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VOYAGE APOSTOLIQUE AU SÉNÉGAL, EN GAMBIE ET EN GUINÉE

DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX RELIGIEUX DANS LA CATHÉDRALE
DE
SAINT-ANTOIN
E-DE-PADOUE

Ziguinchor (Sénégal)
Jeudi, 20 février 1992

 

Chers amis,

1. Votre accueil me touche, car il illustre bien les paroles de saint Paul: «Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit»[1]. Je voudrais saluer chacun de vous personnellement et vous dire à tous ma joie de rencontrer à Ziguinchor, les ouvriers de l’Évangile, unis dans le même Esprit.

De tout cœur, je remercie Monseigneur Augustin Sagna, votre Pasteur, de m’avoir présenté avec chaleur votre rassemblement, dans cette cathédrale Saint–Antoine–de–Padoue. Et je suis heureux d’évoquer ici, dans l’action de grâce, l’œuvre des bâtisseurs de l’Église vivante que furent les générations de missionnaires venus annoncer la Bonne Nouvelle. Et puisque nous sommes proches du Petit Séminaire Saint-Louis, je tiens à partager votre reconnaissance envers le diocèse canadien de Saint-Hyacinthe pour les services que vous ont rendus ses prêtres et ses religieuses.

2. Parmi vous, «il y a diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère en tous»[2]. Dieu vous unit dans le même appel à suivre le Christ et à annoncer le Royaume qu’il a rendu présent. Le Concile Vatican II a bien souligné qu’«avant tout, le Royaume se manifeste dans la personne même du Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, venu “pour servir et donner sa vie en rançon d’une multitude”[3]»[4].

Le premier but de ma visite pastorale au milieu de vous est de vous confirmer dans la foi et de vous confirmer dans votre engagement missionnaire, chacun selon ses dons. J’ai adressé mon encyclique «Redemptoris Missio» à toute l’Église. Aujourd’hui, je vous renouvelle les mêmes appels. Souvenez–vous que «la foi s’affermit lorsqu’on la donne!». Restez convaincus de «l’urgence de l’évangélisation missionnaire, [parce] qu’elle constitue le premier service que l’Église peut rendre à tout homme et à l’humanité entière»[5]. Gardez vivant en vous l’esprit missionnaire qui a permis de planter ici l’Église. Sans peur, affirmez avec simplicité votre foi dans le Christ, seul Sauveur de l’homme, foi que vous avez reçue comme un don d’en haut, sans mérite de votre part[6]. Cette annonce active se fait dans l’esprit évangélique du dialogue respectueux que vous poursuivez avec vos compatriotes appartenant à d’autres traditions religieuses; mais restez cohérents avec vos convictions, «sans dissimulation ni fermeture, mais dans la vérité, l’humilité, la loyauté, en sachant bien que le dialogue peut être une source d’enrichissement pour chacun»[7]. «Ouvrez les portes au Christ! Son Evangile n’enlève rien à la liberté de l’homme, au respect dû aux cultures, à ce qui est bon en toute religion»[8].

3. Chers amis prêtres, vous avez une responsabilité toute particulière dans la vie et la mission de l’Église. Ordonnés pour participer au sacerdoce de l’Évêque, vous répondez à l’attente de tous en étant pleinement des hommes de Dieu. Votre vocation comporte d’abord un appel à la sainteté personnelle, comme il vous a été dit au cours de l’ordination. Vous avez beaucoup quitté pour suivre le Christ et vous ne serez ses serviteurs fidèles que si vous demeurez avec lui, dans l’intimité de la prière, si vous vivez pleinement vous-mêmes les sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence qui rendent fort dans les temps d’épreuve. Que vos charges nombreuses ne vous dispensent pas de nourrir votre vie spirituelle: prenez le temps de l’oraison et de la méditation; revenez sans cesse à la Parole de Dieu, source de toute mission; dans vos retraites annuelles, laissez-vous saisir par l’Esprit pour renouveler votre conversion. Ne négligez pas non plus la formation permanente, pour mieux faire connaître le Christ, pour fortifier le peuple chrétien et le garder dans l’unité de la foi au seul Seigneur. Fondez votre propre parole sur le roc de la Parole de Dieu, reçue à travers la riche Tradition de l’Église. Totalement livrés au Christ, vous serez unis à votre peuple.

