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VOYAGE APOSTOLIQUE AU BÉNIN, UGANDA ET KHARTOUM

RENCONTRE DU PAPE JEAN-PAUL II
AVEC LES PRÊTRES, LES RELIGIEUX,
LES SÉMINARISTES ET LES LAÏCS

Cathédrale de Notre Dame des Miséricordes à Cotonou (Bénin)
Jeudi, 4 février 1993

 

«Dieu a voulu faire connaître quelles sont les richesses et la gloire de ce mystère parmi les païens: Christ au milieu de vous, l’espérance de la gloire!»[1].

1. C’est avec joie que je reprends ces paroles de l’Apôtre Paul que nous avons écoutées au cours de l’office du soir dans votre cathédrale. Prêtres, religieux et religieuses, fidèles laïcs engagés, représentant tous les diocèses du Bénin, nous rendons grâce: « Le Christ est au milieu de vous ».

Je vous remercie de votre accueil chaleureux. Merci à Monseigneur Monsi-Agboka de ses paroles de bienvenue. Oui, nous voulons rendre grâce car, après les premiers contacts anciens avec le christianisme, l’Eglise a été réellement implantée sur votre terre dès 1861, quand sont arrivés les Pères Borghero et Fernandez, alors qu’un de leurs compagnons avait déjà donné sa vie, uni aux « épreuves du Christ ». Parmi tant d’ouvriers de l’Evangile, je voudrais rendre hommage aux premiers évêques, Monseigneur Dartois, Monseigneur Steinmetz et Monseigneur Parisot: ils ont affermi l’édifice et l’ont confié aux fils du Bénin qui ont tôt accédé au sacerdoce puis à l’épiscopat; je pense à celui que le Pape Paul VI appela ensuite à Rome, le Cardinal Gantin présent auprès de moi, comme aux évêques de vos six diocèses réunis ici.

2. À travers les délégués qui remplissent cette cathédrale, je voudrais encourager toutes les communautés ecclésiales au Bénin dans leur fidélité à l’Evangile, comme le faisait saint Paul: « Par la foi, tenez, solides et fermes; ne vous laissez pas détourner de l’espérance que vous avez reçue »[2]. Ces paroles s’adressent aux laïcs, aux catéchistes, aux vice-présidents des Conseils pastoraux, aux responsables d’œuvres et de mouvements. Par leur témoignage et par les services rendus, ils ont joué un rôle considérable pour le développement et la vitalité de l’Eglise sur cette terre. Leur activité demeure fondamentale dans le peuple de Dieu. Chers amis laïcs, continuez à servir vos paroisses et vos diocèses, avec la foi et la générosité qui ont été un grand don du Seigneur au cours des années difficiles. Mais n’oubliez pas non plus que vous êtes les premiers à pouvoir apporter l’esprit de l’Evangile dans vos milieux de travail, dans toutes les instances de la société, pour les tâches exigeantes de la reconstruction de votre patrie. Par la compétence, la probité et le désintéressement, les chrétiens laïcs ont le devoir d’être de vrais artisans du bien commun avec tout leur peuple.

3. Saint Paul nous dit qu’il désire annoncer le Christ « en toute sagesse, afin de rendre chacun parfait en Christ »[3]. On ne saurait mieux exprimer le but de l’évangélisation: « Rendre chacun parfait en Christ ». Cela veut dire accueillir au plus profond de soi-même les dons de Dieu et développer sa vie spirituelle. Un tel appel concerne aussi bien les personnes engagées dans le sacerdoce ou la vie religieuse que les fidèles laïcs. Nul ne pourrait se sentir responsable dans l’Eglise sans avoir le souci constant de puiser inspiration et force aux sources de la prière: la Parole de Dieu, la Liturgie des Heures, les Sacrements, qui sont d’essentielles rencontres avec le Seigneur dans la grâce rédemptrice, et tout particulièrement l’Eucharistie, par laquelle se constitue la communauté ecclésiale. Que chacun, selon les exigences de sa vocation, se laisse attirer par le Seigneur, dans le cœur à cœur de la prière; qu’il se laisse guider par la Mère de Jésus, qui retenait en son cœur les merveilles du salut! Que tous s’entraînent mutuellement à accueillir la Bonne Nouvelle et à la partager comme le bien le plus précieux, en famille, en communauté, et avec les frères et sœurs qui ne la connaissent pas encore!

