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VOYAGE APOSTOLIQUE AU BÉNIN, OUGANDA ET KHARTOUM

ORDINATIONS SACERDOTALES AU STADE DE L’AMITIÉ

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Cotonou (Bènin)
Mercredi, 3 février 1993

 

«L’esprit du Seigneur est sur moi»[1].

1. Nous nous trouvons à Nazareth. Ces paroles du prophète Isaïe ont été prononcées au commencement de l’activité messianique de Jésus de Nazareth. Jésus, Nazaréen de trente ans, les a proclamées; et, après avoir fini la lecture, il ajoute: « Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit »[2].

Voici ces paroles du prophète: « L’esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance »[3].

Jésus de Nazareth redit aujourd’hui les mêmes paroles au milieu de nous, au milieu de vous qui constituez l’Eglise du Dieu vivant en terre africaine, à Cotonou, au Bénin. Vous tous qui avez accueilli le Christ, vous avez aussi reçu l’Esprit Saint. L’expression sacramentelle et le signe de ce don, c’est l’onction faite lors du Baptême, de la Confirmation et aussi du Sacrement des Malades.

2. L’onction est particulièrement significative dans le Sacrement de l’Ordre, lorsque l’ordination sacerdotale et épiscopale est conférée. Il m’est donné aujourd’hui de venir au milieu de vous pour conférer le Sacrement de l’Ordre à des fils de votre terre. C’est un jour de grande joie pour l’Eglise: vos fils, « choisis parmi vous »[4], sont appelés « serviteurs de notre Dieu »[5].

Je me réjouis donc avec vous et, comme le Prophète, je dis à ces jeunes: « Et vous, vous serez appelés: "Les prêtres du Seigneur", on vous nommera: "Les serviteurs de notre Dieu" »[6].

En vous, je salue toute l’Eglise au Bénin, l’Eglise qui est le peuple de Dieu et le sacerdoce royal. Vous qui vous présentez aujourd’hui à l’Evêque pour être ordonnés, vous attestez cela en vos personnes: vous êtes le fruit et l’expression du sacerdoce royal du peuple de Dieu que vous êtes appelés à servir.

Que Dieu bénisse vos familles, que Dieu bénisse vos paroisses et votre diocèse de Cotonou! Que Dieu bénisse le Bénin, votre pays natal!

Par le ministère de l’Evêque de Rome, que Dieu bénisse tous les fidèles ici rassemblés, ceux des autres diocèses du Bénin, en particulier de Porto-Novo, d’Abomey et de Lokossa!

Je salue de tout cœur mes Frères dans l’Episcopat: Monseigneur Isidore de Souza, Archevêque de Cotonou, que je remercie de son allocution d’accueil, Monseigneur Lucien Monsi-Agboka, Président de la Conférence épiscopale du Bénin, et les autres Evêques de ce pays. Et je n’oublie pas les deux anciens Archevêques de Cotonou, le Cardinal Bernardin Gantin, avec qui j’ai tant de liens, et Monseigneur Christophe Adimou dont la sagesse vous a été précieuse au cours d’années difficiles. J’associe avec plaisir à cette salutation les Evêques venus des pays voisins ou de plus loin.

J’adresse un salut cordial aux prêtres, aux religieux, aux religieuses, aux catéchistes et à tous les fidèles de Cotonou, du Bénin, des pays voisins, le Togo, le Ghana, le Nigeria.

Aux autorités nationales et régionales qui ont la courtoisie de prendre part à cette célébration liturgique, j’exprime mes vœux déférents. Et je voudrais aussi souhaiter la bienvenue dans cette assemblée à nos frères d’autres confessions chrétiennes et d’autres traditions religieuses qui ont tenu à assister à cette fête de leurs amis catholiques.

3. Chers diacres qui allez recevoir l’ordination sacerdotale, l’Apôtre Paul écrivait à Timothée, auquel il avait imposé les mains, comme aujourd’hui l’Evêque de Rome vous imposera les mains:

«Devant Dieu et devant le Christ Jésus..., je te le demande solennellement,... proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et le souci d’instruire»[7]. Et ensuite: « En toute chose garde ton bon sens, supporte la souffrance, travaille à l’annonce de l’Evangile, accomplis jusqu’au bout ton ministère »[8].

Voilà un programme apostolique qui n’a pas perdu son actualité. Aujourd’hui encore, il trace les lignes directrices de la vocation et du ministère de tous les pasteurs de l’Eglise. Ce sera votre programme, vous qui prenez aujourd’hui votre part de service et de responsabilité en devenant prêtres: soyez des « intendants fidèles » pour proclamer la Parole, pour rassembler et guider le peuple de Dieu, pour célébrer les dons de grâce que sont les sacrements.

