 |
DISCOURS
DU PAPE JEAN-PAUL II À SIX-MILLE ÉTUDIANTS
UNIVERSITAIRES PROVENANT DU MONDE ENTIER
10 avril 1979
Très chers frères et sœurs,
Par le discours du Président de votre Congrès vous m'avez donné un
clair aperçu des objectifs de votre séjour à Rome et vous m'avez parlé des
aspirations et des idéaux qui animent votre ardeur.
Je vous remercie sincèrement pour les témoignages d'affection que vous
m'avez adressés à moi et à mon ministère universel de Successeur de Pierre.
Je sais qu'ici vous représentez deux cent dix-huit universités, au
moins, du monde entier, et déjà ceci est un signe positif de l'universalité de
la foi chrétienne, même si elle n'a pas la vie toujours facile. Je connais bien,
en effet, les inquiétudes du monde universitaire, mais je connais aussi votre
dévouement juvénile à assumer la responsabilité que le Christ vous a confiée :
être ses témoins dans les milieux où s'élaborent, par l'étude, la science et la
culture.
Vous réfléchissez, ces jours-ci, sur les efforts qui se font dans le
monde afin de développer l'unité et la solidarité entre les peuples. Vous vous
demandez avec raison sur quelles valeurs il faut baser ces efforts si l'on veut
échapper au danger de la rhétorique des paroles stériles. Et, en même temps,
vous vous demandez quels sont les idéaux au nom desquels il est vraiment
possible de rapprocher fraternellement des cultures et des peuples si
différents, comme, par exemple, ceux que je vois représentés ici par vous-mêmes.
Pour moi il est déjà réconfortant de découvrir dans votre regard le
désir de chercher, à cet effet, dans le Christ la révélation de ce que Dieu dit
à l'homme et de la manière dont l'homme doit répondre à Dieu.
Voici le point central, très chers amis: nous devons fixer toute notre
attention sur le Christ. Nous savons que le dessein de Dieu est de "ramener
toutes choses sous un seul Chef, le Christ" (Ep 1, 10), grâce au
caractère unique de sa personne et de son destin salvifique de mort et de vie.
Véritablement, ces jours où nous revivons sa sainte passion, tout ceci se fait
plus évident : en effet, le Christ se présente à nous sous des traits encore
plus semblables à ceux de notre faible nature d'homme. L'Eglise nous montre le
Christ élevé sur la Croix "un homme de douleurs qui connaît bien la souffrance"
(Is 53, 3), mais aussi ressuscité d'entre les morts et "toujours vivant
pour intercéder en notre faveur" (He 7, 25).
Voici donc celui que le Pape vous invite à regarder : le Christ
crucifié pour nos péchés et ressuscité pour notre salut" (cf. Rm 7, 25)
et devenu un point de convergence universelle et irrésistible : "Et moi, élevé
de terre, j'attirerai tous les hommes à moi'' (Jn 12, 32).
Je sais que vous placez toutes vos espérances dans cette Croix devenue
pour nous tous "étendard royal" (Hymne liturgique de la Passion). Ne cessez pas
d'être chaque jour et en toutes circonstances imprégnés de la sagesse et de la
force qui nous viennent uniquement de la Croix pascale du Christ. Tâchez de
puiser dans cette expérience une énergie purificatrice toujours neuve. La croix
est le point fort sur lequel s'appuyer pour servir l'homme et transmettre à tant
et tant d'autres l'immense joie d'être chrétiens.
Ces jours-ci, quand je contemple le Christ élevé et cloué sur la Croix,
il me vient à l'esprit une expression utilisée par Saint Augustin pour commenter
le passage de l'Evangile de Saint Jean que je viens de citer : "Le bois de la
Croix sur lequel furent cloués les membres de l'Agonisant est devenu la chaire
du Maître oui enseigne" (In Jo 119, 2). Pensez-y : quelle
voix, quel maître de la pensée pourrait instaurer l'unité entre les hommes sinon
celui qui, en donnant sa propre vie, a obtenu pour nous tous d'être adoptés
comme fils du même Père ? Cette filiation divine que par sa mort sur la Croix le
Christ nous a conquise et qu'il a réalisée dans nos cœurs
par l'envoi de son Esprit est vraiment le seul fondement solide et
indestructible de l'unité d'une humanité rachetée.
