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PÈLERINAGE APOSTOLIQUE AU BRÉSIL
(30 JUIN-12 JUILLET 1980)

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II

Aparecida (Brésil)
Vendredi 4 juillet 1980

 

Vive la Mère de Dieu conçut sans péché!
Vive la Vierge immaculée Notre Dame d'Aparecida!

1. Depuis que j'ai posé le pied sur la terre du Brésil, partout of: je suis passé, j'ai entendu ce cantique. Dans la naïveté et la simplicité de ces paroles, c'est un cri de l'âme, une salutation, une invocation pleine de dévotion filiale et de confiance envers celle qui, vraie Mère de Dieu, nous a été donnée par son Fils Jésus au dernier moment de sa vie (cf. Jn 19, 2) pour être notre Mère.

Nulle part ailleurs ce chant n'a autant de sens ni autant d'intensité qu'en ce lieu où la Vierge, il y a plus de deux siècles, a rencontré le peuple brésilien d'une manière singulière. Depuis, c'est vers ce lieu qu'à bon droit le peuple se tourne dans ses angoisses; depuis, c'est ici que bat le cœur catholique du Brésil. But d'incessants pèlerinages venus de tout le pays, c'est ici, comme on l'a dit « la capitale spirituelle du Brésil ».

C'est un moment particulièrement émouvant et heureux que celui-ci où, avec vous qui représentez tout le peuple du Brésil, je rencontre pour la première fois Notre Dame d'Aparecida.

2. Pour me préparer spirituellement à ce pèlerinage à l'Aparecida, j'ai lu avec une religieuse attention le récit simple et enchanteur de l'image que nous vénérons ici. Les efforts inutiles de trois pêcheurs cherchant du poisson dans les eaux du Paraíba en ce lointain 1717. La découverte inattendue du corps puis de la tête de la petite image de céramique noircie par la boue. La pêche abondante qui suivit cette découverte. Le culte, aussitôt instauré, de Notre Dame de Conception, selon les apparences de cette statue brune, affectueusement appelée « a Aparecida » (« celle qui est apparue »). Les abondantes grâces de Dieu en faveur de ceux qui invoquent ici la Mère de Dieu.

Depuis le brut oratoire primitif — « l'autel de bois » des vieux documents — puis la chapelle qui le remplaça avec différentes adjonctions successives et enfin l'ancienne basilique de 1908, les sanctuaires matériels élevés ici ont toujours été l'œuvre et le symbole de la foi du peuple brésilien et de son amour pour la très sainte Vierge. Puis, on connaît les pèlerinages auxquels prennent part, au cours des siècles, des personnes de toutes classes sociales venant des régions du pays les plus distantes et les plus variées. L'année dernière, il y a eu plus de cinq millions cinq cent mille pèlerins qui sont passés par ici. Que cherchaient les pèlerins d'autrefois? Que cherchent les pèlerins d'aujourd'hui? Cela même qu'ils venaient chercher le jour plus ou moins éloigné de leur baptême: la foi et les moyens de l'alimenter. Ils cherchent les sacrements de l'Eglise, surtout la réconciliation avec Dieu et la nourriture de l'Eucharistie. Et ils repartent revivifiés, pleins de reconnaissance pour Notre Darne, Mère de Dieu et la nôtre.

:3. Les grâces et les bienfaits spirituels se multiplient en ce lieu et en 1904 Notre Dame d'Aparecida est solennellement couronnée. Il y a exactement 50 ans, en 1930, elle est proclamée patronne principale du Brésil. Plus tard, en 1967, il revient à mon vénéré prédécesseur Paul VI de gratifier sanctuaire d'une rose d'or. Il voulait par ce geste honorer la Vierge en ce lieu saint et stimuler le culte marial.

