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VOYAGE APOSTOLIQUE EN TANZANIE, BURUNDI, RWANDA ET
YAMOUSSOUKRO

MESSAGE DU PAPE JEAN-PAUL II
AUX MALADES ET AU PERSONNEL SANITAIRE DU BURUNDI

A mes Frères et Sœurs malades au Burundi,
aux médecins et aux membres du personnel sanitaire

1. Au moment de rendre visite à quelques malades de Bujumbura ainsi qu’à leurs médecins et soignants, je voudrais, par ce message, m’adresser à vous tous dans les hôpitaux, les centres de santé et les familles de ce pays. Venu au Burundi pour rencontrer le Peuple de Dieu, je ne puis oublier ses membres souffrants et ceux qui les entourent de soins et d’amitié.

Tout d’abord, je voudrais vous dire avec une grande affection combien je vous souhaite d’être soulagés dans vos souffrances et de guérir dans la mesure où c’est humainement possible. Je prie Dieu pour qu’il vous accorde une santé meilleure du corps et la paix de l’âme.

Chers malades, dans la société et dans l’Eglise, vous avez toute votre place. Votre expérience de la faiblesse et de la souffrance ne vous rend pas inutiles. Au contraire, vous qui êtes affrontés aux problèmes les plus sérieux qu’un être humain connaisse, votre manière de les vivre peut apprendre beaucoup aux bien-portants.

2. Je sais combien il est difficile de parler de la maladie. Et pourtant, je sais qu’au fond de vous-mêmes, vous comprenez que, sur la route de la vie, c’est un passage inévitable, une étape pénible que nous avons à parcourir un jour. Vous vous demandez souvent d’où vient cette sorte d’ennemi; mais vous ne pouvez pas le désigner, lui donner un nom. C’est un aspect du mystère du mal qui pèse sur l’humanité entière et qui touche chacun de nous de bien des manières. Créés par Dieu pour être vivants et bons, nous nous découvrons fragiles et pécheurs! Mais nous n’avons à juger personne. Souvenez-vous de Jésus sur la Croix: il demande à son Père de pardonner à ceux qui le faisaient souffrir, en disant même: «Ils ne savent pas ce qu’ils font»[1].

La maladie est une «épreuve», c’est-à-dire ce temps difficile où le corps est diminué, et où l’on a de la peine à espérer. Mais, «épreuve», cela signifie aussi que, dans cette crise, l’être vrai se révèle, comme l’or au creuset, et que cette période où tout semble ébranlé finira. Je sais que le passage est dur, je pense en particulier à ceux d’entre vous qui sont atteints par le SIDA que l’on n’arrive pas encore à soigner efficacement. Mais je veux vous dire, au nom de la foi, que vous avez des raisons d’espérer et que vous n’êtes pas seuls dans l’épreuve.

Nous croyons en Jésus, le Fils de Dieu fait homme. Il s’est identifié aux hommes qui souffrent, en souffrant lui-même, pour aller plus loin, pour vaincre le mal et la mort. Il est ressuscité, il est vivant. Il est présent avec vous et en vous. Vous pouvez compter sur son soutien pour ranimer votre courage et faire face à l’épreuve, et même l’accepter. Avec Lui, vous pouvez offrir votre souffrance et vos inquiétudes, ce que vous supportez et votre vie même pour ceux que vous aimez, pour que le monde change, pour que vos frères et sœurs découvrent ce qui est vraiment important et juste, la vraie valeur de l’homme au regard de Dieu, ce que l’Evangile appelle un «trésor dans le ciel», différent des biens périssables[2].

