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DISCOURS DE JEAN-PAUL II À LA DÉLÉGATION
DU PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE DE CONSTANTINOPLE

Jeudi, 29 juin 1989

Eminence,
Chers Frères dans le Seigneur,

La fête patronale de l’Eglise de Rome me donne de nouveau la joie d’accueillir une délégation de l’Eglise sœur de Constantinople. Je remercie mon frère bien-aimé, le Patriarche Dimitrios Ier, de vous avoir envoyés et le vous souhaite la bienvenue.

Les saints et glorieux Apôtres Pierre et Paul doivent être honorés particulièrement par cette Eglise de Rome dont ils sont les fondateurs. Mais l’Eglise entière, édifiée sur «la fondation des apôtres et des prophètes»[1], se réjouit de cette solennité et, dans une commune vénération de ces deux grands Apôtres, glorifie Celui qui les a appelés: «L’apôtre et le grand prêtre de notre confession de foi, Jésus»[2]. Votre participation à notre fête trouve là sa signification profonde. En ces jours, en effet, l’Eglise de Rome, l’Eglise de Constantinople et toutes les communautés chrétiennes qui honorent la mémoire des Apôtres sont ensemble en pèlerinage aux sources de la foi qui repose sur le témoignage apostolique. Et, chaque année, une même démarche spirituelle est accomplie lorsqu’une délégation de l’Eglise de Rome participe au Phanar à la fête de l’Apôtre André, le premier appelé à la suite de Jésus et le frère de saint Pierre.

La vie des deux saints Apôtres Pierre et Paul, telle que nous la connaissons par la Sainte Ecriture, nous offre un sujet de méditation propre à renforcer notre espérance aussi bien pour notre vie personnelle que pour la vie de nos Eglises et les relations qu’elles entretiennent en vue de retrouver la pleine communion. Alors qu’il avait par trois fois renié son Seigneur, Pierre, ayant versé les larmes du repentir, le retrouve ressuscité et s’entend poser par trois fois la question fondamentale: «M’aimes-tu?». Il suffira d’un triple oui d’amour pour qu’il soit confirmé dans sa charge de conduire le troupeau et pour qu’il suive le Christ jusqu’à donner sa vie pour lui. Quant à Paul, c’est alors qu’il était «blasphémateur, persécuteur et violent» que le Christ lui a fait miséricorde et l’a appelé à son service. Il deviendra lui aussi témoin fidèle et, par la force de la grâce qui avait surabondé en lui[3], il versera son sang pour le Christ. En ces derniers temps, la même grâce de miséricorde a été donnée à nos Eglises, alors qu’elles avaient été affaiblies pendant des siècles par le drame de la division, «car rien n’est impossible à Dieu»[4]. Au Seigneur qui ne cesse de nous faire confiance, nous disons avec Pierre: «Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime». Comme Paul, nous nous savons «miséricordieusement investis du ministère et nous ne perdons pas courage[5]. Nous savons que nous sommes des vases d’argile qui portent le trésor de l’Evangile du Salut «pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous»[6].

Voilà, chers Frères, la réalité de grâce dans laquelle s’enracine non seulement notre rencontre d’aujourd’hui, mais aussi le dialogue théologique entre nos Eglises qui continue de produire des fruits et va s’approfondissant, ainsi que tous les contacts et toute la collaboration qui existent déjà entre les fidèles catholiques et orthodoxes. La célébration des saints Apôtres Pierre et Paul éclaire donc singulièrement les efforts déployés par l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe de Constantinople pour qu’arrive le jour où nous pourrons partager ensemble la même Eucharistie, sacrement de l’unité du Corps du Christ. Nous voyons que le Seigneur accomplit en nous ce qu’il a accompli dans la vie des glorieux Apôtres que nous célébrons. Nous croyons que sa puissance se déploie dans notre faiblesse[7] et que cette communion qui grandit entre nous entraîne mystérieusement, mais efficacement, toute l’humanité dans la réalisation du plan de Dieu qui veut la rassembler en lui par le Christ. Ceci se traduit et doit se traduire de plus en plus par un engagement de chaque fidèle et de toutes les communautés chrétiennes pour la justice et la paix dans le monde. Aucune des angoisses des hommes ne doit nous être étrangère. Et, chaque fois que c’est possible, nous devons dire ensemble au monde d’aujourd’hui que son unité, sa paix, son salut ont leur source et leur réalisation en Jésus-Christ.

Je vous prie de transmettre à mon frère, le Patriarche Dimitrios, mes sentiments de fidèle affection fraternelle dans le Seigneur. Je vous assure de ma prière pour que, par l’intercession des Apôtres Pierre et Paul, l’abondance des grâces divines soit accordée à chacun de vous et à nos Eglises.


[1] Cfr. Eph. 2, 20.

[2] Hebr. 3, 1.

[3] Cfr. 1 Tim. 12-14.

[4] Luc. 1, 37.

[5] Cfr. 2 Cor. 4, 1.

[6] Ibid. 4, 7.

[7] Cfr. 2 Cor. 12, 9.

 

© Copyright 1989 - Libreria Editrice Vaticana

 

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