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VOYAGE APOSTOLIQUE À MADAGASCAR, LA RÉUNION, ZAMBIE ET MALAWI

RENCONTRE DE PRIÈRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AVEC LES REPRÉSENTANTS DES AUTRES ÉGLISES CHRÉTIENNES

Cathédrale catholique d'Antananarivo (Madagascar)
Samedi, 29 avril 1989

 

Chers Frères et Sœurs,

1. Je veux d'abord vous exprimer ma joie d’être avec vous en ce moment. Je vous remercie de m’avoir donné cette occasion de prier avec vous. Au cours de mes voyages pastoraux, en visitant les diocèses catholiques, j’accomplis la mission que le Seigneur m’a confiée d’«affermir mes frères»[1]. J’ai toujours aussi le vif désir de rencontrer les fidèles des autres Eglises et Communautés ecclésiales pour prier avec eux et nous mettre ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint qui nous fait «accéder à la vérité tout entière»[2]. Je suis venu ici poussé par un amour sincère envers vous tous. En vertu même du ministère dont j’ai la charge – qui est le service de l’unité dans la vérité et la charité –, je suis appelé à servir d’une façon unique la sainte cause de l’unité des chrétiens. J’ai la conviction que le mouvement œcuménique est suscité par l’Esprit Saint; c’est pourquoi je me sens profondément responsable de lui.

Cependant, nous devons nous rappeler que l’union de tous les chrétiens dans une même profession de foi et dans l’amour ne peut pas être réalisée par nos seuls efforts, si nécessaires soient-ils, ni même par les engagements les plus généreux. Dieu seul, en répandant son amour dans nos cœurs, en nous appelant à la foi et en nous faisant le don de l’espérance, nous rassemble et nous fait grandir dans la communion avec lui et entre nous. Oui, comme nous l’avons chanté, c’est le Seigneur qui nous montrera ses chemins, c’est le Seigneur qui appelle des peuples nombreux à monter vers la nouvelle Jérusalem. «Puissent-il illuminer le yeux de notre cœur pour nous faire voir quelle espérance nous ouvre son appel!»[3].

L’Evangile que nous avons entendu nous a conduits au cœur du mystère de l’unité. Dans la prière qu’il adresse à son Père, Jésus montre la source et le modèle suprême de l’unité: «Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous, eux aussi»[4]. A ce propos, saint Cyprien parlera de l’Eglise comme d’un «peuple qui tire son unité de l’unité du Père, du Fils et du Saint-Esprit»[5]. Nous savons que Jésus seul, par sa Croix et sa Résurrection, a rendu possible notre union avec Dieu et entre nous. Il l’a réalisée dans l’unique Eglise pour qu’elle soit un signe du rassemblement auquel toute l’humanité est conviée. Malheureusement, au cours de âges, les membres de l’Eglise se sont opposés et séparés. Alors que Jésus avait prié pour que ses disciples «soient un, afin que le monde croie», ceux-ci, en manifestant leurs divisions et leurs oppositions en présence de ceux qui pour la première fois entendaient le message du Christ, ont «fait obstacle à la plus sainte des causes: la prédication de l’Evangile»[6].

2. Grâce à Dieu, des changements notables se sont produits dans les relations entre les chrétiens; et les liens qui existent maintenant entre les Eglises et les Communautés ecclésiales à Madagascar en constituent un exemple frappant. Dans la sérénité, vous prenez conscience ensemble de l’héritage que vous ont légué les premiers évangélisateurs et les premiers chrétiens de ce pays. Vous honorez la mémoire de ceux qui ont subi le martyre par fidélité au Christ. Vous avez célébré, récemment, le cent cinquantième anniversaire de la première traduction de la Bible dans la langue commune de l’Ile, qui a profondément marqué l’essor moderne de la culture malgache.

