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LETTRE DU PAPE JEAN PAUL II
AU CARDINAL JEAN-CLAUDE TURCOTTE
À L'OCCASION DU CONGRÈS DE MONTRÉAL
SUR LA PASTORALE DES VOCATIONS
AU SACERDOCE ET À LA VIE CONSACRÉE

(18-21 avril 2002)

 

Au Cardinal Jean-Claude TURCOTTE,
Archevêque de Montréal

1. À l’occasion du Congrès de Montréal sur la pastorale des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée pour notre temps, je vous adresse un salut affectueux ainsi qu’aux représentants de l’épiscopat, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et aux laïcs des États-Unis d’Amérique et du Canada. De grand cœur je m’unis à tous dans la prière et je forme les meilleurs vœux pour que cette rencontre soit l’occasion d’un plus grand enthousiasme et d’un plus fort engagement pour les personnes qui œuvrent dans ce secteur.

Le thème du Congrès, «Vocation: don de Dieu», exprime bien la dimension fondamentale de la vocation sacerdotale ou religieuse, et il incite tous les participants à vivre leurs journées de rencontre dans un climat fervent, invoquant la lumière et la force de l’Esprit Saint.

Il est important de se rappeler qu’une intense vie de foi dans les communautés ecclésiales et le profond renouveau spirituel auquel elles se livrent favorisent une réponse généreuse de la part de ceux qui sont appelés par Dieu au ministère sacerdotal ou à la vie consacrée. En effet, c’est avant tout la vie de prière et un climat spirituel qui rendent possible la découverte des divers appels et qui suscitent chez des croyants le désir de se donner totalement au Seigneur dans la vie sacerdotale ou dans la vie consacrée.

2. Le Congrès constitue le point d’arrivée d’un long et consciencieux parcours préparatoire, qui a concerné les Églises locales et les familles religieuses, et qui a connu ses moments les plus significatifs lors des Congrès diocésains et régionaux. Je suis sûr que ce travail intense donnera aux nombreux délégués, choisis par les diocèses et par divers organismes qui, aux États-Unis d’Amérique et au Canada, veillent à la promotion des vocations, l’occasion de se livrer à une profonde réflexion sur la vocation sacerdotale ou religieuse à la lumière des données bibliques et des documents du Magistère. Il est plus que jamais important de situer le sacerdoce ministériel et la vie consacrée dans la perspective du mystère du Christ et de l’Église, afin de pouvoir répondre efficacement aux défis et aux problèmes qui naissent dans le contexte social et culturel actuel.

À cette fin, le recensement de toutes les forces apostoliques qui œuvrent dans les diverses Églises locales était particulièrement opportun; ce travail constitue l’un des fruits les plus significatifs du parcours préparatoire. Les données font apparaître que certains séminaires sont en train de se remplir de candidats au sacerdoce, que telle ou telle Congrégation religieuse est riche en vocations, grâce, entre autres, à la fécondité vocationnelle de Communautés et de Mouvements ecclésiaux nés récemment.

3. Je rends grâce au Seigneur pour ces signes d’un printemps vocationnel prometteur, et je souhaite de tout cœur que le climat d’enthousiasme et de foi que l’on constate en de nombreuses Communautés ecclésiales raffermisse le désir de ceux qui sont enclins à se donner totalement au Christ pour étendre son Royaume.

À propos de l’appel au sacerdoce ministériel, je voudrais souligner qu’il ne peut être considéré comme un appel entre beaucoup d’autres; en effet, de lui dépendent la réalisation et le développement de toutes les autres vocations. Le prêtre représente le Christ dans ses fonctions de Chef, de Pasteur, de Prêtre et d’Époux, et il est appelé à agir «in persona Christi Capitis» dans les moments les plus sacrés de son service de l’Église.

Dans cette perspective, la promotion des vocations au ministère sacerdotal, ministère qui est l’un des éléments constitutifs de l’Église (cf. Pastores dabo vobis, n. 16), acquiert un caractère tout à fait prioritaire. Le Seigneur continue à appeler de nombreux jeunes à ce ministère. Mais sa voix est souvent étouffée par d’autres appels qui distraient malheureusement l’esprit des jeunes, et aussi par des idées sur le sacerdoce et sur le ministère sacerdotal non conformes à la foi et à la tradition ecclésiale.

Face à cela, on ressent le besoin d’une action pastorale capillaire, capable de présenter cette vocation dans son intégralité et d’offrir les aides utiles à ceux qui sont l’objet de l’invitation du Seigneur: «Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes» (Mc 1, 17). Il faut créer une atmosphère adaptée à ces jeunes. Il est indispensable qu’il y ait des modèles éloquents capables de faire briller à leurs yeux la grandeur et la sublimité du sacerdoce ministériel, ainsi que le bonheur profond qu’il y a à se donner totalement au Christ pour servir l’Église. Cela les encouragera à suivre Jésus, qui veut les envoyer, comme ministres des sacrements, redire ses propres paroles : «Ceci est mon corps, ceci est mon sang», ou encore : «Je te pardonne tous tes péchés».

