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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
À S.E. M. JOSEPH MATHIAM, NOUVEL
AMBASSADEUR DU SÉNÉGAL PRÈS LE SAINT- SIÈGE
À L'OCCASION DE LA PRÉSENTATION DES LETTRES DE CRÉANCE*
Lundi 8
janvier 1984
Monsieur l’Ambassadeur,
les propos élevés et chaleureux que vous
venez de tenir en inaugurant vos fonctions d’Ambassadeur du Sénégal auprès du
Saint-Siège me vont droit au cœur. Je vous remercie de ce témoignage où vous
vous faites l’interprète des sentiments de Son Excellence le Président Abdou
Diouf, de votre Gouvernement et de l’ensemble de vos compatriotes, et en
particulier des chrétiens dont vous partagez la foi. Le Sénégal, comme Votre
Excellence l’a souligné, a déjà une longue habitude des relations diplomatiques
avec le Saint-Siège auxquelles il a toujours attaché beaucoup de prix et dont il
saisit bien toute la portée pour la vie sereine de la communauté catholique dans
le pays et pour la promotion de la paix dans les rapports internationaux. Vous
prenez place dans la lignée d’Ambassadeurs qui ont fait honneur au Sénégal; et
ce n’est pas sans émotion que nous évoquons la mémoire du Docteur Paul Ndiaye
qui, l’an dernier encore, consacrait tous ses talents à remplir la haute
fonction qui vous échoit aujourd’hui.
L’Eglise catholique constitue, au Sénégal,
une minorité qui s’est attirée l’estime de tous par sa vitalité, son ouverture,
sa disponibilité au service du pays. En l’espace d’un siècle, l’ensemencement de
l’Evangile a produit des fruits remarquables, et la foi s’est bien intégrée dans
l’âme de ces Sénégalais, dans leur vie culturelle et sociale. Dans la mesure de
ses possibilités et avec la juste compréhension des Autorités civiles, la
communauté chrétienne prend volontiers sa part dans l’oeuvre d’instruction, de
formation morale et spirituelle, des soins sanitaires et du développement. Ses
liens confiants et réguliers avec le successeur de Pierre, exprimés entre autres
par la présence du cher Cardinal Hyacinthe Thiandoum au sein du Sacré Collège,
favorisent non seulement la fidélité de sa foi mais son ouverture à l’Eglise
universelle et sa solidarité avec les autres peuples, notamment en Afrique.
La communauté catholique a le respect de l’esprit religieux des autres Sénégalais,
et en particulier de ceux, très nombreux, qui vivent selon l’Islam. Comme vous
l’avez relevé, le Concile Vatican II a grandement favorisé cet esprit de
dialogue, sans que cela tourne à une altération indue de la Révélation. Et ici,
je dois dire que l’Eglise apprécie également l’attitude de tolérance dont font
preuve chez vous les communautés musulmanes. C’est sans doute le grand mérite de
l’Autorité publique de maintenir un égal respect des confessions religieuses,
qui sait éviter à la fois l’écueil de l’indifférence et celui de privilèges qui
tourneraient au préjudice de certains. Le Saint-Siège a le ferme espoir que
cette situation se poursuivra et demeurera un exemple de cohabitation sereine,
finalement bénéfique au pays lui-même.
Il est une chose aussi que l’opinion
publique remarque avec satisfaction dans votre pays: c’est son attachement à la
démocratie, avec l’expression libre des citoyens pour élire ceux qui doivent
assumer la responsabilité des affaires publiques. Dans la mesure où cela
garantit à la fois l’unité de tous dans la poursuite du bien commun, une juste
paix sociale, le souci des personnes et des groupes moins favorisés, le respect
des libertés fondamentales et de la dignité humaine, l’Eglise ne peut que s’en
réjouir, et elle sait que cette voie, aujourd’hui bien ardue, semée d’embûches
et de tentations, a besoin d’être encouragée et défendue, à l’encontre des
totalitarismes de toute sorte.
Certes, le Saint-Siège a conscience des
difficultés auxquelles doit faire face le Sénégal pour son développement
économique et social, voire pour surmonter la situation tragique qui l’atteint,
surtout en certaines régions; par suite de la crise économique générale, de l’inégalité
des échanges, et surtout de la sécheresse qui sévit durement dans les pays du
Sahel. Dans l’Eglise, vous le savez, votre pays trouvera toujours compréhension
et appui pour faire prendre conscience de ces besoins, pour éduquer davantage au
sens de la justice, encourager une meilleure répartition des biens, déclencher
une solidarité réelle et efficace, en insistant sur le problème primordial de la
faim auquel elle entend apporter elle-même sa contribution. En même temps, nous
savons que l’homme ne vit pas seulement de pain. Le développement des valeurs
culturelles propres, dans le cadre des traditions africaines, fait aussi partie
de son bonheur et de sa dignité. Et il doit surtout se garder de réduire son
ambition au progrès matériel, sans cultiver en même temps la qualité de sa
relation à Dieu et des relations avec ses semblables, selon une éthique
exigeante qui fait la vraie valeur d’une civilisation et assure son véritable
progrès. Ici, Monsieur l’Ambassadeur, vous trouverez le souci constant de cette
promotion intégrale de l’homme.
Enfin, le Corps diplomatique auprès du
Saint-Siège dans lequel vous entrez rassemble des diplomates de nombreux pays.
Il rappelle, s’il en était besoin, que la paix ne peut se consolider qu’en
développant le respect, la concorde et la solidarité au plan international,
entre les différentes nations et regroupements de nations. Je sais que le
Sénégal a un grand souci d’une telle paix. Puisse-t-il contribuer à faire
prévaloir la sagesse, l’équité, les solutions négociées et honorables dans les
différends qui surgissent entre pays du continent africain! L’Eglise travaille,
pour sa part, à renouveler le cœur des hommes pour que naisse la paix. Ce “cœur”,
c’est aussi l’esprit qui inspire la pensée des responsables politiques et des
rapports internationaux.
Voilà, Monsieur l’Ambassadeur, un certain nombre de
préoccupations où le Saint-Siège et le Sénégal doivent facilement se rencontrer
et collaborer. Je suis certain que, encouragé par l’accueil que vous trouverez
ici, vous saurez entretenir l’excellence de ces relations, dans l’intérêt de
tous. Je vous offre mes meilleurs veux pour l’accomplissement de votre mission,
et je vous prie d’exprimer ma gratitude et mes souhaits cordiaux à celui qui
préside au destin de votre pays et qui vous a donné ces Lettres de créance. Que
le Très-Haut inspire vos Gouvernants dans leur tâche exigeante et qu’il bénisse
tous les Sénégalais!
*AAS 76 (1984), p. 576-579.
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol.VII, 1 pp. 45-48.
L'Attività della Santa Sede 1984 pp. 22-24.
L'Osservatore Romano 10.1.1984 pp.1, 5.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.3 p.7.
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