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MESSAGE DU SAINT PÈRE JEAN-PAUL II
POUR LA XXIII
e JOURNÉE MONDIALE 
DES COMMUNICATIONS SOCIALES

« Les communications sociales pour la sauvegarde et la promotion
de l'enfance au sein de la famille et de la société »

[Dimanche 27 mai1979]

 

Très chers frères et fils de la sainte Eglise,

C'est avec uns sincère confiance et une vive espérance que je m'adresse à vous — animé des sentiments qui ont inspiré dès le début mon ministère pastoral sur le Siège de Pierre — et, en particulier, à ceux d'entre vous qui s'occupent des communications sociales, à l'occasion de cette Journée que le Concile du Vatican II a voulu consacrer à cet important secteur d'échanges entre les hommes (Décret Inter Mirifica, n. 18).

Par sa référence à l'enfance, le thème proposé a votre attention contient précisément cette invitation implicite à la confiance et à l'espérance. Et je suis d'autant plus heureux de traiter ce sujet, du fait qu'il avait déjà été choisi pour cette occasion par mon prédécesseur bien-aimé le Pape Paul VI. En effet, alors que les Nations Unies ont proclamé l'année 1979 « Année internationale de l'enfance », il est important de prendre en considération les exigences de ce groupe important d'« usagers » — les enfants —, d'examiner les différentes responsabilités des adultes et, en particulier, des operateurs des mass media qui peuvent exercer une telle influence et ont un tel impact sur la formation — ou malheureusement sur la déformation — des jeunes générations. Vous comprenez donc immédiatement la gravité et la complexité du thème indiqué: « Les communications sociales pour la sauvegarde et la promotion de l'enfance au sein de la famille et de la société ».

Je ne prétends pas ici vous fournir un examen exhaustif des différents aspects de la question, mais j'aimerais seulement vous rappeler ce que l'enfance attend et est en droit d'obtenir des communications sociales. Fascinés et sans défense devant le monde des adultes, les enfants sont naturellement portés a assimiler ce qui leur est offert, tant en bien qu'en mal. Vous le savez bien, vous les professionnels des mass media et particulièrement vous qui animez le secteur des moyens audio-visuels. Les enfants sont attirés par le « petit écran » ainsi que par le « grand écran », ils suivent chaque geste que vous y ébauchez et perçoivent, plus profondément que tous autre, les émotions et les sentiments suscités.

L'âme des enfants est comme la cire tendre, où chaque pression, même la plus légère, laisse sa trace. Elle est exposée à toute impulsion qui met en éveil sa capacité de reflexion, sa fantaisie, son affectivité et son instinct. Les impressions qui marquent cet âge sont d'ailleurs destinées à pénétrer au plus profond de la psychologie humaine et à conditionner, souvent de manière durable le développement. ultérieur des relations de la personne avec soi-même, avec les autres et avec le milieu de vie. C'est précisément suite à l'intuition du caractère particulièrement délicat de cette première phase de la vie, que la sagesse païenne avait déjà formulé l'adage suivant, selon lequel « maxima debetur puero reverentia ». A cette lumière, l'avertissement du Christ trouve la justification de sa sévérité: « Mais si quelqu'un doit scandaliser un seul de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer » (Mt 18, 6). Il est certain que par « petits », l'Evangile comprend aussi et spécialement les enfants.

L'exemple du Christ doit être normatif pour les croyants, qui veulent orienter leur propre vie selon l'inspiration de l'Evangile. En ce sens, Jésus se présente comme celui qui accueille les enfants avec amour (cf. Mc 10, 16), il protège leur désir spontané de s'approcher de lui (cf. Mc 10, 14) il fait l'éloge de leur simplicité typique et confiante, digne du Royaume des cieux (cf. Mt 18, 3-4), il en rappelle la transparence intérieure qui les dispose aussi facilement à l'expérience de Dieu (cf. Mt 18, 10). Le Seigneur n'hésite pas à formuler cette surprenante équation: « Quiconque accueille un seul de ces petits enfants à cause de mon Nom, c'est moi qu'il accueille » (Mt 18, 5). Comme je le rappelais récemment, « le Seigneur s'identifie avec le monde des petits enfants... Il ne les conditionne pas, il na les instrumentalise pas; il les appelle et les introduit dans son projet de salut pour le monde » (cf. Message au Président de l'Œuvre pontificale missionnaire, dans L'Oss. Rom. du 21 avril 1979).

Quel sera donc l'attitude des chrétiens responsables et en particulier des parents ainsi que des opérateurs des communications sociales, conscients de leurs devoirs à l'égard de l'enfance? Ils devront surtout prendre en charge la croissance humaine de l'enfant. L'excuse de se maintenir à leur égard en position de « neutralité » et de les laisser « grandir spontanément » cache, sous l'apparence de respect pour la personnalité de l'enfant, un dangereux manque d'intérêt.

