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PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE

RENCONTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AVEC LES JEUNES DE L
EUROPE DANS LE STADE MEINAU

Strasbourg (France)
Samedi, 8 octobre 1988

I.
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Chers jeunes, chers amis,

A) Merci de ce jeu scénique qui exprime vos attentes. Merci de votre confiance. Vous posez de bonnes questions, et vous me demandez: «Dis-nous l’espérance qui vient de Dieu».

Vous savez combien je désire, en chaque pays que je visite, rencontrer les jeunes. Ce soir, ma joie est grande; votre groupe est en lui-même un symbole, il rassemble des jeunes de nombreuses régions: de l’Alsace d’abord et d’autres provinces de France, mais aussi de presque tous les pays d’Europe.

Herzlich grüße ich auch euch, junge Menschen aus Deutschland, Österreich, Luxemburg und der Schweiz!

Van harte groet ik ook alle jongeren uit België en Nederland die naar deze Europese bijeenkomst gekomen zijn.

Rivolgo un saluto particolare ai giovani di lingua italiana provenienti dall’Italia e dalla Svizzera. Carissimi, vi ringrazio per la vostra presenza. Date testimonianza della vostra fede!

Deseo saludar muy cordialmente a los jóvenes procedentes de España que han querido unirse a nuestro encuentro.

Serdecznie witam i pozdrawiam przedstawicieli polskiej młodzieży, biorących udziałl w tym, dzisiejszym europejskim spotkaniu ludzi młodych z Papieżem. W Was i przez Was witam i pozdrawiam cała młodzież w umilowanej Ojczyźnie i na emigracji.

Strasbourg est vraiment un carrefour pour les jeunes de l’Europe, comme pour les institutions politiques et juridiques européennes.

Bravo! Votre dramaturgie montre d’abord ce qui vous fait mal. Alors, monte votre question: pourquoi? Que fait l’Eglise? Comment en sortir?

Je respecte votre souffrance. J’accueille les questions qu’elle vous pose. Car c’est une expérience que beaucoup d’entre vous font dans leur propre vie, ou du moins certains de vos amis. Vous l’avez dit dans vos réponses au questionnaire. Il y a même, sans doute, des maux encore plus graves, plus étendus. Les pauvres des autres continents vous le diraient. En un sens, l’Europe est encore privilégiée. Mais vous voulez être solidaires des autres. Et c’est bien. En même temps, il y a sûrement des aspects positifs, des signes d’espérance un peu partout, même et surtout chez les plus pauvres du monde. Cela aussi, il nous faudra le relever.

Vous n’attendez pas de moi une solution technique pour chaque situation. Il n’y a pas d’ailleurs de réponse générale, facile, pas de remède-miracle. Même le Pape n’en a pas! Mais il y a une Parole de Dieu qui éclaire les voies pour réfléchir, pour agir.

Cette Parole ne vous est pas étrangère. Je crois que vous êtes capables de retrouver en vous-mêmes le chemin pour surmonter peu à peu le désordre qui vous préoccupe. Votre cœur est généreux. Votre conscience est droite. Vos propos traduisent déjà une foi, une espérance. Même votre insatisfaction a un sens caché: elle manifeste que cette terre ne comblera jamais nos cœurs humains, que Dieu nous ouvre une autre espérance.

Oui, vous êtes sur la voie qui mène à la lumière. Sans doute parce que vous héritez d’une civilisation chrétienne qui a marqué toute l’Europe. Vous en vivez sans bien le savoir. Tout votre idéal a ses racines dans la foi, même lorsque Dieu semble absent de votre horizon. Ce matin, j’ai parlé en ce sens devant les membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. L’œuvre qu’ils ont entreprise est belle et neuve; par leurs représentants, vingt et un pays cherchent les bases d’une Europe nouvelle. Je les ai invités à prendre en considération les racines de l’Europe, les dynamismes chrétiens qui ont façonné son devenir, pour trouver le chemin d’un humanisme renouvelé, ouvert aux valeurs transcendantes.

