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VOYAGE APOSTOLIQUE À PARIS ET LISIEUX
(30 MAI - 2 JUIN 1980)

DIALOGUE DE JEAN-PAUL II
AVEC LES JEUNES
RÉUNIS EN PARC DES PRINCES

Paris (France)
Dimanche, 1 juin 1980

Chers jeunes de France,

1. Je vous remercie de cette rencontre que vous avez voulu organiser comme une sorte de dialogue. Vous avez voulu parler avec le Pape. Et ceci est très important pour deux raisons.

La première raison est que cette manière de faire nous renvoie directement au Christ: en lui, se déroule continuellement un dialogue: l’entretien de Dieu avec l’homme et de l’homme avec Dieu.

Le Christ - vous l’avez entendu - est le Verbe, la Parole de Dieu. Il est le Verbe éternel. Ce Verbe de Dieu, comme l’Homme, n’est pas la parole d’un “grand monologue”, mais il est la Parole du “dialogue incessant” qui se déroule dans l’Esprit Saint. Je sais que cette phrase est difficile à comprendre, mais je la dis quand même, et je vous la laisse pour que vous la méditiez.

N’avons-nous pas célébré ce matin le mystère de la Sainte Trinité?

La deuxième raison est celle-ci: le dialogue répond à ma conviction personnelle que, être le serviteur du Verbe, de la Parole, veut dire “annoncer” au sens de “répondre”. Pour répondre, il faut connaître les questions. C’est pour cela qu’il est bon que vous les ayez posées; autrement, j’aurais dû les deviner pour pouvoir vous parler, pour vous répondre! (c’est votre question numéro ving-et-un).

Je suis arrivé à cette conviction, non seulement à cause de mon expérience d’autrefois comme professeur, à travers les cours ou les groupes de travail, mais surtout à travers mon expérience de prédicateur; en faisant l’homélie, et surtout en prêchant des retraites. Et la plupart du temps, c’est à des jeunes que je m’adressais; ce sont des jeunes que j’aidais à rencontrer le Seigneur, à l’écouter, et aussi à lui répondre.

2. En m’adressant à vous maintenant, je voudrais le faire de manière à pouvoir répondre, au moins indirectement, à toutes vos questions.

C’est pour cela que je ne peux pas le faire en les prenant l’une après l’autre; Forcément, mes réponses ne pourraient alors être que schématiques!

Permettez-moi donc de choisir la question qui me semble la plus importante, la plus centrale, et de partir de celle-là. De cette manière, j’espère que vos autres questions apparaîtront peu à peu.

Votre question centrale concerne Jésus-Christ. Vous voulez m’entendre parler de Jésus-Christ, et vous me demandez qui est. pour moi, Jésus-Christ (c’est votre treizième question).

Permettez que je vous retourne aussi la question et que je dise: pour vous, qui est Jésus-Christ? De cette manière, et sans esquiver la question, je vous donnerai aussi ma réponse en vous disant ce qu’Il est pour moi.

3. L’Evangile tout entier est le dialogue avec l’homme, avec les diverses générations, avec les nations, avec les diverses traditions... mais il est toujours et continuellement un dialogue avec l’homme, avec chaque homme, un, unique, absolument singulier.

En même temps, on trouve beaucoup de dialogues dans l’Evangile. Parmi ceux-ci, je retiens comme particulièrement éloquent le dialogue du Christ avec le jeune homme.

Je vais vous lire le texte, parce que vous ne vous le rappelez peut-être pas tous très bien. C’est au chapitre dix-neuvième de l’évangile de Matthieu.

“Voici qu’un homme s’aprocha de Jésus et lui dit: "Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie eternelle?". Il lui dit: "Qu’as tu à m’interroger sur ce qui est bon? Nul n’est bon que Dieu seul. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements". "Lesquels?", lui dit-il. Jésus reprit: "Tu ne tuera pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même". "Tout cela, lui dit le jeune homme, je l’ai observé depuis ma jeunesse; que ne manque-t-il encore?". Jésus lui déclara: "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, et suis-moi". Entendant cette parole, le jeune homme s’en alla tout triste, car il avait de grands biens”.

Pourquoi le Christ dialogue-t-il avec ce jeune homme? La réponse se trouve dans le récit évangélique. Et vous, vous me demandez pourquoi, partout où je vais, je veux rencontrer les jeunes (c’est même votre première question).

