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PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN FRANCE

DISCOURS DU PAPE JEAN-PAUL II
LORS DE LA CÉLÉBRATION ŒCUMÉNIQUE
DANS L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE SAINT-THOMAS

Strasbourg (France)
Dimanche, 9 octobre 1988

 

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

1. Nous venons d’entendre un message exigeant, mais aussi plein d’espérance et de joie.

Par le don de la foi et le baptême, nous sommes devenus des sarments de la vraie vigne qu’est le Christ. Si nous sommes coupés de cette vigne, nous ne pouvons pas porter du fruit. Si nous avons commencé à porter du fruit, la Parole de Dieu, reçue dans la foi, ne cesse de nous émonder, elle nous purifie pour que nous portions davantage du fruit. Mais les exigences du Christ conduisent à l’espérance et à la joie: «Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez et cela vous arrivera». «Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour... Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite»[1]. 

2. Exigence, espérance, et joie: ces trois mots peuvent résumer l’engagement œcuménique qui est aujourd’hui le fait de la quasi totalité des Eglises et Communautés chrétiennes.

Après des temps d’opposition, de méfiance et d’ignorance réciproques, nous nous sommes rapprochés les uns des autres par la grâce du Christ. A cause du lien fondamental que crée entre nous le sacrement du baptême, comme le rappelait il y a un instant Monsieur le Pasteur Hoeffel, nous sommes tous ensemble des sarments de la vraie vigne qu’est le Christ. C’est de lui que vient notre unité et c’est par lui qu’elle peut grandir, car en dehors de lui nous ne pouvons rien faire[2]. Sans notre attachement personnel au Christ et notre enracinement dans la foi en lui, sans une écoute et un accueil réguliers de la Parole de Dieu, nos dialogues deviendraient de simples négociations et notre collaboration un projet purement tactique. La prière, la conversion du cœur et la rénovation de l’Eglise sont les moyens indispensables pour accueillir la grâce de l’unité des chrétiens[3]. 

3. Aujourd’hui, pour des raisons diverses, les Eglises et Communautés chrétiennes peuvent connaître la tentation de se replier sur elles-mêmes et de ralentir ainsi la marche vers l’unité. Déçus parfois par la lenteur des progrès réalisés, ou surpris par de nouvelles difficultés qui surgissent, nous sommes appelés à de nouveaux efforts pour mieux nous comprendre. Selon l’avertissement de saint Paul, nous devons être attentifs à garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix, en nous supportant les uns les autres avec patience et charité en toute humilité et douceur[4]. Ces attitudes engendrent la confiance mutuelle et chassent le soupçon. Elles permettent de ne jamais désespérer quand nous ne parvenons pas encore à accorder nos positions, alors que nous cherchons tous à être fidèles à la volonté du Christ. Il y a «un seul et même Esprit»[5] qui nous fait «accéder à la vérité tout entière»[6]. Déjà, sur des points importants de doctrine qui nous séparaient, Il nous a rapprochés. Si nous nous plaçons fidèlement sous sa lumière pour méditer la Parole de Dieu, nous sommes sûrs qu’Il continue de nous assister dans nos efforts pour l’unité des chrétiens.

4. Dans ces sentiments et avec cette assurance, je remercie Monsieur le Pasteur Hoeffel pour la franchise avec laquelle il a présenté les impatiences qui s’expriment dans l’attente de notre commune participation à l’Eucharistie, et la position protestante à ce sujet. Cette attente et ces impatiences sont aussi profondément les miennes; et, puisque nos positions ne se rejoignent pas encore, nous devons poursuivre inlassablement, dans la pleine confiance en l’Esprit Saint, le dialogue en cours, tant au niveau national et régional qu’avec la Fédération Luthérienne Mondiale et l’Alliance Mondiale des Eglises Réformées, et aussi dans le cadre des échanges multilatéraux au sein de la Commission Foi et Constitution du Conseil Œcuménique des Eglises. Comme catholiques, nous ne voulons pas laisser croire que l’impossibilité actuelle d’une commune participation à l’Eucharistie soit une simple question de discipline ecclésiastique qui peut être résolue différemment suivant les personnes et les circonstances. Il s’agit pour nous d’une question de foi. L’Eglise catholique croit que la célébration eucharistique constitue une profession de foi en acte et qu’un accord complet dans la foi est le présupposé d’une célébration eucharistique commune qui soit réellement fidèle et vraie. Si, parfois, nos positions sont mal comprises par certains, l’espérance m’habite toujours, et je le répète: si nous cherchons sincèrement à faire la volonté de Dieu, si nous le supplions sans cesse, il nous éclairera et accomplira un jour ce qui est aujourd’hui impossible.

