons reçu du Cénacle de la Pentecôte dans la puissance de l'Esprit-Saint : c'est lui, en effet, qui a montré à l'Église, au moment de sa naissance, le chemin qui conduit à toutes les nations, à tous les peuples et à toutes les langues, et au cœur de tous les hommes.

Réunis dans l'unité collégiale en tant qu'héritiers de la sollicitude apostolique pour toutes les Églises (28), nous rejoindrons la source abondante de cet Esprit, qui est le guide de la mission de l'Église sur les chemins de l'humanité contemporaine à la fin du second millénaire après l'Incarnation du Verbe, par l'action de l'Esprit-Saint dans le sein de la Vierge Marie.

10. La première partie de la solennité nous réunira, le matin, dans la basilique Saint-Pierre au Vatican, pour chanter de tout notre cœur notre Credo " in Spiritum Sanctum, Dominum et vivificantem ... qui locutus est per prophetas ... Et unam, sanctam, catholicam et apostolicam Ecclesiam ". Nous y sommes invités par le seizième centenaire du premier Concile de Constantinople : comme les apôtres au Cénacle, comme les Pères de ce Concile, nous serons réunis par Celui qui, " par la vertu de l'Évangile, rajeunit l'Église et la renouvelle sans cesse " (29).

Ainsi la solennité de la Pentecôte, cette année, deviendra une profession sublime et reconnaissante de la foi dans l'Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, foi que nous devons de manière particulière à ce Concile. Et elle deviendra en même temps une humble prière et une invocation ardente pour que ce même Esprit-Saint nous aide " à renouveler la face de la terre ", grâce aussi au travail de renouvellement de l'Église conformément à la pensée du deuxième Concile du Vatican. Puisse ce travail se réaliser de manière mûrie et ordonnée dans toutes les Églises, dans toutes les communautés chrétiennes! Puisse-t-il s'accomplir avant tout dans l'âme des hommes, car un véritable renouvellement n'est pas possible sans une conversion continuelle à Dieu. Nous demanderons à l'Esprit de vérité de demeurer, sur le chemin de ce renouvellement, parfaitement fidèles à cette " parole de l'Esprit " que constitue pour nous actuellement l'enseignement de Vatican II, de ne pas abandonner ce chemin par considération pour l'esprit du monde. Nous demanderons aussI a Celui qui est " fons vivus, ignis, caritas " - source de vie, feu, amour -, de nous imprégner, nous-mêmes, toute l'Église, et enfin toute la famille humaine, de cet amour " qui surmonte tout, qui supporte tout " et " qui n'aura jamais de fin " (30).

Il n'y a aucun doute que ne soit ressenti, dans la présente étape de l'histoire de l'Église et de l'humanité, un besoin particulier d'approfondir et de raviver cette vérité. Ainsi la commémoration, à la Pentecôte, du XVIe centenaire du premier Concile de Constantinople en donnera-t-elle l'occasion. Puisse l'Esprit-Saint accepter notre manifestation de foi! Puisse-t-il accueillir, dans la célébration liturgique de la solennité de la Pentecôte, l'humble ouverture de notre cœur vers lui, le Consolateur, en qui se révèle et se réalise le don de l'unité!

11. Pour une seconde partie de la célébration, nous nous réunirons dans la soirée du même jour à la basilique Sainte-Marie Majeure, où la cérémonie du matin sera complétée par les sujets de réflexion que nous offre le 1.550e anniversaire du Concile d'Éphèse. Particulièrement suggestive sera la coïncidence qui fait tomber, cette année, la Pentecôte à la date du 7 juin, comme ce fut le cas en 431, en ce jour solennel qui avait été fixé pour le début des sessions (déplacé ensuite au 22 juin) où commencèrent d'affluer à Éphèse les premiers groupes d'évêques.

Cette réflexion se situera elle aussi à travers l'apport du Concile Vatican II, avec une attention spéciale à l'admirable chapitre VIII de la Constitution Lumen gentium. Ainsi, comme le Concile d'Éphèse a permis, grâce à son enseignement christologique et sotériologique, de confirmer la vérité de la maternité divine de Marie - la Théotokos -, de même Vatican II nous permet de nous souvenir que l'Église, née au Cénacle de Jérusalem par la puissance de l'Esprit-Saint, commence à regarder vers Marie comme vers le modèle de sa propre maternité spirituelle et donc comme son archétype. En ce jour, celle que Paul VI a encore nommée Mère de l'Église irradie sa puissance d'intercession sur l'Église-Mère et en protège l'impulsion apostolique dont elle vit présentement, engendrant à Dieu les croyants en tous temps et sous toutes les latitudes.

