Chers fils du Bienheureux Eugène de Mazenod,
et membres du XXXIème chapitre général,
Sachant
que vous représentez presque six mille religieux consacrés à l’évangélisation,
spécialement parmi les populations déshéritées, j’éprouve un grand réconfort
ecclésial en vous accueillant. Que le Seigneur préside lui-même à notre
rencontre si favorable à la communion des esprits et des cœurs!
1. Je me tourne d’abord vers celui que vous venez d’élire comme nouveau supérieur
général, le Père Marcello Zago, dont j’ai apprécié le bon travail au Secrétariat
pour les croyants non chrétiens. Je lui présente mes souhaits de très
fructueux service des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Au nom de l’Eglise,
je me dois également de remercier chaleureusement le Père Fernand Jetté.
Chacun sait qu’il n’a épargné aucune fatigue pour communiquer un nouveau
souffle évangélique à la grande famille oblate. Puisse sa santé davantage ménagée
lui permettre de servir longtemps encore sa chère Congrégation, qui lui semble
– en un certain sens – “commencer son œuvre, tellement le chantier qui
s’ouvre devant elle est encore plus vaste et plus difficile qu’au temps du
Fondateur”.
2. Le chapitre de 1980 appelait tous les Oblats de Marie à intérioriser les
Constitutions et les Règles qu’il venait de mettre à jour, et donc à
s’engager sur une voie de nouvelle conversion. Après deux décennies, qui ont
vu nombre d’Instituts religieux s’interroger et multiplier les expériences,
parfois au-delà d’un seuil de sagesse, on est peu à peu revenu aux sources
premières, à une relecture sereine et profonde du charisme des fondateurs.
Vous-même, cher fils de Mgr de Mazenod, vous éprouvez la joie d’une identité
oblate mieux perçue et mieux vécue, même s’il reste du chemin à parcourir.
Le chapitre de 1986, dont le thème est “la mission de l’Oblat dans le monde
d’aujourd’hui”, m’apparaît dans le droit fil du précédent et me fait
songer à l’adage scolastique “operatio sequitur esse”. Il m’a été agréable
de donner un regard sur les travaux préparatoires de ce chapitre. J’ai
remarqué une convergence notoire des diverses régions de la Congrégation en
direction d’un labeur missionnaire communautaire plus nettement consacré aux
populations défavorisées, quitte à sacrifier les engagements plus personnels.
Cette première convergence en fait apparaître une autre, à savoir
l’accentuation ou même la reprise d’une véritable vie communautaire,
transparente, fraternelle, joyeuse, ouverte, et donc génératrice de ferveur
pour votre vie religieuse et apostolique. Depuis 160 ans, les Oblates de Marie
Immaculée ont pour leur part écrit un merveilleux chapitre de l’histoire
missionnaire de l’Eglise contemporaine, du Grand Nord à l’Equateur. Vous me
permettrez de citer la très grande figure de Mgr Vital Grandin pour le passé,
et le très courageux Président de la Conférence Episcopale d’Afrique du
Sud, Mgr Hurley, pour le présent. Je rends grâce à Dieu de sentir
qu’aujourd’hui un grand nombre d’Oblats, désireux d’entraîner tous
leurs frères, veulent saisir à pleine main l’idéal qui emporta leur
Bienheureux Fondateur dans une aventure évangélique missionnaire dont il
n’osait imaginer l’étonnant développement, vu les mille obstacles rencontrés
sur sa route.
3. Cette “mission oblate” se déroule maintenant dans des lieux, et dans un
contexte culturel, qui ne sont plus ceux de la Provence et des premières
missions “ad gentes” au temps de Mgr de Mazenod. Hélas! le monde moderne
engendre de nouvelles misères et de nouveaux pauvres. Qui nous donnera les
statistiques exactes des personnes isolées, des familles, des populations
victimes des incessantes mutations socio-économiques et culturelles, submergées
par des problèmes qui les dépassent, découragées par des injustices
insupportables, au point de perdre le sens et le goût de la vie? Fils d’Eugène
de Mazenod, dont le zèle pour l’annonce de l’Evangile a été comparé au
vent du mistral, héritiers d’une lignée presque deux fois séculaire
d’Oblats passionnés de Jésus-Christ, laissez-vous plus que jamais attirer
par les foules immenses et pauvres des régions du tiers monde, comme par ce
quart monde occidental stagnant dans la misère et souvent dans l’ignorance de
Dieu!
