Béatitude,
Chers Frères dans l’épiscopat,
et vous tous, Fils de la vénérable Eglise copte catholique,
entourés des représentants des autres communautés ecclésiales d’Egypte,
1. Soyez les bienvenus dans la Maison du successeurs de Pierre, l’Apôtre qui eut
des relations privilégiées avec l’évangéliste Marc, glorieux fondateur,
selon la Tradition, du Siège d’Alexandrie. Je me suis associé profondément
à la démarche de Votre Béatitude, qui a tenu, dès son arrivée sur le sol
d’Italie, à se rendre à Venise sur la tombe de saint Marc.
L’église de Rome a été heureuse d’apprendre, en mai dernier, que le saint
Synode de l’église copte catholique d’Alexandrie, sa soeur bien-aimée,
avait élu un nouveau Patriarche en la personne de Votre Béatitude, pour succéder
au vénérable Patriarche Stéphanois Ier Sidarouss. Bien volontiers je vous ai
exprimé la reconnaissance de la communion ecclésiastique que vous sollicitiez.
Et aujourd’hui, l’imposition du pallium veut être le signe tangible de
cette reconnaissance. Ce pallium de laine blanche symbolise en quelque sorte les
brebis dont vous avez la charge comme Pasteur à la suite de Jésus; il a été
déposé sur la tombe du Prince des Apôtres et désormais il concrétisera, spécialement
dans les célébrations de votre sainte liturgie, les liens de communion
profonde qui unissent dans la même foi au Christ et dans une commune
Eucharistie toute l’église copte catholique avec le Siège de Pierre qui
“préside à la charité universelle”. Il est l’expression de l’étreinte
affecteuse de la catholicité tout entière, signe de notre fraternelle
solidarité qui sera un appui et un réconfort dans l’exercice de votre
nouveau service apostolique sur le Siège d’Alexandrie.
2. Oui, soyez béni, bienheureux Frère, car votre visite est le gage de cette paix
qui fait de nous tous un seul coeur et un seul esprit dans le Seigneur. Soyez bénis,
vous aussi, Frères bien-aimés dans l’épiscopat, qui accompagnez votre
Patriarche comme Pasteurs de l’église copte catholique. Au sein des différentes
Eglises, la tradition dont vous réclamez occupe una place importante et de
grande responsabilité. Vous êtes très attachés à ce qui fait la spécificité
de votre Eglise, à ses racines apostoliques.
Je vous souhaite d’être toujours les dignes héritiers des saints qui ont
rendu célèbre l’église copte et qui, encore aujourd’hui, sont à la base
d’une vitalité spirituelle et théologique remarquables. Les Pères de l’Ecole
d’Alexandrie vous ont laissé à la fois un exemple éclatant de fidélité
indéfectible au Christ Seigneur qui est le même “hier, aujourd’hui et
toujours”, et de courageuse ouverture aux exigences culturelles d’un monde
assoiffé de vérité. Les anciens moines du désert vous offrent un modèle inégalé
de radicalisme évangélique, ardente mise en garde face aux compromis toujours
faciles et témoignage vivant de l’attente du Royaume dans la précarité des
entreprises humaines. Bien d’autres trésors sont insérés au plus intime de
l’âme de votre peuple: la sainteté du mariage, le caractère sacré des
liens familiaux, une hospitalité accueillante et généreuse. Et comment ne pas
évoquer cette merveilleuse tradition de prière liturgique qui est la votre,
celle de l’Eglise d’Alexandrie, à la fois solennelle et pleine de sobriété,
pour ne rien dire de cette austérité rigoureuse qui caractérise votre esprit
de pénitence!
Tout en vivant de manière originale votre vie chrétienne, dans la ligne de
cette tradition qui a enrichi toute l’Eglise, vous vous sentez greffés sur
l’arbre de l’Eglise catholique ouverte à tous les peuples, avec leurs
cultures et leurs sensibilités variées, en pleine communion avec le Siège de
Pierre, centre et garant d’unité et d’enrichissement mutuel. Ce matin, d’autres
évêques, appartenant à différents rites, se sont unis à vous en la présente
circonstance: avec vous, ils manifestent dans toute sa beauté la richesse
multiforme de la Sainte Eglise.