Vous, vous devez réfléchir de même, personnellement et entre vous. Vous avez aussi des aînés qui peuvent vous aider. Vous avez des prêtres et des évêques qui vous accompagnent. Le Pape ne les remplace pas. Surtout, vous avez l’Esprit Saint qui demeure en vous.

Pour ma part, je vous donne volontiers le témoignage de ce que je crois, de ce que j’ai vu, de ce que j’ai vécu. C’est en même temps le témoignage de l’Eglise, de l’ensemble des chrétiens qui accueillent la pensée de Dieu. Je suis témoin de cette Tradition qui vient du Seigneur. Et le Seigneur m’a chargé de ne pas garder pour moi ce trésor, mais de le partager pour affermir mes frères et mes cœurs.

B) Je réponds donc surtout à votre «pourquoi»? Quel est donc, dans le projet de Dieu, le sens caché de ce monde qui apparaît souvent chaotique? Qu’est-ce que Dieu a voulu? Je m’inspire du livre de la Parole de Dieu, qui dévoile le commencement, la Genèse, et qui transmet le message du Christ.

1. D’abord, Dieu ne veut pas le mal, ni le désordre, ni l’humiliation de l’homme, ni le saccage de la nature, ni le mépris des pauvres.

Il a créé le monde pour être habitable, pour être bon, beau, harmonieux. Il a créé la nature pour l’homme. Dieu est Amour en lui-même. C’est le secret de Jésus, livré à son disciple Jean. Vous pensez bien que le monde porte un reflet de cet Amour créateur. Le refrain qui scande le récit de la création des astres, de la terre, des plantes, des animaux, de l’homme, c’est: «Dieu vit que cela était bon, très bon!»[1]. 

Plus encore, tout en demeurant l’Infini, au-delà de toute créature, Dieu a appelé les hommes à entrer dans un rapport personnel avec lui, à participer à sa Vie divine, à vivre en enfants de Dieu.

Voilà ce qui est sûr dans le projet de Dieu.

2. Wenn alles von Gott herkommt: was muß dann unsere erste Antwort darauf sein? Die Welt annehmen als ein Geschenk Gottes. Sie nicht verachten. Sie nicht für sich allein in Beschlag nehmen. Sondern dafür danken. Bewußt bleiben, daß wir ohne Gott nichts wären.

3. Und außerdem: die Natur achten. Eure Generation versteht es nicht, wenn man die Natur zerstört, sie sinnlos verunstaltet, wenn man sie verschmutzt und maßlos ausbeutet. Und ihr habt recht damit.

4. Aber der Mensch kann vor der Natur nicht in passivem Respekt und in Furcht verharren. Gott hat ihn dazu berufen, Herr über die Natur zu sein. Er hat ihm den Verstand gegeben, um ihre Gesetze und Geheimnisse aufzuspüren und sie zugestalten. Das ist der Sinn der Arbeit. Das ist auch der Sinn eures Lernens. Die Welt ist den Händen des Menschen anvertraut, seinem Erfindergeist, seinem Mut.

Das menschliche Wirken hat keine andere Grenze als die Achtung vor Gott und die Achtung vor dem Leben und der Würde der Menschen, dazu die Klugheit, nicht die Zerstörung der Gleichgewichte der Natur zu riskieren. Das ist die Größe des Menschen! Sein Wirken sei jedoch ohne Stolz, nicht gegen Gott – wie bei den Erbauern des Turmes von Babel oder bei Prometheus –, sondern mit ihm! Mann und Frau schaffen mit Gott zusammen, indem sie das Leben weiterschenken und arbeiten: »Seid fruchtbar und vermehrt euch, bevölkert die Erde, unterwerft sie euch«[2]. Die Arbeit ist bereits sehr wichtig wegen ihrer objektiven Ergebnisse, zu allererst aber für die Entfaltung des arbeitenden Menschen selbst. Und darauf hat er ein Recht.

