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DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX PARTICIPANTS AU COLLOQUE SUR LE THÈME:
SCIENCE, PHILOSOPHIE ET THÉOLOGIE.
SCIENCE ET PERSPECTIVE DE L'HOMME.
LE RELATIF ET L'ABSOLU.

Vendredi 5 septembre 1986

 

Mesdames, Messieurs,

1. VOUS AVEZ PRIS l’initiative de tenir à Rome un colloque sur le thème “Science, Philosophie et Théologie. Science et perspective de l’homme. Le relatif et l’absolu”. Et vous avez, à cette occasion, souhaité rencontrer le Pape, dans votre souci de manifester, au cœur même de vos recherches, une fidélité sans faille à la foi catholique et aux directives du ministère de Pierre.

Même si cette rencontre est brève je vous reçois avec joie. Car j’attache une grande importance, vous le savez, à la recherche exigeante de la vérité, et à la confrontation loyale de tous ceux qui s’y consacrent, à partir de leur champ propre d’observations, d’études et de réflexions, dans le respect de leur méthodologie et de leur épistémologie. La vérité est une. Mais elle se présente à nous de façon fragmentée à travers les multiples canaux qui nous conduisent à son approche différenciée. Aussi est-ce la grandeur de l’homme que de se consacrer sans relâche à en pénétrer toutes les dimensions.

La raison, de par sa nature, est ordonnée à la vérité. Et la foi est adhésion à la Vérité, dont la Source même est révélée à l’intelligence et à l’amour de l’homme. Vous “appartenez à diverses disciplines scientifiques, sciences de la nature et sciences humaines, dont les méthodes sont bien différentes. Et ceux d’entre vous qui sont philosophes et théologiens savent bien qu’en tant que sciences, philosophie et théologie sont elles-mêmes des tentatives limitées pour percevoir l’unité complexe de la vérité. Il importe aussi bien de poursuivre la recherche d’une synthèse vitale dont la nostalgie nous aiguillonne que d’éviter tout concordisme irrespectueux des ordres de connaissance et des degrés de certitude distincts.

Aussi, je me réjouis de votre initiative, comme de tous les efforts qui cherchent à faire le lien entre la science et la foi, sans minimiser aucun des deux termes et en honorant en plénitude les exigences de l’une et de l’autre.

2. L’une des grandes préoccupations de l’Eglise est celle d’une pastorale de l’intelligence qui prenne en compte les données complexes de la culture scientifique de notre temps, avec les nouveaux problèmes suscités par la place des sciences dans la culture contemporaine. Le Concile Vatican II déjà, dans la constitution pastorale “Gaudium et Spes”, a donné des indications majeures à cet égard, mais qui demandent sans cesse à être vécues, réactualisées, à la lumière des progrès de la connaissance scientifique. Les savants chrétiens portent à cet égard une responsabilité essentielle. Ils ont sans cesse à confronter les acquis renouvelés de leur science avec les données permanentes de la foi. Trop souvent les langages scientifiques spécifiques demeurent difficilement compréhensibles aux non-initiés, c’est-à-dire aussi à la plupart des philosophes et des théologiens. C’est dire la nécessité d’une confrontation permanente entre la vision scientifique renouvelée de l’homme et du monde et les résultats obtenus par la recherche philosophique et par la réflexion théologique. La vision contemporaine du cosmos, la conception du temps et de l’espace, les acquis foisonnants de la physique, de la chimie, de la biologie, aussi bien que de la cosmologie moderne, avec les nouveaux apports des sciences humaines, appellent une formulation renouvelée de l’anthropologie chrétienne, et un renouveau de la pensée philosophique chez les chrétiens.

