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DISCOURS DU PAPE
JEAN-PAUL II
AU
NOUVEL AMBASSADEUR DES
PAYS-BAS
PRÈS LE SAINT-SIÈGE*
Monsieur l’Ambassadeur,
1. Je suis heureux de vous accueillir. Les propos que vous venez de tenir sont
le gage du sérieux avec lequel vous abordez votre mission d’Ambassadeur auprès du Saint-Siège. Soyez assuré que vous trouverez ici
les appuis nécessaires pour mener à bien cette haute fonction, à la suite de vos
prédécesseurs.
Vous êtes envoyé par Sa Majesté la Reine Béatrix dont la visite au Vatican a été
fort appréciée et qui m’a si bien accueilli elle-même dans son Palais royal Huis
ten Bosch. Je garde en effet un agréable souvenir de l’hospitalité courtoise et
des échanges que nous avons pu avoir dans les deux circonstances. Je saurais gré
à Votre Excellence de bien vouloir La remercier de ses salutations et d’être
auprès d’Elle l’interprète de ma respectueuse considération et de mes vœux
cordiaux pour la Famille royale et pour votre cher pays.
2. Vous avez évoqué de façon sympathique mon voyage apostolique chez vous. Il a
été une occasion singulière et mémorable de resserrer les liens du Saint-Siège
avec le Royaume des Pays-Bas, avec son Gouvernement, avec l’ensemble du peuple
néerlandais et, bien sur, d’un manière privilégiée avec les évêques catholiques
et leurs communautés ecclésiales, dans le cadre d’une visite avant tout
pastorale.
Je savais que je rencontrais chez vous, non seulement une nation au passé
culturel et artistique prestigieux, mais un peuple industrieux, courageux,
entreprenant, soucieux de traduire ses idéaux en engagements pratiques, et
toujours épris de liberté. Les diverses étapes de mon voyage dans les belles
cités chargées d’histoire – vous avez évoqué la “Paushuize” de mon prédécesseur
Adrien VI à Utrecht –, comme le survol de la campagne verdoyante qui porte la
marque d’un travail soigné et opiniâtre, et surtout les témoignages que j’ai
recueillis, ont confirmé cette réputation. J’ai observé aussi combien la
religion chrétienne avait façonné l’âme de ce peuple et marquait encore de son
impact nombre d’institutions sociales et culturelles, tandis que, par ailleurs,
est assurée, à tous les échelons, une large liberté religieuse, dont bénéficient
toutes les confessions.
3. Pour ce qui est de l’engagement politique, Votre Excellence a souligné la
participation active des Pays-Bas à la vie internationale, où se manifeste son
souci de renforcer la paix partout où elle est menacée, d’instaurer plus de
justice, de garantir efficacement les droits de l’homme. Votre Gouvernement
prend une part spéciale et parfois déterminante dans l’activité des diverses
Institutions européennes. Vous connaissez l’intérêt que le Saint-Siège porte à
tous ces efforts susceptibles de rendre la communauté humaine plus fraternelle,
plus solidaire, grâce à l’élaboration et à l’application de mesures politiques,
juridiques et économiques adéquates.
Je voudrais surtout mentionner un point qui fait honneur à votre pays: c’est la
générosité avec laquelle le peuple et le Gouvernement néerlandais participent au
développement des peuples moins fortunés du tiers-monde. La communauté
catholique soutient largement cet engagement. N’est-ce pas d’ailleurs dans le
même mouvement que vos compatriotes chrétiens ont apporté une contribution
exemplaire à l’évangélisation dans les pays de mission et qu’ils continuent
maintenant leur engagement dans les jeunes Eglises? Les Néerlandais ont le sens
des besoins des autres, ils savent s’ouvrir à l’universel et cela par des actes
plus qu’en paroles. Le Saint-Siège s’en réjouit et vous félicite.
4. Vous avez insisté à juste titre, Monsieur l’Ambassadeur, sur la mission
spécifique, spirituelle, de l’Eglise et du Saint-Siège qui en est le centre.
C’est dire son souci fondamental de la formation des consciences, à laquelle
œuvrent, sur le terrain en chaque pays, les Eglises locales en communion avec
le successeur de Pierre. Volontiers, selon votre souhait, je prie pour le salut
de tous vos compatriotes. Et dans ce salut est comprise la promotion des valeurs
morales et spirituelles.
L’Eglise manquerait à son devoir si elle ne cherchait pas à éclairer les
consciences, à désigner les maux qui menacent à la fois la vie chrétienne et l’intégralité
de l’homme, à encourager ce qui est conforme à la vérité et au bien de l’homme. Elle n’a pas de pouvoir direct sur les lois ou institutions de l’Etat, que les
citoyens se donnent démocratiquement, en toute liberté. Mais elle garde son
jugement à leur égard, et elle distinguera toujours ce qui est permis par les
lois civiles, et ce qui est moral, cohérent avec une conscience bien formée.
C’est le cas, entre autres, du respect de la vie des la conception ou dans les
conditions de maladie grave ou de vieillesse. Oui, l’Eglise interpelle sans
cesse les consciences pour un sursaut moral.
A vrai dire, il appartient aux évêques d’un pays de faire réfléchir leurs
compatriotes sur ces principes qui sont ceux de l’Eglise universelle et que le
Saint-Siège rappelle; et vos évêques n’ont pas manqué de le faire dans les deux
domaines que je viens de mentionner. Par ailleurs, il y a beaucoup d’autres
problèmes moraux, complexes, et il faut bien constater que les jeunes
générations notamment sont très désorientées, cherchant souvent une fuite dans
les stupéfiants ou dans des mœurs qui les dégradent. Qui ne voudrait se
préoccuper de l’éducation à l’authentique liberté à la recherche de la vérité,
au respect de l’amour, aux valeurs familiales? L’Eglise, pour sa part, désire y travailler de toutes ses forces, à sa place,
dans le respect de la conscience des autres, et elle ne doute pas qu’elle
rencontre en ce domaine l’assentiment des responsables civils du bien commun.
Ceux-ci, en effet, sont mieux placés que d’autres pour voir qu’il y a là un défi
à relever pour l’avenir du pays, pour son véritable progrès humain et spirituel,
en conformité avec l’héritage chrétien qui l’a si fortement marqué et qui
demeure, pour ceux qui l’acceptent, une source de vie.
Tels sont, Monsieur l’Ambassadeur, les sentiments qui m’animent au seuil de
votre mission diplomatique auprès du Saint-Siège. Je forme devant Dieu les
meilleurs vœux pour vous, pour le peuple néerlandais et ses gouvernants, en
invoquant sur eux les bénédictions de celui qui donne joie, force et lumière aux
hommes de bonne volonté.
*AAS 78 (1986), p. 1286-1288.
Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. IX, 1 pp. 1769-1772.
L'Attività della Santa Sede 1986 pp. 451-453.
L’Osservatore Romano 6.6.1986 p.5.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.23 p.8.
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