Mes fils, durant votre Congrès, vous avez relevé les souffrances et les
contradictions dont se montre affectée une société quand elle s'éloigne de Dieu.
Puisse la sagesse du Christ vous rendre capables de pousser vos recherches jusqu'à
découvrir la source la plus profonde du mal existant dans le monde ;
puisse-t-elle aussi vous stimuler à proclamer à tous les hommes, à vos
compagnons d'étude, aujourd'hui, et de travail demain, la vérité que vous tenez
des lèvres du Maître, c'est-à-dire que "le mal provient du cœur
des hommes" (Mc 7, 21). Il ne suffit donc pas d'analyses sociologiques
pour apporter la justice et la paix. C'est au-dedans de l'homme que se trouve la
racine du mal. Le remède doit, par conséquent venir également du coeur. Et — j'aime
à le répéter — la porte de notre cœur
ne peut être ouverte autrement que par cette grande et définitive
Parole de l'amour du Christ pour nous, qu'est sa mort sur la Croix.
C'est ici que le Seigneur veut nous conduire: au-dedans de nous-mêmes.
Le temps qui précède Pâques est tout entier une constante invitation à la
conversion du cœur
. Voici la vraie sagesse: "initium sapentiae timor Domini
— la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse" (Siracide, 1,
16).
Très chers amis, ayez donc le courage du repentir ; ayez également le
courage de puiser la grâce de Dieu dans la confession sacramentelle. C'est cela
qui vous rendra libres ! qui vous donnera la force dont vous avez besoin pour
les entreprises qui vous attendent, dans la société et dans l'Eglise, au service
des hommes. En effet, l'authenticité du service du chrétien se mesure à la
présence de la grâce de Dieu qui agit en lui et par lui. Puis, la paix du
cœur est
inséparablement unie à la joie qui, en grec, (charâ) est
étymologiquement semblable à la grâce (chéris).
Tout l'enseignement du Christ, y compris sa Croix, a précisément comme but :
"pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite" (Jn 15,
11). Quand d'un cœur
chrétien elle se propage dans les autres
cœurs,
cette joie y fait germer l'espérance, l'optimisme, des élans de générosité dans
la peine quotidienne et elle se répand dans toute la société.
Mes fils, c'est uniquement si vous avez en vous cette grâce divine,
joie et paix, que vous pourrez construire quelque chose de valable pour les
hommes. Considérez donc votre vocation chrétienne sous cette magnifique
perspective. Aujourd'hui l'étude, demain la profession deviendront pour vous le
chemin où trouver Dieu et servir les hommes vos frères; c'est-à-dire qu'elles
deviennent des voies de sainteté, comme s'exprimait synthétiquement le Cardinal
Luciani peu avant d'être appelé à ce Siège de Pierre, sous le nom de Jean Paul
Ier : "Là, au beau milieu de la rue, au bureau, à la fabrique, on se fait saint,
à condition d'accomplir son devoir avec compétence, pour l'amour de Dieu et
joyeusement ; de manière que le travail quotidien devienne, non pas 'le tragique
quotidien' mais presque 'le sourire quotidien' " (Il gazzettino,
25.7.1978).
Et pour terminer, je vous recommande à la Très-Sainte Vierge Marie,
"Siège de la Sagesse", que nous trouvons, ces jours-ci juxta crucem Jesu,
près de la Croix de Jésus (Jn 19, 25), pour qu'elle vous aide à
rester toujours à l'écoute de cette sagesse qui vous donnera, à vous et au
monde, la joie immense de vivre avec le Christ.
Et que toujours, partout où vous vous trouverez, vivant et témoignant
l'Evangile, vous accompagne ma paternelle bénédiction apostolique.
©
Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana
|