Dans la liberté de votre adhésion et de vos promesses au Seigneur, soyez fermement et sereinement fidèles à la chasteté dans le célibat, renonçant au mariage pour mieux servir le Royaume; soyez disponibles et attentifs à tous les chrétiens; soyez des témoins assurés à l’égard des non-chrétiens. Formez autour de vos évêques un presbyterium fraternel. Restez ouverts à une collaboration confiante avec tous ceux qui prennent part à la mission ecclésiale. La communauté a besoin de vous, intendants des mystères de Dieu, pour transmettre les dons sacramentels de grâce. Elle a besoin aussi de vous pour rassembler dans l’unité tous les ouvriers de l’Évangile qui se trouvent à vos côtés.

4. Je suis heureux de savoir que des jeunes plus nombreux se préparent au sacerdoce, et que vous avez pu inaugurer tout récemment votre nouveau grand séminaire de Brin. Pour vous, les séminaristes, ce que je viens de dire aux prêtres doit éclairer votre réponse à l’appel du Seigneur. Pour suivre le Christ, vous devez faire un choix exigeant, unifié par la vie spirituelle et l’étude, renoncer à d’autres voies qui s’ouvraient à vous. Ce choix de Jésus–Christ, vous ne le faites pas pour trouver un abri ou la sécurité dans la condition sacerdotale. Vous devez être des serviteurs à l’image du Christ venu pour servir. Et, en vous attachant au Seigneur et à son Église, vous découvrirez bientôt que, donné tout entier, l’on s’épanouit et l’on entre dans la joie de son Maître.

5. Frères et Sœurs religieux et religieuses, votre vocation est précieuse pour tout le peuple de Dieu. Par vos vœux, vous êtes appelés à rendre devant le monde le témoignage irremplaçable de la simple consécration de vos vies à Dieu, pour attester que Dieu seul peut combler totalement les attentes d’un homme ou d’une femme. L’amour du Seigneur rejaillit alors sur tous ceux qu’Il aime. C’est vrai pour les contemplatifs comme pour les religieux et les religieuses apostoliques, chacun selon le charisme de son institut. Les uns et les autres réservent, dans leurs journées, la première place à la prière. Pour vous en rendre capables, il importe que votre formation spirituelle soit approfondie dès le noviciat, mais aussi que vous preniez le temps et les moyens de renouveler les sources et l’expérience de la prière tout au long de votre vie religieuse. Travail et services multiples en sont alors illuminés.

Vous avez votre part dans la mission unique de l’Église, là où vous êtes. Aussi vous est-il demandé de bien harmoniser vos activités entre les divers instituts présents, sous la responsabilité des Pasteurs qui ont soin de tout le peuple de leur territoire. Il vous faut parfois patience et discrétion, mais ces qualités font naturellement partie de votre vocation. Les vœux que vous prononcez devant le Seigneur vous disposent à assurer avec désintéressement de nombreux services pastoraux, éducatifs ou sanitaires, ou encore d’entraide et de promotion humaine. Recevez tous mes encouragements pour votre travail que je sais souvent lourd. Que le Seigneur vous soutienne pour que vous gardiez l’équilibre de votre vie religieuse tout en répondant aux attentes de vos frères et sœurs de l’Église et de l’ensemble de la société.

6. Depuis les débuts de l’évangélisation, et avec le Concile en particulier, la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et le monde a pris plus de relief. Il est devenu habituel, au cours de mes voyages, que les laïcs aient une grande place dans mes rencontres avec les «forces vives» des Églises locales. Et c’est heureux, car c’est l’ensemble des baptisés qui composent le peuple de Dieu. Ils ont mieux pris conscience de leur mission et des responsabilités qui en découlent. Ils communiquent leur dynamisme à tout l’organisme ecclésial, par les mouvements spécifiquement laïcs, par les fonctions d’animation qui leur reviennent – et pas seulement pour des suppléances –, par leur prise en charge de maintes tâches nécessaires au soutien de toute la pastorale. Mais, par-dessus tout, les baptisés sont les premiers témoins du don de la foi, en commençant par leur vie conjugale et familiale qui reflète l’amour du Christ pour son Église et prépare les enfants à le découvrir à leur tour.