Venons-en à notre temps. Devant la nécessité d'une Eglise plus vaste et mieux adaptée aux exigences de pèlerins toujours plus nombreux, c'est l'audacieux projet d'une nouvelle basilique. Des années de labeur incessant ont été nécessaires pour la construction de cet imposant édifice. Et aujourd'hui, après de nombreuses difficultés surmontées, voici la splendide réalité que nous contemplons. Les noms de nombreux architectes et ingénieurs resteront liés à cette œuvre ainsi que ceux d'humbles ouvriers, de généreux bienfaiteurs, de prêtres qui se consacrent à ce sanctuaire. Un nom se détache sur tous les autres et les symbolise tous: celui de mon Frère le Cardinal Carlos Carmelo de Vasconcelos Motta, grand animateur de cette nouvelle église, maison maternelle et héritage historique de la Reine Notre Darne d'Aparecida.

4. Je viens donc consacrer cette basilique, témoin de la foi et de la dévotion mariale du peuple brésilien; et je le ferai avec joie et émotion après la célébration de l'Eucharistie.

Cette église est la demeure du « Seigneur des seigneurs et du Roi des rois » (cf. Ap 17, 14). Dans cette église, comme la reine Esther, la Vierge immaculée qui a conquis le cœur de Dieu et en qui le Tout-Puissant fait « de grandes choses » (cf. Est 5, 5; Lc 1, 49) ne cessera d'accueillir de nombreux fils et d'intercéder pour eux: « mon désir est que mon peuple soit épargné » (cf. Est. 7, 3).

Cet édifice marial qui abrite la présence réelle, eucharistique, du Seigneur, et où se réunit la famille des fils de Dieu pour offrir avec le Christ les « sacrifices spirituels » faits de joies et de douleurs, d'espérances et de luttes, est également le symbole d'un autre édifice spirituel dans lai construction duquel nous sommes invités à entrer comme des pierres vivantes (cf. 1 P. 2, 5). Comme disait Saint Augustin: « Ceci est la maison de nos prières mais nous-mêmes nous sommes la maison de Dieu. Nous sommes construits comme maison de Dieu en ce monde et nous serons solennellement consacrés à la fin des temps. L'édifice ou mieux la construction se fait avec peine; la consécration se fait dans la joie » (cf. St Aug. Sermo 336, 1, 6; PL 38 ed. 1861. 1471-72).

5. Cette église est limage de l'Eglise qui « à l'imitation de la Mère de son Seigneur par la vertu de l'Esprit Saint, conserve virginalement intacte la foi, solide l'espérance, sincère la charité » (Constitution dogm. Lumen Gentium, n. 4).

Dans le texte de l'Apocalypse que nous venons d'entendre dans la seconde lecture, le voyant de Patmos contemple et décrit la femme qui est la figure de cette Eglise. Au cours des temps, la piété populaire reconnaît aussi Marie, la Mère de Jésus, dans cette femme couronnée de douze étoiles. Du reste, comme le rappelait Saint Ambroise et comme le déclare Lumen Gentium, Marie est elle-même figure de l'Eglise.

Oui, bien-aimés frères et fils, Marie — la mère de Dieu — est un modèle pour l'Eglise et une Mère pour les rachetés. Par son adhésion rapide et inconditionnée à la volonté de Dieu qui lui a été révélée, elle est devenue la Mère du Rédempteur (cf. Lc 1, 32) par une participation intime et toute spéciale à l'histoire du salut. Par les mérites de son Fils elle est l'Immaculée conception, conçue sans le péché originel, préservée de tout péché et pleine de grâce.

Nous sommes appelés à construire l'Eglise en face de la faim de Dieu que l'on perçoit aujourd'hui chez beaucoup d'hommes mais aussi en face du sécularisme qui attire tant de monde, parfois imperceptiblement comme la rosée ou d'autres fois plus violemment comme un cyclone.

