Monsieur le Cardinal,
Chers Frères et Fils,
Est-il besoin de dire combien je suis heureux de me retrouver quelques instants avec
vous, membres du Conseil de la Fédération internationale des Universités
catholiques ou Recteurs des Universités catholiques d’Europe? L’Annuaire
pontifical de 1978 me nommait encore parmi les membres de la Congrégation pour
l’Education catholique, où je me suis familiarisé avec vos problèmes. J’ai gardé aussi un excellent souvenir de ma participation à cette rencontre
de Lublin que vous venez d’évoquer si aimablement. Quant au travail de
professeur d’Université, je mesure tout naturellement son intérêt et son
importance, après le années que j’ai passées à enseigner moi-même à
l’Université de Lublin.
1. Vous en êtes certes bien
convaincus, mais je tiens à souligner de nouveau que les Universités
catholiques ont une place de choix dans le cœur du Pape, comme elles doivent en
avoir une dans toute l’Eglise et dans les préoccupations de ses Pasteurs, au
milieu des multiplex activités de leur ministère.
Vouées à un travail de
recherche et d’enseignement, elles ont aussi par là un rôle de témoignage
et un apostolat, sans lesquels l’Eglise ne saurait évangéliser pleinement et
durablement le vaste monde de la culture, ni tout simplement les générations
qui montent, de plus en plus instruites, et qui seront aussi de plus en plus
exigeantes pour faire face, dans la foi, aux multiples questions posées par les
sciences et les divers systèmes de pensée.
Dès les premiers siècles
l’Eglise a senti l’importance d’une pastorale de l’intelligence –
qu’il suffise d’évoquer saint Justin, saint Augustin – et innombrables
ont été ses initiatives en ce domaine. Je n’ai pas besoin de citer les
textes du récent Concile que vous savez par cœur. Depuis quelque temps
l’attention des responsables d’Eglise a été, à juste titre, attirée par
les besoins spirituals de milieux sociaux assez déchristianisés ou peu
christianisés: ouvriers, ruraux, migrants, pauvres de toute sorte. C’est bien
nécessaire et l’Evangile nous en fait un devoir. Mais le monde
universitaire lui aussi a plus que jamais besoin d’une présence d’Eglise. Et, dans le cadre spécifique qui est le vôtre, vous contribuez à
l’assurer.
2. M’adressant récemment aux professeurs et étudiants du Mexique, j’indiquais
trois objectifs pour les Instituts universitaires catholiques: apporter une
contribution spécifique à l’Eglise et à la société, grâce à une étude
vraiment complète des différents problèmes, avec le souci de dégager la
pleine signification de l’homme régénéré dans le Christ et de permettre
ainsi son développement intégral; former pédagogiquement des hommes qui,
ayant réalisé une synthèse personnelle entre foi et culture, soient capables
à la fois de tenir leur place dans la société et d’y témoigner de leur
foi; constituer, entre professeurs et étudiants, une véritable communauté qui
témoigne déjà visiblement d’un christianisme vivant.
3. J’insiste ici sur
quelques points fondamentaux. La recherche au niveau universitaire suppose toute la loyauté, le serieux et,
par là-même, la liberté de l’investigation scientifique. C’est à ce prix
que vous rendez témoignage à la vérité, que vous servez l’Eglise et la
société, que vous méritez l’estime du monde universitaire, et ceci dans
toutes les branches du savoir.
Mais
il faut ajouter ceci lorsqu’il s’agit de l’homme, du domaine des sciences
humaines: s’il est juste de tirer profit de l’apport des diverses méthodologies,
il ne suffit point d’en choisir une, ni même de faire la synthèse de
plusieurs, pour déterminer ce qu’est l’homme en profondeur. Le chrétien ne
saurait s’y laisser enfermer, d’autant plus qu’il n’est pas dupe, éventuellement,
de leurs présupposés. Il sait qu’il doit dépasser la perspective purement naturelle; sa foi lui
fait aborder l’anthropologie dans la perspective de la vocation et du salut pléniers
de l’homme; elle est la lumière sous laquelle il travaille, l’axe qui guide
sa recherche.
Autrement dit, une Université catholique n’est pas seulement un
champ de recherches religieuses ouvert à tous les sens. Elle suppose, chez ses professeurs, une anthropologie éclairée par la foi, cohérente
avec la foi, en particulier avec la Création et avec la Rédemption du Christ.
Au milieu du foisonnement des approches actuelles, qui aboutissent d’ailleurs
trop souvent à une réduction de l’homme, les chrétiens ont un rôle
original à jouer, au sein même de la recherche et de l’enseignement, précisément
parce qu’ils refusent toute vision partielle de l’homme.
Quant à la recherche théologique proprement dite, par définition, elle ne
peut exister sans chercher sa source et sa régulation dans l’Ecriture et la
Tradition, dans l’expérience et les décisions de l’Eglise consignées par
le Magistère au cours des siècles.Ces brefs rappels marquent les exigences spécifiques
de la responsabilité du corps enseignant dans les Facultés catholiques.
C’est dans ce sens que les Universités catholiques doivent sauvegarder leur
caractère propre. C’est dans ce cadre qu’elles témoignent non seulement
auprès de leurs étudiants, mais aussi auprès des autres Universités, du sérieux
avec lequel l’Eglise aborde le monde de la pensée, et en même temps d’une
véritable intelligence de la foi.
4. Face à cette grande et
difficile mission, la collaboration entre Universités catholiques du monde
entier est hautement souhaitable, pour elles-mêmes et pour développer de façon
opportune leurs rapports avec le monde de la culture. C’est dire toute
l’importance de votre Fédération.
J’encourage de grand cœur ses
initiatives, et notamment l’étude du thème de la prochaine Assemblée sur
les problèmes éthiques de la société technologique moderne. Thème capital,
auquel je suis moi-même très sensible, et sur lequel j’espère avoir
l’occasion de revenir.
Que l’Esprit Saint vous guide de sa lumière et vous
donne la force nécessaire! Que l’intercession de Marie vous maintienne
disponibles à son action, à la volonté de Dieu! Vous savez que je demeure très
proche de vos préoccupations et de votre travail. De tout cœur, je vous donne
ma Bénédiction Apostolique.