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VOYAGE APOSTOLIQUE À PARIS ET LISIEUX
(30 MAI - 2 JUIN 1980)

DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX REPRÉSENTANTS DES AUTRES CONFESSIONS CHRÉTIENNES

Paris (France)
Samedi, 31 mai 1980

 

Chers Frères dans le Christ,

Je vous remercie de cette rencontre que je désirais avoir avec vous durant ma première visite en France. Très cordialement je salue d’abord nos frères orthodoxes, venus principalement de différentes régions de l’Orient, pour vivre dans ce pays qui les accueillait, continuant ainsi une longue tradition dont saint Irénée fut l’un des premiers exemples. Je n’oublie pas non plus le représentant de l’Église anglicane. Et je me tourne maintenant vers les représentants du protestantisme français ici présents.

A ce moment de l’effort que nous faisons en commun pour restaurer entre tous le chrétiens l’unité voulue par le Christ, il faut en effet que nous prenions conscience des exigences que le fait d’être chrétien comporte pour nous aujourd’hui.

Tout d’abord, et dans la dynamique du mouvement vers l’unité, il faut purifier notre mémoire personnelle et communautaire du souvenir de tous les heurts, les injustices, les haines du passé.

Cette purification s’opère par le pardon réciproque, du fond du cœur, condition de l’épanouissement d’une vraie charité fraternelle, d’une charité qui n’entretient pas de rancune et qui excuse tout[1] . Je le dis ici car je sais les cruels événements qui, dans le passé, ont marqué en ce pays les relations des catholiques avec les protestants.

Être chrétien aujourd’hui nous demande d’oublier ce passé pour être tout entiers disponibles à la tâche à laquelle le Seigneur nous appelle maintenant[2] . Vous êtes affrontés à cette tâche et je me réjouis particulièrement de la qualité de la collaboration qui existe entre vous, notamment en ce qui concerne le service de l’homme, service compris dans toute sa dimension et qui requiert de manière urgente et dès maintenant un témoignage de tous les chrétiens sur la nécessité duquel j’ai déjà insisté dans l’encyclique “Redemptor Hominis”.

Mais, aujourd’hui plus que jamais peut-être, le premier service à rendre à l’homme est de témoigner de la vérité, de toute la vérité, “alithevondes en agapi”, “en confessant la vérité dans l’amour”[3]. Nous ne devons avoir de cesse que nous ne soyons de nouveau capables de confesser ensemble toute la vérité, toute cette vérité dans laquelle l’Esprit nous guide[4]. Je sais combien franche est aussi votre collaboration en ce domaine, et les échanges qui eurent lieu lors de l’assemblée du protestantisme français en 1975 sont un exemple de cette franchise. Il faut que nous parvenions à confesser ensemble toute la vérité pour pouvoir vraiment témoigner en commun de Jésus-Christ, le seul en qui et par qui l’homme peut être sauvé[5].

J’ai voulu vous dire brièvement quelques-uns des sentiments qui m’animent en cet instant, mais je n’ai pas voulu m’étendre davantage pour éviter de diminuer le temps disponible pour les échanges plus personnels, et pour la prière qui conclura notre rencontre.

Mais avant de passer à cette prière, je veux vous remercier très vivement pour vos interventions, vos introductions; dans ces introductions, on peut le dire, je retrouve des interrogations, mais je retrouve aussi un fruit. Car cela, c'est déjà un fruit : vous avez bien souligné que c'est un fruit des échanges qui durent déjà depuis quelque temps. Evidemment les échanges vont créer des interrogations. Et c'est juste, on ne peut pas faire autre ment, on ne peut pas avancer autrement.

Il faut bien considérer que nous avons maintenant à refaire des siècles, et refaire des siècles ne peut pas s'effectuer en quelques années, du moins d'après les critères humains. Mais le travail même, le fait qu'on se rencontre, le fait qu'on dialogue, qu'on se pose des questions, qu'on cherche à répondre, qu'on cherche à scruter sa propre vérité, c'est déjà un fruit, oui, c'est déjà un fruit, et on ne peut rien faire d'autre que continuer, continuer.

Je dois dire que je vis profondément l'anniversaire que vous vivez cette année, je veux dire le 450e anniversaire de la « confessio augustana », oui, profondément. Je le vis d'une manière pour moi incompréhensible parce que c'est quelqu'un qui le vit en moi. « Quelqu'un te conduira! » : je pense que ces paroles que le Seigneur disait à Pierre sont, peut-être, les plus importantes de toutes les paroles qu'il a entendues : « Quelqu'un te conduira! ».

Je dois aussi dire que ma visite fraternelle au Patriarche œcuménique de Constantinople m'a donné beaucoup d'espérance. Je me suis trouvé très bien dans cette atmosphère, dans ce milieu qui évidemment constitue une grande réalité spirituelle. Une réalité complémentaire : on ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon; il faut avoir deux poumons, c'est-à-dire oriental et occidental. Ceci pour évoquer seulement cette visite à Constantinople.