6. Le péché enlève à Dieu la place centrale qui lui est due dans l' histoire des hommes et dans l'histoire personnelle de chaque homme. Ce fut la première tentation: « Vous serez comme Dieu » (cf. Gn 3, 8). Et après le péché originel, en se détachant de Dieu, l'homme se trouve soumis aux tentations, déchiré dans ses choix ente l'Amour « qui vient du Père » et « l'amour qui ne vient pas du Père, mais du monde » (cf.1 Jn 2 15-1) et, puis encore, l'homme s'aliène lui-même en faisant l'option de « la mort de Dieu » qui porte fatalement en soi la mort de l'homme (cf. Jean-Paul II, Message de Pâques de 1980).

En se reconnaissant « servante du Seigneur » (cf. Lc 1, 38) en prononçant son « oui » et en accueillant le mystère du Christ rédempteur « dans son cœur et dans son sein » (cf. St Aug. De Virginitate 6 PL 40, 399), Marie n'a pas été un instrument simplement passif entre les mains de Dieu, mais elle a coopéré au salut des hommes avec une foi libre et une obéissance parfaite. Sans rien enlever ou diminuer et sans rien ajouter à l'action de Celui qui est l'unique médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ, Marie nous indique les voies du salut, voies qui convergent toutes vers le Christ son Fis et vers son œuvre de rédemption.

Marie nous mène au Christ comme l'affirme avec précision le Concile Vatican II: « la fonction maternelle de Marie à l'égard des hommes n'obscurcit en aucune façon ni ne diminue l'unique médiation du Christ, mais elle en manifeste l'efficacité (...) et elle n'empêche en aucune façon le contact immédiat des fidèles avec le Christ, elle le facilite au contraire » (Const. dogm. Lumen Gentium, 60).

7. Mère de l'Eglise, le très sainte Vierge est présente d'une façon particulière à la vie et à l'action de l'Eglise. C'est justement pour cela que l'Eglise a les yeux constamment tournés vers celle qui, demeurée vierge, a engendré le Verbe fait chair par l'opération du Saint-Esprit. Quelle est la mission de l'Eglise si ce n'est de faire naître le Christ dans le cœur des fidèles (cf. ibidem. n. 65) par l'action du même Esprit-Saint, par le moyen de l'évangélisation? Ainsi « l'étoile de l'évangélisation » comme l'a appelée mon prédécesseur Paul VI indique et illumine les voies de l'annonce de l'Evangile. Cette annonce du Christ rédempteur dans son message de salut, ne peut être réduit à un simple projet humain de bien-être et de bonheur temporel. Il a certainement des incidences dans l'histoire humaine collective et individuelle, mais il est fondamentalement une annonce de libération du péché par la communion avec Dieu en Jésus-Christ. Mais cette communion avec Dieu ne sépare pas de la communion des hommes entre eux car ceux qui se convertissent au Christ, auteur du salut et principe d'unité sont appelés à s'unir dans l'Eglise, sacrement visible de cette unité salvifique (cf. ibidem, n. 9).

C'est pourquoi nous formons tous la génération actuelle des disciples du Christ dans une totale adhésion à une tradition ancienne et dans un plein respect et un amour entier pour les membres de toutes les communautés chrétiennes, nous désirons nous unir à Marie et nous y sommes poussés par un profond besoin de foi, d'espérance et de charité (cf. Jean-Paul II, Redemptor hominis, n. 22). Disciples de Jésus-Christ en ce montent crucial de l'histoire humaine, en plein accord avec la tradition ininterrompue et avec le sentiment constant de l'Eglise, intimement poussés pas' un impératif de foi, d'espérance et de charité, nous désirons nous unir à Marie. Et nous voulons le faire en empruntant les expressions de la piété mariale de l'Église de tous les temps.