Depuis bientôt dix ans, le Conseil des Eglises chrétiennes de Madagascar, les activités de ses commissions, l’organisation de congrès, ou encore les déclarations communes des chefs d’Eglise, tout cela témoigne des liens de communion qui se tissent de plus en plus entre vous. La participation fréquente des fidèles aux réunions œcuméniques de prière prouve que la préoccupation pour l’unité n est pas seulement le fait des responsables ou de certains organismes. A travers le monde, on peut partout constater des fruits du mouvement œcuménique. Des divergences doctrinales graves demeurent encore et de nouveaux problèmes surgissent parfois entre les chrétiens. Mais, sur le chemin déjà parcouru ensemble et dans la réalité de la prière et de la collaboration communes d’aujourd’hui, nous trouvons des motifs d’espérance pour le chemin qui reste à parcourir.

3. J’encourage les catholiques malgaches à participer pleinement au mouvement œcuménique, en union avec leurs évêques en faisant preuve d’audace et d’imagination. Je leur rappelle que l’Eglise catholique s’est engagée de manière irréversible dans ce mouvement au Deuxième Concile du Vatican, fidèle à ses convictions propres qui sont l’expression de la volonté du Seigneur reçue dans la foi. Dans le décret conciliaire sur l’œcuménisme, l’Eglise catholique a proclamé clairement qu’elle entend participer au mouvement pour l’unité des chrétiens, au nom du Seigneur Jésus qui, par l’Esprit Saint, «appela et réunit dans l’unité de la foi, de l’espérance et de la charité le peuple de la Nouvelle Alliance»[7]. Plus tard, par la publication d’un Directoire œcuménique – actuellement en cours de mise à jour –, des précisions ont été données pour la mise en œuvre des orientations conciliaires. Car «le souci de parvenir à l’union concerne l’Eglise tout entière, fidèles autant que pasteurs, et touche chacun selon ses possibilités»[8].

4. Pour les catholiques, c’est une exigence souvent difficile, mais toujours fondamentale pour l’unité, que d’agir selon les orientations et les directives de l’Eglise en matière d’œcuménisme. Je veux au moins évoquer ici la vie des foyers mixtes qui rencontrent au cœur de leur amour conjugal le drame de la désunion des chrétiens. Ces foyers, malgré leurs souffrances, et parfois grâce à leurs souffrances, peuvent être des artisans de l’unité des chrétiens. Pour cela, il est nécessaire que leur soit assurée une assistance pastorale qui tienne compte «des difficultés particulières inhérentes aux rapports entre mari et femme pour tout ce qui regarde le respect de la liberté religieuse: celle-ci peut être violée soit par des pressions indues pour obtenir le changement des convictions religieuses du conjoint, soit par des obstacles qui seraient mis à la libre manifestation de ses convictions dans la pratique religieuse»[9].

5. Revenons encore à la prière de Jésus pour l’unité de ses disciples telle que nous l’avons entendue dans l’Evangile de saint Jean. Entrons dans cette prière et laissons-la entrer en nous. J’aime me référer à ce que dit saint Augustin: «Les paroles de Jésus résonnent dans notre âme et nos paroles résonnent dans son âme». Jésus lui-même nous prend dans sa prière, il nous entraîne dans son offrande au Père. Laissons-nous saisir par Celui qui prie, en nous et pour nous:

«Père Saint, consacre-les dans la vérité; ta parole est vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les envoie dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés par la vérité. Je ne prie pas seulement pour eux, je prie aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croient en moi: que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient un en nous aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé»[10].


[1] Cfr. Luc. 22, 32.

[2] Cfr. Io. 16, 13.

[3] Cfr. Eph. 1, 18.

[4] Io. 17, 21.

[5] S. Cypriani De Orat. Dom., 23.

[6] Unitatis Redintegratio, 1.

[7] Ibid., 2.

[8] Ibid., 5.

[9] Ioannis Pauli PP. II Familiaris Consortio, 78.

[10] Io. 17, 17-21.

 

 

© Copyright 1989 - Libreria Editrice Vaticana

 

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