Et je vous réponds: parce que “le jeune” indique l’homme qui, d’une manière particulière, d’une manière décisive, est en train de “se former”. Cela ne veut pas dire que l’homme ne se forme pas durant toute sa vie: on dit que “l’éducation commence déjà avant la naissance” et dure jusqu’au dernier jour. Cependant la jeunesse, du point de vue de la formation, est un période particulièrement importante, riche et décisive. Et si vous réfléchissez au dialogue du Christ avec le jeune homme, vous trouverez la confìrmation de ce que je viens de dire.

Les questions du jeune homme sont essentielles. Les réponses le sont aussi.

4. Ces questions et ces réponses ne sont pas seulement essentielles pour le jeune homme en question, importantes pour sa situation d’alors; elles sont également de première importance et essentielles pour aujourd’hui. C’est pourquoi, à la question de savoir si l’Evangile peut répondre aux problèmes des hommes d’aujourd’hui (c’est votre neuvième question), je réponds: non seulement “il en est capable”, mais il faut aller bien plus loin: lui seul donne une réponse totale; qui va jusqu’au fond des choses ‘et complètement.

Jai dit en commençant que le Christ est le Verbe, la Parole d’un dialogue incessant. Il est le dialogue, le dialogue avec tout homme, bien que certains ne le fassent pas, que tous ne sachent pas comment le conduire - et il y en a aussi qui refusent explicitement ce dialogue. Ils s’éloignent... Et pourtant... peut-être ce dialogue est-il en cours avec eux aussi. Je suis convaincu qu’il en est ainsi.

Plus d’une fois ce dialogue “se dévoile” d’une manière inattendue et surprenante.

5. Je retiens aussi votre question de savoir pourquoi, dans les divers pays où je vais, et aussi à Rome, je parle avec les divers chefs d’Etat (question numéro deux).

Simplement parce que le Christ parle avec tous les hommes, avec tout homme. En outre je pense, n’en doutez-pas, qu’il n’a pas moins de choses à dire aux hommes qui ont de si grandes responsabilités sociales qu’au jeune homme de l’Evangile, et qu’à chacun d’entre vous.
A votre question de savoir de quoi je parle lorsque je m’entretiens avec des chefs d’Etat, je répondrai que je leur parle, très souvent, justement des jeunes. En effet, c’est de la jeunesse que dépend “le jour de demain”. Ces derniers mots sont tirés d’une chanson que les jeunes polonais de votre âge chantent souvent: “C’est de nous que dépend le jour de demain”. Moi aussi je l’ai chantée plus d’une fois avec eux. D’ailleurs, je prenais généralement beaucoup de plaisir à chanter des chansons avec les jeunes, pour la musique et pour les paroles. J’évoque ce souvenir parce que vous m’avez aussi posé des questions sur ma patrie (c’est votre septième question), mais pour répondre à cette question, c’est bien longuement que je devrais parler!

Et vous demandez aussi ce que la France pourrait apprendre de la Pologne, et ce que la Pologne aurait à apprendre de la France.

On retient habituellement que la Pologne a appris davantage de la France que celle-ci de la Pologne. Historiquement, la Pologne est plus jeune de plusieurs siècles. Je pense cependant que la France pourrait aussi apprendre diverses choses. La Pologne n’a pas eu une histoire facile, particulièrement au cours des derniers siècles. Les Polonais ont “payé”, et pas seulement un peu, pour être Polonais, et aussi pour être chrétiens... Cette réponse est “autobiographique”, vous m’en excuserez, mais c’est vous qui l’avez provoquée. Permettez-moi, cependant, d’élargir cette réponse autobiographique à l’aide de quelques autres questions que vous avez posées.

Par exemple lorsque vous demandez si l’Eglise, qui est “occidentale” peut être vraiment l’Eglise “africaine” ou “asiatique” (vingtième question).

6. Evidemment, cette question est plus large et va plus loin que celle dont j’ai parlé tout à l’heure au sujet de l’Eglise en France ou en Pologne. En effet, l’une et l’autre sont “occidentales”, appartenant au domaine de la même culture européenne et latine, mais ma réponse sera la même. Par sa nature, l’Eglise est une et universelle. Elle devient l’Eglise de chaque nation, ou des continents ou des races, au fur et à mesure que ces sociétés acceptent l’Evangile et en font, pour ainsi dire, leur propriété. Il y a peu de temps, je suis allé en Afrique. Tout indique que les jeunes Eglises de ce continent ont bien conscience d’être africaines. Et elles aspirent consciemment à faire le lien entre le christianisme et les traditions de leurs cultures. En Asie, et surtout en Extrême-Orient, on estime souvent que le christianisme est la religion “occidentale”, et pourtant, je ne doute pas que les Eglises qui ont pris racine là-bas ne soient des Eglises “asiatiques”.