Je pense que dans cette grande question de l'unité à retrouver, il y a évidemment un moment historique, et si nous nous interrogeons, entre nous, c'est un autre qui nous interroge davantage encore, parce que évidemment nous nous trouvons devant une négation radicale de tout ce que nous sommes, de ce que nous croyons, de ce que nous prêchons, de ce que nous témoignons. On ne peut répondre autrement à cette interrogation foncière que par un témoignage : témoignage de la foi, témoignage de l'unité, témoignage dans le Christ. C'est le moment historique où nous nous trouvons, et ce moment est accompagné de nos efforts.

Je pense qu'ici, nous sommes — on peut dire — en règle, nous avons reconnu les signes des temps et nous cherchons à y répondre, en nous-mêmes, avec nos forces, nos forces humaines, nous cherchons tous à y répondre. Mais il y a, comme vous l'avez souligné aussi dans vos discours, un autre élément qui est beaucoup plus important que nos efforts, c'est le temps. Le temps, c'est-à-dire l'espérance. Nous espérons que le Seigneur nous donnera ce jour où nous nous retrouverons unis, et peut-être, ce jour-là, nous aurons — on peut être sûr que nous aurons — une autre vision des difficultés que nous envisageons aujourd'hui comme telles. Une vision des approches différentes de la même source, de la même vérité du même Jésus-Christ, du même Evangile.

Je suis convaincu que le Seigneur nous prépare cela, et c'est pour cela qu'il a inspiré l'esprit de nos prédécesseurs — je dis prédécesseurs au sens ménique — en particulier évidemment je parle de Jean XXIII qui se trouvait ici comme Nonce et qui continue à être présent à nos esprits.

Et c'est pour cela que nous devons prier toujours. Je pense, je suis convaincu que la fonction, la tâche fondamentale des communautés chrétiennes, des Eglises, la tâche fondamentale de tous les croyants reste toujours la prière. La prière... et c'est le Seigneur qui nous a enseigné à prier depuis longtemps, mais spécialement à prier pour cette unité parce que c'est lui-même qui a prié pour cette unité dans un moment qu'on peut dire le sommet de sa mission.

Et à cause de cela, en vous remerciant pour tout ce que vous disiez tout à l'heure, je suis reconnaissant au Seigneur et à vous-mêmes de pouvoir me trouver avec vous, et de pouvoir entendre de vous ces paroles que j'ai entendues, parce que je pense : qu'est-ce que cela veut dire, des « Frères »? Cela ne veut pas dire seulement des personnes qui se disent toujours : oui, oui, je t'aime, mais cela veut dire aussi des personnes qui se disputent parfois; mais si elle se disputent pour un bien commun, pour un bien supérieur, alors cela va.

Pour ne pas augmenter le retard, parce que je vois que les organisateurs nous pressent déjà, nous pourrions maintenant passer à la prière qui doit couronner évidemment notre rencontre. Avant de dire la prière du Seigneur, nous pourrions nous remettre ensemble devant le dessein salvifique de Dieu en méditant la magnifique confession de l'apôtre Paul dans l'hymne de sa lettre aux Ephésiens.

« Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ: il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard dans l’amour.

« Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ; ainsi l’a voulu sa bienveillance à la louange de sa gloire et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-Aimé.

« En lui par son sang, nous sommes délivrés, en lui nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce. Dieu nous l’a prodiguée; nous ouvrant à toute sagesse et intelligence.

« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu’il a d’avance arrêté en lui-même pour mener les temps à leur accomplissement: réunir l’univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.

« En lui aussi, nous avons reçu notre part, suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté: nous avons été prédestinés pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ.

« En lui, encore, vous avez entendu la parole de vérité, l’Évangile qui vous sauve.

« En lui encore vous avez cru, et vous avez été marqués du sceau de l’Esprit promis, l’Esprit Saint, acompte de notre héritage jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire »[6].

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui
notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
 comme nous pardonnons aussi
à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
mais délivre-nous du Mal. Amen.

* * *

Avant la prière, le Pape a improvisé le discours ci-après qui reprend quelques-uns des sujets abordés dans les allocutions qui lui avaient été adressées :

Mais avant de passer à cette prière, je veux vous remercier très vivement pour vos interventions, vos introductions ; dans ces introductions, on peut le dire, je retrouve des interrogations, mais je retrouve aussi un fruit. Car cela, c’est déjà un fruit : vous avez bien souligné que c’est un fruit des échanges qui durent déjà depuis quelque temps. Évidemment les échanges vont créer des interrogations. Et c’est juste, on ne peut pas faire autrement, on ne peut pas avancer autrement. Il faut bien considérer que nous avons maintenant à refaire des siècles, et refaire des siècles ne peut pas s’effectuer en quelques années, du moins d’après les critères humains. Mais le travail même, le fait qu’on se rencontre, le fait qu’on dialogue, qu’on se pose des questions, qu’on cherche à répondre, qu’on cherche à scruter sa propre vérité, c’est déjà un fruit, oui, c’est déjà un fruit, et on ne peut rien faire d’autre que continuer, continuer.