5. Mais il est une autre loi de la création: celle de la solidarité. Les hommes ont été créés solidaires en Adam, liés les uns aux autres, dans le bien comme dans le mal. Cette solidarité a un côté merveilleux: nous héritons de la sagesse et du progrès des générations précédentes; mais aussi de leurs fautes. On ne peut pas vouloir l’un en évitant l’autre. Cette région de l’Europe a été profondément marquée par les conflits meurtries des deux guerres mondiales. Vous n’avez pas connu ces guerres. Mais elles ont marqué vos parents et elles vous marquent dans votre subconscient. Il vous revient maintenant de consolider la paix.

6. La terre appartient à Dieu, mais elle a été donnée à l’ensemble des hommes. Dieu ne veut pas le gaspillage des uns et la famine des autres, l’abondance des uns parce que leur sol est généreux, et le dénuement des autres parce qu’ils n’ont pas cette chance. Il ne doit pas y avoir des privilèges pour les riches et les forts, et l’injustice pour les pauvres et les handicapés. Tous sont égaux en dignité. Nous ne pouvons exister les uns sans les autres; et nous avons tous à recevoir des autres. Certes, il est bon que chacun ait une responsabilité personnelle, développe ses talents, s’approprie une partie de la nature pour la mettre en valeur. Mais Dieu a voulu un monde de partage, de solidarité, d’entraide.

L’Eglise le dit-elle assez fort? Peut-être pas. Les membres de l’Eglise ont aussi leurs faiblesses. Nous sommes l’Eglise, vous et moi. Et l’Eglise n’est pas seule à façonner ce monde. Elle voudrait amener à la conversion ceux qui abusent de l’homme, mais pas par la haine ou la violence. Pour ma part, la question sociale me tient tellement à cœur que j’y ai consacré une encyclique: «Sollicitudo Rei Socialis». «La paix est le fruit de la solidarité»[4]. 

7. Le plan de Dieu, c’est encore le partenariat entre l’homme et la femme. A l’un et à l’autre Dieu a voulu confier le monde. L’un et l’autre ont été créés à son image. La femme est de la même race que l’homme, «chair de sa chair» selon l’image biblique. Son sort dépend beaucoup du regard que l’homme porte sur elle, comme le dit Jésus. Jamais elle ne doit être réduite à un objet. Elle a la même dignité, des droits égaux. Mais l’homme et la femme ont chacun leurs dons. On ne peut les assimiler l’un à l’autre. Vous avez souligné la part originale que la femme apporte pour l’éclosion de la vie, le rêve, l’amour.

L’homme vit ces choses aussi, mais autrement. La femme a sa contribution spécifique dans la société. Elle l’a aussi dans l’Eglise. Je viens de publier un document sur la place de la femme dans le plan de Dieu.

8. Reste un dernier aspect, très important, de la création. C’est la liberté de l’homme et de la femme dans la recherche du bien. Dieu n’a pas fait le mal. Mais il a laissé l’homme libre. Que serait l’homme sans la liberté?

Dieu a préféré cette liberté aux prosternements d’esclaves, comme dit votre poète Péguy. Or l’homme et la femme se sont fermés à Dieu. Ils ont cru pouvoir disposer à leur gré du bien et du mal. Mais ils ne peuvent éviter les conséquences de leurs choix. C’est pourquoi il y a dans le cœur de l’homme une mystérieuse rupture à l’égard de Dieu, à l’égard du bien, qui s’est répercutée dans toute la création, entre les hommes, entre l’homme et la femme entre la nature et l’homme.

C’est une certitude de la Révélation. Et cela explique beaucoup de nos misères. Car les hommes d’aujourd’hui font la même chose. Ils se croient des dieux. Ils ne retrouveront la paix qu’en retrouvant l’obéissance à Dieu. Oui, nous sommes tous pécheurs. C’est en nous que se trouve la raison du malheur; c’est dans notre conversion que se trouve le bonheur.

Mais pouvons-nous y parvenir par nos propres forces? C’est une autre histoire. Nous avons besoin d’un Sauveur, qui nous éclaire, qui nous libère. J’ai nommé Jésus Christ. Il vient de chez nous, fils de Marie. Il vient de Dieu, fils de Dieu. Il nous réapprend le chemin de Dieu, le chemin de la maîtrise de soi et du monde, le chemin du bien, du partage, de l’amour.