4. Prêtres, vous donnez votre vie pour que l’évangélisation progresse sur votre terre. Que l’amour sauveur du Christ vous anime dans tous vos actes, parce qu’on ne peut être un vrai témoin du Christ que si l’on aime ses frères avec générosité et avec désintéressement! La source de cet amour, vous la trouverez dans votre cœur uni au Cœur du Christ, dans l’intimité de la prière. La force et la fidélité de cet amour, vous les puiserez dans l’Eucharistie et le Sacrement de la Réconciliation. Le courage de proclamer la parole, de multiplier les initiatives pastorales, de susciter l’espérance, de travailler pour que l’évangélisation soit toujours nouvelle, ce courage vous sera donné si vous vous laissez saisir par le Christ Jésus, lui qui « ayant aimé les siens..., les aima jusqu’au bout »[9]. Pour tous ces dons qui vous ont été transmis par l’Eglise sur votre terre, je rends grâce à Dieu avec vous.

5. Ce que je dis ici aux ordinands, chers Frères et Sœurs, cela s’adresse aussi à vous tous, à vous qui désirez partager la Bonne Nouvelle avec vos frères et sœurs. Si vous accueillez Jésus le Sauveur à cœur ouvert, il habitera votre maison, et votre famille sera illuminée par son amour. Oui, la famille est le premier foyer de l’évangélisation: l’amour qui vient de Dieu enrichit et purifie l’amour des époux et des parents. Il rend généreux pour accueillir la naissance des enfants, pour assurer leur éducation et pour éveiller en eux la foi. Il est source de confiance et de respect mutuels. Et la grâce de Dieu qui aime tous les hommes permet de sanctifier les grands moments de la vie, la naissance, le mariage et jusqu’aux dernières étapes de notre pèlerinage. L’amour fraternel, enrichi par l’amour de Dieu, invite à reconnaître la dignité de chacun des membres de la famille, même si les épreuves de la vie l’ont affaibli ou isolé. L’amour, dit saint Paul, « n’entretient pas de rancune; il ne se réjouit pas de ce qui est mal »; le disciple de Jésus ne peut consentir à rien de ce qui blesse ou détruit le prochain. Au contraire, poursuit saint Paul, l’amour « trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout »[10]. N’ayez pas peur de refuser le mal, ayez le courage d’aimer:

Mi kpan kon! (Ayez du courage!).

L’Eglise ne peut être vivante et ouverte que si les familles sont les premières à accueillir l’Evangile. L’amour du prochain mûrit dans la cellule familiale, pour se répandre ensuite dans la communauté entière de l’Eglise, unie pour partager les dons de Dieu et avancer sur les chemins de l’« Alliance éternelle », annoncée par le prophète Isaïe[11]. Les chrétiens ont la joie d’être guidés par un message de vérité lumineux, source d’espérance. Et la loi qui règle leur manière de vivre se résume tout entière dans le suprême message d’amour de Jésus à ses amis. La communion entre les fils de l’Eglise, membres du même Corps du Christ, répond au désir du Sauveur: « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres »[12].

6. Frères et Sœurs, l’évangélisation nouvelle est la mission de l’Eglise au Bénin, comme dans toute l’Afrique et dans le monde entier. Elle sera le fruit de l’amour qu’il vous est donné de vivre dans vos cœurs, dans vos foyers, dans vos communautés paroissiales, vos mouvements, vos diocèses. Et cet amour doit éclairer votre collaboration avec vos compatriotes pour le bien de votre pays, qui a besoin aujourd’hui de la générosité active de tous les Béninois. Dans la société, le chrétien qui aime son prochain défend les droits de la personne et accomplit son devoir pour le bien commun. Il faut en même temps chercher la justice et pratiquer la solidarité. Vous avez beaucoup de belles tâches à accomplir pour la prospérité de votre nation: affrontez votre avenir avec le courage de l’amour:

Mi kpan kon! (Ayez du courage!).

Hêsi ma di mi ô! (Ne craignez pas!).

L’Evangile de cette Messe nous a fait entendre des paroles de Jésus qui montrent bien l’importance de l’amour fraternel et son sens profond: les pauvres, les malades, les étrangers ou les prisonniers sont ce prochain qu’il faut aider de manière simple et concrète: cela commence par donner à manger et à boire, par vêtir, soigner, visiter. Et, comme ces hommes à qui parle le Seigneur, nous sommes toujours étonnés: Jésus s’identifie avec les « petits qui sont ses frères »[13]. Alors, comment peut-on laisser sur le bord du chemin des frères et des sœurs dans lesquels le Christ est présent? Comment pourrions-nous être des témoins de l’Evangile sans vivre une solidarité ouverte à tout notre prochain? Comment pourrions-nous former un seul Corps sans réunir tous nos frères dans un même amour?

