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VISITE PASTORALE EN SUISSE
(11-17 JUIN 1984)

DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX  RELIGIEUX

Fribourg
Mercredi, 13 juin 1984

 

Loué soit Jésus Christ!

1. Sa promesse d’être présent au milieu de deux ou trois disciples se réunissant en son Nom (Cf. Matth. 18, 20) nous remplit d’un bonheur spirituel difficile à exprimer. Vous êtes venus très nombreux. Je vous remercie vivement au nom du Seigneur.

Ensemble, nous avons fait monter louange et intercession vers le Père, par son Fils notre unique Médiateur et Rédempteur, au souffle de l’Esprit Saint. Et maintenant, il me tient à cœur de commenter l’exhortation de l’Apôtre Paul aux chrétiens d’Ephèse, entendue tout à l’heure: “Je vous encourage à mener une vie digne de l’appel que vous avez reçu: en toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité, appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix” (Eph. 4, 1-2).

2. Vos congrégations et communautés sont préoccupées - je le sais - par la raréfaction des candidats à la vie religieuse. Ce constat objectif, partiellement explicable par des raisons d’ordre socioculturel mais aussi d’ordre religieux, n’est pas une fatalité, et surtout ne doit jamais vous porter au découragement. Un renouveau est possible, et, avec l’aide du Seigneur, vous êtes capables d’y mettre le prix. Précisément, les encouragements de saint Paul aux Ephésiens sont pour vous tous une invitation pressante à vous laisser convaincre qu’une vitalité nouvelle de vos instituts implique, entre autres choses et nécessairement, un renouveau de vie communautaire. La passé a connu des communautés nombreuses, avec les avantages, et peut-être certaines lourdeurs, inhérents à cet style de vie. Aujourd’hui, ces mêmes communautés se sont amenuisées à la fois par le vieillissement et la disparition de leurs membres, par la raréfaction de la relève, en même temps que par les nombreuses créations de fraternités plus restreintes, désireuses d’adopter des formes nouvelles de présence au monde des hommes (Ioannis Pauli PP. II, Allocutio ad religiosas sodales in urbe «São Paulo» habita, die 3 iul. 1980, Insegnamenti di Giovanni Paolo II, III/2 [1980] 72). A l’heure actuelle, il semble qu’un juste milieu devrait être trouvé ou retrouvé.

Pour rayonner, une communauté religieuse doit être visible et vivante, composée de personnes suffisamment nombreuses, et complémentaires dans leurs dons et dans leurs fonctions; il importe également qu’elle soit marquée par un grand esprit de partage à la fois humble et authentique dans la recherche du Seigneur, dans les joies et les souffrances apostoliques, et raisonnablement ouverte aux initiatives opportunes.

La jeunesse contemporaine n’est pas, comme on le dit trop facilement, fermée à l’appel évangélique. Elle peut, certes, se diriger plus spontanément vers des instituts nouveaux; toutefois, elle est également attirée par les congrégations anciennes qui lui montrent un visage vivant et demeurent attachées à des exigences radicales, et judicieusement présentées. La preuve en est faite depuis longtemps: il suffit de consulter l’histoire de l’Eglise. Des adaptations sont parfois nécessaires, mais celles qui seraient inspirées par le relâchement, ou qui y conduiraient, ne peuvent absolument pas séduire les jeunes, qui portent au fond d’eux-mêmes des capacités de don radical même si, parfois, ces capacités semblent hésitantes ou bloquées.

Ce renouveau peut être grandement favorisé par une collaboration active, confiante, intensifiée entre vos familles religieuses, spécialement lorsqu’elles ont un même esprit, des usages et des finalités proches. Les fédérations, les associations et même les unions, déjà envisagées par les Papes Pie XI et Pie XII, encouragées par le Concile et par le Pape Paul VI, selon les indications données par le décret “Perfectae Caritatis”  (Perfectae Caritatis, 22) et le Motu proprio “Ecclesiae Sanctae” (Pauli VI, Ecclesiae Sanctae, 39. 40. 41), toujours dans le respect de la liberté des personnes, pourront être bénéfiques à la vie de l’Eglise et aux Instituts eux-mêmes.