Je dois dire que je vis profondément l’anniversaire que vous vivez cette année, je veux dire le 450e anniversaire de la « confessio augustana » oui, profondément. Je le vis d’une manière pour moi incompréhensible parce que c’est quelqu’un qui le vit en moi. « Quelqu’un te conduira »: je pense que ces paroles que le Seigneur disait à Pierre sont, peut-être, les plus importantes de toutes les paroles qu’il a entendues : « Quelqu’un te conduira. »

Je dois aussi dire que ma visite fraternelle au Patriarcat œcuménique de Constantinople m’a donné beaucoup d’espérance. Je me suis trouvé très bien dans cette atmosphère, dans ce milieu qui évidemment, constitue une grande réalité spirituelle. Une réalité complémentaire : on ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon ; il faut avoir deux poumons, c’est-à-dire oriental et occidental. Ceci pour évoquer seulement cette visite à Constantinople.

Je pense que dans cette grande question de l’unité à retrouver, il y a évidemment un moment historique, et si nous nous interrogeons, entre nous, c’est un autre qui nous interroge davantage encore, parce que, évidemment, nous nous trouvons devant une négation radicale de tout ce que nous sommes, de ce que nous croyons, de ce que nous prêchons, de ce que nous témoignons. On ne peut répondre autrement à cette interrogation foncière que par un témoignage : témoignage de la foi, témoignage de l’unité, témoignage dans le Christ. C’est le moment historique où nous nous trouvons, et ce moment est accompagné de nos efforts.

Je pense qu’ici, nous sommes — on peut dire — en règle, nous avons reconnu les signes des temps et nous cherchons à y répondre, en nous-mêmes, avec nos forces, nos forces humaines, nous cherchons tous à y répondre. Mais il y a, comme vous l’avez souligné aussi dans vos discours, un autre élément qui est beaucoup plus important que nos efforts, c’est le temps. Le temps, c’est-à-dire l’espérance. Nous espérons que le Seigneur nous donnera ce jour où nous nous retrouverons unis, et, peut-être, ce jour-là, nous aurons — on peut être sûr que nous aurons — une autre vision des difficultés que nous envisageons aujourd’hui comme telles. Une vision des approches différentes de la même source, de la même vérité, du même Jésus-Christ, du même Évangile. Je suis convaincu que le Seigneur nous prépare cela, et c’est pour cela qu’il a inspiré l’esprit de nos prédécesseurs — je dis prédécesseurs au sens œcuménique — en particulier, évidemment, je parle de Jean XXIII qui se trouvait ici comme nonce et qui continue à être présent à nos esprits.

Et c’est pour cela que nous devons prier toujours. Je pense, je suis convaincu que la fonction, la tâche fondamentale des communautés chrétiennes, des Églises, la tâche fondamentale de tous les croyants, reste toujours la prière. La prière… et c’est le Seigneur qui nous a enseigné à prier depuis longtemps, mais spécialement à prier pour cette unité parce que c’est lui-même qui a prié pour cette unité dans un moment qu’on peut dire le sommet de la mission. Et à cause de cela, en vous remerciant pour tout ce que vous disiez tout à l’heure, je suis reconnaissant au Seigneur et à vous-même de pouvoir me trouver avec vous, et de pouvoir entendre de vous ces paroles que j’ai entendues, parce que je pense : qu’est-ce que cela veut dire, des « Frères » ? Cela ne veut pas dire seulement des personnes qui se disent toujours : « oui, oui, je t’aime », mais cela veut dire aussi des personnes qui se disputent parfois ; mais si elles se disputent pour un bien commun, pour un bien supérieur, alors cela va.

Pour ne pas augmenter le retard, parce que je vois que les organisateurs nous pressent déjà, nous pourrions maintenant passer à la prière qui doit couronner, évidemment, notre rencontre. Avant de dire la prière du Seigneur, nous pourrions nous remettre ensemble devant le dessein salvifique de Dieu en méditant la magnifique confession de l’apôtre Paul dans l’hymne de sa lettre aux Éphésiens.


 [1] Cf. 1 Co 13, 5 et 7.

 [2] Cf. Ph 3, 13.

 [3] Ep 4, 15.

 [4] Cf. Jn 16, 13.

 [5] Cf. Ac 4, 12.

 [6] Ep 1, 3-14.

 

© Copyright 1980 - Libreria Editrice Vaticana

 

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