7. Revenons maintenant à notre sujet principal, au dialogue du Christ avec le jeune homme.

En réalité, je dirais volontiers que nous sommes resté tout le temps dans son contexte.

Le jeune homme demande donc: “Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle?”
[1].

Or vous posez la question: Peut-on être heureux dans le monde d’aujourd’hui? (c’est votre douzième question).

En vérité, vous posez la même question que ce jeune! Le Christ réponde - à lui et aussi à vous, à chacun d’entre vous - : on le peut. C’est bien en effet ce qu’il répond, même si ses paroles sont celles-ci: “Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements”[2]. Et il répondra encore plus tard: “Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et suis-moi”[3].

Ces paroles signifient que l’homme ne peut être heureux que dans la mesure où il est capable d’accepter les exigences que lui pose sa propre humanité, sa dignité d’homme. Les exigences que lui pose Dieu.

8. Ainsi donc, le Christ ne répond pas seulement à la question de savoir si on peut être heureux - mais il dit davantage: comment on peut être heureux, à quelle condition. Cette réponse est tout à fait originale, et elle ne peut pas être dépassée, elle ne peut jamais être périmée. Vous devez bien y réfléchir, et vous l’adapter à vous-mêmes. La réponse du Christ comprend deux parties. Dans la première, il s’agit d’observer les commandements. Ici, je ferai une digression à cause d’une de vos questions sur les principes que l’Eglise enseigne dans le domaine de la morale sexuelle (c’est la dix-septième).

Vous exprimez votre préoccupation en voyant qu’ils sont difficiles, et que les jeunes pourraient, précisément pour cette raison, se détourner de l’Eglise. Je vous répondrai comme suit: si vous pensez à cette question de manière profonde, et si vous allez jusqu’au fond du problème, je vous assure que vous vous rendrez compte d’une seule chose: dans ce domaine, l’Eglise pose seulement les exigences qui sont étroitement liées à l’amour matrimonial et conjugal vrai, c’est-à-dire responsable.

Elle exige ce que requiert la dignité de la personne et l’ordre social fondamental. Je ne nie pas que ce ne soient des exigences. Mais c’est justement en cela que se trouve le point essentiel du problème: à savoir que l’homme se réalise lui-même seulement dans la mesure où il sait s’imposer des exigences à lui-même. Dans le cas contraire, il s’en va “tout triste”, comme nous venons de le lire dans l’évangile. La permissivité morale ne rend pas les hommes heureux. La société de consommation ne rend pas les hommes heureux. Elles ne l’ont jamais fait.

9. Dans le dialogue du Christ avec le jeune, il y a, comme je l’ai dit, deux étapes. Dans la première étape, il s’agit des commandements du Décalogue, c’est-à-dire des exigences fondamentales de toute moralité humaine. Dans la seconde étape, le Christ dit: “Si tu veux être parfait... viens et suis-moi”[4].

Ce “viens et suis-moi” est un point central et culminant de out cet épisode. Ces paroles indiquent qu’on ne peut pas apprendre le christianisme comme une leçon composée de chapitres nombreux et divers, mais qu’il faut toujours le lier avec une Personne, avec une personne vivante: avec Jésus-Christ. Jésus-Christ est le guide: il est le modèle. On peut l’imiter de diverses manières et dans des mesures diverses. On peut de diverses manières et dans des mesures diverses faire de Lui la “Règle” de sa propre vie.

Chacun de nous est comme un “matériau” particulier dont on peut - en suivant le Christ - tirer cette forme concrète, unique et absolument singulière de la vie qu’on peut appeler la vocation chrétienne. Sur ce point, on a dit beaucoup de choses au dernier Concile, en ce qui concerne la vocation des laïcs.

10. Ceci ne change rien au fait que ce “suis-moi” du Christ, dans le cas précis, est et demeure la vocation sacerdotale ou la vocation à la vie consacrée selon les conseils évangéliques. Je le dis parce que vous avez posé la question (la dixième) sur ma propre vocation sacerdotale. Je chercherai à vous répondre brièvement, en suivant la trame de votre question.