3. Cette rencontre des fils de la grande famille catholique, qui rejoint la prière
sacerdotale de Jésus “qu’ils soient uns”, comporte pour nous tous un
appel toujours pressant à être des artisans d’unité. Nous ne pouvons pas
oublier en cet instant la grande majorité de la famille copte avec laquelle je
désire si vivement que nous progressions vers la pleine communion. Votre Béatitude
vient d’affirmer très justement son engagement personnel et celui de toute
l’Eglise copte catholique afin que le cheminement oecuménique, lent et
souvent hérissé d’obstacles mais sûrement conforme au désir du Seigneur,
puisse se poursuivre grâce à l’effort et à la bonne volonté de tous. Cela
suppose que, par le respect de l’autre et de ses responsabilités pastorales
propres, on rétablisse une profonde confiance réciproque et fraternelle.
C’est la condition présupposée à toute collaboration et à ce témoignage
commun des chrétiens si nécessaire partout, mais plus encore, peut-être, dans
l’Egypte aujourd’hui. En effet, les chrétiens doivent s’intégrer
pleinement dans cette société en rapide croissance dans tous les domaines de
l’activité humaine. Ils doivent avoir l’ambition de contribuer à ce grand
mouvement de progrès et d’ouverture qui semble caractériser votre pays
aujourd’hui.
Très chers Frères, quel témoignage de foi, quel message d’amour
pourrions-nous offrir au monde si nous-mêmes, nous pour qui le nom du Christ
donne un sens à la vie, nous perdions notre temps et nous gaspillions s no s
forces en présentant le spectacle de no s propres divisions plutôt que celui
de notre commune vocation? Ne savons-nous pas qu’un royaume divisé contre
lui-même est inévitablement condamné à se désintégrer? Aussi, pour notre
part, soyons toujours les premiers à pardonner, à oublier les torts et à
recommencer chaque jour, s’il le faut, en suscitant de nouvelles occasions de
rencontre et de dialogue. Qui sème dans la charité et dans la vérité, tôt
ou tard, en récoltera les fruits.
4. Par ailleurs, l’esprit de collaboration qui règne entre les diverses
communautés catholiques d’Egypte constitue un motif de joie et d’espérance.
A une époque où toutes sortes de problèmes nouveaux et difficiles, où les
espoirs et les succès, revêtent une dimension régionale et même universelle,
je ne puis qu’encourager et soutenir une telle coopération. Seul un échange
continu et un enrichissement mutuel seront en mesure de répondre, avec clarté,
efficacité et promptitude aux innombrables besoins de l’homme pour mieux le
servir. Et chaque communauté ou Eglise y gagnera, en dépassant le cercle
restreint de ses propres limites.
Enfin, je n’ignore pas combien est précieux le service que prêtent les
religieux et les religieuses de tous rites, en esprit de totale disponibilité,
sans distinction de race, de langue ou d’Institut. Ce message, exprimé de façon
vécue, incite admirablement à une véritable fraternité et à une compréhension
réciproque dans l’action.
C’est pourquoi je suis sur que l’Assemblée des Evêques catholiques
d’Egypte, sous la digne présidence de votre Béatitude, ne manquera pas
d’assurer la coordination indispensable à une action pastorale incisive et
efficiente auprès de leurs fidèles, fondée sur une analyse lucide des
situations et des besoins, dans un esprit d’ouverture aux signes des temps et
inspirée par la créativité inépuisable que permet le dynamisme des dons de
l’Esprit Saint.
5. Dans ce contexte, comme Votre Béatitude l’a relevé, deux taches sont
primordiales: la formation du clergé et une mise en valeur de la responsabilité
des laïcs.
