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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
AUX MEMBRES DU SYNODE DES ÉVÊQUES DE L'ÉGLISE
CHALDÉENNE EN VISITE
«AD LIMINA APOSTOLORUM»

Lundi 14 novembre 1994

 

Béatitude,
Chers frères dans l’épiscopat,

1. C’est avec joie que je vous accueille à l’occasion de votre Visite « ad limina », démarche qui manifeste la communion des Églises locales répandues à travers le monde, avec le Successeur de Pierre. Je remercie tout d’abord votre Patriarche pour ses aimables paroles qui me permettent d’être proche des diocèses dont vous êtes les pasteurs.

En vous recevant aujourd’hui, ma pensée se tourne tout d’abord vers vos communautés, les héritières de l’Apôtre Thomas, qui, il y a bientôt 2000 ans, a porté l’Évangile depuis la Mésopotamie jusqu’aux frontières de l’Inde, après avoir été lui-même affermi dans sa foi par la contemplation du Seigneur. C’est par l’un des Douze Apôtres que Dieu « implanta le Verbe »[1], dans votre Église, qui a reçu ainsi l’annonce directe de la Résurrection du Seigneur; elle porte ce trésor dans des vases d’argile, car le salut et la puissance viennent de Dieu, comme le dit humblement l’Apôtre Paul[2].

Je rends grâce au Seigneur pour la longue tradition et pour la riche histoire de votre Église. En puisant dans son patrimoine liturgique et spirituel, le peuple chaldéen catholique célèbre, vit et annonce la foi dans la culture qui lui est propre. Dans cette perspective, je vous encourage à être aujourd’hui les dignes témoins des Apôtres, afin de poursuivre inlassablement le ministère qui vous a été confié et la nouvelle évangélisation que j’ai souhaitée, à l’aube du troisième millénaire, par des actions pastorales appropriées. Avec les prêtres, les religieux, les religieuses et les fidèles de vos diocèses, vous êtes appelés à rendre présent le visage du Christ dans votre terre, pour que nos contemporains puissent contempler la splendeur et la lumière de notre Dieu, qui éclaire toute action humaine et donne son sens plénier à l’existence.

2. Ma prière rejoint avant tout l’ensemble des catholiques de rite chaldéen et leurs compatriotes, qui vivent dans des situations difficiles et de multiples souffrances, en particulier à cause de l’embargo qui est imposé au peuple de votre pays. Je souhaite que vous les assuriez de mes sentiments fraternels.

Vous savez que je me suis à plusieurs reprises adressé aux responsables politiques de votre région et à la Communauté internationale, souhaitant que toutes les parties en présence fassent des efforts pour renouer le dialogue et pour offrir l’aide nécessaire aux populations. Ainsi, sera rendue possible la convivialité entre tous les habitants, quelles que soient leur religion, leur culture ou leur origine, et seront respectées la justice et l’égalité entre tous. De tels efforts éviteraient aux personnes des souffrances comme celles que vous avez en permanence sous les yeux, souffrances qui touchent spécialement les plus faibles de la société, les malades et les enfants. Les conditions de vie actuelles mettent aussi en péril la vie des familles, qui ont de moins en moins les moyens de subvenir à leurs besoins fondamentaux pour élever et éduquer les jeunes. Vous savez que le Saint-Siège manifeste inlassablement sa sollicitude pastorale et son soutien aux membres de vos communautés, pour qu’adviennent la paix et une plus grande solidarité entre tous, nécessaires aux progrès spirituels, sociaux et matériels de votre peuple. Puissiez-vous aussi entendre les paroles réconfortantes de saint Éphrem, le grand Docteur de l’Église: « Si l’espérance éclaire notre regard, nous verrons ce qui est caché »[3], nous verrons les signes de la promesse de Dieu.