8. L'amour et la dévotion à Marie, éléments fondamentaux de la culture de l'Amérique latine (idem, Homélie à Zapopan, Mexique AAS 71, 1979, 228; Document de Puebla n. 283) sont un des traits caractéristiques de la religiosité du peuple brésilien. Je suis certain que les pasteurs de l'Eglise sauront respecter ce trait particulier, le cultiver et l'aider à trouver une meilleure expression afin de réaliser le dicton: aller « à Jésus par Marie ». Pour cela il ne sera pas inutile de se rappeler que la dévotion à la Mère de Dieu a une âme, quelque chose d'essentiel qui s'incarne dans de multiples formes extérieures. Ce qu'elle a d'essentiel est stable et inaltérable, et demeure un élément intrinsèque du culte chrétien. S'il est bien compris et correctement réalisé, il constitue dans l'Eglise, comme le soulignait mon prédécesseur Paul VI, un excellent témoignage de sa norme d'action (lex orandi) et une invitation à raviver dans les consciences sa norme de foi (lex credendi). Les formes extérieures sont, par leur nature sujettes à l'usure du temps et, comme le déclarait le même regretté Paul VI, elles ont besoin d'être constamment renouvelées et réactualisées, mais, cependant, dans un plein respect de la tradition (Exhort. apost. Marialis cultus, n. 24).

9. Et vous, dévots de Notre Dame et pèlerins de l'Aparecida, ici présents ou qui nous accompagnez à la radio ou la télévision: conservez jalousement à l'égard de la Vierge ce tendre et confiant amour qui vous caractérise. Ne le laissez jamais s'attiédir! Que ce ne soit pas un amour abstrait, mais un amour incarné. Soyez fidèles à ces exercices de piété mariale, traditionnels dans l'Eglise: la récitation de l'Angélus, le mois de Marie et, d'une manière toute spéciale, le rosaire. Puisse renaître la belle habitude, autrefois si répandue, aujourd'hui encore vivante dans certaines familles brésiliennes — de la récitation du chapelet en famille.

Je sais que, récemment, dans un incident lamentable, la petite image de Notre Dame d'Aparecida s'est brisée. On m'a dit que au milieu de mille fragments on a retrouvées intactes les deux mains de la Vierge jointes pour la prière. Ce fait est une sorte de symbole: les mains jointes de Marie au milieu des ruines sont une invitation à ses fils à donner un espace à la prière dans leur vie, un espace à l'absolu de Dieu sans lequel tout le reste perd son sens, sa valeur et son efficacité. Le vrai fils de Marie est un chrétien qui prie.

La dévotion à Marie est la source d'une vie chrétienne profonde, elle est source d'engagement à l'égard de Dieu et l'égard des frères. Restez à l'école de Marie, écoutez sa voix, suivez ses exemples. Comme nous l' avons entendu dans l'Evangile, elle nous oriente vers Jésus: « Faites ce qu'il vous dira » (Jn 2, 6). Comme elle l'a fait un jour à Cana en Galilée elle présente à son Fils les difficultés des hommes et elle obtient de lui les grâces qu'ils désirent. Prions avec Marie et par Marie: elle est toujours la « Mère de Dieu et notre mère ».

Notre Dame d'Aparecida, un de vos fils
qui vous appartient sans réserve — totus tuus! —
appelé par le mystérieux dessein de la Providence
à être le vicaire de votre Fils sur la terre
veut s'adresser à vous en ce moment.

Il se rappelle avec émotion
dans la couleur brune de votre image
une autre de ces images / la Vierge noire de Jasna Gora!

Mère de Dieu et notre mère
protégez l'Eglise, le pape, les évêques, les prêtres
et tout le peuple fidèle;
accueillez sous votre manteau protecteur
les religieux, les religieuses, les familles,
les enfants, les jeunes et leurs éducateurs/

Salut des infirmes et consolatrice des affligés,
réconfortez ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme
soyez la lumière de ceux qui cherchent le Christ, rédempteur de l'homme
à tous les hommes montrez que vous êtes la mère de notre confiance.

Reine de la paix et miroir de la justice,
obtenez la paix au monde,
faites que le Brésil vive dans une paix durable
que les hommes vivent toujours ensemble comme des frères,
comme des fils de Dieu!

Notre Dame d'Aparecida,
bénissez ce sanctuaire qui est vôtre et ceux qui y travaillent
bénissez ce peuple qui y prie et y chante
bénissez tous vos fils
bénissez le Brésil. Amen.

 

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana

 

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