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DISCOURS DE JEAN PAUL II 
AUX MEMBRES DE LA COMMISSION BIBLIQUE PONTIFICALE 

Jeudi, 26 avril 1979

 

Monsieur le Cardinal, 
Monseigneur le Secrétaire, 
mes chers Amis, 

IL Y A CINQ ANS, mon vénéré prédécesseur le Pape Paul VI avait voulu vous adresser ses encouragements, lors de la première session plénière que vous avez tenue après qu’il vous eût donné de nouvelles normes d’organisation par le Motu proprio “Sedula Cura”. C’est aussi pour moi une joie très particulière de vous accueillir à mon tour aujourd’hui à l’occasion de la première réunion de ce nouveau quinquennium, et de saluer surtout vos nouveaux membres. 

Ce n’est pas ici le moment de développer votre responsabilité envers Dieu et l’Eglise: vous en êtes bien conscients. En effet, malgré la technicité et la complexité croissantes des études bibliques, leur but demeure toujours d’ouvrir au peuple chrétien les sources d’eau vive contenues das les Ecritures, et le sujet que vous étudiez cette année, qui traite de l’insertion culturelle de la révélation, en donne un nouveau témoignage. 

Le thème que vous traitez est d’une grande importance; il concerne en effet la méthodologie même de la révélation biblique dans sa réalisation. Le terme “acculturation”, ou “inculturation”a beau être un néologisme, il exprime fort bien l’une des composantes du grand mystère de l’Incarnation. Nous le savons, “le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous”[1]; ainsi en voyant Jésus-Christ, “ le fils du charpentier ”[2], on peut contempler la gloire même de Dieu[3].

Eh bien, la même Parole divine s’était faite auparavant langage humain, assumant les façons de s’exprimer des diverses cultures qui, d’Abraham au Voyant de l’Apocalypse, ont offert au mystère adorable de l’amour salvifique de Dieu la possibilité de se rendre accessible et compréhensible pour les générations successives, malgré la diversité multiple de leurs situations historiques. Ainsi, “à maintes reprises et sous maintes formes”[4], Dieu a été en contact avec les hommes et, dans sa bienveillante et insondable condescendance, il a dialogué avec eux par l’intermédiaire des prophètes, des apôtres, des écrivains sacrés, et surtout par le Fils de l’Homme.

Et toujours Dieu a communiqué ses merveilles en se servant du langage et de l’expérience des hommes. Les cultures mésopotamiennes, celles d’Egypte, de Canaan, de Perse, la culture hellénique et, pour le Nouveau Testament, la culture gréco-romaine et celle du judaïsme tardif, ont servi, jour après jour, à la révélation de son mystère ineffable de salut, comme le montre bien votre actuelle Session plénière. 

Ces considérations toutefois, vous le savez, font surgir le problème de la formation historique du langage biblique, qui est en quelque sorte lié aux changementes survenus durant la longue succession de siècles au cours desquels la parole écrite a donné naissance aux Livres saints. Mais c’est justement ici que s’affirme le paradoxe de l’annonce révélée et de l’annonce plus spécifiquement chrétienne selon laquelle des personnes et des événements historiquement contingents deviennent porteurs d’un message transcendant et absolu.

Les vases d’argile peuvent se briser, mais le trésor qu’ils contiennent demeure intégral et incorruptible[5]. Et de même que dans la faiblesse de Jésus de Nazareth et de sa Croix s’est déployée la puissance rédemptrice de Dieu[6], de même dans la fragilité de la parole humaine se révèle une efficacité insoupçonnée qui la rend "plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants"[7]. Voilà pourquoi nous recevons des premières générations chrétiennes l’ensemble du Canon des saintes Ecritures, devenues le point de référence et la norme de la foi et de la vie de l’Eglise de tous les temps. 

Il appartient évidemment à la science biblique et à ses méthodes herméneutiques d’établir la distinction entre ce qui est caduc et ce qui doit toujours garder sa valeur. Mais c’est là une opération qui requiert une sensibilité extrêmement aiguë, non seulement sur le plan scientifique et théorique, mais aussi et surtout sur le plan ecclésial et de la vie. 

Deux conséquences découlent de tout cela, qui sont à la fois différentes et complémentaires. La première concerne la grande valeur des cultures: si celles-ci, dans l’histoire biblique, ont déjà été jugées capables d’être les véhicules de la Parole de Dieu, c’est parce que se trouve inséré en elles quelque chose de très positif, qui est déjà une présence en germe du Logos divin. De même, aujourd’hui, l’annonce de l’Eglise ne craint pas de se servir des expressions culturelles contemporaines: ainsi sont-elles, par une certaine analogie avec l’humanité du Christ, appelées pour ainsi dire à participer à la dignité du Verbe divin lui-même.

Il faut toutefois ajouter, en second lieu, que l’on voit se manifester ainsi le caractère purement instrumental des cultures qui, sous l’influence d’une évolution historique très marquée, sont soumises à de fortes mutations: “L’herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure toujours ”[8]. Préciser les rapports existants entre les variations de la culture et la constante de la révélation est justement la tâche, ardue mais exaltante, des études bibliques comme de toute la vie de l’Eglise. 

Dans cette tâche, vous avez indubitablement, Frères et fils très chers de la Commission biblique pontificale, une part prépondérante, et vous y êtes étroitement associés au Magistère de l’Eglise. Ceci me conduit à appeler particulièrement votre attention sur un point. Le Motu proprio “Sedula Cura” précise, lorsqu’il traite de la finalité de votre Commission, qu’elle doit apporter le concours de son travail au Magistère de l’Eglise. Je souhaite très spécialement que vos travaux soient l’occasion de montrer comment la recherche la plus précise, la plus technique, ne demeure pas enfermée en elle-même, mais peut être utile aux organes du Saint-Siège qui se trouvent affrontés aux si difficiles problèmes de l’évangélisation, c’est-à-dire aux conditions concrètes de l’insertion du ferment évangélique dans des mentalités et des cultures nouvelles. 

Dans cette perspective, l’obligation fondamentale de fidélité au Magistère prend toute son ampleur. “Dieu a confié l’Ecriture Sainte à son Eglise et non pas au jugement privé des spécilistes”[9]. Il s’agit en effet de la fidélité à la fonction spirituelle donnée par le Christ à son Eglise; il s’agit de la fidélité à la mission.

Les exégètes sont parmi les premiers serviteurs de la Parole de Dieu. Je suis certain, mes chers amis, que votre exemple manifestera de manière éminente l’union de la compétence scientifique que vous reconnaissent vos pairs et de ce sens spirituel affiné qui fait voir dans l’Ecriture la Parole de Dieu confiée à son Eglise. 

Que le Seigneur guide lui-même vos efforts; que l’Eprit Saint vous éclaire! Pour moi, en vous disant ma confiance, et combien l’Eglise compte sur vous, je vous donne de grand cœur la Bénédiction Apostolique.


 [1] Io. 1, 14.

 [2] Matth. 13, 55.

 [3] Cfr. Io. 1, 14.

 [4] Hebr. 1, 1.

 [5] Cfr. 2 Cor. 4, 7.

 [6] Ibid. 13, 4.

 [7] Hebr. 4, 12.

 [8] Is. 40, 8.

 [9] Cfr. Pauli VI Sedula Cura, § 3.

 

 

© Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana

 

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