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VOYAGE APOSTOLIQUE AUX ÉTATS-UNIS DISCOURS
DU PAPE JEAN-PAUL II Washington
Monsieur le Président, 1. C’est pour moi un sujet de grande satisfaction d’avoir l’occasion
de saluer les illustres représentants des différentes nations qui
appartiennent à l’Organisation des États américains. Mes sincères
remerciements vont à vous, monsieur le Président, pour les paroles cordiales
de bienvenue que vous m’avez adressées. Je remercie également le secrétaire
général de son aimable invitation à visiter le siège général de la plus
ancienne des organisations internationales régionales. Il est juste qu’après
ma visite à l’Organisation des Nations Unies, l’Organisation des États
américains soit, parmi les nombreuses organisations et agences
intergouvernementales, la première à laquelle j’ai l’honneur d’adresser un
message de paix et d’amitié. Le Saint-Siège suit avec un très grand intérêt et, je peux
dire, avec une attention spéciale les événements et les développements qui
intéressent le bien-être des peuples des Amériques. En effet, il s’est senti
très honoré lorsqu’il a été invité à envoyer un observateur permanent auprès
de cette institution, invitation qui a été faite l’année dernière à la suite
d’une décision unanime de l’Assemblée générale. Le Saint-Siège voit dans des
organisations régionales comme la vôtre des structures intermédiaires qui,
dans une zone déterminée, promeuvent une plus grande diversité et une plus
grande vitalité interne dans la communauté globale des nations. Le fait que le
continent américain ait une Organisation chargée d’assurer une plus grande
continuité dans le dialogue entre les gouvernements, de promouvoir la paix, de
favoriser le plein développement dans la solidarité et de protéger l’homme, sa
dignité et ses droits, est un facteur dont bénéficie toute la famille humaine.
L’Évangile et le christianisme ont pénétré au cœur de votre histoire et de
vos cultures. Je voudrais partir de cette tradition commune pour vous
présenter quelques réflexions, dans le respect absolu de vos convictions
personnelles et de votre propre compétence, afin de donner à vos efforts une
contribution originale dans un esprit de service. 2. La paix est un don précieux que vous essayez de préserver
pour vos peuples. Vous êtes d’accord avec moi que ce n’est pas en accumulant
les armements que l’on peut assurer cette paix sous une forme stable. Outre qu’une
telle accumulation augmente dans la pratique le danger d’avoir recours aux
armes pour résoudre les conflits qui peuvent surgir, elle soustrait des
ressources matérielles et humaines considérables aux grandes tâches pacifiques
du développement qui sont si urgentes. Cela pourrait aussi faire penser que l’ordre
construit sur les armes est suffisant pour assurer la paix interne dans chacun
des pays. Je vous demande solennellement de faire tout ce qui est en
votre pouvoir pour freiner la course aux armements dans ce continent. Il n’existe
pas de controverses entre vos pays qui ne puissent être réglées par des moyens
pacifiques. Quel soulagement ce serait pour vos peuples, que d’occasions
nouvelles s’ouvriraient à leur progrès économique, social et culturel, et quel
exemple contagieux serait donné au monde si la difficile entreprise du
désarmement pouvait trouver ici une solution réaliste et énergique ! 3. La douloureuse expérience de ma patrie, la Pologne, m’a
enseigné combien est importante la souveraineté nationale quand elle a, à son
service, un État digne de ce nom et libre de ses décisions ; combien elle est
importante pour la protection non seulement des légitimes intérêts matériels
du peuple, mais encore de sa culture et de son âme. Votre Organisation est une
organisation d’États, fondée sur le respect de l’absolue souveraineté
nationale de chacun, sur la participation paritaire aux tâches communes et sur
la solidarité entre vos peuples. La légitime exigence de la part des États de
participer, sur un pied d’égalité, aux décisions communes de l’Organisation,
doit aller de pair avec le désir de promouvoir à l’intérieur de chaque pays
une participation toujours plus effective des citoyens aux responsabilités et
aux décisions de la nation à travers des formes qui tiennent compte en
particulier des traditions, des difficultés et des expériences historiques.
4. Cependant, bien que de telles difficultés et de telles
expériences puissent exiger parfois des mesures exceptionnelles et une
certaine période de maturation dans la préparation de nouveaux progrès dans le
partage des responsabilités, elles ne justifient jamais, jamais, une atteinte
à la dignité inviolable de la personne humaine et aux droits authentiques qui
protègent sa dignité. Si certaines idéologies et certaines façons d’interpréter
la légitime préoccupation de la sécurité nationale avaient pour résultat d’assujettir
à l’État l’homme, ses droits et sa dignité, elles cesseraient pour autant d’être
humaines et il serait impossible, à moins de faire preuve d’une grande
fourberie, de les concilier avec une référence chrétienne. Dans la pensée de
l’Église, c’est un principe fondamental que l’organisation sociale doit être
au service de l’homme, et non le contraire. Ceci vaut également pour les
niveaux les plus élevés de la société où s’exerce le pouvoir de coercition et
où les abus, quand ils existent, sont particulièrement graves. En outre, une
sécurité dans laquelle les populations ne se sentent pas impliquées parce qu’elle
ne les protège pas dans leur véritable humanité, n’est qu’une farce. Plus elle
se montrera rigide, plus elle fera apparaître des symptômes d’une faiblesse
croissante et d’une ruine imminente. Sans interférences indues, votre Organisation, dans l’esprit
avec lequel elle affronte tous les problèmes de sa compétence, peut beaucoup
pour faire progresser sur tout le continent un concept d’état et de
souveraineté qui soit réellement humain et qui, par là même, soit le fondement
de la légitimation des États et de leurs prérogatives reconnues au service de
l’homme. 5. L’homme ! L’homme est le critère décisif qui dicte et
oriente tous vos efforts. Il est la valeur vitale dont le service exige
constamment de nouvelles initiatives. Les mots qui ont le plus de sens pour l’homme
— comme ceux de justice, paix, développement, solidarité, droits de l’homme —
sont parfois dévalorisés à cause d’une suspicion systématique ou d’une censure
idéologique partisane et sectaire. Ils perdent ainsi leur puissance
mobilisatrice et attractive. Ils ne la retrouveront que si le respect de la
personne humaine et l’engagement en sa faveur sont de nouveau mis
explicitement au centre de toutes les considérations. Quand nous parlons de
droit à la vie, à l’intégrité physique et morale, à la nourriture, au logement,
à l’éducation, à la santé, au travail, à la coresponsabilité dans la vie de la
nation, nous parlons de la personne humaine. C’est cette personne humaine que
la foi nous fait reconnaître comme créée à l’image de Dieu et destinée à une
fin éternelle. C’est cette personne qui se trouve fréquemment menacée, affamée,
sans logement et sans travail convenables, sans accès au patrimoine culturel
de sa nation ou de l’humanité, et sans voix pour faire entendre ses angoisses.
