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CONCÉLÉBRATION DANS L'ÉGLISE NATIONALE DE
SAINT-LOUIS-DES-FRANÇAIS À L'OCCASION
DU IV CENTENAIRE DE SA CONSÉCRATION

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II

Samedi, 25 novembre 1989

 

«Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne»[1].  

1. En la fête du Christ-Roi, la prière du bon larron traduit le paradoxe chrétien: la foi en la personne et en la mission du Christ est exprimée par un malfaiteur crucifié: celui-ci se tourne avec confiance vers Jésus lui-même condamné, qui expire dans une apparente impuissance.

Les chefs religieux et les soldats se moquent. Un autre condamné blasphème. Le titre de «Roi des Juifs» est donné au Nazaréen par dérision. De même qu’au désert il y avait eu trois tentations, sur le Golgotha le défi est lancé trois fois: «Sauve-toi toi-même!». «Si tu es le Messie», «si tu es le roi des Juifs»[2].

Seul le bon larron porte sur Jésus le regard de la foi et l’invoque avec l’audace de l’espérance. Il a reconnu le Messie. Il espère le Règne de vie que viendra inaugurer le Fils. Il donne sa foi à celui en qui Dieu «a voulu tout réconcilier..., en faisant la paix par le sang de sa croix»[3].

Voilà un modèle pour toute confession de foi chrétienne. Voilà le sens de cette solennité: dans le mystère salvifique de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu fait homme est fondé le Règne nouveau. Et Jésus répond au bon larron: «Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis». L’attente est comblée. L’alliance et la communion sont offertes, aujourd’hui, avec le Christ.

2. Chers Frères et Sœurs, rassemblés en cette église Saint-Louis-des-Français, en célébrant avec vous cette fête qui achève l’année liturgique, l’Evêque de Rome vient vous inviter à porter sur le Christ le regard de foi du bon larron et à lui adresser la même prière: «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne»[4].

Avec saint Paul, je vous appelle aussi à l’action de grâce «à Dieu le Père qui vous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint»[5]. Car la bonne nouvelle du salut nous a été transmise par le témoignage des Apôtres. Les disciples ont reconnu dans le Ressuscité le Serviteur souffrant qu’ils avaient vu ensevelir. Ils nous montrent quelle puissance d’amour est à l’œuvre en lui: nous sommes rachetés, nos péchés sont pardonnés. Le Fils, «l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à toute créature», conduit «toute chose à son accomplissement total»[6].

La liturgie nous dit quel est le règne sans limite et sans fin que Jésus rend possible en s’offrant lui-même sur l’autel de la Croix: «Règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix»[7].

3. Chers amis de la communauté française de Rome, la foi dans le Christ Roi est en même temps l’appel à vivre selon l’esprit de son Règne. De génération en génération, d’innombrables témoins vous ont transmis ce message par leur exemple. Je ne nominerai que les saints honorés ici: les patrons de cette église, aux côtés de la Vierge Marie: saint Denis, évêque et martyr, et surtout saint Louis qui sut exercer la royauté comme un service de ses frères et qui demeura pénétré par l’amour du Christ, libre par rapport aux richesses de ce monde. Avec eux, vous vénérez aussi sainte Clotilde, et sainte Jeanne de France, deux reines qui rappellent la place spécifique de la femme dans l’Eglise et dans la société.

L’histoire chrétienne de votre nation est jalonnée par les hautes figures des saints, des hommes d’Eglise, des penseurs, des artistes; mais votre passé a été forgé tout autant par les fidèles aux noms moins illustres qui furent, dans votre pays, les bâtisseurs généreux de «la maison du Seigneur»[8].

Les contradictions n’ont pas manqué non plus au cours des siècles, quand certains s’éloignaient de la foi, quand d’autres se dressaient contre l’Eglise. Ainsi, voici deux siècles, c’est en opposition au christianisme qu’a été proclamé l’idéal humaniste qui devait fonder une société renouvelée. Cependant, avec le recul du temps, ne peut-on reconnaître en quelque sorte dans les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité affirmées avec tant d’éclat, le fruit d’une culture aux racines chrétiennes?