En tout état de cause, le vie communautaire ne peut tenir et progresser sans renoncement à soi-même, sans humilité. C’est ainsi qu’elle porte ses fruits, tels que la purification de la sensibilité, la maturité croissante des personnes, l’épanouissement authentique des qualités humaines et spirituelles. Dans un monde divisé où triomphent souvent les intérêts particuliers, les égoïsmes individuels et collectifs, le mépris de la personne et de ses droits, le témoignage de vraies communautés religieuses rassemblées par l’Esprit Saint et vivant une réelle fraternité rend l’Evangile crédible et constitue pour le monde un signe puissant d’espérance.

3. Je tiens encore à souligner combien le renouveau de la vie communautaire religieuse trove sa source et son dynamisme dans l’Eucharistie, “sacrement d’amour, signe d’unité, lien de charité” (Cf. Sacrosanctum Concilium, 47). L’Eucharistie sera la voie sûre de la communion, c’est-à-dire de l’union et de l’unité avec Dieu dans le Christ, la voie sûre le la communion de tous, les uns avec les autres, dans l’amour fraternel. N’est-ce pas l’Eucharistie qui fera de la communauté “un seul Corps et un seul Esprit”? (Eph. 4, 4) L’Eucharistie permet à chaque membre et à la communauté tout entière d’accomplir progressivement sa Pâque, son passage d’une existence plus ou moins imprégnée d’égoïsme ou de faiblesse à une vie davantage donnée à Dieu et aux autres. Chers religieux et religieuses, accordez toujours à la célébration quotidienne de l’Eucharistie la priorité, qu’il s’agisse du temps réservé à la célébration aussi bien que de la dignité, du recueillement et de la vivante participation qui doivent caractériser toute célébration eucharistique et édifier ceux qui y prennent part occasionnellement. Une communauté religieuse témoigne de son authenticité, de sa ferveur, d’abord par la manière dont elle célèbre, vénère et reçoit le Corps et le Sang du Seigneur.

Cette réalité qui est au cœur de votre vie ne saurait minimiser ou même suppléer d’autres moments et d’autres formes de contact avec Dieu, qui sont des exercices de respiration spirituelle absolument indispensables à la vie de tout religieux et de toute religieuse. Nous savons tous que les insuffisances respiratoires sont dommageables à la santé physique, et parfois désastreuses. Entraidez-vous à sauvegarder ou à remettre en bonne place l’Office des Heures, l’oraison personnelle, la lecture des Ecritures et des Pères, l’adoration eucharistique, la piété mariale conforme aux enseignements du Magistère, la retraite mensuelle, la pratique régulière et fervente du sacrement de la Réconciliation, générateur d’une reprise du chemin de la conversion. Que dans chaque famille religieuse, on ordonne avec équilibre ces manières d’approcher le Seigneur.

Pour ceux et celles d’entre vous qui sont engagés, sous la conduite des évêques, dans diverses activités apostoliques, l’Eucharistie, mais également les autres exercices spirituels, sont la source d’une joyeuse fidélité au Seigneur et d’un dévouement selon son esprit qui inspirent et vivifient la pastorale, qu’elle soit paroissiale, sanitaire, sociale, scolaire.

Et vous, chers religieux et religieuses adonnés à la vie contemplative, puisez dans l’Eucharistie et les autres formes de prière communautaire ou individuelle en usage dans vos monastères le secret de votre rayonnement silencieux auprès des retraitants ou des visiteurs de passage. Que le secret de votre propre bonheur soit d’avoir tout quitté pour le Seigneur et d’accomplir votre mission spirituelle, au nom de l’Eglise, pour une humanité qui se laisse accaparer par des tâches contraignantes, par des soucis absorbants, et aussi par le miroitement des biens terrestres.

Pour vous, Frères et Sœurs que l’âge ou la maladie ont contraints à renoncer à vos généreuses activités apostoliques, soit dans votre pays, soit en terre de mission, et qui ressentez - au moins certains jours - quelque sentiment d’inutilité, l’Eucharistie et tous vos temps de prière vous conduisent à approfondir et à vivre la mystérieuse fécondité de l’oblation du Christ, lui qui a connu l’immobilité de la croix.