Parmi les critères qui doivent inspirer l’éducation de ceux qui se préparent
à servir la communauté chrétienne dans le ministère ordonné, il nous apparaît
d’abord indispensable d’assurer une rigoureuse fidélité à sa propre
tradition: les prêtres coptes catholiques doivent être pleinement les enfants
de leur peuple formés dans ce climat spirituel qui rendit célèbre la vénérable
Eglise d’Alexandrie. Ils devront en posséder la culture et accéder aux
sources de cette spiritualité pour en devenir les exégètes avisés,
respectueux des valeurs de leur passé et capables en même temps d’en faire
une relecture actualisée, ouverte aux interpellations des temps nouveaux. Pour
cela, une sage valorisation de votre splendide liturgie, permettant aux prêtres
et aux diacres de célébrer les divins mystères avec toute la dignité
requise, sera de toute première importance.
Il importe également de veiller à leur formation pastorale. Leur présence
ministérielle n’est pas liée exclusivement à une administration
occasionnelle des sacrements, qui sont certes des instruments irremplaçables de
la grâce, mais qui doivent être reçus et vécus au sein d’une communauté
vivante, inspirée par une foi éclairée et agissante, animée d’une charité
courageuse. La validité du témoignage chrétien est tributaire de tout un
engagement pastoral réaliste que les prêtres auront su mettre en oeuvre avec
la communauté des fidèles.
6. C’est précisément dans la perspective d’une Eglise locale admirablement
articulée dans ses charismes et ses ministères qu’émerge le rôle
fondamental du laïcat que le prochain Synode entend promouvoir. Nous savons
combien le développement de l’Eglise dépend de nos laïcs, non seulement grâce
aux services par lesquels ils soutiennent les communautés chrétiennes, mais grâce
à leur témoignage quotidien et à leur action spécifique au sein des réalités
temporelles qui tissent la société et y font advenir le règne de Dieu: une
activité professionnelle qualifiée et honnête, un travail réalisé avec
amour et abnégation, une vie de famille marquée par l’unité et la fidélité
même au milieu des épreuves, l’éducation de la jeunesse, la promotion
d’initiatives en faveur des pauvres et des marginaux et, toujours,
l’affirmation vécue de la suprématie de la personne humaine sur le pur
profit ou le simple avantage personnel, la sauvegarde de la dignité humaine, de
la liberté de conscience et d’expression, le témoignage d’une vie tournée
vers Dieu, dans une prière fréquente et confiante. Cela suppose que les laïcs
se ressourcent dans une vie sacramentelle intense et une formation catéchistique
solide. Voilà quelques-uns des nombreux moyens de rendre l’Evangile crédible
aux yeux de ceux qui ne partagent pas, en tout ou en partie, le sens de notre
vie.
7. Béatitude, chers Frères dans l’épiscopat, ce que je viens d’évoquer
devant vous, c’est ce que toutes les communautés ecclésiales sont appelées
à réaliser pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. C’est en cela que
nous sommes les serviteurs de l’unique Seigneur et Sauveur. Prions les uns
pour les autres.
Pour ma part, j’invoque sur vous les dons de l’Esprit Saint, sa lumière et
sa force. Et je vous assure que vous pourrez toujours trouver dans le successeur
de Pierre le soutien et l’encouragement que vous désirez. Je redis mon estime
pour votre jeune Eglise enracinée dans une si antique tradition. Je vous
remercie de votre visite et de votre confiance.
A vous et à tous ceux qui vous accompagnent ou que vous représentez, Frères
et Soeurs de l’Eglise copte catholique ou des communautés catholiques des
divers rites, je donne de tout coeur ma Bénédiction. Que le Seigneur vous
affermisse dans la foi qui fait notre joie à tous! Qu’il vous garde dans
l’espérance, même lorsque vous avez l’impression d’être “le petit
troupeau” de l’Evangile, qu’il vous maintienne prêts à justifier cette
espérance qui est en vous! Qu’il élargisse vos cœurs aux dimensions de son
Amour! Qu’il accorde à tout le peuple d’Egypte la prospérité et la
paix!
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