De l’amour... Mais vous aussi, vous avez un nouveau témoignage à donner à ce sujet.

 

II.
Aimer

1. Chers amis, le Christ est venu. Il a semé la Parole de Dieu, sous forme de paraboles, dans le cœur des disciples, pour que le Royaume de Dieu commence sur terre, en attendant son achèvement dans l’au-delà.

Mais le Christ ne s’est pas contenté de parler, ni même de guérir. Il a donné sa vie. Il a été lui-même semé en terre, comme le grain de blé qui meurt pour porter du fruit[5]. Il est ressuscité. Il a envoyé son Esprit, son «Souffle». L’Eglise est née. Il a donné un commandement nouveau: «On vous reconnaîtra pour mes disciples si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés»[6]. 

2. Vous êtes ses héritiers. A vous, il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu, d’y participer, d’en donner le goût au monde. Mais que pouvez vous faire devant les grands problèmes auxquels vous êtes affrontés, devant les masses de gens en quête de bonheur, de salut?

Jésus vous dit, comme aux Apôtres: «Ne craignez pas, petit troupeau», comme si vous étiez seuls à agir. Ce que le Christ a semé dans son Eglise, en vous, paraît modeste et chétif au début, comme le grain de sénevé, la plus petite de toutes les graines. Mais il renferme en lui-même de quoi pousser, de quoi se développer comme un arbre. Jésus en donne l’assurance: son Royaume ne cessera de grandir, de rayonner, d’accueillir ceux qui viennent à lui, comme les oiseaux. Rien ne peut arrêter le bien qui naît de la grâce du Christ, de l’Evangile mis en pratique.

3. Il soulèvera le monde comme le levain: mêlé à une grande quantité de pâte, il finit par la faire lever tout entière. Chers jeunes, avez-vous compris la puissance de l’Evangile?

Encore faut-il que le levain soit vraiment mêlé présent à toute la pâte; et qu’il demeure un ferment authentique, avec toute la vigueur de la levure, sans être dénaturé. Telles sont aussi les conditions du rayonnement apostolique de l’Eglise dans le monde. Les chrétiens doivent être présents sur tous les chantiers du monde, là où se fait la société de demain, la où sont les enjeux de l’Europe, là où les hommes étudient, cherchent, travaillent, peinent, souffrent, là aussi où ils prennent leurs loisirs, de plus en plus abondants. Mais ils doivent en même temps garder leur foi originale, sans la diluer au gré des opinions ou des idéologies, sans épouser les mœurs étrangères à l’Evangile. Pour cela, le lien au Christ doit être sans cesse approfondi dans la méditation de la Bible, dans la prière, dans les sacrements de la réconciliation, de l’Eucharistie, dans la vie ecclésiale. Il leur faut être dans le monde sans être du monde.

4. Vous disposez d’un trésor, d’une perle de grand prix. Oui, Jésus compare le Royaume à un homme qui découvre un trésor caché, à un négociant de perles fines. Le trésor et la perle sont recherchés et estimés par-dessus tout. On s’y attache comme à un absolu, prêt à sacrifier tout le reste. Ils deviennent le but et la motivation de la vie.

Pour nous, le trésor caché, c’est le Christ Jésus, découvert par la foi. C’est sa personne, mystérieuse, à laquelle on s’attache vraiment. C’est aussi son Esprit, son Souffle, qui nous inspire et nous donne la force. C’est son message, ce qu’il nous demande de croire et de faire. C’est sa Loi. Ce sont les biens, les valeurs de son Royaume. Beaucoup de jeunes ont témoigné d’un tel attachement au Christ. Je pense au jeune Français Marcel Callo. Je pense au jeune Allemand Karl Leisner qui écrivait, avant d’être envoyé au camp de Dachau: «Le secret de la force de l’Europe, c’est le Christ». Chers amis, où en êtes-vous de votre attachement au Christ?