Oui, que l’Eucharistie modèle vos personnes, consacrées fondamentalement par le baptême et plus tard par les vœux religieux, sur le mystère du Christ Jésus radicalement disponible à Dieu son Père et totalement donné à tous ses frères, spécialement les plus pauvres!

4. Chers religieux et religieuses de toute la Suisse, gardez courage et confiance, en reprenant conscience de la grandeur et de l’importance de votre vocation religieuse, pour vous-mêmes, pour l’Eglise aujourd’hui, et même pour la société contemporaine!

Dans l’exhortation apostolique “Redemptionis Donum” que j’ai eu à cœur de publier au terme de la récente Année sainte, j’ai tenu à relire et à méditer avec les religieux et les religieuses du monde entier les paroles mêmes de Jésus concernant la vocation, telles celles-ci, pour le moins bouleversantes: “Posant son regard sur lui, Jésus le prit en affection” (Marc. 10, 21) et lui dit: “Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis, viens, suis-moi” (Matth. 19, 21). Le regard et l’appel de Jésus se posent toujours “sur une personne déterminée”. C’est “un amour d’élection”, qui revêt “un caractère nuptial”. L’amour du Christ “embrasse la personne entière, âme et corps, que ce soit un homme ou une femme, dans son "moi" personnel et absolument unique” (Cf. Ioannis Pauli PP. II, Redemptionis Donum, 3).

En répondant personnellement et librement à Jésus de Nazareth, le Rédempteur du monde, vous avez consenti à abandonner un programme de vie centré sur “l’avoir” pour vous engager sur les sentiers étroits et magnifiques de “l’être”. Je souhaite ardemment et je demande au Seigneur que chacun et chacune de vous découvre la splendeur et l’actualité de sa profession religieuse. Dans son humble réalisation quotidienne, elle peut et doit être prophétique, en ce sens qu’elle peut et doit montrer aux hommes et aux femmes de ce temps ce qui construit véritablement la personne humaine, grâce à la recherche, au développement de convictions et de manières d’être qui transcendent les variations du temps et des mœurs. Votre vocation, comme la vocation chrétienne mais à un niveau beaucoup plus résolu, est eschatologique. Elle devrait contribuer à sortir le monde de l’enlisement dans les biens de consommation et dans un certain nombre de contre-valeurs (Cf. Ioannis Pauli PP. II, Redemptionis Donum, 4-5). Oui, le monde contemporain et tout particulièrement les jeunes, devraient découvrir, à travers vos communautés et leur style de vie, la valeur d’une vie pauvre au service des pauvres, la valeur d’une vie librement engagée dans le célibat pour se consacrer au Christ et avec Lui aimer tout spécialement les mal aimés, la valeur d’une vie où l’obéissance et la communauté fraternelle contestent avec discrétion les excès d’une indépendance souvent capricieuse et stérile. “Que ce témoignage devienne partout présent et universellement déchiffrable! Que l’homme de notre temps, spirituellement las, trouve en lui un soutien et une espérance!  . . . "Que le monde de notre temps . . . puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés . . ., mais de ministres de l’Evangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ"” (Ibid. 16; Pauli VI, Evangelii Nuntiandi, 80).

Venu au milieu de vous comme le serviteur de l’unité et de la vérité, je prie Dieu, lui qui est “Lumière”, “Amour”, et “Vie”, de susciter un nouveau souffle évangélique dans vos communautés et vos fraternités. Et je confie à la Vierge Marie, modèle de vie consacrée, la ferveur et la persévérance de chacun d’entre vous. Ma prière vous accompagne toujours. Ayez aussi la bonté d’accompagner mon service apostolique de votre soutien spirituel.

Au nom du Seigneur, je bénis de tout cœur vos personnes, vos instituts, vos monastères et votre service de l’Evangile.

 

© Copyright 1984 -  Libreria Editrice Vaticana

 

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