Ainsi la liturgie vespérale de la solennité de la Pentecôte nous réunira dans la basilique mariale de Rome pour que nous nous souvenions spécialement qu'au Cénacle de Jérusalem les apôtres étaient " tous d'un même cœur assidus à la prière avec ... Marie, la mère de Jésus... " (31) et se préparaient à la venue de l'Esprit-Saint. Il en va de même pour nous, en ce grand jour, où nous désirons être ensemble adonnés à la prière avec Celle qui, selon la Constitution dogmatique du Concile Vatican II sur l'Église, comme Mère de Dieu, " est type de l'Église ... dans l'ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union avec le Christ " (32). Ainsi, en persévérant dans la prière ensemble avec elle, remplis de confiance en elle, nous confierons à la puissance de l'Esprit-Saint l'Église, et sa mission dans toutes les nations du monde d'aujourd'hui et de demain. Car nous portons en nous-mêmes l'héritage de ceux à qui le Christ ressuscité a ordonné d'aller par le monde entier prêcher l'Évangile à toute créature (33). Au jour de la Pentecôte, réunis ensemble dans la prière avec Marie, la Mère de Jésus, ils ont été convaincus de pouvoir accomplir cet ordre grâce à la puissance de l'Esprit-Saint, descendu sur eux conformément à ce que le Seigneur leur avait annoncé (34). Et le même jour, nous, leurs héritiers, nous nous rassemblerons dans le même acte de foi et de prière.

12. Frères très aimés,

Je sais que le Jeudi saint vous renouvelez, dans la communauté du presbyterium de votre diocèse, le mémorial de la dernière Cène, durant laquelle le pain et le vin, par les paroles du Christ et la puissance de l'Esprit-Saint, sont devenus le corps et le sang de notre Sauveur, c'est-à-dire l'Eucharistie de notre rédemption.

En ce jour, ou en d'autres circonstances opportunes, parlez à tout le Peuple de Dieu de ces anniversaires et de ces événements importants, afin qu'ils soient également commémorés et vécus comme ils le méritent dans chaque Église locale et dans chaque communauté de l'Église, de la façon qui sera établie par les pasteurs, selon les directives des Conférences épiscopales respectives, des Patriarcats et des Archevêchés majeurs des Églises orientales.

Dans le très vif désir des célébrations annoncées, je suis heureux d'accorder à vous tous, vénérés et chers frères dans l'épiscopat, et, en même temps qu'à vous, à toutes vos communautés ecclésiales, ma particulière bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 25 mars 1981, solennité de l'Annonciation du Seigneur, en la troisième année de mon pontificat.

IOANNES PAULUS PP. II


 

(*) IOANNES PAULUS PP. II, Epistula Apostolica A Concilio Constantinopolitano ad universos Ecclesiae Episcopos volvente anno MDC a Concilio Constantinopolitano I necnon MDL a Concilio Ephesino, 25 martii 1981 : AAS 73(1981) 513-527 ; traduction française de la Polyglotte Vaticane, sous-titres de la Documentation Catholique, dans DC 1981, n°1806, 367-371.

(1) L'Osservatore Romano, 2-3 janvier 1981. 

(2) AMBROISE, De Spiritu Sancto I, V, 72 ; éd. O. Faller, CSEL 79, Vindobonæ 1964, p. 45. 

(3) Jn 14, 26. 

(4) Jn 16, 13. 

(5) Cité ainsi pour la première fois dans les actes du Concile de Chalcédoine, act. II : éd. E. Schwartz, Acta Conciliorum Œcumenicorum, II Concilium universale Chalcedonense. Berolini et Lipsiae 1927-32, I, 2, p. 80 ; cf. aussi Conciliorum Œcumenicorum decreta, Bologna 1973, p. 24.

(6) Acta Conciliorum Œcumenicorum, I Concilium universale ephesinum, éd. E. Schwartz, I, p. 25-28 et 223-242 ; cf. aussi aussi Conciliorum Œcumenicorum decreta, Bologna 1973, p. 40-44 et 50-61. 

(7) Acta Conciliorum Œcumenicorum, I, 1, 4, p. 8-9 (A) ; cf. aussi aussi Conciliorum Œcumenicorum decreta, p. 69-70. 

(8) Cf. Lc 1, 35. 

(9) Cf. Jc 1, 17. 

(10) Const. dogm. Lumen gentium, n. 56. 

(11) Cf. Lc 1, 38. 

(12) Cf. Jn 17, 4. 

(13) Cf. Ep 2, 18. 

(14) Cf. Jn 4, 14 ; 38-39. 

(15) Cf. Rm 8, 10-11. 

(16) Cf. 1 Co 3, 16 ; 6, 19. 

(17) Cf. Ga 4, 6 ; Rm 8, 15-16 et 26. 

(18) Cf. Jn 16, 13. 

(19) Cf. Ep 4, 11-12 ; 1 Co 12, 4 ; Ga 5, 22. 

(20) Cf. Ap 22, 17. 

(21) Const. dogm. Lumen gentium, n. 4. 

(22) He 13, 8. 

(23) Col 1, 18. 

(24) Cf. Jn 19, 26-27. 

(25) Const. dogm. Lumen gentium, n. 58. 

(26) Ac 1, 14. 

(27) Const. dogm. Lumen gentium, n. 59. 

(28) Cf. 2 Co 11, 28. 

(29) Const. dogm. Lumen gentium, n. 4. 

(30) 1 Co 13, 7-8. 

(31) Ac 1, 14. 

(32) Const. dogm. Lumen gentium, n. 63. 

(33) Cf. Mc 16, 15. 

(34) Cf. Ac 1, 8.

 

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