7. «Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus qui doit juger les vivants et les morts». L’Evangile de Matthieu nous montre quel est ce jugement. Nous lisons souvent ces paroles et nous les écoutons toujours avec une grande émotion. Elles nous parlent de la Parousie, c’est-à-dire du retour définitif du Rédempteur du monde, qui marquera la fin des temps et la révélation du Royaume de Dieu lui-même.

«Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait»[14].

«Chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces petits, à moi non plus vous ne l’avez pas fait»[15].

Jésus-Christ avait d’abord révélé sa mission messianique à Nazareth. «Là où il passait, il faisait le bien»[16]. Il a racheté le monde par le sacrifice de sa Croix, par amour pour le Père et pour tous les hommes. A la fin du monde, il viendra « juger les vivants et les morts »[17]. Nous serons alors jugés sur l’amour, chacun et chacune d’entre nous.

Accomplissons donc les œuvres de la charité!

Vous qui commencez aujourd’hui votre ministère sacerdotal sur cette terre africaine, servez avec amour le Christ et vos frères et sœurs. Mettez-vous au service de tous, comme le Christ. Que votre ordination fasse de vous des artisans de paix et d’unité!

Fifa ni no Kpo Ha mi! (Que la Paix soit avec vous!)

Je vous confie à la Mère du Christ tout spécialement, comme Jésus lui confia son Apôtre au Calvaire.

Que la Bénédiction du Dieu vivant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit descende sur vous et vous garde à jamais!

Do To tamê. Do vi tamê. Dô Yêsinen Tamê. Amen.
(Au nom du Père. Au nom du Fils. Au nom du Saint-Esprit).

* * *

Cari fratelli e sorelle,

Ringraziamo Dio Signore per questo pomeriggio, per questa serata notevole. Ringraziamolo per i nuovi sacerdoti. Ringraziamo tutta l'assemblea. Ringraziamo il Signor Presidente della Repubblica del Benin. Ringraziamo i cori per i canti e la meravigliosa partecipazione.

Preghiamo soprattutto per i nuovi sacerdoti, figli del vostro popolo, come lo è il Cardinal Gantin, figlio nella continuazione della stessa vocazione sacerdotale.

Grazie al cardinal Gantin per il suo lavoro nella Curia Romana accanto al Papa. Grazie a voi tutti per la vostra fedeltà, per il vostro attaccamento a Cristo e alla sua Chiesa. E che Dio vi benedica sempre e dovunque.

* * *

Au terme de cette célébration, je voudrais adresser un très amical salut aux Togolais présents parmi nous, ainsi qu’aux délégations venues du Ghana, du Nigéria ou d’autres pays proches, pour s’unir à l’Eglise du Bénin.

Je tiens à dire toute ma sympathie et mon affection aux Evêques, aux prêtres, aux religieux et aux religieuses, aux catéchistes et aux autres fidèles du Togo, et, par l’intermédiaire de ceux qui se trouvent ici, à tous les Togolais. A Rome déjà, je pensais souvent à votre pays. En ce moment, vous connaissez de grandes difficultés, l’instabilité politique et économique, l’insécurité et la violence. Et cela amène des milliers de Togolais à s’éloigner de leur pays. Dans ce temps d’épreuve, je continue à prier pour que Dieu donne la paix à votre peuple. La violence et le mépris des aspirations légitimes des citoyens n’ont jamais conduit au progrès civique et social. On peut même dire qu’ils traduisent souvent un comportement irresponsable. Seules les valeurs qui cimentent l’ordre démocratique et la consolidation de l’Etat de droit permettent de préparer un avenir meilleur.

Fils et Filles de l’Eglise au Togo, en cette année du centenaire de l’évangélisation de votre terre, je prie pour que vous demeuriez fermes dans la foi, pour que vous soyez le levain dans la pâte, et pour qu’avec vous et grâce à vous, tous les Togolais puissent faire l’apprentissage de la liberté dans la solidarité. Ce sont ces intentions que je confie à Dieu par l’intercession maternelle de Notre-Dame.
Que Dieu vous bénisse, ainsi que tous les peuples d’Afrique!


[1] Is. 61, 1.

[2] Luc. 4, 21.

[3] Is. 61, 1.

[4] Cfr. Hebr. 5, 1.

[5] Cfr. Is. 61, 6.

[6] Ibid.

[7] 2 Tim. 4, 1-2.

[8] Ibid. 4, 5.

[9] Io. 13, 1.

[10] 1 Cor. 13, 6-7.

[11] Cfr. Is. 61, 8.

[12] Io. 13, 35.

[13] Cfr. Matth. 25, 40.

[14] Ibid.

[15] Ibid. 25, 45.

[16] Act. 10, 38.

[17] 2 Tim 4, 1.

 

© Copyright 1993 - Libreria Editrice Vaticana

 

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