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MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
À
Mgr ROBERT SARAH ET À Mgr
PHILIPPE KOUROUMA
A Mgr Robert Sarah Archevêque de Conakry, Administrateur Apostolique de
la Préfecture de Kankan et à Mgr Philippe Kourouma Evêque de N’Zérékoré
C’est avec une joie particulière que je vous reçois aujourd’hui à Rome, à l’occasion
de la visite “ad Limina” qu’il vous est maintenant possible d’accomplir en toute
sérénité. A vrai dire, même quand les communications avec le Siège Apostolique
étaient difficiles, l’Eglise en Guinée a toujours maintenu très ferme son
attachement au successeur de Pierre et, par lui, à l’Eglise universelle.
Aujourd’hui, je partage avec vous la joie de voir vos communautés ecclésiales
vivant d’une foi pure et forte, avec une ferveur accrue, avec un dynamisme qui
exprime la participation active des fidèles et leur zèle évangélisateur, et
permet de nourrir une grande espérance pour l’avenir. Dieu soit loué!
Cette
vitalité de l’Eglise en Guinée est l’œuvre de la grâce de Dieu qui se déploie
dans la faiblesse, dans les épreuves, malgré la pauvreté des moyens en personnel
ou en ressources, lorsque les croyants demeurent conscients que leur force vient
de Dieu et lorsqu’ils se consacrent avec une plus grande disponibilité et
générosité à répondre à ses appels. Je pense que l’on peut également reconnaître
ici le mérite des différents membres de vos communautés chrétiennes dans les
temps difficiles: de vous-mêmes qui avez pris et prenez les initiatives
opportunes auprès du peuple qui vous est confié, dans l’archidiocèse de Conakry,
dans le diocèse de N’Zérékoré et dans la préfecture apostolique de Kankan; des
missionnaires et notamment de vos prédécesseurs qui avaient préparé le terrain
depuis le début de l’évangélisation; de Monseigneur Raymond-Marie Tchidimbo et
de beaucoup d’autres qui ont pris part dans leur corps et dans leur cœur à l’épreuve
de la nation; des prêtres et des religieuses autochtones qui, malgré leur petit
nombre, ont fait face aux multiples nécessités du ministère et de l’apostolat;
des laïcs et notamment des catéchistes, qui se sont faits les éducateurs et les
soutiens de leurs frères pour leur vie de foi et de prière.
De tout cela aujourd’hui nous voyons les fruits et nous remercions Dieu.
Pour le présent et
pour l’avenir de l’Eglise en Guinée, j’encourage de tout cœur le soin que vous
apportez à l’éveil et à la formation des vocations sacerdotales, dans vos petits
séminaires ou dans le grand séminaire de Koumi et, maintenant, de Bamako. Durant
la période plus difficile, beaucoup de jeunes semblent avoir mieux compris qu’en
d’autres pays l’appel du Seigneur et les besoins religieux de leurs frères, et
ce mouvement continue. Il faut souhaiter que s’affirme également l’éclosion de
vocations religieuses féminines dans la population guinéenne, dans le cadre des
Congrégations internationales, comme celle des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny,
ou des Congrégations locales. Dieu ne peut manquer d’accorder cette grâce au
peuple fervent qui l’attend et prie à cette intention.
Votre Eglise a déployé
des efforts admirables pour faire face au manque de ministres ordonnés ou d’ouvriers
apostoliques, et je me plais à redire ici mes vifs encouragements aux laïcs qui
ont pris à cœur leurs responsabilités missionnaires de baptisés et de confirmés.
Je pense notamment aux catéchistes permanents, “piliers” de votre Eglise: ils
ont accepté de se former à leur rôle et ils y consacrent leurs forces, leurs
talents et leur temps, malgré la modicité de leurs ressources et leurs charges
familiales. Je souhaite avec vous que toute la communauté chrétienne s’attache à
les soutenir. Mais vos efforts ne se sont pas limités à maintenir et approfondir
la foi par la catéchèse. Vous vous êtes efforcés aussi d’aider les familles et
de leur permettre de répondre à leur vocation, notamment par vos lettres
pastorales; vous avez eu à cœur de promouvoir la liturgie; vous avez eu le souci
de répondre aux légitimes requêtes de l’inculturation du message évangélique,
pour animer et transformer de l’intérieur certaines coutumes; vous avez voulu
former les fidèles aux diverses responsabilités ecclésiales, avec la
préoccupation de témoigner de la foi chrétienne auprès de ceux qui ne la
partagent pas encore mais qui y sont ouverts. Tous ces efforts sont évidemment à
poursuivre et à encourager de façon judicieuse.
Comme par le passé, votre force
sera dans votre unité: l’unité de vos communautés paroissiales, autour de
l’équipe animatrice pour la pastorale et du conseil d’administration: l’unité de
votre communauté diocésaine, autour de l’Evêque - et elle sera facilitée par les
organismes conciliaires mis en place, conseil presbytéral et conseil pastoral -
; mais aussi l’unité et la collaboration entre vos diocèses pour affronter
ensemble les grands problèmes et témoigner de la communion qui caractérise l’Eglise.
Votre pays, de l’aveu même des dirigeants actuels, doit faire face à une œuvre
énorme de reconstruction dans tous les domaines, alors que manquent les moyens
matériels et le personnel compétent. Il y faudra beaucoup de patience, de
courage, de dévouement désintéressé, de solidarité. Bien que les catholiques
constituent une petite minorité, ils se sont acquis l’estime et la confiance de
nombre de leurs compatriotes et de ceux qui portent actuellement la lourde
charge du bien commun. Dans le respect des compétences propres et l’indépendance
que vous avez su garder à l’Eglise vis-à-vis du pouvoir temporel, il est bien
certain que les chrétiens ont un devoir particulier de coopérer activement à la
reconstruction du pays, à la mesure de leurs forces, et dans un dialogue
respectueux avec les autres croyants. Les besoins sont immenses, sur le plan
spirituel, mais aussi sur le plan de la subsistance, de l’éducation et de la
santé.
Sans doute les moyens dont dispose actuellement l’Eglise en Guinée pour
participer à ce service sont disproportionnés aux besoins. Mais la charité des
chrétiens ne peut se soustraire à de tels appels pressants. Et j’ose espérer que
votre Eglise, sous sa propre responsabilité, pourra bénéficier de la solidarité
des autres Eglises: le Saint-Siège est prêt à se faire votre interprète auprès
d’elles. Je pense aux religieux et religieuses des Congrégations internationales
qui seraient aptes à servir ainsi votre pays et votre Eglise. Et je pense aussi
à l’entraide matérielle que les organismes caritatifs pourraient vous apporter
en cette période difficile: je puis vous dire que ces besoins n’échappent pas à
la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, pas plus qu’au Conseil
pontifical “Cor Unum”, et j’espère que les Caritas sauront aussi vous manifester
la solidarité de l’Eglise. Dans le même temps, n’apportez-vous pas vous-mêmes à
l’Eglise entière l’exemple et l’élan de votre vitalité et de votre fidélité
inventive?
Que le Seigneur continue à vous prodiguer ses grâces de lumière et de
force! Pour ma part, je suis heureux de vous encourager et je vous accorde de
tout cœur ma Bénédiction Apostolique, que vous voudrez bien porter à tous les
prêtres, religieux, religieuses et laïcs de vos communautés chrétiennes, avec
mes souhaits chaleureux pour la paix et l’essor humain et spirituel de votre
patrie.
Du Vatican, le 20 octobre 1984.
IOANNES PAULUS PP. II
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