Avec l’aide du Seigneur, dans ce contexte douloureux, j’invite vos communautés à être inlassablement des ferments de concorde et de réconciliation. Je les engage à apporter à leurs compatriotes des preuves tangibles de la solidarité chrétienne et des signes de l’amour du Seigneur. Ces témoignages charitables renouvellent l’espérance des personnes et rendent visible le visage du Christ, attentif à ses frères en humanité[4]. C’est à vous, les pasteurs, qu’il revient en premier lieu d’exprimer l’amour du Christ, par les œuvres, pour que vous fassiez pour les autres ce que le Christ a fait pour vous[5]. C’est une insigne façon d’annoncer l’Évangile, d’être missionnaires et d’inviter le peuple à vivre en chrétiens que d’avoir le souci de donner sans cesse l’exemple.

3. Je désire vous encourager dans la réforme liturgique que vous avez entreprise pour mieux vivre les mystères du Seigneur, en suivant les traces du diacre saint Éphrem, auquel l’Orient chrétien a décerné le titre si expressif de « cithare du Saint-Esprit ». Dans la perspective ouverte par le deuxième Concile du Vatican et en étroite collaboration avec la Congrégation pour les Églises Orientales, quelques réalisations ont déjà vu le jour. Je m’en réjouis; mais il convient maintenant que cette réforme aboutisse dans un délai convenable, pour que les fidèles obtiennent « plus sûrement des grâces abondantes dans la liturgie »[6] et des richesses de la prière communautaire. Ainsi, uni à ses pasteurs, le peuple de Dieu pourra chanter les louanges du Seigneur et puiser à l’unique source de la vie, pour recevoir la force nécessaire à l’exercice des responsabilités quotidiennes, dans les réalités temporelles.

4. Je sais, frères très chers de l’Église chaldéenne, que vous devez faire face à de nombreuses difficultés dans la réorganisation pastorale de vos communautés, spécialement dans des territoires où les tensions politiques et sociales compromettent gravement la présence catholique; en effet, l’instabilité civile et l’insécurité poussent les chrétiens à fuir les zones de tension et à se réfugier à l’étranger, appauvrissant de ce fait les Églises locales. Puissiez-vous donner aux fidèles les moyens spirituels et les institutions leur permettant de rester présents au milieu de leurs concitoyens, pour que l’Église demeure présente et visible.

5. Une des tâches importantes de votre ministère est la formation des catholiques, par « l’enseignement catéchétique, dont le but est de rendre chez les hommes la foi vivante, explicite et active, en l’éclairant par la doctrine »[7]. C’est l’ensemble des fidèles qui doit porter avec vous le souci de l’éducation religieuse des enfants et des jeunes. Au terme de l’Année de la Famille, il convient de rappeler que, Église domestique, la famille est un lieu privilégié pour la formation de la personnalité de ses membres. Par le témoignage, par l’éducation et la catéchèse, chaque génération fait découvrir à celles qui la suivent les valeurs spirituelles et morales fondamentales afin que chacun puisse exercer les responsabilités qui lui seront confiées dans la famille et au sein de la société. Le noyau familial est aussi le creuset, où peuvent se faire jour et s’épanouir les vocations religieuses et sacerdotales. Je vous exhorte à aider vos frères dans la foi à rester fidèles aux saines traditions de vos familles, pour lesquelles le sens de l’unité, de l’indissolubilité et de la fidélité est si important.

6. Au cours des vos réunions régulières avec les évêques des autres communautés catholiques, vous partagez vos réflexions sur les différents aspects de votre mission et sur vos expériences pastorales. Ces dialogues offrent à chacun l’occasion de recevoir le soutien légitime, dont il a besoin, et de faire l’expérience spirituelle de la communion. Que le Seigneur vous soutienne dans votre collaboration entre pasteurs des divers rites, car vos Églises particulières sont « égales en dignité » et « aucune ne l’emporte sur les autres en raison de son rite. Elles jouissent des mêmes droits et elles sont tenues pas les mêmes obligations, également en ce qui concerne le devoir de prêcher l’Évangile... sous la conduite du Pontife romain »[8].

