Votre session annuelle représente un temps fort dans votre réflexion et
votre engagement communs pour promouvoir concrètement la rencontre de
l'Eglise avec toutes les cultures humaines, dans l'esprit du Concile Vatican
II et des Synodes des évêques. Selon le mandat que je vous ai confié, vous
procédez chaque année à un large examen des principaux courants culturels
qui marquent les milieux, les régions et les disciplines que vous représentez.
Vous vous faites ainsi l'écho, auprès du Pape et du Saint-Siège, des
tendances et des aspirations, des angoisses et des espoirs, des besoins
culturels de la famille humaine, et vous vous interrogez sur la manière la
meilleure, pour l'Eglise, de répondre aux questions décisives posées par
l'esprit contemporain. Le diagnostic que vous portez sur l'état des cultures
actuelles représente un grand service pour l'Eglise, et je vous encourage à
le perfectionner sans cesse. En plus de votre témoignage et de vos expériences
personnelles, vous êtes invités, en effet, avec d'autres personnes et
groupes compétents, à un discernement spirituel à l'égard des courants
culturels qui conditionnent les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Par le
moyen de rencontres, de recherches et de publications, vous donnez, dans
l'Eglise, une impulsion nouvelle pour répondre aux défis que représentent
l'évangélisation des cultures et l'inculturation de l'Evangile. Ce
discernement est urgent pour pouvoir mieux comprendre les mentalités
actuelles, y découvrir la soif de vérité et d'amour que seul Jésus-Christ
peut combler en plénitude, et trouver les voies d'une nouvelle évangélisation
par une authentique pastorale de la culture.
2. En contemplant le monde d'un point de vue universel, vous saisissez
mieux la signification apostolique de vos travaux et vous trouvez une solide
motivation à poursuivre votre mission. A travers ce travail de discernement
évangélique, l'Eglise ne vise qu'un objectif: mieux annoncer à toute
culture la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. Car toute réalité
humaine, individuelle et sociale, a été libérée par le Christ: les
personnes, comme les activités de l'homme dont la culture est l'expression la
plus éminente et la plus incarnée.
L'action salvifique de l'Eglise auprès des cultures s'exerce d'abord par
l'intermédiaire des personnes, des familles et des éducateurs. Aussi une
formation adéquate est-elle indispensable pour que les chrétiens apprennent
à manifester clairement comment le ferment évangélique a le pouvoir de
purifier et d'élever les modes de penser, de juger et d'agir qui constituent
une culture déterminée. Jésus-Christ, notre Sauveur, offre sa lumière et
son espérance à tous ceux et celles qui cultivent les sciences, les arts,
les lettres et les innombrables domaines développés par la culture moderne.
Tous les fils et les filles de l'Eglise doivent donc prendre conscience de
leur mission et découvrir comment la force de l'Evangile peut pénétrer et régénérer
les mentalités et les valeurs dominantes qui inspirent chacune des cultures
ainsi que les opinions et les attitudes qui en découlent. Chacun dans
l'Eglise, par la prière et la réflexion, pourra apporter la lumière de
l'Evangile et le rayonnement de son idéal éthique et spirituel. Ainsi, par
ce patient travail de gestation, humble et caché, les fruits de la Rédemption
pénétreront peu à peu les cultures et leur donneront de s'ouvrir en plénitude
aux richesses de la grâce du Christ.
3. Le Conseil pontifical de la Culture s'est déjà engagé dans un effort
qui stimule l'Eglise dans cette grande entreprise de notre époque que
constituent l'évangélisation des cultures et la promotion culturelle des
tous les hommes. Vous avez su établir une collaboration prometteuse avec les
Conférences épiscopales, avec les Organisations internationales catholiques,
avec les Instituts religieux, avec les associations et mouvements catholiques,
avec les centres culturels et universitaires. En étroite et féconde
collaboration avec eux, vous avez tenu des rencontres en diverses parties du
monde, et de notables résultats ont déjà été obtenus, dont témoignent
plusieurs publications ainsi que votre Bulletin.
Je constate aussi que votre travail se développe en relation avec
plusieurs organismes du Saint-Siège, de manière à rendre plus visible la
dimension culturelle qui est une composante importante de la mission
apostolique de la Curie romaine.
4. Parmi les projets en cours, deux initiatives méritent une attention spéciale,
d'abord pour leur importance propre, et aussi parce qu'elles sont réalisées
en collaboration avec divers organismes du Saint-Siège, dans l'esprit de la réforme
de la Curie romaine.