5. La réalité centrale qu’est l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise et l’impossibilité douloureuse actuelle de la célébrer ensemble ne doivent cependant pas nous détourner des innombrables occasions que nous avons – et que peut-être nous ne saisissons pas assez – de prier ensemble et de porter ensemble du fruit pour la gloire de Dieu et le bien de l’humanité. Si nous ne pouvons pas encore bénéficier ensemble de la présence du Christ dans le sacrement de son Corps et de son Sang, nous pouvons et nous devons déjà bénéficier ensemble de sa présence en tout homme et en toute femme faible, démuni ou opprimé[7]. Nous qui sommes encore incapables de partager le pain eucharistique, nous sommes appelés par le Christ à partager le pain de la détresse des pauvres. Nous savons que l’évangélisation des pauvres est un des signes du Royaume qui vient, et que Jésus est mystérieusement présent dans le plus petit de ses frères. Le combat contre la souffrance et la misère des hommes revêt ainsi une dignité incomparable. Au cours de l’histoire de nos communautés, tant d’hommes et de femmes éclairés et poussés par la foi chrétienne ne sont mis généreusement à la tâche pour soulager et libérer les opprimés et leur révéler le visage et le message du vrai Libérateur! Comment ne pas nommer, en cette église à laquelle tant de liens l’attachaient, le remarquable témoin de l’amour du Christ pour les pauvres que fut le grand théologien et médecin Albert Schweitzer?

6. Chers Frères et Sœurs, je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de vous rencontrer. Sans oublier les souffrances du monde et les divergences qui demeurent encore entre nous, nous avons écouté le Christ nous parler pour que sa joie soit en nous et que notre joie soit parfaite[8]. 

Vous savez que je suis venu visiter les Institutions européennes qui ont leur siège à Strasbourg et les communautés catholiques de cette région. C’est également un motif de joie et d’espérance pour l’Europe d’aujourd’hui et de demain que nous soyons rassemblés ici. Pour contribuer à l’unification de l’Europe et pour lui annoncer de façon renouvelée l’Evangile de Jésus-Christ, les chrétiens doivent être de plus en plus unis afin que «le Règne de Dieu vienne», comme l’ont rappelé, il y a quelques jours, les participants de l’importante rencontre qui s’est tenue à Erfurt entre les représentants de la Conférence des Eglises européennes et du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe.

La présence des Institutions européennes ainsi que l’existence et le rayonnement du Centre d’Etudes œcuméniques de la Fédération Luthérienne Mondiale sont à Strasbourg des rappels et des signes de la vocation des chrétiens à témoigner ensemble de l’Evangile en Europe et dans le monde.

7. Le riche héritage chrétien qui est le vôtre, à Strasbourg, en Alsace et en Lorraine, peut être aussi une source d’engagement renouvelé pour le service de Dieu et des hommes. En cette année où vous célébrez le 450ème anniversaire de la fondation de votre Faculté de théologie protestante, le souvenir du passé chrétien de votre ville ne peut vous laisser indifférents. Après le témoignage du courage et de l’abnégation des moines évangélisateurs venus des îles britanniques, l’enseignement théologique de saint Albert-le-Grand et de ses disciples, la profondeur mystique de Maître Eckart et de Jean Tauler illustrèrent votre ville et votre région. Vint le moment de nos douloureuses oppositions qui aboutirent à nos séparations. Des personnalités religieuses comme Jean Calvin, Martin Bucer et Jacques Sturm marquèrent cette cité, et bien au-delà, d’un impact historique non seulement dans le domaine de la théologie et de la vie ecclésiale, mais aussi dans le domaine culturel, social et politique.

Aujourd’hui, tandis que nous avançons sur le difficile chemin de l’œcuménisme, la mission et la collaboration des Facultés de théologie protestante et catholique et des divers instituts de votre Université, la présence de chrétiens à des postes de haute responsabilité dans cette région et toutes les formes du témoignage des communautés chrétiennes, y compris leur témoignage commun, sont autant d’occasions et de moyens que le Seigneur vous offre pour que Strasbourg soit confirmée dans sa vocation chrétienne.

Que la grâce de Dieu vous aide à le servir par ces moyens! Alors «la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ»[9].


[1] Io. 15, 7. 10. 11.

[2] Cfr. Io. 15-16.

[3] Cfr. Unitatis Redintegratio, 6-8.

[4] Cfr. Eph. 4, 2-3.

[5] 1 Cor. 12, 11.

[6] Io. 16, 13.

[7] Cfr. Matth. 25, 35-40.

[8] Cfr. Io. 15, 11.

[9] Phil. 4, 7.

 

© Copyright 1988 - Libreria Editrice Vaticana

 

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