Un tel refus de s'engager ne peut être accepté; l'enfance, en fait, a besoin d'être aidée dans sa croissance vers la maturité. Le cœur des enfants renferme une grande richesse intérieure. Mais l'enfant n'est pas capable de discerner, à lui seul, les appels qu'il ressent en lui-même. Ce sont les « grandes personnes » — parents, éducateurs, opérateurs des mass media — qui ont le devoir et la possibilité d'aider les enfants à les découvrir. Chaque enfant ne ressemble-t-il pas, en quelque sorte, au jeune Samuel dont parle l'Ecriture? Incapable d'interpréter l'appel de Dieu, il demande l'aide de son maître, qui lui répond tout d'abord: « Je ne t'ai pas appelé, retourne te coucher » (1 Sam., 3, 5-6). Aurons-nous la même attitude, qui étouffe parfois les vocations les meilleures, ou serons-nous capables de les faire comprendre à l'enfant, comme le fit finalement le grand prêtre Héli, envers Samuel: « Si on t'appelle encore, tu diras: parle Seigneur, car ton serviteur écoute » (1 Sam., 3, 9).

A cet égard les possibilités et les moyens dont vous disposez, vous les adultes, sont énormes. Vous êtes en mesure d'éveiller l'esprit des enfants à l'écoute ou de « endormir jusqu'au point — Dieu vous en garde — de l'intoxiquer irrémédiablement. Au contraire, il faut faire en sorte que l'enfant comprenne, grâce a l'engagement d'une éducation qui ne mortifie pas, mais qui reste positive et stimulante, les amples possibilités où il pourra se réaliser personnellement, par une insertion créative dans le monde. Aidez-le, en particulier vous qui êtes en charge des mass media, dans cette recherche, en proposant des programmes récréatifs et culturels, où l'enfant puisse trouver une réponse à sa quête d'identité. Il est également important que l'enfant ne soit pas, dans le cadre de vos émissions, de simples figurants, dont la fonction serait d'attendrir les sens fatigués de spectateurs ou auditeurs apathiques. Par contre il doit être un protagoniste qui propose des modèles de vie valables pour les jeunes générations.

Je suis bien conscient qu'en vous demandant un tel effort humain et poétique (dans le vrai sens de la capacité créative de votre art), je vous demande implicitement de renoncer à certains projets d'une recherche calculée d'écoute maximale en vue d'un succès immédiat. La véritable œuvre d'art n'est-elle pas, en effet, celle qui s'impose, non pas par ses ambitions de succès, mais qui naît d'une authentique inspiration et d'une maturité professionnelle certaine? N'excluez pas de votre production — je vous le demande comme un frère — les occasions de faire résonner un appel religieux et spirituel dans le cœur des enfants: et ceci veut être une invitation confiante à la collaboration que vous pouvez assurer à l'égard de la tâche spirituelle de l'Eglise.

Pareillement, je m'adresse à vous, parents et éducateurs, et à vous, catéchistes et responsables des différentes associations ecclésiales, afin de vous engager à prendre en sérieuse considération le problème de l'usage des moyens de communication sociale par rapport à l'enfance, comme une question d'importance capitale. Cette question est importante, non seulement en raison de la formation équilibrée des enfants qui, outre à l'éducation au sens critique — leur auto-discipline dans le choix des émissions — garantit leur réelle promotion au niveau humain, mais elle est également capitale en raison de l'évolution de toute la société dans le sens, de ' la rectitude, de la vérité et de la fraternité.

Chers frères et fils, l'enfance n'est pas une partie quelconque de la vie humaine, qui pourrait en être isolée artificiellement. Comme l'enfant qui est chair de la chair de ses parents, ainsi l'ensemble de l'enfance est une partie vitale de la société. C'est pour cette raison que l'enfance inclut le sort de la vie toute entière, de la vie des enfants mais aussi de « notre » vie, c'est-à-dire de la vie de tous. En choisissant « pour la vie » et grâce à la valorisation de la vie à tous les niveaux, il sera possible d'aider et de servir l'enfance, en présentant aux yeux et au cœur si sensibles et si délicats des petits, ce que la vie a de plus noble et de plus élevé.

Le regard orienté vers cet idéal il me semble apercevoir le visage très doux de la Mère de Jésus, qui, totalement dévouée au service de son divin Enfant, « conservait toutes ces choses en son cœur » (Lc 2, 51). A la lumière de son exemple, je rends hommage à la mission dont vous êtes tous charges au plan pédagogique, et, avec la confiance que vous l'accomplirez avec un amour digne de cette tâche, je vous donne de tout cœur ma bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 23 mai 1979.

IOANNES PAULUS PP. II

 

© Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana

   

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