5. Vous me demandez si l’Eglise est seule à donner des lois sur la vie, sur la mort, sur l’amour. D’autres suivent leur propre sagesse, leur raison, parfois leurs instincts pour déterminer leur conduite en ces graves domaines. Partout où des civilisations, des religions, des instances juridiques ou politiques se prononcent selon une conscience droite, en respectant la dignité humaine, nous nous en réjouissons. Mais, ce dont je suis sûr, c’est que rien n’est comparable au Royaume dont parle Jésus. Lui sait ce qu’est Dieu. Lui sait ce qu’il y a dans l’homme. Lui, l’auteur de la Vie, il sait ce qu’est la vie. Lui, ressuscité des morts, il sait ce qu’est la mort. Et il sait ce qu’est l’amour: personne n’a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.

6. Pratiquement, quelles sont donc les valeurs que le Christ a introduites dans le monde pour le sauver? Ce sont, avant tout, celles des Béatitudes qui sont la charte du Royaume[7]. Elles peuvent sembler paradoxales, mais elles renouvellent tout le comportement humain.

Jésus nous dit: «Heureux les artisans de paix».

Etre artisan de paix, c’est sûrement refuser toute forme de terrorisme. C’est tout faire pour éviter la folie des guerres, c’est aussi avoir le courage d’empêcher à un injuste agresseur de réduire nos frères en esclavage. On ne vit pas en paix à n’importe quel prix.

Etre artisan de paix, c’est chercher à établir une fraternité par dessus toutes les frontières. Vous êtes impatients de voir abolies les frontières, de réunir tout le monde autour d’une table universelle, pour manger le même pain. C’est le but final du Royaume de Dieu. Mais les frontières sont aussi en nous. L’union fraternelle ne consiste pas tant à niveler les différences légitimes, qu’à accueillir et aimer l’autre différent. Ainsi l’Europe offre un défi que connaissent moins les nouveaux mondes: elle est un creuset d’anciennes et nobles cultures, de langues, de nations à la riche histoire. Il s’agit de savoir comment nous allons nous aimer et coopérer dans le respect mutuel. Pour prendre un exemple, il s’agit moins d’obliger tout le monde à parler la même langue, que de faire l’effort d’apprendre celle des autres.

7. Jesus sagt uns: »Selig die Sanftmütigen, die keine Gewalt anweden«.

Die Sanftmütigen ertragen Streit und Eifersucht, die Rivalitäten, die in den Familien und unter Nachbarn entstehen. Sie nehmen aber auch nicht Unrechtssituationen passiv hin. Sie sind alles andere als gleichgültig. Aber auf Gewalt antworten sie nicht mit Gewalt, auf Haß nicht mit Haß. Das ist auch eure Überzeugung. Den Jugendlichen in Lesotho, die vom System der Apartheid umgeben sind, habe ich kürzlich gesagt: Gewaltverzicht ist eine mutige Wahl der Liebe zugunsten der Rechte des Menschen.

Jesus sagt uns: »Selig, die hungern und dürsten nach der Gerechtigkeit... die um der Gerechtigkeit willen verfolgt werden«.

Das bedeutet: Trachtet zu allererst danach, gerecht in den Augen Gottes zu sein; setzt euch dafür ein, daß jeder Mensch gerecht behandelt wird, nach seiner Würde als Kind Gottes, nach seinen Grundrechten, die Gott ihm garantiert.

Das ist eine eurer Anfragen. Ihr kennt gut den Einsatz der Kirche für alle Rechte des Menshen. Für Christen ist es selbstverständlich, daß niemand verachtet, unterdrückt, mißhandelt werden darf, weil er zu einer anderen Rasse, einer anderen Kultur oder zu einer anderen Religion gehört. Achtung gebührt der Unverletzlichkei des Lebens auf allen seinen Stufen, und ihr habt recht, wenn ihr gegen diejenigen eure Stimme erhebt, die töten und foltern! Achtung gebührt auch den grundlegenden Freiheiten wie jener, nach dem eigenen Gewissen zu denken und zu handeln.