Dans tous les domaines de la société, amis laïcs, vous restez des baptisés à qui est confiée la mission de rayonner l’amour du Sauveur. Par vous, l’Église «est force dynamique sur le chemin de l’humanité vers le Règne [de Dieu], elle est signe et promotrice des valeurs évangéliques parmi les hommes»[9]. Vous avez l’ambition de transformer le monde, parce que l’Évangile est une force qui accomplit, purifie et transforme. Vous avez la passion de la paix et de l’entente fraternelle, parce que l’Évangile est un message de paix pour tous les hommes que Dieu veut sauver. Dans cet esprit, prenez vos responsabilités, agissez pour le bien commun de votre pays, luttez pour faire triompher l’honnêteté et la vérité, soutenez les plus faibles. Et quand on vous demandera pourquoi vous êtes si ardents à vouloir le bonheur de tous dans une justice généreuse, vous saurez faire comprendre que votre dynamisme est celui de l’espérance, mise en vos cœurs par l’Esprit du Christ[10].

7. Parmi les laïcs, je voudrais adresser une parole particulière aux catéchistes. Dans votre Église, ils jouent un rôle essentiel. Il leur est demandé, en quelque sorte, de réunir en leur personne toutes les missions des laïcs que je viens d’évoquer. Et je sais qu’ils le font avec un dévouement sans limite, en acceptant, avec leurs familles, des conditions de vie précaires pour être chaque jour au service de la communauté. Ils méritent d’être fidèlement aidés à bien accomplir leurs tâches par les prêtres des paroisses et par les responsables diocésains de la pastorale. Chers catéchistes, je vous dis toute l’estime et la reconnaissance de l’Église que vous avez tant contribué à fonder fermement dans votre région. Et je rends grâce à Dieu pour l’œuvre que vous continuez de réaliser.

8. Chers Frères et Sœurs, je voudrais vous encourager tous à progresser dans la vie fraternelle qui est le signe distinctif des disciples du Seigneur. Après avoir lavé les pieds de ses Apôtres, dans un magnifique geste de service, Jésus leur a dit: «À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres»[11]. Liés par cet amour, introduits par votre baptême dans la vie nouvelle, reprenez avec un enthousiasme nouveau l’annonce missionnaire. Dans l’encyclique sur la mission, je l’ai rappelé: «Cette vie nouvelle est un don de Dieu, et il est demandé à l’homme de l’accueillir et de le développer, s’il veut se réaliser selon sa vocation intégrale en se conformant au Christ»[12]. Ouvriers de l’Évangile, chacun selon sa vocation, continuez d’enraciner ensemble l’Église du Seigneur dans votre terre bien–aimée de Casamance et de tout votre pays. Vous pouvez en être assurés, la petite graine que vous plantez, Dieu en prend soin. Par l’Esprit Saint, il la fait grandir et devenir un bel arbre qui porte des fruits abondants.

Membres du Corps du Christ qui m’écoutez, je vous confie à Notre-Dame, Mère de l’Église et Mère des hommes, et je vous bénis de tout cœur.


[1] 1 Cor., 12, 4.

[2] Ibid., 12, 6.

[3] Marc. 10, 45.

[4] Lumen Gentium, 5.

[5] Ioannis Pauli PP. II Redemptoris Missio, 2.

[6] Cfr. ibid. 11.

[7] Ibid. 56.

[8] Ibid. 3.

[9] Ibid. 20.

[10] Cfr. Rom. 5, 5.

[11] Io. 13, 35.

[12] Ioannis Pauli PP. II Redemptoris Missio, 7.

 

 

© Copyright 1992 - Libreria Editrice Vaticana

 

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