Je dirai donc d’abord: il y a deux ans que je suis Pape; plus de vingt ans que je suis évêque, et cependant le plus important pour moi demeure toujours le fait d’être prêtre. Le fait de pouvoir chaque jour célébrer l’Eucharistie. De pouvoir renouveler le propre sacrifice du Christ, en rendant en lui toutes choses au Père: le monde, l’humanité, et moi-même. C’est en cela, en effet, que consiste une juste dimension de l’Eucharistie. Et c’est pourquoi j’ai toujours vivant dans ma mémoire ce développement intérieur à la suite duquel “j’ai entendu” l’appel du Christ au sacerdoce. Ce “viens et suis-moi” particulier.

En vous confiant ceci, je vous invite à bien prêter l’oreille, chacun et chacune d’entre vous, à ces paroles évangéliques. C’est par là que se formera jusqu’au fond votre humanité, et que se définira la vocation chrétienne de chacun d’entre vous. Et peut-être à votre tour entendrez-vous aussi l’appel au sacerdoce ou à la vie religieuse. La France, jusqu’à il y a peu de temps encore, était riche de ces vocations. Elle a donné entre autres à l’Eglise tant de missionnaires et tant de religieuses missionnaires! Certainement, le Christ continue à parler sur les bords de la Seine, et Il adresse toujours le même appel. Ecoutez attentivement. Il faudra toujours qu’il y ait dans l’Eglise ceux qui “ont été choisis parmi les hommes”[5], ceux que le Christ établit, d’une manière particulière, “pour le bien des hommes” et qu’il envoie aux hommes.

11. Vous avez aussi posé la question sur la prière (la quatrième). Il y a plusieurs définitions de la prière. Mais on l’appelle le plus souvent un colloque, une conversation, un entretien avec Dieu. En conversant avec quelqu’un, non seulement nous parlons, mais aussi nous écoutons. La prière est donc aussi une écoute. Elle consiste à se mettre à l’écoute de la voix intérieure de la grâce. A l’écoute de l’appel. Et alors, comme vous me demandez comment le Pape prie, je vous réponds: comme tout chrétien: il parle et il écoute. Parfois, il prie sans paroles, et alors il écoute d’autant plus. Le plus important est précisément ce qu’il “entend”. Et il cherche aussi à unir la prière à ses obligations, à ses activités, à son travail, et à unir son travail à la prière. Et de cette manière, jour après jour, il cherche à accomplir son “service”, son “ministère”, qui lui vient de la volonté du Christ et de la tradition vivante de l’Eglise.

12. Vous me demandez aussi comment je vois ce service maintenant que j’ai été appelé depuis deux ans à être Successeur de Pierre (question numéro six). Je le vois surtout comme une maturation dans le sacerdoce et comme la permanence dans la prière, avec Marie, la Mère du Christ, de la manière dont les Apôtres étaient assidus à la prière, dans le Cénacle de Jérusalem, quand ils ont reçu l’Esprit Saint.

En plus de cela, vous trouverez ma réponse à cette question à partir des questions suivantes. Et par-dessus tout celle concernant la réalisation du Concile Vatican II (question quatorze). Vous demandez si elle est possible? Et je vous réponds: non seulement la réalisation du Concile est possible, mais elle est nécessaire. Et cette réponse est avant tout la réponse de la foi. C’est la première réponse que j’ai donnée, au lendemain de mon élection, devant les cardinaux réunis dans la Chapelle Sixtine.

C’est la réponse que je me suis donnée à moi-même et aux autres, d’abord comme évêque et comme cardinal, et c’est la réponse que je donne continuellement. C’est le problème principal. Je crois qu’à travers le Concile se sont réalisées pour l’Eglise à notre époque les paroles du Christ par lesquelles il a promis à son Eglise l’Esprit de vérité, qui conduira les esprits et les cœurs des Apôtres et de leurs successeurs, en leur permettant de demeurer dans la vérité et de guider l’Eglise dans la vérité, en réalisant à la lumière de cette vérité “les signes des temps”.

C’est justement ce que le Concile a fait en fonction de besoins de notre temps, de notre époque. Je crois que, grâce au Concile, l’Esprit Saint “parle” à l’Eglise. Je dis cela en reprenant l’expression de saint Jean. Notre devoir est de comprendre de manière ferme et honnête ce que “dit l’Esprit”, et de le réaliser, en évitant les déviations hors de la route que le Concile a tracée à tant de points de vue.