Je voudrais aussi vous inviter à poursuivre votre ouverture aux autres Églises et les relations œcuméniques avec elles. Par leur situation géographique et culturelle et par leurs sensibilités religieuses, les « Églises d’Orient en communion avec le Siège Apostolique » ont « à titre particulier la charge de promouvoir l’unité de tous les chrétiens, notamment des chrétiens orientaux »[9]. C’est dans cet esprit que je suis heureux d’avoir pu accueillir Sa Sainteté Mar Dinkha IV, Patriarche de l’Église assyrienne de l’Orient, venu à Rome pour signer une déclaration christologique avec l’Église catholique. Il convient aussi d’encourager le dialogue avec les autres traditions religieuses présentes dans votre pays, en particulier avec le monde musulman, ainsi qu’avec les hommes de bonne volonté, pour une meilleure compréhension mutuelle et une coopération effective en vue du bien commun.

7. Récemment, s’est achevée à Rome l’Assemblée générale du Synode des Évêques sur la vie consacrée. J’espère que ce moment important de la collégialité épiscopale portera des fruits dans les différentes communautés ecclésiales. Je confie à votre zèle pastoral le soin d’appeler des jeunes à se consacrer totalement et radicalement au Christ; pour cela, il vous revient de favoriser et de mettre en place les réformes qui s’imposent, afin que la vie religieuse soit plus crédible et que les personnes consacrées rappellent de manière prophétique, par la pratique des conseils évangéliques, que le Christ est premier et qu’il peut combler pleinement ceux qui s’engagent à sa suite. Le peuple chrétien a besoin d’hommes et de femmes qui, de manière édifiante, soient totalement dévoués au Seigneur et à leurs frères, et puissent exprimer cet amour de Dieu et du prochain par des choix cohérents et par des projets concrets.

Je partage votre préoccupation pour la formation théologique et spirituelle des séminaristes. Le dynamisme de l’Église de demain repose en grande partie sur l’attention que nous portons aujourd’hui à la préparation au ministère ordonné. Je vous encourage à attacher un soin particulier à la pastorale des vocations, car les communautés chrétiennes auront toujours besoin de pasteurs pour les conduire, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle et pour leur transmettre le Christ par les sacrements.

8. Je voudrais rappeler avec affection le défunt patriarche Paul II Cheikho. Je me souviens avec émotion de ce vénérable frère. Que cette figure de votre Église, riche de simplicité, d’amour et de piété, soit aujourd’hui un modèle pour tous! Je prie le divin Maître de lui accorder la récompense promise aux bons et fidèles serviteurs.

Béatitude, je désire aussi vous adresser mes vœux chaleureux à l’occasion du 50ème anniversaire de votre ordination sacerdotale, pour raviver en vous le don de Dieu reçu par l’imposition des mains. Que l’Esprit Saint vous accompagne et vous comble de ses dons, pour que vous poursuiviez inlassablement votre ministère apostolique et pastoral!

Au terme de notre rencontre, chers frères dans l’épiscopat, je vous demande de porter aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et aux laïcs de vos communautés mon salut affectueux, en les assurant de ma prière pour que, dans les difficultés présentes, ils ne perdent pas l’espérance et que l’Esprit inspire à tous des sentiments de concorde et de paix. Par l’intercession de l’Apôtre saint Thomas, je vous accorde de grand cœur ma Bénédiction Apostolique, ainsi qu’aux membres du peuple de Dieu, confié à votre sollicitude pastorale.


[1] Ephraem Syri Hymnus, 7.

[2] Cfr. 2 Cor. 4, 7.

[3] Ephraem Syri Carmina Nisibena, 70.

[4] Cfr. Matth. 25, 40.

[5] Cfr. Io. 13, 15.

[6] Sacrosanctum Concilium, 21.

[7] Christus Dominus, 14.

[8] Orientalium Ecclesiarum, 3.

[9] Ibid. 24.

 

 

© Copyright 1994 -  Libreria Editrice Vaticana

 

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