Monsieur l’Ambassadeur,
1. C’est avec plaisir que je souhaite la bienvenue à
Votre Excellence, pour la présentation des Lettres par lesquelles Sa Majesté le
Roi Albert II L’accrédite auprès du Saint-Siège en qualité d’Ambassadeur
extraordinaire et plénipotentiaire de Belgique.
Je voudrais tout d’abord,
Monsieur l’Ambassadeur, vous exprimer ma gratitude pour les paroles que vous
venez de m’adresser; elles traduisent les intentions élevées qui vous animent au
moment de commencer votre nouvelle mission au service de votre pays. Elles
témoignent aussi des relations franches et cordiales que le Saint-Siège
entretient avec la Belgique.
2. Dans ce que vous venez de souligner, je suis
particulièrement sensible à la valeur qu’attache la Belgique à la collaboration
et à la solidarité entre les États, dimensions de la vie internationale
essentielles à l’affermissement de la paix au sein des nations et entre les
peuples; j’apprécie aussi votre attention particulière au respect de la dignité
des personnes et des communautés humaines, spécialement au moment où, dans de
nombreuses régions, des hommes souffrent parce que n’est pas pleinement assurée
la sécurité des personnes et des biens, à laquelle tous ont droit. Le sens de la
solidarité et de la justice doit être le principe essentiel de toute assistance,
pour donner aux populations qui en ont besoin les appuis qui favorisent la
concorde et l’entente fraternelle entre des groupes culturels différents. Par ce
que vous avez exprimé, vous rejoignez certaines des préoccupations constantes du
Saint-Siège dans sa mission spirituelle et dans sa vocation spécifique au
service de l’ensemble des nations.
3. Je garde présent dans mon cœur le souvenir
du Roi Baudouin, qui reste un exemple de vie chrétienne au milieu des
occupations du monde et un modèle de générosité au service du peuple. Il est
mort au lendemain de l’achèvement historique de la réforme constitutionnelle de
l’État. Il demeure une lumière pour ses compatriotes et pour tous ceux qui sont
appelés à gouverner le pays avec le souci de la loyauté fédérale, selon ses
propres termes, loyauté qui était pour lui une des valeurs fondamentales de la
vie sociale, le gage de la paix et de la croissance spirituelle et matérielle de
tous.
Ma pensée se tourne aussi vers son successeur, Sa Majesté le Roi Albert II,
qui poursuit la même tâche, en indiquant à ses compatriotes les grands objectifs
communs, qui passent par l’exercice de la solidarité, de la justice et de la
défense des plus faibles, fondements de la vie nationale. En effet, dans chaque
pays, les citoyens sont conviés à construire une société où chacun est
responsable de ses frères qui vivent sur le territoire. Je rejoins encore par la
prière l’ensemble de vos concitoyens, et spécialement la jeunesse, qui cherche
des raisons d’espérer. Il ne m’a pas été permis de les retrouver comme je le
souhaitais, au mois de mai dernier, pour honorer un digne fils de votre terre,
le Père Damien de Veuster. Mon désir le plus ardent est de pouvoir prochainement
réaliser ce voyage.
4. Dans les difficultés de tous ordres que traverse la
société contemporaine, je salue les engagements des autorités et du peuple pour
que tous les hommes résidant sur la terre de Belgique vivent dans une plus
grande dignité, et qu’ils puissent se nourrir, se loger décemment et subvenir
aux besoins de leur famille; il convient de le rappeler tout particulièrement en
cette Année internationale de la Famille. Fidèles à leur longue tradition
d’ouverture sur le monde et de solidarité, de nombreux Belges s’engagent au
service de tous, dans leur pays et dans d’autres continents. Ils se situent dans
la droite ligne de l’œuvre du Père Damien. Je les encourage dans leurs tâches,
pour que reculent sans cesse les phénomènes d’exclusion ou les traitements
indignes qui sont parfois infligés en particulier aux plus pauvres et aux
enfants. Je forme le vœu que vos concitoyens poursuivent leurs aides en faveur
des plus démunis de la planète, avec le souci de la promotion des personnes et
du développement des peuples, pour permettre à chaque communauté humaine d’épanouir
ses propres richesses spirituelles, culturelles et morales.
L’Apôtre des lépreux
témoigne aussi de la longue tradition missionnaire de la Belgique, que vous
venez de rappeler, avec le souci de porter partout l’Évangile et de le rendre
manifeste par des œuvres éducatives et charitables. Avec sa vocation spécifique,
dans votre pays comme dans tous les continents, l’Église accorde un soin
particulier à la formation des jeunes, en dispensant un enseignement fondé sur
les principes humains et moraux chrétiens. Les catholiques de Belgique,
spécialement ceux qui sont engagés dans l’éducation, ont à cœur d’aider la
génération qui est l’avenir de la nation à être consciente de ses devoirs, en
vue du bien commun et de l’entente cordiale entre tous, ce qui est si nécessaire
pour la vie démocratique.
5. La vie internationale est encore troublée par de
nombreux conflits ethniques ou régionaux. Vous le savez, le Saint-Siège ne cesse
de favoriser et d’appuyer les efforts pour des solutions négociées, afin que,
grâce à des compromis, les différentes parties en présence acceptent de se
parler et de s’asseoir à la même table, et que chaque peuple puisse accéder à
l’autonomie nécessaire à sa reconnaissance internationale, dans des frontières
sûres. L’Église n’a d’autre ambition que de promouvoir l’homme, dans sa vie
personnelle comme dans sa vie sociale. Le Saint-Siège sait qu’il peut compter
sur le gouvernement belge pour continuer à participer activement à la recherche
de la paix, par la voie du dialogue fraternel et respectueux, partout où cela
est nécessaire, sur le terrain et au sein des Organisations internationales
auxquelles votre pays est particulièrement attaché. Je me réjouis aussi qu’au
sein de l’Europe, qu’il convient de rendre toujours plus unie et plus solidaire,
les autorités de votre pays et l’ensemble de vos compatriotes s’attachent à
poursuivre inlassablement leur action.
6. Au moment où commence votre mission de
Représentant du Royaume de Belgique, je souhaite, Monsieur l’Ambassadeur, que
votre tâche soit fructueuse et que votre séjour vous apporte beaucoup de joie et
de satisfaction, par les rencontres que vous pourrez faire comme par la
découverte des richesses de la ville. Soyez assuré que vous trouverez toujours
auprès de mes collaborateurs accueil et soutien, pour réaliser au mieux la
charge qui vous est confiée.
Au terme de cet entretien, je vous saurais gré de
bien vouloir transmettre à Sa Majesté le Roi Albert II mes salutations
déférentes et les vœux fervents que je forme pour sa personne, pour la famille
royale et pour l’ensemble de ses compatriotes.
Sur Votre Excellence, sur ses
proches, sur ses collaborateurs, sur le peuple de Belgique et sur ses dirigeants,
j’invoque de grand cœur la Bénédiction du Seigneur.
*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XVII, 2 p.757-760.
L'Attività della Santa Sede 1994 p. 836-838.
L’Osservatore Romano 13.11.1994 p.5.
L'Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.46 p.2.
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