3. Ainsi, vous apportez des matériaux intéressants à la réflexion philosophique, qui, à son tour, vous fera entrer dans une perspective essentielle, d’un autre ordre. Vous constatez d’ailleurs souvent, dans vos milieux scientifiques universitaires, une certaine gêne devant toutes les questions qui dépassent l’observation, l’hypothèse, l’application technique. Pourtant, les questions fondamentales de la métaphysique, de ce qui est au-delà des phénomènes, les questions de l’être, du sens et de la finalité du cosmos et de l’homme, de son rapport à Dieu, de l’infini, de la transcendance, demeurent tout aussi importantes que dans le passé, comme des philosophes récents l’ont bien montré en approfondissant la philosophie classique de l’être: je pense à Etienne Gilson, Jacques Maritain... Vous mêmes, vous en êtes persuadés, soit que vous soyez philosophes, soit grâce aux intuitions liées à votre foi: vous avez sans doute la vocation de contribuer à ouvrir vos milieux sur ces questions fondamentales.

4. Et la réflexion rationnelle bien menée joue aussi un rôle capital pour assurer les présupposés de la foi, qui est évidemment d’un autre ordre. Ce n’est pas sans motif que le magistère de l’Eglise a souvent insisté sur la nécessité de l’instance philosophique comme présupposé de l’exercice normal de la vie de la Loi dans les esprits. L’Eglise, en effet, ne redoute en rien le pouvoir de la raison mais appelle de ses vœux une réflexion que requièrent la nouvelle situation culturelle créée par le développement des sciences et les nouveaux problèmes éthiques suscités par l’émergence d’une société scientificotechnique.

Parfois la vision du monde et de l’histoire que suggèrent les données scientifiques dans l’état actuel de la recherche, ou même la réflexion philosophique, peut sembler difficile à harmoniser avec les données certaines de la foi. L’enseignement théologique de la Bible – comme la doctrine de l’Eglise qui l’explicite – nous apprend moins le comment des choses que leur pourquoi; il nous révèle le dessein de Dieu sur tout le créé, sur l’univers visible et invisible, sur l’homme, la grâce inouïe et primordiale que Dieu lui a faite, sa destinée, le mystère de sa liberté, la gravité de son péché, la Rédemption. Ce dessein de Dieu, qui éclaire l’anthropologie chrétienne, ne pourra pas se déduire des données scientifiques, il n’est pas non plus monté au cœur de l’homme (Cfr. 1 Cor. 2,9).  C’est votre honneur de croyants fidèles d’y adhérer loyalement et fermement, de chercher à en pénétrer le sens profond au-delà des métaphores, de prendre appui sur ces points essentiels de la foi, tout en demeurant des savants qui ne renoncent en rien à observer, à réfléchir, à échafauder des hypothèses qui restent à vérifier et à confronter. C’est sur cette crête exigeante que vous êtes appelés à marcher, le regard fixé sur les deux versants de la vérité. Votre horizon en sera sans cesse élargi.

5. Voici, chers amis, quelques réflexions qui vous invitent au courage de l’intelligence et à l’effort de la pensée: pour le chrétien, ils vont de pair avec l’engagement d’une vie authentiquement évangélique.

Dieu merci, vous n’êtes pas seuls dans vos recherches. D’autres centres de réflexion s’y rattachent. Et je souhaite qu’une communication fraternelle fasse bénéficier les uns et les autres de leurs connaissances et de leurs échanges, que vous puissiez vous rencontrer et collaborer sur l’essentiel qui vous est commun: la foi. Et que progresse, dans vos diocèses, sous la responsabilité de vos Evêques, toute une pastorale de la pensée qui apporte une aide spécifique aux scientifiques chrétiens, et aussi aux autres scientifiques de bonne volonté qui veulent bien profiter de leur réflexion, de leur témoignage, de leur prière!

Oui, notre temps a besoin d’hommes de science, de philosophes et de théologiens, qui soient tout à la fois des hommes de culture et des hommes de foi, toujours prêts au dialogue avec leurs frères, parce qu’ils sont assidus au rendez-vous avec Dieu, dans la prière, la méditation de la Parole de Dieu, la vie sacramentelle.

C’est mon vœu pour vous, c’est ma prière, avec ma cordiale Bénédiction Apostolique.

 

© Copyright 1986 - Libreria Editrice Vaticana

 

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