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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À DES REPRÉSENTANTS DE LA SOCIÉTÉ BIBLIQUE SUISSE

Jeudi, 3 octobre 1991

 

Excellences, Chers Frères et Sœurs,

1. C’est avec une grande joie que je reçois aujourd’hui votre visite, à quelques jours de la commémoration liturgique de saint Jérôme. Ce grand Docteur a inlassablement scruté les Écritures pour y rencontrer l’Époux bien-aimé, le Christ, et pour conformer son existence tout entière à la connaissance du Seigneur. Il voyait dans le Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu, et il était bien conscient que «celui qui ne connaît pas les Écritures ne connaît ni la puissance de Dieu ni sa sagesse». Il allait jusqu’à dire que «l’ignorance des Écritures est ignorance du Christ»[1].

2. L’exemple de Jérôme renforce notre ardeur à servir la Parole du Père faite chair, Jésus-Christ. C’est Lui qui sans cesse se révèle à nous dans les pages sacrées transmises par la Tradition vivante de l’Église. Fidèles à l’enseignement du Concile Vatican II, notamment à la Constitution dogmatique «Dei Verbum» sur la Révélation divine, nous sommes fermement convaincus que «cette sainte Tradition et la Sainte Écriture de l’un et l’autre Testament sont comme un miroir où l’Église en son cheminement terrestre contemple Dieu, dont elle reçoit tout, jusqu’à ce qu’elle soit amenée à le voir face à face[2]»[3]. Et nous affirmons avec le texte du Concile que «Dieu, qui parla jadis, ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé» et que «l’Esprit Saint introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ réside en eux avec toute sa richesse[4]»[5].

3. C’est grâce aux principes doctrinaux et pastoraux élaborés et énoncés par le Concile, que la coopération interconfessionnelle des chrétiens au service de la parole de Dieu est, elle aussi, devenue intense et féconde: la rencontre d’aujourd’hui en est un autre témoignage évident. Comme l’ont enseigné les Pères conciliaires, «il faut que toute la prédication ecclésiastique, comme la religion chrétienne elle-même, soit nourrie et régie par la Sainte Écriture»[6]. «Il faut [par conséquent] que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens»[7] grâce à des traductions appropriées et correctes, préparées si nécessaire en collaboration avec les frères chrétiens et pouvant «être utilisées par tous les chrétiens»[8]. En outre, selon ce qui est dit dans le Décret «Unitatis Redintegratio» sur l’œcuménisme, nous reconnaissons la grande valeur que revêt l’Écriture sainte pour le progrès du mouvement œcuménique: «Les Paroles divines sont, dans le dialogue lui-même, des instruments insignes entre les mains puissantes de Dieu pour obtenir cette unité que le sauveur offre à tous les hommes»[9].

4. La présence ici de représentants éminents, tant de l’Alliance biblique universelle que de la Fédération biblique catholique, atteste l’existence de liens fraternels qui se sont développés pendant le Concile et par la suite, dans le contexte des mouvements bibliques et du mouvement œcuménique qui caractérisent ce siècle. Nous prions pour que les chrétiens du monde entier soient de plus en plus unis dans le témoignage à rendre à l’Évangile.

5. Je voudrais saluer en particulier le nouveau secrétaire général de l’Alliance biblique universelle, le Révérend Docteur John Erickson. Je salue aussi les Évêques Alberto Albondi et Paul Dacoury-Tabley, ainsi que le pasteur Martin Hœgger. Je sais qu’avec tous les responsables de la Société biblique suisse ils s’efforcent, en collaborant avec les autorités catholiques ainsi qu’avec l’UNESCO, de promouvoir les traductions bibliques en «français fondamental». Je sais aussi combien ces textes sont utiles pour l’évangélisation des groupes ou des populations qui poursuivent en même temps un programme d’alphabétisation. C’est pourquoi j’apprécie vivement les réalisations accomplies dans ce domaine, notamment en Côte-d’Ivoire et en Équateur. Je souhaite que l’exemple du regretté Monseigneur Leonidas Proaño suscite un nouvel effort d’évangélisation et de service des pauvres partout où la Parole de Dieu est annoncée et reçue. En ce sens, je me réjouis spécialement qu’une édition française de l’Écriture Sainte en braille ait été mise à la disposition des non-voyants que Jésus, Lumière du monde, a tant aimés. Evidemment, cela n’enlève rien à la nécessité d’avoir des études et des éditions érudites des Saintes Écritures, parmi lesquelles la Traduction œcuménique de la Bible est, à juste titre, hautement appréciée.

6. Vous avez déjà surmonté bien des difficultés pour réaliser ces projets; cela montre que nous devons nous unir étroitement dans la foi pour venir à bout des obstacles qui subsistent. Ainsi, devant les nouveaux horizons de l’annonce évangélique, du renouveau biblique et liturgique et de l’engagement œcuménique qui s’ouvrent en tant de régions du monde - et surtout, aujourd’hui, en Europe centrale et orientale -, nous sommes appelés à unir nos efforts pour servir l’Évangile. Lumière et énergie pourront nous venir d’une contemplation humble et passionnée de la parole de Dieu, telle qu’on l’apprend par l’exercice assidu de la Lectio divina, dans la prière et au sein de la communauté chrétienne. A ce propos, saint Augustin a écrit une page lumineuse qui peut encore nous servir de guide: «Plus le désir [de la gloire divine] dilate notre cœur, et plus nous devenons capables d’accueillir Dieu. L’Écriture divine, l’assemblée du peuple, la célébration des mystères, le saint baptême, le chant de louange à Dieu, notre prédication elle-même contribuent à éveiller en nous ce désir: tout est destiné à semer et à faire germer ce désir, mais aussi à faire en sorte qu’il puisse croître et se développer toujours plus jusqu’à pouvoir accueillir ce qu’aucun œil n’a jamais vu, ni aucune oreille n’a jamais entendu, ni aucun cœur d’homme n’a jamais pu imaginer»[10].

7. Pour former les fidèles à cette école de la parole de Dieu, il pourrait être très utile de promouvoir une «semaine» ou un «Mois de la Bible» là où les circonstances s’y prêtent. L’Alliance biblique universelle et la Fédération biblique catholique pourraient éventuellement encourager et organiser ensemble de telles sessions d’études. Vos Associations ont, d’ailleurs, déjà élaboré de sérieux programmes d’action au cours de leurs assemblées plénières respectives, à Budapest en 1988 et à Bogotá en 1990. J’espère que ces programmes seront largement connus et réalisés, et qu’ils contribueront, pour leur part, à la croissance du Règne de Dieu. Je vous rejoins dans la prière, en reprenant les paroles de l’Apôtre Paul: «Que le Dieu de l’espérance vous comble de joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint!»[11].


[1] S. Ieronimi Comm. in Is., Prol.: PL 24, 17.

[2] Cfr. 1 Io. 3, 2.

[3] Dei Verbum, 7.

[4] Cfr. Col 3, 16.

[5] Dei Verbum, 8.

[6] Ibid. 21.

[7] Ibid. 22.

[8] Ibid.

[9] Unitatis Redintegratio, 21.

[10] S.Augustini Trac. in Io. Evang., 40, 10: CCL 36, 356.

[11] Rom. 15, 13.

 

 

© Copyright 1991 - Libreria Editrice Vaticana

 

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