Jesus sagt uns: »Selig die Barmherzigen«.

Das sind diejenigen, die mit dem Elend der anderen mitfühlen, sich mit offenem Herzen ihnen zuwenden, die sich entgegenkommend verhalten, die verzeihen können.

8. Jésus nous dit encore: «Heureux les cœurs purs».

Vous l’avez dit vous-mêmes, s’aimer entre homme et femme, entre jeune homme et jeune fille, c’est respecter l’autre dans son corps, son cœur, sa liberté; c’est le recevoir avec admiration comme un don de Dieu, c’est l’aimer différent, avec l’intention de tout faire pour le rendre heureux et meilleur; c’est s’unir pour créer une famille. L’autre doit être aimé pour lui-même, pas comme un objet de plaisir. Un tel amour s’apprend patiemment; il demande des sacrifices, il est fait pour durer. Sur ce point, dites-vous, certains sont hésitants, ébranlés par les mœurs des jeunes et des adultes qui sont en faveur de la cohabitation juvénile et du divorce. Je comprends qu’ils soient troublés. Au temps de Jésus, certains pensaient aussi profiter des concessions que Moïse avait semblé accorder en matière de fidélité, à cause de la dureté des cœurs. Mais Jésus a rappelé le dessein originel de Dieu: «Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni»[8]. Si Dieu exige une fidélité totale, c’est qu’elle est possible. Si Jésus en a fait un sacrement, à l’image de son amour indissoluble pour l’Eglise, c’est que sa grâce ne fera jamais défaut. L’acte qui unit l’homme et la femme en une seule chair est si grand et si fort qu’il exprime l’alliance totale de deux personnes; il perd son sens en dehors de cette alliance, scellée dans le sacrement. De même qu’on ne peut vivre seulement à l’essai, ni mourir à l’essai, on ne peut aimer vraiment à l’essai. Ce serait confondre l’expérience prématurée de la jouissance avec le don de soi dans l’amour lucidement consenti pour toujours. Le problème est de se préparer à ce don de soi, au niveau du cœur et de la volonté.

9. Jésus nous dit avant tout: «Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre».

Vous pensez à ceux qui se soucient des pauvres, qui cherchent de façon préférentielle à les servir. C’est ce que voudrait faire l’Eglise. Mais Jésus vise ceux qui sont eux-mêmes pauvres dans leur cœur, c’est-à-dire humbles, comme Marie, la Servante du Seigneur, disponibles à Dieu, à la recherche de sa volonté. Ceux-là répudient la suffisance, l’orgueil, l’intolérance, le fanatisme. C’est ainsi que je priais devant les jeunes musulmans à Casablanca: «Ne permets pas, ô Dieu, qu’en invoquant ton nom, nous venions à justifier les désordres humains!». Ceux qui ont un cœur de pauvre sont vraiment libres.

Chers jeunes, un homme, une femme, qui vit selon ces béatitudes, qui leur reconnaît une valeur absolue, a trouvé le trésor. Il est devenu lui-même un trésor pour le monde. Il contribue à changer le monde. Il annonce le Paradis. Vous demandiez: que peut faire encore la religion en l’an 2000? Elle fera de grandes choses si les jeunes d’aujourd’hui s’engagent sans crainte sur ce chemin. Tout est possible avec le Souffle qui vient de Jésus, le souffle de son Esprit. Voilà l’Amour qui vient de Dieu!

 

III.
Rêver

1. Chers amis, j’ai écouté attentivement votre charte. Elle comporte des points très positifs. Je pourrais la signer! Mais c’est peut-être réservé à ceux qui sont encore à l’âge de la jeunesse! Puisse votre vie s’inspirer tous les jours de cet idéal généreux!