Ceux qui jouissent déjà de ces biens d’une manière ou d’une autre doivent
donner une nouvelle impulsion à la grande cause du plein développement dans la
solidarité, pour le service de tous ceux — et ils sont encore si nombreux dans
votre continent — qui en sont privés d’une manière parfois dramatique. 6. Le défi du développement mérite toute votre attention. Là
aussi, ce que vous réaliserez peut être un exemple pour l’humanité. Les
problèmes des zones rurales et urbaines, de l’industrie et de l’agriculture,
de l’environnement constituent, dans une large mesure, une tâche commune. La
recherche résolue de tout cela aidera à répandre sur le continent un sentiment
de fraternité universelle qui s’étendra au-delà des frontières et des régimes
politiques. Sans préjudice pour les responsabilités des États souverains, vous
découvrirez que c’est une exigence logique pour vous que de vous occuper de
problèmes comme le chômage, l’émigration et le commerce, comme d’autant de
préoccupations communes dont la dimension continentale requiert de manière
toujours plus intense des solutions plus organiques à l’échelle du continent.
Tout ce que vous ferez pour la personne humaine arrêtera la violence et les
menaces de subversion et de déstabilisation. Parce que, en acceptant avec
résolution les révisions exigées par « ce point de vue unique et fondamental
qu’est le bien de l’homme — disons de la personne dans la communauté — et qui,
comme facteur fondamental du bien commun, doit constituer le critère essentiel
de tous les programmes, systèmes et régimes » (Redemptor
Hominis, 17), vous dirigerez les énergies de vos peuples vers la
satisfaction pacifique de leurs aspirations. 7. Le Saint-Siège sera toujours heureux d’offrir sa
contribution personnelle et désintéressée à cette tâche. Les Églises locales
des Amériques feront de même dans le cadre de leurs propres responsabilités.
En favorisant le progrès de la personne humaine, de sa dignité et de ses
droits, elles servent la cité terrestre, sa cohésion et ses autorités
légitimes. La pleine liberté religieuse qu’elles demandent est pour servir et
non pour s’opposer à l’autonomie légitime de la société civile et de ses
propres moyens d’action. Plus les citoyens seront capables d’exercer
habituellement leurs libertés dans la vie de la nation, plus rapidement les
communautés chrétiennes seront capables de se consacrer à la tâche centrale de
l’évangélisation, c’est-à-dire à l’annonce de l’Evangile du Christ, source de
vie, de force, de justice et de paix. (En anglais) En priant avec ferveur pour la prospérité et la concorde, j’invoque
sur cette Assemblée importante, sur les représentants de tous les
États-membres et leurs familles, et sur tous les chers peuples des Amériques,
les faveurs les meilleures et les bénédictions du Dieu tout-puissant. (En français) Ma visite ici, dans la salle des Amériques, devant cette noble
assemblée qui se consacre à la collaboration interaméricaine, voudrait
exprimer à la fois un souhait et une prière. Mon souhait, c’est que, dans
toutes les nations de ce continent, aucun homme, aucune femme aucun enfant ne
se sente jamais abandonné par les autorités constituées auxquelles il est prêt
à accorder pleinement sa confiance dans la mesure où ces autorités recherchent
le bien de tous. Ma prière, c’est que le Dieu tout-puissant accorde sa lumière
aux peuples et gouvernants, afin qu’ils puissent toujours découvrir de
nouvelles voies de collaboration pour bâtir une société fraternelle et juste.
(En portugais) Encore un mot, avant de vous laisser — avec beaucoup de regret,
je le confesse —, au terme de cette première et brève visite à votre célèbre
Organisation. Au début de l’année, au cours de mon voyage au Mexique, j’avais
déjà eu l’occasion d’admirer, au contact avec la population locale, l’enthousiasme,
la spontanéité et la joie de vivre des peuples de ce continent. Je suis
convaincu que vous saurez préserver le riche patrimoine humain et culturel de
vos peuples. Par là, vous devrez savoir conserver les bases indispensables du
vrai progrès qui, toujours et partout, est constitué par le respect de la
suprême dignité de l’homme. *L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française
n. 43 pp. 1à, 11. La Documentation Catholique
n.1773 pp. 934-936. ©
Copyright 1979 - Libreria Editrice Vaticana
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