3. Vous êtes sur un chemin où l’homme ne peut être que vrai. Je crois que ceux qui vous entourent le comprennent. Et d’abord vos médecins et vos infirmiers. Je voudrais les remercier au nom des malades et les encourager dans leur tâche souvent difficile. Il ne leur est pas toujours aisé d’avoir avec les malades une relation vraie; car le temps d’épreuve est bien lourd. Avec délicatesse, il faut qu’ils sachent répondre à vos attentes pour vous aider à supporter votre condition. Certains diagnostics sont difficiles à révéler; les médecins ont à trouver les mots justes pour que le malade assume ce qu’il doit découvrir dans son propre corps. Qu’ils agissent en dialogue également avec les familles, et les personnes qui peuvent le mieux accompagner les malades, les prêtres et les assistants sociaux notamment!

J'ajouterai que je mesure l’ampleur de la responsabilité des médecins et des soignants. Au-delà de leur science et de leur compétence technique, c’est envers la vie même et sa dignité qu’ils sont engagés. La société compte sur eux pour que, dans tout ce qui touche à la vie, de sa conception aux dernières étapes, une saine morale soit respectée d’autant plus que, pour leurs patients et l’ensemble de leurs compatriotes, leur jugement a une grande importance.

Chers amis médecins et infirmiers, dans vos divers centres de santé, souvent les moyens vous manquent. Vous êtes parfois peu nombreux face à la foule des patients et il vous est difficile de donner à chacun l’attention amicale qui lui est si précieuse. Je souhaite que des jeunes soient formés dans les différentes compétences nécessaires et se joignent à vous. Vos besoins en matériel médical et en médicaments sont aussi loin d’être satisfaits. Puisse une solidarité généreuse, au-delà de vos frontières, vous soutenir dans votre combat, en particulier contre les maladies épidémiques.

L’Eglise a toujours désiré prendre soin des malades, à l’imitation du Christ. Dans notre pays, un nombre important d’hôpitaux et de centres de santé sont pris en charge par des religieux et des religieuses, burundais ou missionnaires. Je tiens à leur dire, ainsi qu’aux volontaires laïcs qui partagent leurs tâches avec un dévouement désintéressé, combien j’apprécie leur ministère et leur service concret des malades accomplis dans l’esprit de l’Evangile.

4. Ma pensée se porte encore vers les familles qui ont un membre malade. L’absence d’un être aimé dans la maison est dure à accepter. Sachez que la fidélité de votre amour et votre présence comptent beaucoup pour celui qui souffre. Gardez courage, et découvrez vous aussi les qualités humaines qui se révèlent dans l’être affronté à ses limites. Aidez-le à garder l’espérance, simplement en l’entourant pour atténuer sa solitude au temps de l’épreuve.

Les communautés chrétiennes se rendent bien compte de la peine supportée par les malades et leurs familles. Aussi, je les encourage à leur montrer patiemment une solidarité affectueuse, une présence aimante, en écartant toute tentation de discrimination entre les personnes, quelle que soit la maladie dont ils sont atteints. Souvenez-vous du beau mot de compassion: il veut dire que l’on partage la souffrance en portant une part du fardeau. Que votre charité vous amène à prendre en charge vos frères et sœurs dont la famille est privée d’un des siens, très spécialement les enfants orphelins. Pour les malades eux-mêmes, l’assurance de la solidarité fraternelle à leur égard et à l’égard de leurs proches est un soutien réel pour surmonter le désespoir qui les tente et pour garder courage.

Que les disciples du Christ, baptisés dans sa mort et sa résurrection, prennent la main de leurs frères et sœurs malades pour les guider vers le Sauveur! Que leur présence attentive et respectueuse les aide à se confier au Christ Jésus, à demeurer dans son amour et dans l’amour de leurs frères!

Chers amis malades, médecins, membres du personnel de santé, religieux, religieuses et laïcs chrétiens, familles et communautés du Burundi, je vous confie à la tendresse secourable de la Vierge Marie, notre Mère, et avec toute mon affection, j’appelle sur vous le réconfort de la Bénédiction de Dieu.

Bujumbura, le 7 septembre 1990.

IOANNES PAULUS PP. II


[1] Luc. 23, 24.

[2] Cfr. Matth. 6, 20.

 

© Copyright 1990 - Libreria Editrice Vaticana

 

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