Vous me demandez de rendre témoignage de la vitalité des Eglises, telle qu’elle se manifeste chez les jeunes que j’ai rencontrés. Oui, j’en ai rencontré beaucoup, à l’Est comme à l’Ouest, au Sud comme au Nord. Et d’abord à Rome. Je pourrais vous faire part de nombreuses expériences admirables. Mais je dois synthétiser et choisir. Partout, je donne aux jeunes l’assurance que l’Eglise les aime, comme le Christ les aime. Et, en même temps, j’accueille leurs témoignages et leurs questions, les signes de leurs attentes et de leurs espoirs. C’est magnifique de voir comment le Christ vient à leur rencontre, change leur vie, les fait vivre en communion avec lui, leur fait découvrir leur mission. Animés par la foi, ils prennent sur le terrain des initiatives de paix, de justice, de réconciliation, de partage avec les plus pauvres, dans tous les domaines que vous venez d’évoquer. Ce soir, je retiens surtout trois types d’expériences, rencontrées un peu partout, qui sont des signes éloquents et directs de la foi et de la vie ecclésiale parmi les jeunes.

2. Et d’abord, comment ne pas être touché par la nouvelle floraison des pèlerinages de jeunes ces dernières années? Je me souviens des pèlerinages d’universitaires à Częstochowa, dès 1936: j’y ai souvent participé avec mes compagnons, parfois dans une semi-clandestinité; on rejoignait le sanctuaire de la Mère de Dieu à Jasna Gora, haut lieu spirituel de la Pologne. Mais l’expérience dépasse de beaucoup le cadre de mon pays natal. Après une période de moindre ferveur, on a repris la route des pèlerinages: nombreux sont les jeunes qui marchent de Paris à Chartres, de Macerata à Lorette, de Buenos Aires à Luján. On pourrait dire que notre rencontre de Strasbourg s’inscrit déjà dans la préparation de la Journée mondiale de la Jeunesse de 1989. Celle-ci aura son sommet à Santiago de Compostela, en Espagne, les 19 et 20 août de l’an prochain. Les jeunes du monde entier y sont invités. Moi-même je m’y rendrai comme pèlerin. Je vous encourage à entreprendre ce pèlerinage vers la tombe de l’Apôtre saint Jacques. Ainsi la vieille Europe comprendra-t-elle encore mieux ses racines, sur les routes qui ont conduit tant de pèlerins à Santiago depuis le Moyen Age, avec vous, jeunes évangélisateurs de l’an 2000.

La démarche de pèlerin revêt en effet une grande importance. Le pèlerinage symbolise votre vie. Il signifie que vous ne voulez pas vous installer, que vous ne résistez à tout ce qui tend à émousser vos énergies, à étouffer vos questions, à fermer votre horizon. Il s’agit de se mettre en route en acceptant le défi des intempéries, d’affronter les obstacles – et d’abord ceux de notre fragilité –, de persévérer jusqu’au but.

Jésus est notre chemin. Il nous accompagne, comme il l’a fait pour les disciples d’Emmaüs. Il nous montre le sens de notre marche.

Il nous ramène quand nous nous trompons de route. Il nous relève lorsque nous tombons. Il nous attend en fin de parcours, lorsque viendra le moment du repos et de la joie. Les sanctuaires sont comme «un coin du ciel» où le Christ nous accueille, avec sa Mère et notre Mère, avec les saints; où il nous fait goûter le mystère de communion auquel nous sommes destinés.

3. Autre expérience que je veux partager avec vous: la nouvelle floraison de communautés chrétiennes et de mouvements ecclésiaux. Ils naissent de l’appel que le Christ adresse à chacun. Si nous ne sommes pas endormis ou distraits, nous reconnaissons sa présence. Nous nous mettons «en mouvement», selon les voies que la Providence réserve à chacun. Lors du récent Synode des évêques, à Rome, on a beaucoup parlé des mouvements ecclésiaux. Ils constituent certainement une des manifestations surprenantes de l’Esprit Saint dans la vie de l’Eglise aujourd’hui. Il ne convient pas de les opposer aux associations traditionnelles, ni aux mouvements d’action catholique qui ont eu et ont toujours le mérite de contribuer à l’évangélisation des divers milieux et d’avoir un impact chrétien dans la société. Mais les nouvelles communautés offrent un signe prometteur; on y voit se produire des conversions et même des fruits de sainteté; on y découvre un profond sens de la communion et des élans missionnaires au service des autres. Unissant la recherche spirituelle et l’action temporelle; ils offrent une synthèse catholique.

