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LETTRE DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DES PRÊTRES DU SACRÉ-CŒUR
DE BÉTHARRAM, PÈRE FRANCESCO RADAELLI,
À L'OCCASION DU 200e ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE
DE LEUR FONDATEUR, SAINT MICHEL GARICOÏTS

 

Au Père Francesco Radaelli, r.s.j.
Supérieur général des Prêtres du Sacré-Coeur de Bétharram

1. À l'occasion du deux centième anniversaire de la naissance de votre fondateur, saint Michel Garicoïts, je m'associe volontiers à la joie et à l'action de grâce des membres de votre institut répandus à travers le monde, de ceux qui bénéficient de Leur apostolat et de ceux qui participent aux différentes célébrations qui marquent ce deuxième centenaire.

Dès son plus jeune âge, Michel Garicoïts a entendu l'appel du Seigneur à le suivre dans le sacerdoce. La maturation de sa vocation et la disponibilité dont il a fait preuve sont liées à l'attention de ses parents, à leur amour et à l'éducation morale et religieuse qu'il a reçue, particulièrement grâce aux soins attentifs de sa mère. Dans sa démarche spirituelle, sa famille a donc une place importante. Elle a été un lieu de formation de sa personnalité humaine et spirituelle et une « petite Église », selon la formule de saint Jean Chrysostome reprise par le deuxième Concile œcuménique du Vatican [1]. Grâce à elle, le jeune Michel a appris à se tourner vers le Seigneur, à être fidèle au Christ et à son Église.

En notre temps où les valeurs conjugales et familiales sont souvent bafouées, la famille Garicoïts demeure un exemple pour les couples et pour les éducateurs, qui ont la responsabilité de transmettre le sens de la vie et de faire percevoir la grandeur de l'amour humain, ainsi que de faire naître le désir de rencontrer et de suivre le Christ. Dans cet esprit, toute famille chrétienne est invitée à prendre une part active « à la mission de l'Église, d'une façon propre et originale, en se mettant elle-même au service de l'Église et de la société, dans son être et dans son agir, en tant que communauté intime de vie et d'amour » [2]. Les pasteurs ont la charge d'aider et de soutenir les parents chrétiens dans leurs tâches éducatives.

2. La disponibilité humble et persévérante à la volonté divine est le principe fondamental de la vie de votre fondateur, de son action et de son ministère sacerdotal. Il n'a pas cessé de redire Ecce venio!, conformant ainsi tout son être au Christ Rédempteur, venu pour faire la volonté de son Père. Ceux qui se confient au Seigneur se laissent modeler par Lui, pour que Dieu donne la croissance à leur action [3]. À ce propos, saint François de Sales aimait á répéter: « Dieu travaillera avec vous, en vous et pour vous, et votre travail sera suivi de consolation » [4]. Une telle attitude filiale fait découvrir l'amour infini de Dieu et guide tout au long de l'existence sur la voie de la pratique des vertus théologales et morales; car «ceux qui font profession d'appartenir au Christ se font reconnaître à leur manière de vivre » [5].

À l'exemple de saint Michel, les Prêtres du Sacré Coeur de Bétharram sont appelés à se tourner vers le Seigneur, pour lui manifester leur amour et leur entière disponibilité. Par la prière, particulièrement par l'oraison, rencontre intime avec le Sacré-Cœur, par la pratique des sacrements, ils trouvent la force de vivre leur sacerdoce au sein de leur communauté religieuse et dans les différents services d'Église qui leur sont confiés. En effet, la contemplation et l'union avec le Christ sont la source de tout apostolat; la dévotion au Sacré-Cœur donne « de nombreuses grâces de purification, de consolation surnaturelle, d'encouragement à la pratique de toutes les vertus » [6] et la rencontre avec Jésus dans la prière élargit le cœur de l'homme aux dimensions du monde. En vivant aujourd'hui la spiritualité du Cœur de Jésus, « embrasé d'amour pour nous », les Prêtres de votre Institut suivent une école admirable pour leur vie personnelle comme pour leurs missions. Ils se laisseront conduire par l'Esprit, afin de servir dans l'Église selon le cœur de Dieu, en se donnant totalement, par amour, pour le salut de leurs frères. Que tous se rappellent que « perdre quelque chose pour Dieu, c'est le retrouver plusieurs fois » [7]!

3. Saint Michel Garicoïts fortifiait sa vie intérieure et affinait son sens pastoral par l'étude fréquente de la philosophie et de la théologie. Il rappelle ainsi à ses fils qu'ils ont à se former sans cesse pour devenir des éducateurs, car l'étude est un élément indispensable à tous les missionnaires de l'Évangile. En soutenant l'exercice du ministère sacerdotal, la formation « vise à ce que le prêtre soit un croyant et le devienne toujours davantage, qu'il se voie toujours tel qu'il est en vérité avec les yeux du Christ » [8]. En outre, les hommes ont besoin de recevoir l'enseignement nécessaire à leur adhésion de foi et au témoignage qu'ils ont à rendre auprès de leurs frères.