Au cours de mes visites pastorales sur la terre de France, j’ai eu l’occasion d’évoquer déjà, la contribution précieuse des fils de cette nation à la vie de l’Eglise, à sa mission, à sa pensée, à son art, à sa vie pastorale. Continuant cette tradition forgée au cours des siècles, les générations actuelles ont à reprendre la tâche, à renouveler leur fidélité au Christ, lui qui est «le commencement, le premier-né d’entre les morts, puisqu’il devait avoir en tout la primauté»[9].

4. Comme le montre l’Evangile que nous avons écouté, confesser le Christ, Roi de l’Univers, suppose que l’on surmonte maints obstacles.

Les témoins de la crucifixion ne pouvaient retenir leur scepticisme. Autour de nous, nombre de nos contemporains doutent du Christ, ou bien l’ignorent, ou bien excluent sa présence de leur vision du monde. Un certain nombre de pays d’Europe ont hérité des philosophies des lumières, puis des philosophies qui ont jeté le soupçon sur Dieu, sur son Christ, sur son Eglise. Ils ont fait prévaloir bien souvent une organisation de la société et un type d’éducation développés en dehors de toute référence à Dieu.

Si ces idéologies, qui n’ont pu assurer le bonheur et la paix qu’elles promettaient, connaissent un certain déclin, leur influence demeure dans les mentalités, sous la forme d’une réticence intellectuelle ou d’une indifférence pratique. Sans vouloir attribuer à l’époque actuelle toutes les difficultés rencontrées dans la foi, on doit cependant constater que la déchristianisation d’une partie importante de la société rend plus exigeante l’adhésion active à la foi et moins aisée la formation chrétienne des jeunes.

Constater ces difficultés ne doit pas nous amener au pessimisme. Il nous faut mieux comprendre le sens du règne du Christ. Jésus n’a vaincu la mort qu’au prix de la souffrance offerte, de l’abandon de la plupart des siens, du silence du peuple et de la raillerie de ses chefs. Mais il a consommé son sacrifice par un amour suprême pour la multitude. Par son sacrifice, Dieu «a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux»[10]. C’est là que se dessine la figure du Règne que nous célébrons, dont nous attendons l’accomplissement, que nous avons la mission de préparer.

5. La fête de ce jour nous rappelle donc le fondement même de la vocation chrétienne: nous rassembler dans le Corps, c’est-à-dire l’Eglise, dont le Christ est la Tête, lui par qui tout a été créé, lui par qui nous sommes rachetés et pardonnés[11].

Par l’héritage de vos devanciers, il vous a été beaucoup donné. Il vous sera encore beaucoup demandé, selon la parole de Jésus[12].

Aux croyants, il est demandé une fidélité courageuse aux dons reçus, une confiance totale au Christ, une disponibilité à travailler à son Règne.

A ceux qui doutent, à ceux qui ne partagent pas toute la foi de l’Eglise, il est demandé de ne pas arrêter leur recherche, de s’ouvrir, avec la grâce de Dieu à Celui qui sollicite la foi sans l’imposer. Vous bénéficiez de la liberté religieuse qui fait encore défaut en trop de régions du monde. Mais liberté ne veut pas dire indifférence à la présence de Dieu. Nous sommes tous appelés à être rassemblés dans le Royaume de Dieu. Nous n’avons pas à craindre la domination du Christ: il est la voie de la paix et de l’amour; il libère en nous le meilleur de notre humanité; par le don de sa vie, il rétablit en nous l’image du Dieu vivant.

