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MESSE D'OUVERTURE DE L'ASSEMBLÉE SYNODALE NÉERLANDAISE

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II

Lundi 14 janvier 1980

 

Vénérables et chers Frères,

1. Non pensées et nos cœurs se tournent aujourd’hui vers le Seigneur, qui est le Pasteur de son bercail, le Pasteur de son peuple, le Pasteur de l’Eglise.

C’est lui qui est annoncé dans le psaume de la liturgie de ce jour par des paroles qui font naître dans nos âmes l’espérance, la paix et la joie.

« Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien; / sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer; / vers les eaux tranquilles il me mène, il y refait mon âme; / il me guide sur le chemin de justice / pour l’amour de son nom » [1].

C’est donc vers lui, vers Jésus-Christ, que se tournent nos pensées et nos cœurs parce qu’il est avant tout notre Pasteur.

Il est le Pasteur de l’Eglise entière et de toutes les Eglises. Il est le Pasteur des pasteurs. Le Pasteur de ceux auxquels il confie la sollicitude pastorale pour ce qui concerne l’Eglise. Il leur confie..., il nous confie ce ministère pastoral qui n’est rien d’autre que le service.

Cette conscience du ministère pastoral, nous l’avons héritée des Apôtres. C’est par elle que nous cherchons à orienter notre comportement par rapport à Dieu et par rapport aux hommes, en fixant nos yeux sur le Christ.

Existe-t-il quelque chose de plus merveilleux que cette image du Pasteur, du Bon Pasteur qu’il nous a montré lui-même comme le modèle à imiter? Cette image émerge déjà chez le prophète Isaïe lorsqu’il parle du Serviteur du Seigneur sur lequel Dieu a fait reposer son Esprit [2].

« Il ne criera pas, il n’élèvera pas le ton, / il ne fera pas entendre sa parole sur la place, / il ne brisera pas le roseau froissé, / il n’éteindra pas la mèche qui faiblit ». Et il ajoute: « Il proclamera le droit avec fidélité » [3].

2. Cependant, au terme de toutes les images connues par la Sainte Ecriture, se trouve cette réalité qu’est le Christ lui-même. Il l’a exprimée dans la parabole du Bon Pasteur et il l’a réalisée en même temps par toutes ses œuvres. Il l’a accomplie surtout dans son œuvre dernière, par laquelle il a offert sa vie pour ses brebis [4].

Pour préparer ses Apôtres à cette Œuvre qui est le sommet pascal de sa mission, il s’est longuement entretenu avec eux, et l’évangéliste saint Jean nous a rapporté, en particulier, son dernier discours. Les paroles que nous avons relues aujourd’hui dans l’Evangile en font partie.

« Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mont Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. Celui qui ne m’aime pas n’observe pas mes paroles; la parole que vous écoutez n’est pas la mienne, mais celle du Père qui m’a envoyé » [5].

Le Christ pouvait-il nous faire une obligation plus forte, en tant que pasteurs et maîtres de l’Eglise, que celle contenue dans ces paroles?

Etre pasteur et évêque des âmes, cela signifie garder la parole. Garder la vérité. En elle, ce sont le Père et Lui qui viennent continuellement à nous: Lui qui est le Verbe incarné; Lui qui est le Christ Rédempteur; Lui qui est le Pasteur éternel des âmes.

Et il est par-dessus tout le Pasteur des pasteurs.

3. Dans le même discours d’adieu dont nous venons de relire aujourd’hui un bref passage, le Christ promet aux Apôtres l’Esprit Saint, qui est l’Esprit d’amour et de vérité;

« Mais le Consolateur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera toute chose et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » [6].

Et voici que l’Eglise vit du Saint-Esprit. Le porte-parole de cette certitude est Paul de Tarse dans sa lettre aux Corinthiens où il montre comment, par la force de cet Esprit, se construit cette communauté qui, dans le Christ, réunit comme dans un seul corps mystique tous ceux qui ont été « abreuvés d’un seul Esprit » [7].