13. Le service de l’évêque, et en particulier celui du Pape, est lié à une responsabilité particulière pour ce que dit l’Esprit: il est lié pour l’ensemble de la foi de l’Eglise et de la morale chrétienne. En effet, c’est cette foi et cette morale qu’ils doivent enseigner dans l’Eglise, les évêques avec le Pape, en veillant à la lumière de la tradition toujours vivante sur leur conformité avec la parole de Dieu révélée. Et c’est pourquoi ils doivent parfois constater aussi que certaines opinions ou certaines publications manifestent qu’elles manquent de cette conformité. Elles ne constituent pas une doctrine authentique de la foi chrétienne et de la morale. J’en parle parce que vous l’avez demandé (question numéro cinq). Si nous avions plus de temps, on pourrait consacrer à ce problème un exposé plus développé - d’autant plus que, dans ce domaine, les informations fausses et les explications erronées ne manquent pas, mais il faut nous contenter aujourd’hui de ces quelques mots.

14. L’œuvre de l’unité des chrétiens, j’estime qu’elle est une des plus grandes et des plus belles tâches de l’Eglise pour notre époque.

Vous voudriez savoir si j’attends cette unité et comment je me la représente? Je vous répondrai la même chose qu’à propos de la mise en œuvre du Concile. Là aussi, je vois un appel particulier de l’Esprit Saint. Pour ce qui concerne sa réalisation, les diverses étapes de cette réalisation, nous trouvons dans l’enseignement du Concile tous les éléments fondamentaux. Ce sont eux qu’il faut mettre en œuvre, chercher leurs applications concrètes, et surtout prier toujours avec ferveur, avec constance, avec humilité. L’union des chrétiens ne peut se réaliser autrement que par une maturation profonde dans la vérité, et une conversion constante des cœurs. Tout cela, nous devons le faire dans la mesure de nos capacités humaines., en reprenant tous les “processus historiques” qui ont duré des siècles. Mais en définitive, cette union, pour laquelle nous ne devons ménager ni nos efforts ni nos travaux, sera le don du Christ à son Eglise. Tout comme c’est déjà un de ses dons que nous soyons entrés sur le chemin de l’unité.

15. En poursuivant la liste de vos questions, je vous réponds: j’ai déjà parlé très souvent des devoirs de l’Eglise dans le domaine de la justice et de la paix (quinzième question), prenant ainsi le relais de l’activité de mes grands prédécesseurs Jean XXIII et Paul VI. Demain en particulier, j’ai l’intention de prendre la parole au siège de l’UNESCO, à Paris.

Je me réfère à tout cela parce que vous demandez: que pouvons-nous faire pour cette cause, nous les jeunes? Pouvons-nous faire quelque chose pour empêcher une nouvelle guerre, une catastrophe qui serait incomparable, plus terrible que la précédente? Je pense que, dans la formulation même de vos questions, vous trouverez la réponse attendue. Lisez ces questions. Méditez-le. Faite-sen un programme communautaire, un programme de vie.

Vous les jeunes, vous avez déjà la possibilité de promouvoir la paix et la justice, là où vous êtes, dans votre monde. Cela comprend déjà des attitudes précises de bienveillance dans le jugement, de vérité sur vous mêmes et sur les autres, un désir de justice basé sur le respect des autres, de leurs différences, de leurs droits importants; ainsi se prépare pour demain un climat de fraternité lorsque vous aurez de plus grandes responsabilités dans la société. Si l’on veut faire un monde nouveau et fraternel, il faut préparer des hommes nouveaux.

16. Et maintenant la question sur le Tiers-Monde (numéro huit). C’est une grande question historique, culturelle, de civilisation. Mais c’est surtout un problème moral. Vous demandez à juste titre quelles doivent être les relations entre notre pays et les pays du Tiers-Monde: de l’Afrique et de l’Asie. Il y a là, en effet, de grandes obligations de nature morale. Notre monde “occidental” est en même temps “septentrional” (européen ou atlantique). Ses richesses et son progrès doivent beaucoup aux ressources et aux hommes de ces continents.

Dans-la nouvelle situation dans laquelle nous nous trouvons après le Concile, il ne peut pas ne chercher là-bas que les sources d’un enrichissement ultérieur et de son propre progrès. Il doit consciemment, et en s’organisant pour cela, servir leur développement. Tel est peut-être le problème le plus important en ce qui concerne la justice et la paix dans le monde d’aujourd’hui et de demain. La solution de ce problème dépend de la génération actuelle, et elle dépendra de votre génération et de celles qui suivront. Ici aussi, il s’agit de continuer le témoignage rendu au Christ et à l’Eglise par plusieurs générations antérieures de missionnaires religieux et laïcs.

