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PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN AFRIQUE
(2-12 MAI 1980)

BÉNÉDICTION DE JEAN-PAUL II 
DES PREMIÈRES PIERRES 
DE LA CATHÉDRALE D'ABIDJAN

Abidjan (Côte d'Ivoire)
Dimanche, 11 mai 1980

 

1. Je remercie de ses belles paroles Monseigneur Bernard Yago, mon cher frère dans l’épiscopat, et je m’unis à sa joie pour cette cérémonie liturgique. Comment, en effet, chers frères et sœurs qui m’écoutez, ne pas laisser éclater notre joie devant la réalité spirituelle ainsi manifestée, et en rappeler un instant avec vous la profonde signification? Je vais bénir les premières pierres de la future cathédrale d’Abidjan et d’une église qui sera dédiée à Notre-Dame d’Afrique.

Or l’Église est la maison de Dieu. Oui, toute la vie chrétienne est fondée sur cette réalité surnaturelle merveilleuse, toujours à approfondir, toujours à méditer, que saint Jean a exprimée en cette simple phrase: “Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous”[1]. Oui, le Seigneur est né, a souffert, est mort et est ressuscité pour que le chrétien soit réellement fils de Dieu.

Cette vérité surnaturelle doit déterminer la vie du chrétien toujours et partout. Comment? Je reprends ici encore l’enseignement de la première lettre de saint Pierre: “Comme des pierres vivantes, devenez une maison spirituelle”[2]. L’Église, la Jérusalem nouvelle dont parlent l’Écriture et la liturgie, se construit dans nos vies, au-dedans de nous!

2. Et pourtant, l’Église, la maison de Dieu, n’est pas seulement spirituelle. L’enracinement humain de nos communautés catholiques, tel qu’il se manifeste et s’exprime dans la construction des églises, et en particulier de cette cathédrale, dépend étroitement de l’Incarnation, de cette venue de Dieu dans notre humanité, du fait que Dieu s’est fait semblable à nous et qu’il a voulu nous rencontrer à travers nos manières concrètes de vivre!

L’église est le lieu dans lequel le peuple chrétien se rassemble, elle est aussi le lieu où le Seigneur est réellement présent: dans la célébration de la sainte messe; présent dans le Saint-Sacrement.

L’église est le lieu où le chrétien naît à la vie divine par le baptême, trouve le pardon de ses fautes par le sacrement de la réconciliation, entre en communion avec le Seigneur et avec ses frères dans l’Eucharistie.

Aussi humbles que soient les églises que vous construisez, voyez combien est grande la réalité spirituelle qu’elles manifestent! Elles sont le signe de la construction du royaume de Dieu en vous, dans votre pays! Et parmi toutes les églises d’un diocèse, la cathédrale, votre cathédrale qui bientôt s’élèvera ici, a un sens tout particulier. De même que la basilique Saint-Jean de Latran, cathédrale du Pape, de l’évêque de Rome, est appelée pour cette raison “Tête et Mère de toutes les églises”, ainsi la cathédrale du diocèse est appelée “mère des églises” du diocèse: c’est parce qu’elle est l’église de l’évêque, du chef du diocèse, du successeur des Apôtres auxquels le Christ a confié la charge et le souci de l’évangélisation. Vous aimerez donc cette nouvelle cathédrale, qui demeurera dédiée à saint Paul, l’Apôtre missionnaire par excellence! Aimez aussi toutes vos églises! Aimez vos évêques et tous les prêtres qui vous font naître et grandir dans la vie divine!

3. Ce n’est pas sans peine ni sans efforts que le royaume de Dieu grandit en nous! Ce n’est par sans peine, non plus, qu’on bâtit les églises. Je sais combien vous y tenez, malgré les urgences de toutes sortes, et quels sacrifices vous faites pour les construire. Ceux qui s’étonnent que l’on bâtisse des églises au lieu de consacrer toutes les ressources à l’amélioration de la vie matérielle ont perdu le sens des réalités spirituelles; ils ne comprennent pas le sens de la parole du Seigneur: “L’homme ne vit pas seulement de pain”[3]. Mais nous savons bien que l’église de pierre que l’on construit péniblement est le signe de celle qui s’édifie dans la communauté!

Je suis particulièrement heureux de bénir aussi, en même temps que la première pierre de votre future cathédrale, la première pierre de l’église qui sera bâtie sous le patronage de Notre-Dame d’Afrique.

Rencontre profondément éclairante! D’un côté, l’Apôtre des Nations, qui n’a vécu que pour annoncer l’évangile, et de l’autre la Vierge Marie, qui conservait dans son cœur les mystères de la vie de son Fils, et qui demeure, dans tous les siècles et pour toute l’Église, comme nous en ferons encore mémoire dans quelques jours, l’exemple de la prière ardente dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint.

Ce n’est donc point sans des raisons spirituelles très profondes que les premiers missionnaires qui sont venus dans vos pays consacraient dès leur arrivée le champ de leur apostolat au Cœur Immaculé de Marie. Ce Cœur est en effet le symbole de la proximité divine, de l’amour de Dieu pour notre pauvre humanité et de l’amour qu’elle peut lui rendre par la fidélité à sa grâce. La dévotion de ces missionnaires à la Vierge, leur confiance en elle, étaient donc étroitement liées à l’accomplissement de leur mission apostolique: faire connaître et aimer le Christ, “né de la Vierge Marie”.

C’est pourquoi, frères vénérés, chers fils et chères filles, j’éprouve une joie spirituelle profonde à renouveler en quelque sorte, parmi vous et en votre nom, le geste de ceux qui étaient venus, le cœur plein d’amour pour Dieu et pour leurs frères d’Afrique, apporter l’Évangile du salut. En confiant l’Afrique à la Vierge Immaculée, nous la mettons sous la protection de la Mère du Sauveur. Comment notre espérance pourrait-elle être déçue? Comment, lorsque vous l’invoquerez avec ferveur dans cette église et dans toutes celles de vos pays, ne vous conduirait-elle pas vers son divin Fils, vers la plénitude de son amour?

Que le Seigneur vous bénisse! Qu’il bénisse tous les constructeurs de l’Église, spirituelle et matérielle! Qu’il bénisse votre pays, la Côte d’Ivoire! Qu’il bénisse tous ceux qui cherchent son progrès spirituel et matériel! Qu’il donne sa grâce et sa paix à tous ceux qui le cherchent et qui viendront le rencontrer dans ces édifices sacrés! Amen.


 [1] Io. 1, 14.

 [2] 1 Petr. 2, 5.

 [3] Cfr. Matth. 4, 4.

 

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana

 

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