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DISCOURS DU SAINT-PÈRE JEAN-PAUL II
À S.Exc. M. DENIS POLISI, NOUVEL AMBASSADEUR
DU RWANDA PRÈS LE SAINT-SIÈGE*

Samedi 25 mars 1995

 

Monsieur l’Ambassadeur,

Soyez le bienvenu en cette demeure, où j’ai la satisfaction d’accueillir Votre Excellence à l’occasion de la présentation des Lettres qui L’accréditent comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République rwandaise près le Saint-Siège.

Certes, nous aurions aimé que ce cérémonial se déroule dans une atmosphère toute sereine, dans l’évocation des chaleureuses rencontres avec vos compatriotes, sur votre sol, lors de ma visite pastorale au pays des mille collines en septembre 1990. Hélas, le drame qu’a vécu le Rwanda l’an passé reste présent dans nos mémoires et laisse jusqu’à ce jour une empreinte de grande tristesse dans nos âmes. Aujourd’hui encore, des séquelles importantes demeurent, avec des millions de réfugiés et de graves déchirements du tissu social et économique du pays. À la veille de l’anniversaire du déchaînement des massacres, je prie Dieu que les esprits retrouvent une vraie paix afin que ne se répète plus la tragédie de 1994.

Comme vous l’avez souligné, Monsieur l’Ambassadeur, il importe maintenant de se tourner résolument avec confiance vers l’avenir, et je ne puis que souscrire entièrement à l’invitation dont vous avez parlé dans votre adresse: celle d’un grand rendez-vous de tous les Rwandais pour une réconciliation sincère.

Les appels du Saint-Siège en faveur de votre pays meurtri et l’envoi de messagers spéciaux auprès de vos concitoyens en détresse, auxquels vous avez fait allusion dans votre discours, ont été motivés par le seul souci d’aider à mettre un terme à l’horreur et à l’absurdité de la violence, de ramener la paix dans les cœurs et de susciter un vaste mouvement de réconciliation nationale afin que jamais plus le sol rwandais, que j’ai embrassé en arrivant à Kigali, ne soit abreuvé du sang de ses enfants. Vous l’avez dit de manière saisissante: «Les Hutus ont perdu dans les Tutsis morts, comme les Tutsis ont perdu dans les Hutus morts». Puisse-t-il n’y avoir à l’avenir que des Hutus et des Tutsis gagnants, parce que vivant tous en frères, conscients de ce don sans prix du Créateur qu’est la vie humaine, dont je me propose du reste de réveiller avec force l’estime et le respect dans ma prochaine Lettre encyclique «L’Évangile de la Vie»!

Il m’est particulièrement agréable de vous entendre dire, Monsieur l’Ambassadeur, que «le gouvernement rwandais reste fortement confiant en l’Église catholique» et je prends bonne note de son engagement à collaborer avec elle à la réalisation des idéaux de réconciliation, de paix et de progrès. En bon nombre de ses fils et de ses filles, tués dans des conditions atroces, elle a souffert d’une cruelle contradiction avec son amour pour Dieu et son désir de service désintéressé auprès des Rwandais et des Rwandaises. Le mal qui a sévi l’an dernier au Rwanda et qui sévit encore aujourd’hui dans d’autres pays où l’Église est présente, loin de signifier une faillite du catholicisme, montre que, suivant les paroles de saint Paul, «le mystère de l’impiété est à l’œuvre» (2 Thess. 2, 4).

Je souhaite ardemment que le sacrifice de tant de victimes annonce des jours de paix et de bonheur pour tous les habitants de votre pays. Dans ma prière, je présente au Seigneur leurs attentes et leurs espoirs, et encore une fois je demande à Dieu de leur épargner ainsi qu’aux habitants des pays voisins toutes nouvelles souffrances. Je forme le vœu que se manifeste toujours davantage la solidarité de la communauté internationale. Je souhaite aussi que les ouvriers de l’Évangile soient de plus en plus présents afin que, par la force de leur ministère, la seigneurie du Christ l’emporte sur celle de l’Adversaire (Cfr. 2 Thess. 2, 4).

En raison de leur baptême, et stimulés par une foi toujours plus éclairée, les fidèles de l’Église catholique, vous le savez, sont désireux d’apporter une contribution motivée à l’édification de la société en remplissant avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres et en coopérant au progrès de la nation avec les croyants des autres confessions chrétiennes ou des autres religions. Comme je l’ai dit à Kigali, lors de ma rencontre avec des fonctionnaires et des intellectuels au service de la nation, le laïc est tout ensemble membre du Peuple de Dieu et de la cité des hommes: il n’a qu’une conscience chrétienne qui le guide dans les deux domaines et qui le pousse à animer les réalités temporelles du levain de l’Évangile.

Permettez-moi, Monsieur l’Ambassadeur, d’adresser par votre intermédiaire, un salut affectueux à la chère communauté catholique. De grand cœur, j’exhorte tous ses membres à participer activement à la destruction des murs de haine qui existeraient encore et à pratiquer avec courage le commandement de l’amour fraternel légué par le Christ à ceux qui veulent se réclamer de lui.
Alors que vous inaugurez votre mission, je vous offre mes vœux les meilleurs et je vous assure que vous trouverez toujours ici un accueil attentif et une compréhension cordiale auprès de mes collaborateurs.

Sur Votre Excellence et sur toutes les familles rwandaises, en particulier celles qui sont encore dans la peine ou qui vivent en dehors de leur patrie, j’invoque avec ferveur le réconfort et le soutien du Dieu de la paix.


*Insegnamenti di Giovanni Paolo II, vol. XVIII, 1 p. 859-861.

L’Osservatore Romano 26.3.1995 p.8.

L’Osservatore Romano. Edition hebdomadaire en langue française n.16 p.10.

 

© Copyright 1995 - Libreria Editrice Vaticana

 

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