A notre époque difficile, en notre vingtième siècle, ceste Eglise a donné, dans l’enseignement du Concile Vatican II, une expression particulièrement pleine de la vérité sur elle-même.

Cet enseignement doit être la mesure de la pensée et de l’action pour tous ceux qui constituent l’Eglise du Christ.

Il doit être en particulier la mesure de notre propre pensée et de notre propre action à nous qui sommes les maîtres et les pasteurs de l’Eglise.

Il doit être la mesure de notre pensée et de notre action à nous, qui sommes réunis pour ce synode particulier. La raison de ce synode n’est rien d’autre qu’une incarnation authentique et entière, dans la vie, de cette vérité apostolique sur l’Eglise, qui a été manifestée dans l’enseignement du Concile Vatican II. De son début à sa fin, elle doit demeurer son contenu, son inspiration et son but.

4. L’assemblée synodale au cours de laquelle les Evêques de la Province ecclésiastique néerlandaise se rencontrent avec l’Evêque de Rome est un événement sans précédent. Tous, nous nous en rendons compte. Les synodes des Evêques ont déjà leur rythme pluri-annuel; au contraire, un synode de ce genre, un synode particulier, se déroule pour la première fois.

Le principe de la pénétration réciproque de l’Eglise universelle et de l’Eglise locale s’exprime de manière spéciale dans ce synode. L’Eglise de Jésus-Christ, grâce à l’Esprit qui est l’âme de tout le corps et de tous les membres, se réalise dans ces deux dimensions. Elle est universelle et en même temps composée de parties diverses. Elle est universelle et locale. Le but de notre réunion est de manifester la cohérence de ces deux dimensions tout entières et de les consolider.

C’est pourquoi nos pensées et nos cœurs se tournent d’une manière particulière vers le Christ: « De même, en effet, que le corps est un tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres, en dépit de leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ... » [8]. Nos pensées et nos cœurs se tournent donc vers le Christ. Vers le Pasteur et l’Evêque de nos âmes. Vers le Pasteur des pasteurs. Conscients de la vérité que nous devons servir, conscients de la responsabilité que nous devons assumer, nous nous trouvons ensemble auprès de cet autel pour célébrer l’Eucharistie, le sacrement de la mort et de la résurrection, par lequel le Christ nous donne continuellement son Esprit, l’Esprit de vérité et d’amour.

5. Dans cet Esprit, allons donc vers ce peuple, vers cette communauté, que constituent toutes les Eglises qui sont sur la terre des Pays-Bas.

Allons avec un grand amour.

L’amour est conscient des difficultés. Mais par-dessus tout, il est conscient du bien; il est conscient des dons: des dons de la nature et des dons de la grâce, que le Bon Pasteur a répandus dans cette communauté. Qu’il a déposés dans le cœur de tout homme racheté, en lui donnant la liberté des fils de Dieu.

Les dons qu’il attend.

Et voilà pourquoi nous désirons surtout, dans ce signe du pain et du vin, accepter le don spirituel de votre peuple, le don spirituel de cette terre dont vous êtes à la fois les fils et les pasteurs.

Prions le Christ afin qu’il accepte ce don.

Prions afin qu’il le pénètre de la lumière et de la grâce de son Esprit, de cet Esprit qui opère lui-même tout bien, en donnant « à chacun comme il veut » [9].

Cet Esprit qui édifie l’Eglise et en fait « un seul corps » [10].


[1] Ps. 22 (23), 1-3.

[2] Cfr. Is. 42, 1.

[3] Ibid. 42, 2-3.

[4] Cfr. Io. 10, 11.

[5] Io. 14, 23-24.

[6] Ibid. 14, 26.

[7] 1 Cor. 12, 13.

[8] 1 Cor. 12, 12.

[9] 1 Cor. 12, 11.

[10] Ibid. 12, 12.

 

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana

 

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