17. La question: comment être aujourd’hui témoin du Christ? (numéro dix-huit). C’est la question fondamentale, la continuation de la méditation que nous avons placée au centre de notre dialogue, l’entretien avec un jeune. Le Christ dit: “Suis-moi”. C’est ce qu’il a dit à Simon, le fils de Jonas, auquel il a donné le nom de Pierre; à son frère André; aux fils de Zébédée; a Nathanaël. Il dit “suis-moi”, pour répéter ensuite, après la résurrection, “vous serez mes témoins”[6].

Pour être témoin du Christ, pour lui rendre témoignage, il faut d’abord le suivre. Il faut apprendre à le connaître, il faut se mettre, pour ainsi dire, à son école, pénétrer tout mystère. C’est une tâche fondamentale et centrale. Si nous ne le faisons pas, si nous ne sommes pas prêts à le faire constamment et honnêtement, notre témoignage risque de devenir superficiel et extérieur. Il risque de ne plus être un témoignage. Si au contraire nous restons attentifs à cela, le Christ lui-même nous enseignera, par son Esprit, ce que nous avons à faire, comment nous comporter, en quoi et comment nous engager, comment conduire le dialogue avec le monde contemporain, ce dialogue que Paul VI a appelé le dialogue du salut.

18. Si vous me demandez par conséquent: “Que devons-nous faire dans l’Eglise, surtout nous, les jeunes?”, je vous répondrai: apprendre à connaître Christ. Constamment. Apprendre le Christ. En Lui se trouvent vraiment les trésors insondables de la sagesse et de la science. En Lui l’homme, sur lequel pèsent ses limites, ses vices, sa faiblesse et son péché, devient vraiment “l’homme nouveau”: il devient l’homme “pour les autres”, il devient aussi la gloire de Dieu, parce que la gloire de Dieu, comme l’a dit au deuxième siècle saint Irénée de Lyon, évêque et martyr, c’est “l’homme vivant”.

L’expérience de deux millénaires nous enseigne que dans cette œuvre fondamentale, la mission de tout le peuple de Dieu, il n’existe aucune différence essentielle entre l’homme et la femme. Chacun dans son genre, selon les caractéristiques spécifiques de la féminité et de la masculinité devient cet “homme nouveau”, c’est-à-dire cet homme “pour les autres”, et comme homme vivant il devient la gloire de Dieu. Si cela est vrai, tout comme il est vrai que l’Eglise, au sens hiérarchique, est dirigée par les successeurs des Apôtres et donc par les hommes, il est certainement d’autant plus vrai que, au sens charismatique, les femmes la “conduisent” tout autant, et peut-être encore plus: je vous invite à penser souvent à Marie, la Mère du Christ.

19. Avant de conclure ce témoignage basé sur vos questions, je voudrais encore remercier très spécialement les nombreux représentants de la jeunesse française qui, avant mon arrivée à Paris, m’ont envoyé des milliers de lettres. Je vous remercie d’avoir manifesté ce lien, cette communion, cette coresponsabilité. Je souhaite que ce lien, cette communion et cette coresponsabilité se poursuivent, s’approfondissent et se développent après notre rencontre de ce soir.

Je vous demande aussi de renforcer votre union avec les jeunes de l’ensemble de l’Eglise et du monde, dans l’esprit de cette certitude que le Christ est notre chemin, la Vérité et la Vie[7].

Unissons-nous maintenant dans cette prière que Lui-même nous a enseignée, en chantant le “Notre Père”, et recevez tous pour vous, pour les garçons et les filles de votre âge, pour vos familles et pour les hommes qui souffrent le plus, la bénédiction de l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre.

Notre Père qui est aux cieux, / que ton nom soit sanctifié, / que ton règne vienne, / que ta volonté soit faite / sur la terre comme au ciel. / Donne-nous aujourd’hui / notre pain de ce jour. / Pardonne-nous nos offenses, / comme nous pardonnons aussi / à ceux qui nous ont offensés. / Et ne nous soumets pas à la tentation, / mais délivre-nous du mal. / Amen.


 [1] Matth. 19, 16.

 [2] Ibid. 19, 17.

 [3] Ibid. 19, 21.

 [4] Ibid. 19, 21.

 [5] Hebr. 5, 1.

 [6] Act. 1, 8.

 [7] Cfr. Io. 14, 6.

 

 

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana

 

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