Avec satisfaction, je note d'abord l'étude sur l'Eglise et la culture
universitaire, que vous poursuivez avec les Conférences épiscopales, en
collaboration avec la Congrégation pour l'Education catholique et le Conseil
pontifical pour les Laïcs. Vous avez déjà publié un rapport de synthèse
qui illustre les tendances significatives et les besoins spirituels des
milieux universitaires, ainsi que les nouveaux aspects de la pastorale
universitaire des Eglises locales. Je vous engage à poursuivre cette réflexion
commune qui suscitera, j'en ai l'assurance, des recommandations concrètes et
des échanges bénéfiques d'expériences apostoliques. L'Eglise trouve dans
le monde universitaire un lieu privilégié pour dialoguer avec les courants
d'esprit et les styles de pensée qui marqueront la culture de demain. L'espérance
chrétienne doit se porter au-devant des nouvelles aspirations des consciences
et animer les esprits des jeunes universitaires qui seront bientôt en charge
de tant de responsabilités, «afin que la civilisation de l'homme s'ouvre
toujours davantage à l'Evangile».
De tout cœur j'encourage cette pastorale universitaire qui donne aux étudiants
la possibilité concrète de réfléchir à leur foi à un niveau intellectuel
équivalent à celui de leur progrès scientifique et humaniste dans les
autres disciplines, et qui les aide à la vivre dans des communautés de foi
et de prière.
5. Enfin, je veux souligner la part active que le Conseil pontifical de la
Culture a prise aux travaux de la Commission théologique internationale sur
la foi et l'inculturation. Vous avez étroitement participé à l'élaboration
du document qui vient d'être préparé sous ce titre et qui permettra de
mieux comprendre la signification biblique, historique, anthropologique, ecclésiale
et missionnaire que revêt l'inculturation de la foi chrétienne. Il y a là
un enjeu décisif pour l'action de l'Eglise, aussi bien au cœur des diverses
cultures traditionnelles qu'auprès des formes complexes de la culture
moderne. Votre responsabilité est désormais de traduire ces orientations théologiques
en programmes concrets de pastorale culturelle, et je me réjouis que
plusieurs Conférences épiscopales entendent s'y consacrer, en Amérique
latine et en Afrique notamment. J'encourage ces expériences pastorales et
souhaite que leurs résultats soient partagés avec l'ensemble de l'Eglise.
6. J'ai eu souvent l'occasion de le dire, mais je veux encore le répéter:
l'homme vit d'une vie vraiment humaine grâce à la culture. Et le lien
fondamental du message du Christ et de l'Eglise avec l'homme dans son humanité
même est créateur de culture dans son fondement intime. C'est dire que les
bouleversements culturels de notre temps nous invitent à revenir à
l'essentiel et à retrouver la préoccupation fondamentale qui est l'homme en
toutes ses dimensions, politiques et sociales, certes, mais aussi,
culturelles, morales et spirituelles. Il y va en effet de l'avenir même de
l'humanité. Inculturer l'Evangile, ce n'est pas le ramener à l'éphémère
et le réduire au superficiel qui agite la mouvante actualité. C'est au
contraire, avec une audace toute spirituelle, insérer la force du levain de
l'Evangile et sa nouveauté plus jeune que toute modernité, au cœur même
des ébranlements de notre temps, en gestation de nouveaux modes de penser,
d'agir et de vivre. C'est la fidélité à l'alliance avec la Sagesse éternelle
qui est la source sans cesse renaissante de nouvelles cultures. Les personnes
qui ont reçu la nouveauté de l'Evangile se l'approprient et l'intériorisent
de manière à le réexprimer dans leur vécu quotidien, selon leur génie
propre. Ainsi l'inculturation de l'Evangile dans les cultures va-t-elle de
pair avec leur renouvellement et entraîne-t-elle leur authentique promotion
dans l'Eglise comme dans la Cité.
7. Il me reste à rendre grâce à Dieu pour l'œuvre de discernement
apostolique et d'inculturation évangélique à laquelle contribue votre
Conseil au service de l'Eglise. Et, par l'intercession de la Bienheureuse
Vierge Marie, Mère de Dieu et de l'Eglise, j'invoque les lumières et la
force de l'Esprit Saint sur vos travaux.
Tous mes vœux vous accompagnent, à commencer par vous, Messieurs les
Cardinaux: le Cardinal Paul Poupard, à qui j'ai demandé de prendre la relève
du cher Cardinal Garrone à la présidence du Conseil, le Cardinal Eugenio de
Araujo Sales, qui continue à vous faire bénéficier de son expérience, et
le Cardinal Hyacinthe Thiandoum qui regrette de n'avoir pu participer à cette
assemblée. Et j'assure de ma prière tous les membres du Conseil
international ainsi que vos collaborateurs à San Calisto.
En gage de mon affection pour vos personnes, vos familles et tous ceux et
celles qui sont le sujet de votre sollicitude, je vous donne de tout cœur ma Bénédiction Apostolique.
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