Saint Michel avait aussi un grand souci de l'accompagnement spirituel des fidèles dont il avait la charge, pour qu'ils puissent avancer sur le chemin de la vie parfaite. Dans la ligne de saint François de Sales et de saint Ignace de Loyola, comme le faisait votre fondateur, il importe plus que jamais de leur proposer aujourd'hui encore de manière claire la pratique de la direction spirituelle, qui permet à chacun de « progresser dans la voie de la sainteté » [9]. Je désire donc encourager les membres de votre Institut à reprendre à leur compte et à poursuivre les intuitions de saint Michel, pour apprendre à nos contemporains à prier, à connaître et à aimer le Christ, et à le suivre selon leur vocation particulière. Car la foi et l'amour donnent une sagesse « secrète », « simple », « générale » et « spirituelle » qui éclaire sur ce qu'il convient d'accomplir dans le monde [10].

4. La vie religieuse, forme insigne de vie baptismale, se concrétise de manière particulière dans l'idéal de la vie ascétique et communautaire, auquel saint Michel était très attaché. Elle est précieuse pour l'Église, car elle est le reflet de la sainteté et de la fraternité qui lui viennent du Seigneur [11]. Elle traduit le désir de suivre de manière radicale le Christ auprès de qui se trouve le véritable bonheur, en orientant le regard vers le monde à venir. En me réjouissant que de nombreuses vocations religieuses naissent dans de jeunes Églises, j'encourage donc les membres de votre Institut à poursuivre avec fidélité leur engagement religieux, « dans un esprit de don total au Christ et à. l'Église » [12], et à réaliser avec amour les missions qui leur sont confiées.

5. L'Église se réjouit des différents services que votre Institut rend sur les continents où il est présent, en relation étroite avec les pasteurs locaux, dans l'esprit de saint François Xavier. En particulier, elle encourage fortement et soutient tous les mouvements et institutions qui s'engagent dans l'éducation de la jeunesse. L'avenir de l'Église et de la société repose en grande partie sur la formation donnée aujourd'hui aux jeunes. Dans de nombreux pays, les jeunes manquent d'entourage familial, d'affection et de structures d'encadrement pour leur instruction et leur maturation intérieure. Parfois, ils sont aussi soumis à des sollicitations dégradantes de la part d'adultes indélicats, qui laissent des traces indélébiles au plus profond d'eux-mêmes. Grâce à la présence prévenante et chaleureuse d'éducateurs mûrs et équilibrés, il convient de leur donner les moyens de construire leur personnalité, de leur prodiguer une formation humaine, une éducation spirituelle et morale appropriée, pour qu'ils puissent devenir des adultes solides, assumer des responsabilités dans la société et être de fidèles disciples du Christ. En éveillant les intelligences, en formant les cœurs et les consciences aux valeurs humaines et spirituelles essentielles, les éducateurs préparent les pasteurs et les fidèles qui seront les protagonistes de l'évangélisation du troisième millénaire. L'éducation des jeunes est un apostolat éminent, car, en aidant chacun à faire fructifier ses talents, le véritable pédagogue permet l'épanouissement de la personne, la conduit à découvrir l'amour miséricordieux du Seigneur et l'invite à prendre confiance en elle-même et à se mettre au service de ses frères.

6. Depuis quelques années, vous avez été appelés à remplir d'autres missions que l'éducation, spécialement pour faire face aux nouvelles formes de pauvreté, manifestant aux pauvres le visage d'amour et de tendresse de notre Dieu. Attentifs aux besoins des hommes de notre temps, vous vous attachez à vivre ainsi la disponibilité et l'amour de manière renouvelée, auprès des jeunes, des familles et dans le cadre de structures de soins, guidés par le souci de la promotion intégrale de toute personne confiée à votre sollicitude pastorale. Je me réjouis de vos réponses généreuses à de tels services ecclésiaux.

7. En vous recommandant à l'intercession de la Vierge Marie, pour laquelle saint Michel Garicoïts avait une grande dévotion, spécialement parce que auprès de la Croix de son Fils elle se tenait « debout et jamais découragée », je vous accorde de grand cœur la Bénédiction Apostolique, ainsi qu'à tous les membres de votre Institut et aux personnes qui bénéficient de votre apostolat.

Du Vatican, le 5 juillet 1997.

IOANNES PAULUS PP. II


[1] Lumen Gentium, 11.

[2] Ioannis Pauli PP. II Familiaris Consortio, 50.

[3] Cfr. 1 Cor. 3, 7.

[4] S. Francisci Salesii Introduction à la vie dévote, III, 10.

[5] S. Ignatii Antiocheni Ad Ephesios, 13.

[6] Pii XII Haurietis Aquas, a.D. 1956.

[7] Origenis Homilia in Genesim, 7, 6.

[8] Ioannis Pauli PP. II Pastores Dabo Vobis, 73.

[9] S. Michaëlis Garicoïts Manuscript, 594.

[10] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Vita Consecrata, 60.

[11] Cfr. Perfectae Caritatis, 8.10; Ioannis Pauli PP. II Vita Consecrata, 60.

[12] Ioannis Pauli PP. II Vita Consecrata, 60.

 

© Copyright 1997 - Libreria Editrice Vaticana

   

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