Par ailleurs, les hommes et les femmes de notre temps ont soif de la parole de vie et réclament de bons guides sur la voie de la sainteté.

Pour toutes ces raisons, la promotion de conditions adaptées à l’accueil positif de l’appel éventuel au sacerdoce constitue un devoir urgent pour tout le peuple de Dieu, spécialement pour les autorités ecclésiastiques, pour les organismes ecclésiaux et pour les associations instituées à cette fin. En même temps, il est nécessaire que le soin des vocations au ministère sacerdotal et la formation des futurs prêtres soient confiés à des éducateurs doués des qualités indispensables pour un sérieux discernement et pour l’accompagnement des «appelés» au long de leur long parcours de formation.

4. Si la promotion des vocations au ministère sacerdotal est importante, il ne faut pas pour autant considérer comme moins nécessaire le soin des vocations à la vie consacrée, laquelle, sans toutefois faire partie des structures hiérarchiques de l’Église, constitue un don précieux pour la croissance et la sainteté du peuple chrétien.

Le Concile œcuménique Vatican II affirme : «Les conseils évangéliques de chasteté vouée à Dieu, de pauvreté et d’obéissance, du fait qu’ils sont fondés sur les paroles et les exemples du Seigneur et recommandés par les Apôtres, les Pères et par les docteurs et pasteurs de l’Église, sont un don divin, que l’Église a reçu de son Seigneur et que, par sa grâce, elle conserve toujours» (Lumen gentium, n. 43). Les personnes consacrées rendent visibles les biens futurs et elles attestent la vie nouvelle et éternelle acquise par la rédemption du Christ. En outre, elles sont appelées à imiter plus fidèlement et à représenter continuellement dans l’Église la forme de vie que le Fils de Dieu a prise en s’incarnant (cf. ibid., n. 44). Notre monde, notamment la jeunesse, a besoin de témoins et de modèles d’une vie profondément réussie dans la consécration à Dieu.

Non seulement les ministres ordinaires mais aussi les personnes consacrées ont donc, bien qu’à des titres différents, une mission particulière à accomplir pour le bien de tous. Il n’est pas inutile de redire ici ce que je rappelais dans l’Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata, à savoir que «le problème des vocations est un véritable défi, lancé directement aux Instituts, mais qui implique toute l'Église... Il faut avoir foi dans le Seigneur Jésus, qui continue à appeler à sa suite, et se confier à l'Esprit Saint, auteur et inspirateur des charismes de la vie consacrée... Hormis la promotion de la prière pour les vocations, il est urgent d'encourager fortement, par une annonce explicite et par une catéchèse adaptée, ceux qui sont appelés à la vie consacrée pour qu'ils donnent une réponse libre, mais prompte et généreuse, qui rend opérante la grâce de la vocation» (n. 64).

5. Seule une communauté chrétienne plus engagée dans la voie de la sainteté et plus déterminée à affirmer la primauté du surnaturel et à reconnaître dans la liturgie «le sommet et la source» de toute œuvre apostolique sera capable de susciter le désir et la joie de s’offrir totalement au Seigneur et de cultiver les germes de vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, que Jésus continue à semer dans le cœur de tant de garçons et de filles.

Formant le vœu que le Congrès représente un moment spécial de grâce pour les Églises des États-Unis d’Amérique et du Canada, et qu’il voie fleurir un nouveau printemps vocationnel, je prie pour qu’il contribue aussi à la croissance de la sainteté de tous les fidèles.

Le logo du Congrès, le Semeur qui sème à pleine main (cf. Mt 13, 3-9. 18-23), rappelle que, heureusement, les appels divins ne manquent pas. Encore faut-il que le grain tombe sur la bonne terre, c’est-à-dire dans des cœurs disposés à répondre avec générosité à l’invitation de Jésus. La tâche de chaque Église est donc de préparer un tel terrain humain, capable de produire des fruits abondants.

Je ne saurais conclure ce Message sans tourner mon regard vers la Journée mondiale de la Jeunesse, qui sera célébrée à Toronto en juillet prochain et à laquelle on se prépare activement dans toutes les Églises. Puisse cet événement extraordinaire aider les jeunes à se mettre à l’écoute du Seigneur, qui les appelle à servir avec une générosité toujours plus vive la cause du Royaume!

Dans ces sentiments, je confie les travaux et les projets du Congrès à l’intercession maternelle de Marie, Mater Ecclesiæ et Regina Apostolorum, et j’envoie de tout cœur à chacun une Bénédiction apostolique spéciale.

Du Vatican, le 12 avril 2002.

JEAN-PAUL II

 

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