Quels que soient l’itinéraire de chacun et son accueil du don de la foi, que personne ne reste passif: chacun peut travailler à l’amélioration du sort de ses frères et faire ainsi un pas sur la route de l’Evangile. Tout effort vers plus de vérité, de justice et d’amour ouvre à la venue du Royaume de Dieu et le prépare parmi nous, afin que «toute chose ait son accomplissement total» dans le Christ[13].

6. Pour vous, chers amis de la communauté française de Rome, vous vivez votre vocation chrétienne dans des conditions particulières où je veux voir une chance. Votre profession ou vos études vous placent dans un carrefour culturel enrichissant. Vous côtoyez des représentants de toutes les nations, dans les milieux diplomatiques ou universitaires, à la FAO ou dans la vie économique. Vous êtes aussi des témoins privilégiés de l’activité de l’Eglise autour du successeur de Pierre; vous pouvez suivre de près son magistère; et vous mesurez mieux qu’ailleurs les liens de l’unité dans l’Eglise universelle. Ces diverses possibilités donnent à votre communauté non seulement une physionomie originale, mais aussi une certaine responsabilité de témoins. Je suis heureux d’être parmi vous ce soir et de vous apporter les encouragements de l’Evêque de Rome.

Je tiens à saluer Monsieur l’Ambassadeur de France près le Saint-Siège et Monsieur l’Ambassadeur de France en Italie, ainsi que toutes les autorités civiles présentes. Je les remercie de m’accueillir et de participer à cette célébration.

Aux côtés du Cardinal Poletti qui porte avec moi la responsabilité pastorale du diocèse, je salue avec joie la présence des Cardinaux français de Rome, si proches du successeur de Pierre, ainsi que les autres Français qui prennent part au travail du Saint-Siège. Ma pensée va aussi au Cardinal François Marty, titulaire de cette église, qui n’a pu être avec nous ce soir.

A toute la communauté chrétienne qui se réunit à Saint-Louis, je dis mes vœux, en saluant très cordialement votre Recteur, Monseigneur René Séjourné, et les prêtres qui vivent en cette maison. Ils vous entraînent dans la prière et la liturgie, dans l’approfondissement de la foi, dans les liens fraternels et l’entraide, dans l’accueil des pèlerins et des visiteurs. Je vous souhaite de continuer à former avec ferveur une communauté rayonnante.

7. Vous célébrez cette année le quatrième centenaire de la consécration de cette église française au cœur de la Ville éternelle Toute une histoire s’est nouée autour de ce sanctuaire. Puisse-t-elle se poursuivre avec dynamisme, au service de l’Eglise et du monde! Car ce qui importe, au regard de Dieu, c’est le Temple vivant que vous édifiez.

Nous nous tournons vers le Christ, car nous vivons dans l’Eglise dont il est la Tête, figure de la nouvelle «Jérusalem, parfaitement bâtie, merveille d’unité», comme dit le psalmiste[14]. Puissions-nous ouvrir nos cœurs à la présence transformante du Seigneur et rendre «le temple intérieur aussi beau que le temple de pierre»[15]!

Le Christ est le Messie, le Sauveur, le Roi qui a «en tout la primauté»[16]. Dans la ferveur de la célébration eucharistique, chacun de nous peut lui redire aujourd’hui: «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne»[17].


[1] Luc. 23, 42.

[2] Cfr. ibid. 23, 35.37.39.

[3] Col. 1, 20.

[4] Luc. 23, 42.

[5] Col. 1, 12.

[6] Ibid. 1, 19.

[7] Praefatio Christi Regis.

[8] Ps 122 (121), 1.

[9] Col. 1, 18.

[10] Ibid. 1, 20.

[11] Cfr. ibid. 1, 18. 14.

[12] Cfr. Luc. 12, 48.

[13] Cfr. Col. 1, 19.

[14] Ps. 122 (121), 3.

[15] Cfr. Hymnus Syriacus dedicationis.

[16] Col. 1, 18.

[17] Luc. 23, 42.

 

 

© Copyright 1989 - Libreria Editrice Vaticana

 

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