4. Les synthèses des travaux préparatoires à ce chapitre mettent aussi en relief
une condition “sine qua non” de la vitalité de la Congrégation, à savoir
que les Oblates soient comme empoignés, habités par la spiritualité du
Fondateur. Vous avez tous en mémoire la grâce, sans doute d’ordre mystique,
accordée à Mazenod le Vendredi saint de l’année 1807. Sa contemplation de
la Passion sanglante du Christ fut déterminante. Elle le poussa irrésistiblement
vers les pauvres de Provence et plus tard, par le biais de son épiscopat à
Marseille, vers les pauvres du monde entier. La question fondamentale qu’il
pose aujourd’hui à tous ses fils, par la voix du Successeur de Pierre, est brève
et bouleversante: a Jésus-Christ est-il bien au cœur de votre vie?
...”.
5. Cette ferveur de chaque Oblat et de chaque communauté est la clé du problème
des vocations. Comment des jeunes viendraient ils frapper à la porte de
communautés médiocres, égarées dans le sécularisme? Depuis cinq ans, des
encouragements notoires ont été donnés à la Congrégation, à travers les
implantations de Pologne, d’Italie, du Lesotho, du Zaïre. Vous avez doublé
le nombre de vos novices et de vos scolastiques entre 1981 et 1986. Veillez
aussi à appeler non seulement à la vie missionnaire oblate dans le ministère
presbytéral, mais également dans le service bien préparé et très précieux
de Frère Oblat. Continuez d’associer largement le laïcat chrétien à vos tâches
d’évangélisation des pauvres. Sachez écouter la voix de la jeune génération
oblate. Certes, les jeunes ne peuvent posséder la sagesse des anciens. Pourtant
leurs aspirations, quand elles sont généreuses et judicieusement soutenues,
constituent une grâce de renouveau pour les Instituts religieux. Je ne puis
manquer d’encourager très vivement le Conseil général et les Provinciaux à
donner à tous ces jeunes une formation philosophique et théologique,
spirituelle et pastorale, de grande qualité et en totale harmonie avec le
Magistère de l’Eglise. Ce disant, je pense en effet que votre Congrégation,
comme tant d’autres, est appelée à relever un formidable défi: celui de
dire Jésus-Christ à l’homme d’aujourd’hui, si facilement ébloui par la
science et la technologie et victime d’un matérialisme trompeur et
annihilant. Partout où vous êtes, en Europe, en Amérique du Nord et du Sud,
en Afrique et en Asie, unissez-vous plus que jamais et coopérez au maximum
entre régions et provinces pour annoncer le Christ et son Evangile libérateur.
6. I wish to end this family conversation by inviting you to look afresh at the
place of the Immaculate Virgin in your personal lives, your communities and your
missionary work. You recall that Blessed Eugène, having first decided upon the
name "Oblates of Saint Charles", while in Rome had the intuition of a
different one: "Oblates of Mary". On 22 December 1825, he wrote to
Father Tempier: "Oblates of Mary! This name satisfies the heart and the
ear!". You also know that on 15 August 1822, after wonderfully exalting the
Mother of God in the Church of the Mission, situated in Cours Mirabeau at Aix,
and having blessed a statue of Mary Immaculate, your Founder attributed to this
Good Mother a singular grace: an interior assurance of the excellence of his
society and of the good that it was going to do in the future. Dear Sons of
Blessed Eugène de Mazenod, always and everywhere be the Missionary Oblates of
Mary Immaculate! Under her protection, you are assured of never losing courage
and confidence, peace and joy. I am happy to give you my Apostolic Blessing and
to extend it to all the Oblates whom you represent.