MESSAGE « URBI ET ORBI
» DU PAPE JEAN-PAUL II
PÂQUES 1979
1. « Resurrexit tertia die. » Il est ressuscité le troisième jour.
Aujourd’hui,
avec toute l’Église, nous répétons ces paroles avec une particulière émotion.
Nous les répétons avec la même foi que celle avec laquelle — en ce jour
précisément — elles ont été prononcées pour la première fois. Nous les
prononçons avec la même certitude que celle mise en cette phrase par les témoins
oculaires de l’événement. Notre foi provient de leur témoignage, et le
témoignage est né de la vision, de l’écoute, de la rencontre directe, du toucher
des mains, des pieds et du côté transpercés.
Le témoignage est né du fait ; oui,
le troisième jour, le Christ est ressuscité.
Nous répétons aujourd’hui très
simplement ces paroles, parce qu’elles proviennent d’hommes simples. Elles
proviennent de cœurs qui aiment, et qui ont tellement aimé le Christ qu’ils n’ont
pu transmettre et prêcher que la vérité sur lui : « Crucifixus sub Pontio
Pilato, passus et sepultus est. »
Crucifié sous Ponce Pilate, il souffrit sa
passion et fut mis au tombeau.
C’est ainsi que résonnent les paroles de ce
témoignage. Et avec la même simplicité de la vérité, elles continuent à
proclamer : « Et resurrexit tertia die », il est ressuscité le troisième jour.
Cette vérité sur laquelle, comme sur une « pierre angulaire » (Ep 2, 20), est
fondée toute la construction de notre foi, nous voulons aujourd’hui la partager
de nouveau avec vous, réciproquement, parce que c’est la plénitude de l’Évangile
: nous les confesseurs du Christ, nous les chrétiens, nous l’Église. Et nous
voulons en même temps la partager avec tous ceux qui nous écoutent, avec tous
les hommes de bonne volonté.
Nous la partageons dans la joie, car comment pourrions-nous ne pas exulter de joie devant la victoire de la vie sur la mort ?
« Mors et vita duello conflixere mirando, dux vitae, mortuus, regnat vivus », le
Seigneur de la vie était mort, mais maintenant, vivant, il triomphe. (Séquence
de Pâques.)
2. Comment ne pas se
réjouir de la victoire du Christ qui est passé dans le monde en faisant le Bien
(Ac 10, 38) et en prêchant l’Évangile du Royaume (Mt 4, 24), dans lequel s’est
exprimée toute la plénitude de la bonté rédemptrice de Dieu ? En elle, l’homme a
été appelé à la dignité la plus haute.
Comment ne pas se réjouir de la victoire
de celui qui a été condamné de manière aussi injuste à la passion la plus
terrible et à la mort sur la croix, de la victoire de celui qui a été d’abord
flagellé, giflé, couvert de crachats avec une cruauté si inhumaine ?
Comment ne
pas se réjouir de la révélation de la puissance de Dieu seul, de la victoire de
cette puissance sur le péché et sur l’aveuglement des hommes ?
Comment ne pas se
réjouir de la victoire que remporte définitivement le bien sur le mal
?
Voici le
jour qu’a fait le Seigneur. Voici le jour de l’espérance universelle. Le jour où,
autour du Ressuscité, s’unissent et s’associent toutes les souffrances humaines,
les déceptions, les humiliations, les croix, la dignité humaine violée, l’oppression,
la contrainte, toutes choses qui crient avec force : « Victimae paschali laudes
immolent Christiani. » À la victoire pascale soit offert aujourd’hui le
sacrifice de louange.
Le Ressuscité ne s’éloigne pas de nous, le Ressuscité
revient à nous.
« Allez dire à ses disciples, et notamment à Pierre, qu’il vous
précède… » (Mc 16, 7.) Il vient partout, là où les plus nombreux l’attendent, où
plus grandes sont la tristesse et l’épouvante, où plus grandes sont l’infortune
et les larmes. Il vient pour irradier la lumière de la Résurrection sur tout ce
qui est soumis à l’obscurité du péché et de la mort.
3. En entrant dans le Cénacle, les portes étant fermées, le Christ ressuscité
salue de ces mots les disciples qui y sont réunis : « La paix soit avec vous. »
(Jn 20, 19.)
Telle est la première parole de son message pascal.
Qu’il est grand
le bien de cette paix qu’il nous donne et que le monde ne peut donner (Jn 14
27), combien il est étroitement lié à sa venue et à sa mission !
Combien
nécessaire pour le monde est sa présence, la victoire de son esprit, l’ordre
provenant de son commandement d’amour, afin que les hommes, les familles, les
nations, les continents puissent jouir de la paix.
Ce salut du Ressuscité
exprimé aux apôtres du Cénacle de Jérusalem, nous voulons aujourd’hui le répéter
de ce lieu, et l’adresser partout où il est particulièrement actuel et
particulièrement attendu.
La paix soit avec vous, peuples du Moyen-Orient.
La
paix soit avec vous, peuples de l’Afrique.
La paix soit avec vous, peuples et
pays de l’Asie.
La paix soit avec vous, frères et sœurs de l’Amérique latine.
La paix soit avec vous, peuples qui vivez dans les divers systèmes sociaux,
économiques et politiques.
La paix comme fruit de l’ordre
fondamental, comme expression du respect du droit à la vie, à la vérité, à la
liberté, à la justice et à l’amour de tout homme.
Paix des consciences et paix
des cœurs. Cette paix ne pourra se vérifier tant que chacun de nous n’aura pas
conscience de faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu’à tous les hommes —
frères du Christ, qui les a aimés jusqu’à mourir — soit assurée dès le premier
moment de leur existence une vie digne des fils de Dieu. Je pense spécialement
en ce moment à tous ceux qui souffrent parce que leur manque le strict
nécessaire pour survivre, à tous ceux qui souffrent de la faim, et surtout aux
plus petits qui, dans leur faiblesse, sont les préférés du Christ, eux auxquels
est dédiée cette année, l’Année internationale de l’enfant.
Puisse le Christ
ressuscité inspirer à tous, chrétiens et non-chrétiens des sentiments de
solidarité et d’amour généreux à l’égard de tous nos frères qui sont dans le
besoin !
4. « Surrexit Christus, spes mea. »
Ô chers frères et sœurs, qu’il est
éloquent pour nous ce jour qui parle avec toute la vérité, de notre origine ! La
pierre angulaire de toute notre construction est Jésus-Christ en personne (Ep 2,
20-21). Cette pierre, rejetée par les bâtisseurs, que Dieu a irradiée de la
lumière de la Résurrection, se trouve placée au fondement même de notre foi, de
notre espérance et de notre charité. Elle est la première raison de notre
vocation et de la mission que chacun de nous reçoit déjà par le baptême.
Aujourd’hui,
nous voulons à nouveau découvrir cette vocation, assumer à nouveau en propre
cette mission. Nous voulons l’imprégner à nouveau de la joie de la Résurrection.
Nous voulons la rapprocher de tous les hommes, de ceux qui sont proches et de
ceux qui sont loin.
Partageons réciproquement cette joie, les uns avec les
autres.
Partageons-la avec les apôtres, avec les femmes qui, les premières,
portèrent l’annonce de la Résurrection.
Unissons-nous à Marie.
« Regina coeli,
laetare. »
L’homme ne peut jamais perdre l’espérance de la victoire du bien.
Que
ce jour devienne pour nous, aujourd’hui le début de l’espérance nouvelle !
© Copyright 1979 - Libreria
Editrice Vaticana
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