Certes, ces mouvements appellent nécessairement un discernement. Il faut évaluer ce qui se manifeste en eux de substantiel. Les limites objectives pourront se décanter peu à peu dans le tissu de la communion, sous la vigilance pastorale des évêques, et dans un patient effort de charité. Ce qui est capital, c’est qu’ils nous portent à mettre toute notre énergie et notre confiance dans le Christ. Ainsi pouvons-nous devenir des hommes libres, sans nous laisser étouffer par le matérialisme ambiant, ni lier par l’esclavage de ses idoles: le pouvoir, la consommation, le plaisir; sans céder au conformisme; sans être intimidés par les persécutions ou les oppositions plus subtiles qui tendent à marginaliser les chrétiens. La pédagogie des mouvements est d’amener les jeunes à proclamer l’Evangile par la parole et par les actes, comme un message de libération qui rend la vie pleinement humaine et introduit dans la vie éternelle avec Dieu.

4. Enfin je voudrais vous parler d’une troisième expérience de jeunes qui est un signe évident de la vitalité ecclésiale: les vocations. Le Christ fixe son regard sur nous comme sur le jeune homme riche: «Viens, et suis-moi». La marche à sa suite emprunte des chemins très divers, qui respectent la personnalité de chacun. Beaucoup sont appelés à former des familles chrétiennes exemplaires; ils s’engagent donc sur la voie du sacrement de mariage, qui est une vocation belle et grande. Beaucoup le font aussi à travers leur travail ou leur engagement social, politique, culturel, syndical. Mais comment taire notre admiration lorsque l’on rencontre des jeunes qui, tels les disciples des premières heures, sont capables de tout laisser pour suivre le Christ, dans le ministère sacerdotal ou dans la mise en pratique radicale des conseils évangéliques? Après des temps difficiles, voilà que les vocations sacerdotales et religieuses augmentent. On en rencontre un grand nombre en Inde, en Corée, dans beaucoup de pays d’Afrique, comme un fruit de l’élan missionnaire. On enregistre également un renouveau à ce sujet dans les communautés chrétiennes évangélisées depuis cinq cents ans, en Amérique Latine, aux Philippines; et même dans notre vieille Europe, mais de façon encore très insuffisante. Pourtant la grâce de Dieu n’a jamais manqué; le Maître de la moisson appelle toujours les ouvriers pour sa moisson. Mais il faudrait que s’ouvrent les cœurs de tant de jeunes généreux. Ce sera – et c’est déjà – un signe de la vitalité des Eglises.

J’aime être l’ami des jeunes. Mais, comme vous le savez, je demeure un ami exigeant. Parce que le Christ est exigeant: il demande tout. Il vous appelle à refuser les démagogies complaisantes. Votre cœur est à la mesure des élans radicaux qui engagent toute la vie. Ce qui a de la valeur coûte forcément, comme le trésor et la perle de grand prix. Ainsi en va-t-il des béatitudes. En suivant le Christ, on porte la croix, mais on reçoit la joie d’une récompense au centuple, dès cette vie.

Avant de reprendre mon chemin pour annoncer ailleurs la Bonne Nouvelle, je vous invite à rapprocher vos mains pour un signe de paix, puis je vous inviterai à les lever, pour rendre grâce à Dieu, avec Marie. Il a fait en elle, il fait en vous des merveilles!


[1] Cfr. Gen. 1.

[2] Ibid. 1, 28.

[3] Cfr. Ioannis Pauli PP. II Laborem Exercens, 6.

[4] Eiusdem Sollicitudo Rei Socialis, 39.

[5] Cfr. Io. 12, 24.

[6] Ibid. 14, 34-35.

[7] Matth. 5, 1-2.

[8] Marc. 10, 9.

 

© Copyright 1988 - Libreria Editrice Vaticana

 

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