4. Religieux et religieuses, vous avez un rôle particulier dans l’évangélisation, car vous êtes appelés à être des témoins entièrement donnés. Je rends grâce pour la floraison des vocations religieuses dans ce pays, et aussi pour l’heureuse collaboration entre ceux et celles qui sont venus d’autres régions du monde, dès les débuts de la mission, et les Béninois qui répondent à leur tour à l’appel du Seigneur dans les différents Instituts locaux et internationaux. En vivant selon les divers charismes de vos Ordres et Congrégations, vous montrez la voie de cette « perfection dans le Christ » à laquelle nous devons tous tendre, à la suite de Paul; votre vocation vous amène au don total de vous-mêmes pour le Royaume de Dieu et vous rend témoins, pour vos frères et sœurs, de l’engagement courageux de toute une vie à la suite du Christ. Vous prenez votre part dans les différentes formes du service évangélique: le service de la louange et de l’intercession est au premier plan pour la vie monastique, heureusement implantée au Bénin; pour les tâches pastorales quotidiennes, pour l’éducation, le soin des malades et des pauvres, les religieux apostoliques sont d’irremplaçables animateurs et de bons exemples. Poursuivez votre action avec la générosité de votre consécration au Seigneur et sachez toute l’estime que vous porte le successeur de Pierre, en union avec ses frères dans l’épiscopat. Et je voudrais ajouter aussi que les religieux africains, se souvenant que la vie religieuse, sous sa forme monastique, est née sur leur continent, peuvent apporter beaucoup à leurs frères et sœurs d’autres régions du monde à cause de la fraîcheur de leur engagement, de leur détachement des biens matériels comme de la simplicité de leur style de vie: qu’ils sachent que toute l’Eglise compte sur eux!

5. Et vous les prêtres, autour de vos évêques, vous assurez véritablement l’existence de l’Eglise par les multiples formes de votre ministère que nous avons célébré hier au cours de l’ordination. Grâce à Dieu, les prêtres béninois sont désormais les plus nombreux dans le pays, alors que les premiers Dahoméens ordonnés sont déjà entrés dans la paix du Royaume. Je tiens à vous encourager avec affection et avec confiance: votre tâche est lourde, mais exaltante: pour le peuple de Dieu, vous êtes dispensateurs des dons, guides et maîtres dans la foi. Cela exige de vous les premiers une fidélité toujours renouvelée, dans l’amour du Seigneur et du prochain: vivez le célibat comme un signe essentiel de votre disponibilité pour servir, de votre dépouillement et de votre liberté à l’égard des biens matériels aussi bien qu’à l’égard du prestige humain. Soyez des collaborateurs loyaux des évêques, et collaborez vous-mêmes avec les laïcs dans un esprit ouvert et respectueux. Nous sommes dans la cathédrale Notre-Dame de Miséricorde, cela peut nous rappeler que votre ministère doit être de miséricorde, de consolation, de pacification, d’unité. Vous êtes, par tout votre être, des signes de la présence vivifiante et libératrice du Sauveur.

6. Beaucoup de ce que je viens de dire s’applique aussi à vous, les séminaristes. C’est une joie de vous voir nombreux, la belle communauté De Ouidah – le séminaire que je regrette de ne pouvoir visiter –, avec vos amis en « propédeutique » et les plus jeunes qui sont dans les petits séminaires. Séminaristes, vous vivez un temps de formation et surtout de discernement: en dialogue avec vos formateurs, soutenus par la vie de communauté et par votre intimité avec le Seigneur dans la méditation et l’oraison, cherchez la vérité de votre vocation. Soyez pleinement disposés à accueillir l’appel de l’Eglise: c’est elle qui, par l’Evêque, authentifie votre vocation. Soyez prêts au don de vous-mêmes, et, il faut le dire, au sacrifice: avec la générosité intrépide de la jeunesse, soyez sensibles aux besoins de vos frères, en commençant par les plus démunis; préparez-vous à être auprès d’eux, comme le Seigneur, pauvres aux yeux du monde et riches des dons de Dieu qui vous seront confiés pour les transmettre. Soyez prêts à résister à bien des tentations, à porter votre part des souffrances des hommes, comme le dit saint Paul, « en faveur du Corps du Christ qui est l’Eglise »[4]. Alors, vous entendrez le Seigneur vous dire: « Serviteur bon et fidèle, ...entre dans la joie de ton Maître »[5].

7. Des représentants d’autres Communautés ecclésiales ont bien voulu nous rejoindre ce soir. Je tiens à vous remercier de votre présence et je vous salue cordialement. Je souhaite vivement que vous poursuiviez vos échanges et votre prière commune avec vos frères catholiques. Il est bon de se mettre ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu pour en être des témoins plus crédibles dans le monde. Il est utile aussi de s’associer pour mettre en œuvre une véritable charité évangélique. Que le Seigneur bénisse vos démarches œcuméniques!

8. Chers amis, prêtres, religieux, religieuses, fidèles laïcs, votre expérience spirituelle et pastorale va contribuer aux réflexions du Synode des Evêques pour l’Afrique. Je vous invite à prier afin que ces assises soient fécondes et stimulantes pour la mission d’évangélisation confiée à l’Eglise dans ce continent. Votre rassemblement est déjà un signe d’espérance. Je souhaite que chacun de vous réponde toujours mieux à sa vocation propre et puisse dire de son labeur, comme l’Apôtre Paul, qu’il l’a « mené avec la force du Christ qui agit puissamment en moi »[6]. Au nom du Seigneur, je vous bénis de tout cœur.


[1] Col. 1, 27.

[2] Col. 1, 23.

[3] Ibid. 1, 28.

[4] Col. 1, 24.

[5] Matth. 25, 23.

[6] Col. 1, 29.

 

© Copyright 1993 - Libreria Editrice Vaticana

 

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